{"id":5978,"date":"2018-05-03T13:52:59","date_gmt":"2018-05-03T12:52:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5978"},"modified":"2018-05-20T16:18:54","modified_gmt":"2018-05-20T15:18:54","slug":"alameddine-rabih-les-vies-de-papier-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5978","title":{"rendered":"Alameddine, Rabih \u00ab Les vies de papier\u00bb (2016)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Rabih Alameddine est peintre et romancier. N\u00e9 \u00e0 Amman en Jordanie de parents libanais, il partage aujourd&rsquo;hui son temps entre San Francisco et Beyrouth.<\/p>\n<p>Les Vies de papier (titre original en anglais : An Unnecessary Woman) est un roman de l&rsquo;\u00e9crivain libano-am\u00e9ricain Rabih Alameddine paru originellement en 2014 chez Grove Press et en fran\u00e7ais le 25 ao\u00fbt 2016 aux \u00e9ditions Les Escales. Finaliste du National Book Award en 2014 , et du National Book Critics Circle Award 2015 \u00a0dans sa version originale, laur\u00e9at du California Book Award 2015,\u00a0\u00a0 le roman traduit en fran\u00e7aise re\u00e7oit le 25 octobre 2016 le prix Femina \u00e9tranger. Son pr\u00e9c\u00e9dent roman, Hakawati, avait paru en France en 2009 (Flammarion).<\/p>\n<p><em>Editions Les Escales \u2013 aout 2016 \u2013 329 pages \u2013\u00a0 \/ Editions 10\/18 &#8211; \u00a0ao\u00fbt 2017- 360 pages &#8211;<\/em><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Aaliya Saleh, 72 ans, les cheveux bleus, a toujours refus\u00e9 les carcans impos\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 libanaise. A l&rsquo;ombre des murs anciens de son appartement, elle s&rsquo;appr\u00eate pour son rituel pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Chaque ann\u00e9e, le 1er janvier, apr\u00e8s avoir allum\u00e9 deux bougies pour Walter Benjamin, cette femme irr\u00e9v\u00e9rencieuse et un brin obsessionnelle commence \u00e0 traduire en arabe l&rsquo;une des \u0153uvres de ses romanciers pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s : Kafka, Pessoa ou Nabokov.<br \/>\nA la fois refuge et \u00ab\u00a0plaisir aveugle\u00a0\u00bb, la litt\u00e9rature est l&rsquo;air qu&rsquo;elle respire, celui qui la fait vibrer comme cet opus de Chopin qu&rsquo;elle ne cesse d&rsquo;\u00e9couter. C&rsquo;est entour\u00e9e de livres, de cartons remplis de papiers, de feuilles volantes de ses traductions qu&rsquo;Aaliya se sent vivante. Cheminant dans les rues, Aaliya se souvient ; de l&rsquo;odeur de sa librairie, des conversations avec son amie Hannah, de ses lectures \u00e0 la lueur de la bougie tandis que la guerre faisait rage, de la ville en feu, de l&rsquo;impr\u00e9visibilit\u00e9 de Beyrouth.<br \/>\nRoman \u00e9blouissant \u00e0 l&rsquo;\u00e9rudition joueuse, c\u00e9l\u00e9brant la beaut\u00e9 et la d\u00e9tresse de Beyrouth, Les Vies de papier est une v\u00e9ritable d\u00e9claration d&rsquo;amour \u00e0 la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p><strong>Mon avis\u00a0:<\/strong>\u00a0 Prix F\u00e9mina \u00e9tranger. J\u2019applaudis des deux mains le choix du jury. L\u2019Histoire d\u2019une femme Aaliya, solitaire, amoureuse des mots et de sa ville, Beyrouth. Reflet de la condition f\u00e9minine en terre libanaise sur fond de chevelure blanche aux reflets bleus\u2026 Avec le sourire et les larmes au coin des yeux et des l\u00e8vres, de l\u2019humour, le monde merveilleux de la bonne litt\u00e9rature. A conseiller \u00e0 toutes celles et ceux qui aiment lire &#8211; et traduire &#8211; pour la beaut\u00e9 des mots (pas ceux qui lisent les polars pour savoir qui est l\u2019assassin\u2026) Un \u00a0personnage doux-tendre-amer qui va maintenant me tenir compagnie car je suis certaine de ne pas l\u2019oublier. Une femme qui pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre seule que mal accompagn\u00e9e qui nous raconte sa vie, ses r\u00eaves, son Beyrouth \u2026 Ce qui me fait penser \u00e0 cette expression que l\u2019on emploie parfois \u00ab\u00a0C\u2019est Beyrouth\u00a0\u00bb \u2026 cette ville d\u00e9vast\u00e9e, d\u00e9truite\u2026 alors que