{"id":568,"date":"2014-05-11T09:35:24","date_gmt":"2014-05-11T08:35:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=568"},"modified":"2022-09-16T18:51:32","modified_gmt":"2022-09-16T16:51:32","slug":"gaude-laurent-les-oliviers-du-negus-052011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=568","title":{"rendered":"Gaud\u00e9, Laurent : \u00ab les oliviers du N\u00e9gus \u00bb (05\/2011)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Laurent Gaud\u00e9, n\u00e9 le 6 juillet 1972 dans le 14e arrondissement de Paris, est un \u00e9crivain fran\u00e7ais, qui a obtenu le prix Goncourt des lyc\u00e9ens et le prix des libraires avec La Mort du roi Tsongor en 2002, puis le prix Goncourt pour son roman Le Soleil des Scorta, en 2004. En 2019, il re\u00e7oit le prix du livre europ\u00e9en pour Nous, l\u2019Europe banquet des peuples.<\/p>\n<p><strong>Ses romans\u00a0<\/strong>: Cris, 2001 \u2013\u00a0<em>La Mort du roi Tsongor, 2002 (\u00a0prix Goncourt des lyc\u00e9ens\u00a0et le\u00a0prix des libraires) \u2013 Le Soleil des Scorta, 2004 (prix Goncourt\u00a0;\u00a0 prix du jury Jean-Giono) \u2013 Eldorado, 2006<\/em>\u00a0\u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14714\">La Porte des Enfers<\/a>,<\/span>\u00a02008 \u2013\u00a0<em>Ouragan, 2010<\/em>\u00a0\u2013 Pour seul cort\u00e8ge, 2012 \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2088\">Danser les ombres<\/a>,<\/span>\u00a02015 \u2013 \u00c9coutez nos d\u00e9faites, 2016 \u2013<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14233\">Salina, les trois exils<\/a><\/span>, 2018 \u2013 Paris, mille vies, 2020 \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16916\">Chien 51<\/a><\/span>, 2022<br \/>\n<strong>Recueils de nouvelles<\/strong>\u00a0:\u00a0<em>Dans la nuit Mozambique<\/em>, 2007 (recueil de quatre nouvelles) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=568\">Les Oliviers du N\u00e9gus<\/a>,<\/span> 2011 ( recueil de quatre nouvelles) \u2013 Essai : Nous, l\u2019Europe banquet des peuples, 2018 \u2013 La derni\u00e8re nuit du monde, 2021<br \/>\n<strong>Th\u00e9\u00e2tre<\/strong>\u00a0:<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13409\">\u00a0Caillasses<\/a>\u00a0<\/span>(2012) M\u00e9d\u00e9e Kali \u2013 Sodome, ma douce (2019)<\/p>\n<p>(les titres en italique non cliquables ont \u00e9t\u00e9 lus avant la cr\u00e9ation du blog)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 de l\u2019\u00e9diteur\u00a0<\/strong>: Un vieil homme croit entendre chevaucher Fr\u00e9d\u00e9ric II dans le royaume des Enfers. Un centurion marche vers une Rome gangr\u00e9n\u00e9e dont il devance l\u2019agonie. Un soldat des tranch\u00e9es fuit le \u201cgolem\u201d que la terre a fa\u00e7onn\u00e9 pour punir les hommes. Un juge anti-mafia tient le compte \u00e0 rebours de sa propre ex\u00e9cution\u2026<br \/>\nDans la proximit\u00e9 de la guerre ou de la mort surgissent ces quatre r\u00e9cits o\u00f9 les h\u00e9ros \u2013 certes vaincus, mais non d\u00e9chus \u2013 prononcent d\u2019ultimes paroles. Ils veulent t\u00e9moigner, transmettre, ou sceller des adieux. Minuscules fantassins de la l\u00e9gende des si\u00e8cles, ils affrontent une Histoire lanc\u00e9e dans sa course aveugle. Et ils prof\u00e8rent la loi tragique \u2013 celle de la finitude \u2013 qui, au-del\u00e0 de toute conviction, donne force et v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 leur message. D\u2019o\u00f9 la dimension orale de ces textes qui revisitent la sc\u00e8ne de l\u2019oeuvre romanesque et, de Cris \u00e0 La Porte des Enfers, r\u00e9orchestrent des th\u00e8mes chers \u00e0 Laurent Gaud\u00e9, auxquels la forme br\u00e8ve donne une singuli\u00e8re puissance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mon avis\u00a0<\/strong>: 4 nouvelles\u00a0qui ont pour th\u00e8mes communs l\u2019Italie et la mort: Les Oliviers du N\u00e9gus, Le B\u00e2tard du bout du monde, Je finirai \u00e0 terre, et enfin Tombeau pour Palerme. Du Gaud\u00e9 sombre et noir\u00a0: pas mon pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Je n\u2019ai pas un grand amour pour les nouvelles mais comme j\u2019aime le style de Gaud\u00e9 \u2026 pas question de passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9. \u00a0Mes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es: \u00a0la premi\u00e8re et la troisi\u00e8me.