{"id":5724,"date":"2018-03-16T11:59:47","date_gmt":"2018-03-16T10:59:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5724"},"modified":"2018-03-16T11:59:47","modified_gmt":"2018-03-16T10:59:47","slug":"bouida-iouri-le-train-zero-1998","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5724","title":{"rendered":"Bou\u00efda, Iouri \u00abLe train z\u00e9ro\u00bb (1998)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur\u00a0: <\/strong>Youri Bou\u00efda est n\u00e9 \u00e0 Znamensk dans la r\u00e9gion de Kaliningrad en 1954.Il a publi\u00e9 depuis 1992 plusieurs romans en Russie, o\u00f9 son \u0153uvre jouit d\u2019un tr\u00e8s grand prestige. De lui, les Editions Gallimard ont \u00e9galement publi\u00e9 <em>Yermo<\/em> (Du monde entier, 2002), <em>La fianc\u00e9e prussienne et autres nouvelles<\/em> (Du monde entier, 2005), <em>Potemkine ou Le troisi\u00e8me coeur<\/em> (Du monde entier, 2012), <em>La mouette au sang bleu<\/em> (Du monde entier, 2015), <em>Voleur, espion et assassin\u00a0\u00a0<\/em> (Du monde entier, 2018)<\/p>\n<p>Collection Du monde entier, Gallimard \u2013 Litt\u00e9rature russe &#8211; \u00c9poque : XX<sup>e<\/sup>-XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle Trad. du russe par Sophie Benech \u2013 (texte russe a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1994 sous le titre <em>Don Domino) &#8211; <\/em>Parution : 03-11-1998 \u2013 140 pages &#8211;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Une gare perdue au fin fond de la Russie, dans la boue, le froid, les relents de chou et de vodka. Et toutes les nuits, un train qui passe&#8230; Nul ne sait d&rsquo;o\u00f9 il vient, o\u00f9 il va, ni ce qu&rsquo;il transporte. Dans ce no man&rsquo;s land isol\u00e9 du reste du monde vivent des gens qui aiment, esp\u00e8rent, tuent et meurent, empoisonn\u00e9s par l&rsquo;attente d&rsquo;une r\u00e9ponse qui ne vient jamais, par un myst\u00e8re qu&rsquo;il leur est interdit de chercher \u00e0 conna\u00eetre sous peine de mort.<\/p>\n<p>Il est difficile de qualifier ce r\u00e9cit court et puissant : trop cru, trop r\u00e9aliste pour \u00eatre une simple parabole, c&rsquo;est pourtant du destin de la Russie et du destin de l&rsquo;homme qu&rsquo;il nous parle. Tout en plongeant le lecteur dans un monde concret de terre, de fer, d&rsquo;odeurs, de bruits, de chair et de sang, il rel\u00e8ve de la m\u00eame veine mythique que Le D\u00e9sert des Tartares et d\u00e9bouche insensiblement sur une dimension tragique qui nous d\u00e9passe.<\/p>\n<p><strong>Mon avis\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>On attend \u2026. Un train va passer un jour.. On attend \u2026. direction la Station 9 au fin fond de la Russie\u2026<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 vient-il\u00a0? O\u00f9 va-t-il\u00a0? Que transporte-t-il\u00a0? Une seule chose est s\u00fbre\u00a0: il passe tous les jours\u2026 Et il ne faut surtout pas se poser de questions, ne pas chercher \u00e0 comprendre\u2026<\/p>\n<p>Une attente qui va rendre fou, d\u00e9stabiliser compl\u00e8tement les gens et les relations humaines. Certains vont tenter de fuir, de percer le myst\u00e8re\u00a0; d\u2019autres vont se donner la mort, d\u2019autres encore vont tuer\u00a0; d\u2019autres vont rester, car ils n\u2019ont pas re\u00e7u l\u2019ordre de bouger. L\u2019absurde et le sens du devoir, la peur, la tentative de vivre, d\u2019exister\u2026 Les d\u00e9finitions de la patrie, de l\u2019autorit\u00e9, de la justice sont juste hallucinantes et font froid dans le dos. L\u2019autorit\u00e9 est loi et les hommes n\u2019ont pas leur mot \u00e0 dire, pas le droit de chercher \u00e0 comprendre. Un livre \u00ab\u00a0marche ou cr\u00e8ve\u00a0\u00bb mais une marche immobile\u2026 une existence statique. Est-ce que cela vaut la peine d\u2019attendre, d\u2019esp\u00e9rer\u00a0? ou est-ce juste la fa\u00e7on de se dire un peu plus encre qu\u2019on a rat\u00e9 sa vie\u00a0? Se r\u00e9signer ou se battre contre des moulins \u00e0 vent\u00a0? Un livre tr\u00e8s dur sur les conditions de vie dantesques de quelques individus pendant l\u2019\u00e8re stalinienne.