c\u2019\u00e9tait avant une ville magique et opulente o\u00f9 il faisait bon vivre\u2026 Et Aaliya, debout au milieu des d\u00e9combres de sa vie, de sa ville\u2026 Une femme instruite, libre dans sa t\u00eate. Hommage aux livres, \u00e0 la litt\u00e9rature, aux auteurs, aux traducteurs\u2026 Des citations d\u2019\u00e9crivains incontournables. Au cr\u00e9puscule de sa vie, le pass\u00e9 s\u2019invite, les souvenirs remontent. Roman hommage \u00e0 la femme libre, \u00e0 la condition f\u00e9minine au Liban. Qui traite de la vie des femmes, du mariage, des rapports familiaux, de la fa\u00e7on dont sont trait\u00e9es les femmes seules, des r\u00e9flexions sur le vieillissement\u2026<\/p>\n<p>Une r\u00e9flexion sur l\u2019importance des livres qui permettent de s\u2019\u00e9vader et de continuer \u00e0 vivre. Mais attention\u00a0: le livre n\u2019est pas triste\u2026 il est beau, nostalgique \u00e0 ces heures\u2026 et des pointes d\u2019humour qui am\u00e8nent un sourire aux l\u00e8vres. Une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les femmes sont pr\u00e9sentes, s\u2019entraident\u2026 m\u00eame si parfois elles empi\u00e8tent un peu trop \u00e0 son gout sur le territoire et dans le monde clos qu\u2019Aaliya a construit pour elle. Le titre original du livre est tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9lateur \u00ab\u00a0une femme inutile\u00a0\u00bb\u00a0; elle se consid\u00e8re comme \u00e9tant de trop\u2026 Elle s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9e dans l\u2019\u00e9crit \u2026 mais est-elle superf\u00e9tatoire\u00a0? Je ne le pense pas\u2026<\/p>\n<p>Je sens que je vais ressortir tout plein de livres de ma biblioth\u00e8que suite \u00e0 cette lecture\u2026 ces livres lus il y a des ann\u00e9es qui remontent\u2026 Tolsto\u00ef, Yourcenar, Camus, Stendhal, Tchekhov, Pessoa (et peut-\u00eatre surtout lui) \u2026 qui risque fort de devenir \u00ab\u00a0livre de chevet\u00a0\u00bb\u00a0: je pense lister tous les auteurs \/livres qu\u2019Aaliya cotoie dans son livre\u00a0&#x1f609; .\u00a0 Mais n\u2019ayez pas peur\u2026 C\u2019est un roman avec des citations mais pas un r\u00e9cit dans lequel on vous jette l\u2019\u00e9rudition \u00e0 la figure\u2026.<\/p>\n<p>Si vous cherchez un livre d\u2019action\u2026 ce livre n\u2019est pas pour vous\u2026 Mais si vous aimez les arts, les livres, la musique des notes, des mots et des lieux, si vous aimez les gens, les histoires de vie\u2026 Un r\u00e9cit en nuances, en \u00e9motions\u2026 qui \u00e0 bien des moments a fait revivre ma Maman \u2026<\/p>\n<p>Tr\u00e8s beau moment de lecture \u2026 un livre qui aurait pu durer encore des pages et des pages\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0: ( je n\u2019ai pas recopi\u00e9 le livre quoique \u2026.)<\/p>\n<p>Je commence cette histoire par une r\u00e9flexion mal \u00e9clair\u00e9e. Une des deux ampoules de la salle de bain a rendu l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature est mon bac \u00e0 sable. J\u2019y joue, j\u2019y construis mes forts et mes ch\u00e2teaux, j\u2019y passe un temps merveilleux. C\u2019est le monde \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de mon bac \u00e0 sable qui me pose probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Je me suis adapt\u00e9e avec docilit\u00e9, quoique de mani\u00e8re non conventionnelle, au monde visible, afin de pouvoir me retirer sans grands d\u00e9sagr\u00e9ments dans mon monde int\u00e9rieur de livres. Pour filer cette m\u00e9taphore sableuse, si la litt\u00e9rature est mon bac \u00e0 sable, alors le monde r\u00e9el est mon sablier \u2013\u00a0un sablier qui s\u2019\u00e9coule grain par grain. La litt\u00e9rature m\u2019apporte la vie, et la vie me tue.<\/p>\n<p>Enfin, la vie tue tout le monde.<\/p>\n<p>Parmi les nombreuses d\u00e9finitions du progr\u00e8s, \u00ab\u00a0ennemi des arbres\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0tueur d\u2019oiseaux\u00a0\u00bb me semblent les plus pertinentes.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas plus conformiste que celui qui affiche son individualisme.