<\/p>\n<p>-\u00ab\u00a0<em>Les Oliviers du N\u00e9gus\u00a0<\/em>\u00bb donne le titre au livre. La nouvelle commence le jour de sa disparition et le narrateur nous conte l\u2019histoire d\u2019un vieil homme surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0Zio N\u00e9gus\u00a0\u00bb dans un petit village d\u2019Italie. Il se battait pour la d\u00e9fense de la beaut\u00e9 du monde, contre les promoteurs, pour la terre et ses racines et le jour ou il meurt, ignor\u00e9 de tous alors qu\u2019il repr\u00e9sentait pour lui l\u2019\u00e2me du village, le village ne se d\u00e9place pas. Une c\u00e9r\u00e9monie se d\u00e9roule, sans \u00e2me.. C\u2019est celle que j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des quatre.<\/p>\n<p>Extraits\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je n\u2019ai dit qu\u2019un mot, celui qu\u2019impose l\u2019annonce de toute disparition, j\u2019ai dit simplement \u201cj\u2019arrive\u201d. La mort convoque. C\u2019est ainsi. Elle nous \u00e9carte pour un temps du rythme du monde et nous met en arr\u00eat. Je veux \u00eatre l\u00e0-bas, avec ceux qui me sont chers. Je veux me pencher sur le vide que laisse la mort comme on le fait en haut d\u2019une cascade, les oreilles bourdonnant du fracas des eaux, essayant en vain d\u2019apercevoir l\u2019ab\u00eeme, plein d\u2019un respect peureux face \u00e0 la beaut\u00e9 des choses et leur caract\u00e8re immuable<\/p>\n<p>le vieil homme avait parl\u00e9 dans son patois, une langue tra\u00eenante comme une serpilli\u00e8re sale<\/p>\n<p>C\u2019est un moment de beaut\u00e9 simple o\u00f9 la terre semble respirer de la lumi\u00e8re. Tout est l\u00e0 et se m\u00eale et il na\u00eet, de cet entrem\u00ealement des \u00e2ges, un sentiment de qui\u00e9tude et d\u2019apaisement.<\/p>\n<p>le bruit des vagues se r\u00e9percutait dans les oliviers de fa\u00e7on si \u00e9trange qu\u2019on ne savait plus o\u00f9 \u00e9tait la mer et qu\u2019ils crurent un instant qu\u2019elle passait dans les feuilles des arbres.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce donc qu\u2019un homme si ce n\u2019est une accumulation d\u2019histoires v\u00e9cues, rapport\u00e9es, imagin\u00e9es, qui, mises bout \u00e0 bout, finissent par faire une vie\u00a0?<\/p>\n<p>Certains lieux ont une \u00e2me, d\u2019autres pas et les \u00e9glises n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 cette r\u00e8gle<\/p>\n<p>Rien, dans la mort, ne distinguera plus cet homme des autres. Ils l\u2019enterrent et c\u2019est comme s\u2019ils l\u2019effa\u00e7aient. Une plaque de marbre, un nom, deux dates<\/p>\n<p>Je sais que ce n\u2019est pas ici qu\u2019il aurait d\u00fb reposer. Mais combien d\u2019entre nous ont cette chance d\u2019\u00eatre ensevelis dans un lieu qui leur ressemble et qu\u2019ils ont choisi<\/p>\n<p>Nous nous entassons dans la mort avec la m\u00eame tristesse que dans la vie, serr\u00e9s les uns contre les autres, laids d\u2019\u00eatre tous identiques. Comme si, m\u00eame l\u00e0, nous avions peur d\u2019\u00eatre seuls<\/p>\n<p>\u00c0 chaque g\u00e9n\u00e9ration qui dispara\u00eet, c\u2019est un peu du monde qui sombre. Nous portons toujours plus d\u2019histoires. Je prendrai soin des siennes<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0<em>Le B\u00e2tard du bout du monde\u00a0<\/em>\u00bb Pas aim\u00e9 du tout. L\u2019\u00e9pop\u00e9e sanglante d\u2019un soldat. Un soldat aux confins de la mort, pourrissant en selle et ramenant la gangr\u00e8ne et la mort \u00e0 Rome.<\/p>\n<p>Extraits:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le ciel \u00e9tait si bas qu\u2019il n\u2019y avait plus d\u2019heure. Tout \u00e9tait napp\u00e9 de silence, comme si les dieux avaient d\u00e9cid\u00e9 de retirer les bruits du monde \u00ab<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Oh, comme il est triste de savoir. Je suis celui qui regarde ce qui va mourir et n\u2019a plus la force de parler. Je me remplis les yeux de ce que je vois. Je sais que tout cela existe pour la derni\u00e8re fois\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab<em>\u00a0Je finirai \u00e0 terre\u00a0<\/em>\u00bb Nouvelle avec une petite touche de fantastique, et comme \u00ab\u00a0les Oliviers du Negus\u00a0\u00bb le rapport avec la terre. La terre qu\u2019on pollue, qu\u2019on maltraite et qui prend la forme d\u2019un golem pour se venger. La terre qui est vivante et que l\u2019on viole, dont on d\u00e9chire les entrailles et qu\u2019on laisse ensuite sans soins. Et la terre qui se r\u00e9volte\u2026 J\u2019ai bien aim\u00e9.