<\/p>\n<p><span style=\"display: inline !important; float: none; background-color: transparent; color: #333333; cursor: text; font-family: 'Roboto',Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: left; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; word-spacing: 0px;\">Le D\u00e9sert des Tartares de Dino Buzzati est un des livres choc de ma jeunesse, j&rsquo;\u00e9tais curieuse \u2026\u00a0<\/span> C\u2019est un fait que le rapprochement avec le livre de Buzzati est incontournable\u00a0; pas pour les m\u00eames raisons mais l\u2019attente est omnipr\u00e9sente\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>la vie s\u2019en allait de cette maison objet apr\u00e8s objet, chiffon apr\u00e8s chiffon, photo apr\u00e8s photo, et s\u2019entassait pr\u00e9cipitamment dans un \u00e9norme camion \u00e9clabouss\u00e9 de boue, pour dispara\u00eetre \u00e0 jamais, pour toujours, pour les si\u00e8cles des si\u00e8cles, et tenter de se greffer quelque part, l\u00e0-bas, au loin, sur une existence nouvelle qui lui serait probablement \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p>cent wagons aux portes boucl\u00e9es \u00e0 mort et plomb\u00e9es, deux locomotives \u00e0 l\u2019avant, deux \u00e0 l\u2019arri\u00e8re\u00a0\u2013 tchouk-tchouk\u2026 hou-ou\u00a0! Cent wagons. Lieu de d\u00e9part, inconnu. Lieu de destination, secret. On tient sa langue. Votre boulot n\u2019est pas sorcier\u00a0: les voies doivent \u00eatre en \u00e9tat.<\/p>\n<p>La Patrie, c\u2019\u00e9tait les autres. C\u2019\u00e9tait pour \u00e7a qu\u2019elle \u00e9tait terrible, incompr\u00e9hensible, et sacr\u00e9e. Comme tout ce qui est \u00e9tranger. Comme lui pour lui-m\u00eame. L\u2019orphelinat. La nourriture, les v\u00eatements et le reste, c\u2019\u00e9tait la Patrie. Le lever \u00e0 heures fixes, c\u2019\u00e9tait la Patrie. Les lumi\u00e8res de l\u2019instruction, c\u2019\u00e9tait la Patrie. Les ordres, encore la Patrie. La peine de mort si on ne les ex\u00e9cutait pas, toujours la Patrie. Et ce colonel roux aux yeux bleus, c\u2019\u00e9tait la Patrie. Tout ce qu\u2019il y avait de plus paternel.<\/p>\n<p>Il y en a qui meurent, il y en a qui naissent. Ils ne vont pas tous mourir. Certains vivront. Les hommes, c\u2019est pas des arbres, \u00e7a prend racine partout\u2026<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Il a quelque chose d\u2019inhumain, ce secret\u2026 murmura Micha.<br \/>\n\u2014\u00a0Tu connais des secrets humains, toi\u00a0? demanda Ivan avec \u00e9tonnement. Les secrets, c\u2019est toujours contre les hommes.<\/p>\n<p>Le printemps. Le voil\u00e0, votre printemps. Une foutue saison. Tout remonte \u00e0 la surface, le bon comme le mauvais. \u00c7a pousse, \u00e7a jaillit de la terre, et allez donc comprendre qu\u2019est-ce qui sort, l\u00e0, pour profiter du soleil\u2026<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas le train que tu attends, c\u2019est autre chose, tu ne sais m\u00eame pas quoi. Tu as peur de la vie, c\u2019est \u00e7a\u00a0? Ou alors tu attends une autre vie\u00a0? Mais il n\u2019y en aura pas d\u2019autre\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le train z\u00e9ro. Le fracas des roues, les g\u00e9missements du m\u00e9tal. Le charbon. L\u2019eau. La chaudi\u00e8re. Les dominos. Les conserves. La vodka. Les femmes. La Ligne. Ric-rac.