<\/p>\n<p>Nous partagions le m\u00eame\u00a0espace, mais plus la pr\u00e9venance, la compassion ni la camaraderie. Nous \u00e9tions comme un couple mari\u00e9.<\/p>\n<p>On dit que le rire est ce qui, en dernier recours, unit.<\/p>\n<p>L\u2019acte amoureux, comme l\u2019art, peut perturber une \u00e2me, peut concasser un c\u0153ur au mortier.<\/p>\n<p>La m\u00e9moire choisit de conserver ce que le d\u00e9sir ne peut esp\u00e9rer prolonger.<\/p>\n<p>J\u2019ai atteint l\u2019\u00e2ge o\u00f9 la vie est devenue une s\u00e9rie de d\u00e9faites accept\u00e9es \u2013\u00a0l\u2019\u00e2ge et la d\u00e9faite, fr\u00e8res de sang fid\u00e8les jusqu\u2019\u00e0 la fin.<\/p>\n<p>Sans \u00e9lectricit\u00e9, la nuit est nuit de nouveau, et non pas l\u2019imitation de pacotille qui se fait passer pour la nuit dans les villes modernes. Sans \u00e9lectricit\u00e9, la nuit est une fois encore le monde profond de l\u2019obscurit\u00e9, le myst\u00e8re que nous redoutons.<br \/>\nL\u2019obscurit\u00e9 visible.<\/p>\n<p>Dans ma ville, le soleil\u00a0multiplie ses effets sur la myriade de fen\u00eatres et de vitres en reflets bigarr\u00e9s qui font que chaque matin est unique.<\/p>\n<p>[\u2026] son fameux rire effrayant, une cr\u00e9pitante exhalation de fausset qui gonfle et fait onduler son cou allong\u00e9 comme le soufflet d\u2019un boulanger, un rire d\u00e9brid\u00e9 et contagieux [\u2026]<\/p>\n<p>Non seulement on s\u2019habitue \u00e0 la peur, mais on la trouve plus supportable au bout d\u2019un moment, on la met \u00e0 distance, on l\u2019absorbe.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re, d\u2019une fragilit\u00e9 alarmante, tout en noir, est toute vo\u00fbt\u00e9e, on la dirait tout droit sortie du P\u00e8lerinage de San Isidro de Goya.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re est \u00e0 l\u2019article de la mort depuis maintenant un certain temps, cependant elle s\u2019obstine \u00e0 ce que cet article reste en l\u2019occurrence tout \u00e0 fait ind\u00e9fini.<\/p>\n<p>Je pr\u00e9f\u00e8re les conversations lentes o\u00f9 les mots sont compt\u00e9s comme des perles, les conversations aux pauses multiples, les pauses rempla\u00e7ant les mots.<\/p>\n<p>Alors que les Libanais \u00e9taient ivres de sang, toi, tu \u00e9tais livre de sang.<\/p>\n<p>Aucune voiture ne ralentira pour me laisser traverser \u2013\u00a0cela ne s\u2019est encore jamais produit, cela ne se produira jamais. Je me faufile entre les v\u00e9hicules, je danse la disco beyrouthine pour atteindre l\u2019autre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>Comme tout le monde, je veux des explications. En d\u2019autres termes, je cr\u00e9e des explications lorsqu\u2019il n\u2019en existe pas.<\/p>\n<p>Quand je lis un livre, je fais de mon mieux, pas toujours avec succ\u00e8s, pour laisser le mur s\u2019effriter un peu, la barricade qui me s\u00e9pare du livre. J\u2019essaye d\u2019\u00eatre impliqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans\u00a0Le Livre de l\u2019intranquillit\u00e9, Pessoa \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0La seule attitude digne d\u2019un homme sup\u00e9rieur, c\u2019est de persister tenacement dans une activit\u00e9 qu\u2019il sait inutile, respecter une discipline qu\u2019il sait st\u00e9rile et s\u2019en tenir\u00a0\u00e0 des normes de pens\u00e9e philosophique et m\u00e9taphysique, dont l\u2019importance lui appara\u00eet totalement nulle\u00bb<\/p>\n<p>Tout en parlant au t\u00e9l\u00e9phone, je me suis mise \u00e0 reconstruire ce ch\u00e2teau de carte que j\u2019appelle mon ego.<\/p>\n<p>Je me suis gliss\u00e9e dans l\u2019art pour \u00e9chapper \u00e0 la vie. Je me suis enfuie en litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>Je peux comprendre Marguerite Duras, bien que n\u2019\u00e9tant pas fran\u00e7aise et n\u2019ayant jamais \u00e9t\u00e9 follement amoureuse d\u2019un Asiatique. Je peux vivre dans la peau d\u2019Alice Munro. Mais je ne peux pas comprendre ma propre m\u00e8re.<\/p>\n<p>Je ne souhaite pas penser \u00e0 ma vie. Je veux me perdre dans celle de quelqu\u2019un d\u2019autre.