<\/p>\n<p>Extraits:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il but son verre d\u2019une traite et je le regardai avec piti\u00e9 car il y avait dans sa h\u00e2te quelque chose de ceux qui savent que leur vie ne durera plus tr\u00e8s longtemps.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0 Que la terre reprenne ses droits et qu\u2019on en finisse. Ce n\u2019\u00e9tait pas plus fou que le reste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La terre est debout. Elle g\u00e9mit, elle crache. Elle veut \u00e9craser les hommes du poing comme on le fait des insectes, tous ces hommes qui lui courent sur le dos et la blessent de mille petites explosions\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La terre, d\u00e9j\u00e0, s\u2019est r\u00e9volt\u00e9e, ce sera bient\u00f4t le tour des for\u00eats, des flaques d\u2019eau, du ciel. De partout na\u00eetront des monstres claudicants \u00e0 la bouche tordue qui se rueront sur nous avec haine. Les arbres se tordront et g\u00e9miront. Ce sera l\u2019heure de leur vengeance. Tout sera puant et vici\u00e9\u00a0: l\u2019air que nous respirerons, l\u2019eau que nous boirons\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab<em>\u00a0Tombeau pour Palerme\u00a0<\/em>\u00bb\u00a0: A Palerme, un juge est assassin\u00e9. Et le prochain sur la liste se pr\u00e9pare \u00e0 \u00eatre le suivant. Quand sera-t-il abattu\u00a0? il ne le sait pas.. Mais il sait que son tour viendra. Il nous livre ici ses r\u00e9flexions sur le m\u00e9tier de juge en Sicile, sur la violence et les moyens \u00e0 sa disposition, sur sa vie, sur son pr\u00e9sent, sur sa mort prochaine\u2026 J\u2019ai davantage le sentiment de lire un article de journal qu\u2019une nouvelle sortie de l\u2019imagination\u2026<\/p>\n<p>Extraits:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il a d\u00fb faire beau aujourd\u2019hui. Cela se sent dans l\u2019air. Une belle journ\u00e9e de mai qui a fait sourire les collines.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Qui me demande de faire ce que je fais\u00a0? Je me penche en moi-m\u00eame pour sonder cette folie qui me fait continuer, mais je ne trouve rien que je puisse comprendre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous n\u2019avons pas peur de la mort car nous sommes d\u00e9j\u00e0 morts. Notre m\u00e9pris pour la mort, c\u2019est notre courage\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pourquoi est-ce que je me prive de tout ce qui fait une vie\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ils veulent nous faire croire que toute la Sicile est une pute et qu\u2019ils seront toujours plus forts que nous parce qu\u2019ils ont plus d\u2019argent que nous. Nous, en face, dans nos bureaux, nous nous accrochons \u00e0 des notions qui nous sont ch\u00e8res, comme des hommes qui s\u2019accrochent \u00e0 leur canne sous le vent et nous r\u00e9p\u00e9tons inlassablement des mots qui sont trop grands pour ce pays mais qui nous donnent du courage\u00a0: \u201c\u00c9tat\u201d\u2026 \u201cJustice\u201d\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je ne sais pas que cette heure de marche sera la derni\u00e8re que je conna\u00eetrai et que j\u2019y penserai souvent dans les jours \u00e0 venir comme un pr\u00e9cieux moment de libert\u00e9. Je m\u2019en souviendrai, oui, parce que durant quelques instants, j\u2019ai pens\u00e9, j\u2019ai march\u00e9, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 nouveau un homme seul et libre, avec ses souvenirs\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La peur m\u2019attend et s\u2019appr\u00eate \u00e0 m\u2019avaler \u00e0 nouveau. Je finirai mes jours avec les sourcils fronc\u00e9s, incapable de sourire en journ\u00e9e et de dormir la nuit\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><strong><a style=\"color: #999999;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2076\">Lien vers l&rsquo;article : Auteur coup de c\u0153ur Laurent Gaud\u00e9<\/a><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Laurent Gaud\u00e9, n\u00e9 le 6 juillet 1972 dans le 14e arrondissement de Paris, est un \u00e9crivain fran\u00e7ais, qui a obtenu le prix Goncourt des lyc\u00e9ens et le prix des libraires avec La Mort du roi Tsongor en 2002, puis le prix Goncourt pour son roman Le Soleil des Scorta, en 2004. 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