<\/p>\n<p>Nous, le sang et la m\u00e9moire, c\u2019est tout ce qu\u2019on\u00a0poss\u00e8de, Ivan.<br \/>\n\u2014\u00a0Qui \u00e7a, nous\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0Nous les Juifs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tu n\u2019attends donc pas quelque chose, toi\u00a0? Tu ne te poses pas la question\u00a0: bon, la Ligne, le train z\u00e9ro, tout \u00e7a\u2026 Et apr\u00e8s\u00a0? Pour quoi faire\u00a0? O\u00f9 est-ce que \u00e7a m\u00e8ne, tout \u00e7a\u00a0? Comment \u00e7a va se terminer\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0Comment\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0Voil\u00e0, justement\u00a0! C\u2019est \u00e7a, la seule et unique question, la plus importante\u00a0: comment tout cela va-t-il se terminer\u00a0? Il y en a qui s\u2019en fichent. D\u2019autres qui posent la question, et comme la r\u00e9ponse n\u2019arrive pas, ils se font une raison\u00a0: \u00e0 eux, l\u00e0-haut, \u00e0 ceux dont c\u2019est le r\u00f4le, de d\u00e9cider si tout \u00e7a est n\u00e9cessaire ou non, et comment \u00e7a va se terminer. Si \u00e7a se termine par rien, eh bien, tant pis. Ce serait m\u00eame mieux, d\u2019ailleurs. Et si \u00e7a se termine par quelque chose, eh bien, on encaissera, ce ne sera pas la premi\u00e8re fois. Si c\u2019est la mort, eh bien, va pour la mort. L\u2019enfer\u00a0? Va pour l\u2019enfer\u00a0! Le paradis\u00a0? Va pour le paradis\u2026<\/p>\n<p>Seulement il a \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9 par la Ligne, par le train z\u00e9ro, par le secret, c\u2019est pourquoi, pour cette vie-l\u00e0 aussi, c\u2019est un homme fini\u2026<\/p>\n<p>l\u2019oreille tendue vers les t\u00e9n\u00e8bres, puis vers le fracas du train qui passait, on aurait dit qu\u2019elle s\u2019imbibait tout enti\u00e8re du hurlement m\u00e9tallique, du grondement, du sifflement, du cliquetis et des tr\u00e9pidations.<\/p>\n<p>On a trouv\u00e9 les ennemis, on les a jug\u00e9s et on les a punis. Sur le papier, tout est en ordre. Mais la qu\u00eate de la justice continue. On cherche la v\u00e9rit\u00e9. Et on la trouvera. Tu peux en \u00eatre s\u00fbr.<\/p>\n<p>Tu n\u2019existes pas, moi non plus, il n\u2019y a personne, nous ne sommes tous que l\u2019ombre de la Ligne, l\u2019ombre d\u2019un ordre, si tu veux \u2013\u00a0l\u2019ombre de l\u2019avenir. Cet ordre dont beaucoup r\u00eavent, il ne viendra jamais.<\/p>\n<p>[\u2026]\u00a0c\u2019est juste le vent qui court \u00e0 travers la plaine sans fin, juste un vent qui souffle de la Russie, le pays des mirages, des enfants perdus, des m\u00e8res et des p\u00e8res \u00e9gar\u00e9s, le pays des amants morts, des tra\u00eetres et des fous, un vent qui vient de la Patrie, celle qui d\u00e9vore ses propres enfants [\u2026]<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Si je le savais, je n\u2019en r\u00eaverais pas\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que tu vois\u00a0? Qu\u2019est-ce que tu entends\u00a0? Rien\u00a0? Eh bien, c\u2019est \u00e7a, la r\u00e9ponse \u00e0 toutes tes questions.<\/p>\n<p>\u00c0 force d\u2019attendre une r\u00e9ponse, tu t\u2019es rat\u00e9 toi-m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(<em>livre choisi pour le<\/em> <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5405\">\u00ab\u00a0challenge j\u2019ai lu 2018\u00a0\u00bb<\/a> ) : Un livre dont l\u2019auteur est d\u2019une origine diff\u00e9rente que vous<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Youri Bou\u00efda est n\u00e9 \u00e0 Znamensk dans la r\u00e9gion de Kaliningrad en 1954.Il a publi\u00e9 depuis 1992 plusieurs romans en Russie, o\u00f9 son \u0153uvre jouit d\u2019un tr\u00e8s grand prestige. 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