<\/p>\n<p>Je tourne les pages sans me presser, \u00e0 un rythme mesur\u00e9, \u00e0 la cadence d\u2019un m\u00e9tronome nonchalant. Je me perds dans les territoires langoureux du livre.<\/p>\n<p>Le papier a vieilli, s\u2019est gondol\u00e9, us\u00e9 et d\u00e9color\u00e9, ou non, pas d\u00e9color\u00e9,\u00a0mais disons plut\u00f4t qu\u2019il est devenu multicolore \u2013\u00a0le vieillissement enfante de nouvelles couleurs, des variantes de jaunes et d\u2019orange fonc\u00e9 dans ce cas, les couleurs d\u2019un feu qui se meurt.<\/p>\n<p>Lire ses journaux d\u2019enfance, c\u2019est comme d\u00e9chiffrer d\u2019antiques papyrus.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re n\u2019a pas attendu le grand \u00e2ge pour atteindre son apog\u00e9e. Elle commen\u00e7a \u00e0 survoler en cercles le sommet de l\u2019Everest du narcissisme \u00e0 un \u00e2ge assez jeune [\u2026]<\/p>\n<p>Nulle nostalgie fait autant souffrir que la nostalgie des choses qui n\u2019ont jamais exist\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mon isolement m\u2019a fa\u00e7onn\u00e9 \u00e0 son image et \u00e0 sa ressemblance.\u00a0\u00bb Pessoa a dit cela. Il a \u00e9galement \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0La solitude me d\u00e9sesp\u00e8re\u00a0; la compagnie des autres me p\u00e8se.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Je suis un \u00eatre humain qui fonctionne. Dans l\u2019ensemble.<br \/>\nHistoire que nous ne vous moquiez pas trop de moi, le \u00ab\u00a0dans l\u2019ensemble\u00a0\u00bb ci-dessus porte sur \u00ab\u00a0fonctionne\u00a0\u00bb et non pas sur \u00ab\u00a0\u00eatre humain\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tout Beyrouthin d\u2019un certain \u00e2ge a appris qu\u2019en sortant de chez lui pour une promenade il n\u2019est jamais certain qu\u2019il rentrera \u00e0 la maison, non seulement parce que quelque chose peut lui arriver personnellement mais parce qu\u2019il est possible que sa maison ait cess\u00e9 d\u2019exister.<\/p>\n<p>Quand je suis au mus\u00e9e, mon pr\u00e9sent est assailli, mon pass\u00e9 r\u00e9cent oubli\u00e9\u00a0;<\/p>\n<p>Nulle nostalgie n\u2019est v\u00e9cue avec autant d\u2019intensit\u00e9 que la nostalgie de ce qui n\u2019a pas eu lieu.<\/p>\n<p>Des larmes sculptent deux sillons sur chaque joue. La terreur rampe de la poitrine aux membres\u00a0; j\u2019ai peur parce que j\u2019ai l\u2019impression de me d\u00e9composer et je ne sais pas du tout pourquoi. Le chagrin fond sur mon c\u0153ur tel un rapace.<\/p>\n<p>Pessoa, plus connaisseur que Flaubert en mati\u00e8re d\u2019ali\u00e9nation, a \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Plus redoutables que n\u2019importe quelles murailles, j\u2019ai plant\u00e9 des grilles d\u2019une hauteur immense \u00e0 l\u2019entour du jardin de mon \u00eatre, de telle sorte que, tout en voyant parfaitement les autres, je les exclus encore plus parfaitement et les maintiens dans leur statut d\u2019\u00e9trangers.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>J\u2019aime les hommes et les femmes qui ne trouvent pas leur place dans la culture dominante, ou, comme \u00c1lvaro de Campos les appelle, les \u00e9trangers ici comme partout, accident\u00e9s de la vie et de l\u2019\u00e2me.\u00a0J\u2019aime les outsiders, les fant\u00f4mes errant\u00a0dans les couloirs envahis de toiles d\u2019araign\u00e9es du ch\u00e2teau hant\u00e9 o\u00f9 la vie doit \u00eatre v\u00e9cue.<\/p>\n<p>En philosophie, je fus pendant longtemps une tourneuse de pages avant de devenir une lectrice. J\u2019ai err\u00e9 \u00e0 la surface avant d\u2019atteindre \u00e0 l\u2019essence.<\/p>\n<p>Elle s\u2019\u00e9tait dissoute dans mes souvenirs. Elle \u00e9tait devenue un dissouvenir.<\/p>\n<p>J\u2019ai beau conna\u00eetre les personnages d\u2019un roman en tant que collection de sc\u00e8nes \u00e9galement, en tant que phrases accumul\u00e9es dans ma t\u00eate, j\u2019ai le sentiment de les conna\u00eetre mieux que ma m\u00e8re. Je remplis les blancs avec les personnages litt\u00e9raires plus facilement qu\u2019avec des gens qui existent vraiment, ou peut-\u00eatre est-ce que je fais plus d\u2019effort.<\/p>\n<p>Doit-on tenir la promesse faite \u00e0 une personne inconsciente\u00a0?<\/p>\n<p>Construire, c\u2019est imprimer une marque humaine \u00e0 un paysage, et les Beyrouthins ont imprim\u00e9 leur marque sur leur ville comme une meute de chiens enrag\u00e9s. Le cancer virulent que nous appelons b\u00e9ton s\u2019est r\u00e9pandu dans toute la capitale, d\u00e9vorant toute surface vivante.<\/p>\n<p>Lorsque je tombe sur un jardin ces temps-ci, je fleuris int\u00e9rieurement.<\/p>\n<p>J\u2019aime ce quartier populaire. Les b\u00e2timents de la rue sont architecturalement contigus et homog\u00e8nes \u2013\u00a0pas de monstruosit\u00e9s modernes. Ils ne sont pas esth\u00e9tiquement beaux \u2013\u00a0des couleurs fades, ayant d\u00e9pass\u00e9 la date de p\u00e9remption\u00a0\u2013 mais, comme ils d\u00e9gagent quelque chose d\u2019organique et de coh\u00e9rent, ce secteur de la ville ressemble \u00e0 quelque chose.<\/p>\n<p>Mon \u00e2me est humide rien que d\u2019entendre la pluie.<\/p>\n<p>Toi, jadis si bien \u00e9lev\u00e9e, o\u00f9 sont pass\u00e9es tes bonnes mani\u00e8res\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0Elles ont vieilli, r\u00e9pond Fadia. Elles ont vieilli, pour que je reste jeune.<\/p>\n<p>Il existe deux sortes de gens en ce monde\u00a0: ceux qui veulent \u00eatre d\u00e9sir\u00e9s et ceux qui veulent tellement \u00eatre d\u00e9sir\u00e9s qu\u2019ils font semblant de ne pas s\u2019en soucier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"display: inline !important; float: none; background-color: transparent; color: #404040; font-family: 'Roboto',Arial; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: left; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; word-spacing: 0px;\">(<\/span><em>livre choisi pour le<\/em> <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5405\">\u00ab\u00a0challenge j\u2019ai lu 2018\u00a0\u00bb<\/a><span style=\"display: inline !important; float: none; background-color: transparent; color: #404040; font-family: 'Roboto',Arial; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: left; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; word-spacing: 0px;\"> ) :\u00a0<\/span><span style=\"margin: 0px; color: #404040; font-family: 'Arial',sans-serif; font-size: 10.5pt;\">Un livre traitant d\u2019une librairie ou d\u2019une biblioth\u00e8que<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Rabih Alameddine est peintre et romancier. N\u00e9 \u00e0 Amman en Jordanie de parents libanais, il partage aujourd&rsquo;hui son temps entre San Francisco et Beyrouth. Les Vies de papier (titre original en anglais : An Unnecessary Woman) est un roman de l&rsquo;\u00e9crivain libano-am\u00e9ricain Rabih Alameddine paru originellement en 2014 chez Grove Press et en fran\u00e7ais &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5978\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5979,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,35,570,16,572,1,105],"tags":[573,281,127,128,574,314,406,322],"class_list":["post-5978","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-coup-de-coeur-lectures","category-liban","category-litterature-du-proche-et-moyen-orient-du-magreb","category-magreb","category-non-classe","category-roman","tag-erudition","tag-guerre","tag-librairie","tag-livres","tag-mots","tag-rapports-familiaux","tag-survie","tag-vieillesse"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5978","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5978"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5978\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5980,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5978\/revisions\/5980"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5979"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5978"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5978"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5978"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}