{"id":6125,"date":"2014-06-09T16:34:50","date_gmt":"2014-06-09T15:34:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=623"},"modified":"2014-06-09T16:34:50","modified_gmt":"2014-06-09T15:34:50","slug":"didierlaurent-jean-paul-le-liseur-du-6h27-05-2014-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6125","title":{"rendered":"Didierlaurent Jean-Paul &#8211; Le liseur du 6h27 (05.2014)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Jean-Paul Didierlaurent habite dans les Vosges. Nouvelliste exceptionnel laur\u00e9at de nombreux concours, trois fois finaliste et deux fois laur\u00e9at du Prix Hemingway, Le Liseur du 6h27 est son premier roman.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: Guylain Vignolles est pr\u00e9pos\u00e9 au pilon et m\u00e8ne une existence maussade et solitaire, rythm\u00e9e par ses allers-retours quotidiens \u00e0 l&rsquo;usine. Chaque matin en allant travailler, comme pour se laver des livres broy\u00e9s, il lit \u00e0 voix haute dans le RER de 6H27 les quelques feuillets qu&rsquo;il a sauv\u00e9 la veille des dents de fer de la Zerstor 500, le mastodonte m\u00e9canique dont il est le servant.<br \/>\nUn jour, Guylain d\u00e9couvre les textes d&rsquo;une myst\u00e9rieuse inconnue qui vont changer le cours de sa vie&#8230;<br \/>\nDans une couleur \u00e9voquant le cin\u00e9ma de Jean-Pierre Jeunet ou la plume ouvri\u00e8re de Jean Meckert, Jean-Paul Didierlaurent signe un premier roman qui nous d\u00e9voile l&rsquo;univers d&rsquo;un \u00e9crivain singulier, plein de chaleur et de po\u00e9sie, o\u00f9 les personnages les plus anodins sont loufoques et extraordinaires d&rsquo;humanit\u00e9, et la litt\u00e9rature le rem\u00e8de \u00e0 la monotonie quotidienne.<br \/>\n\u00abPas besoin de se lever si t\u00f4t pour appr\u00e9cier la po\u00e9sie et l&rsquo;humour qui se d\u00e9gagent de ce premier roman aux charmes incomparables. Frais, joyeux mais surtout pas d\u00e9nu\u00e9 d&rsquo;intelligence et de style, des personnages vraiment originaux et surtout tr\u00e8s attachants. Une tr\u00e8s belle r\u00e9ussite !\u00bbAur\u00e9lie Janssens Librairie Page et Plume (Limoges)<\/p>\n<p><strong>Analyse en relation avec une interview de l\u2019auteur<\/strong>: (Emission: entre les lignes)<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur pointe les \u00e9garements de la soci\u00e9t\u00e9 au travers d&rsquo;un personnage sympathique qui veut vivre \u00ab\u00a0invisible\u00a0\u00bb. Le maitre mot du livre est \u00ab\u00a0plaisir\u00a0\u00bb. Le personnage du livre a d\u00fb toute sa vie supporter son nom et son pr\u00e9nom, et la contrep\u00e8terie qui en d\u00e9coule \u00ab\u00a0Vilain Guignol\u00a0\u00bb. Ce personnage, l&rsquo;auteur a souhait\u00e9 le faire sortir de son n\u00e9ant, de faire briller la p\u00e9pite qui est en lui; ce n&rsquo;est pas un personnage de looser car il a choisi de ne pas quitter sa ville et son poisson rouge. C&rsquo;est simplement un anti-h\u00e9ro, invisible, comme nous le sommes tous, invisibles, dans le RER du petit matin.<\/p>\n<p>La machine qui d\u00e9truit les livres, \u00ab\u00a0la chose\u00a0\u00bb est inerte mais vivante; il la d\u00e9teste et la d\u00e9crit de fa\u00e7on \u00e0 la faire appara\u00eetre la plus moche et\u00a0la plus monstrueuse possible; c&rsquo;est un monstre vivant et mena\u00e7ant, qui a sa vie propre, in\u00e9luctable. C&rsquo;est un mal n\u00e9cessaire, qui fait penser \u00e0 la \u00ab\u00a0Christine\u00a0\u00bb de Stephen King ou\u00a0\u00e0 la locomotive de Zola. La machine est omnipr\u00e9sente mais totalement imagin\u00e9e, telle un engin de guerre et de massacre. Ce qui est vrai par contre, c&rsquo;est qu&rsquo;un livre sur cinq, en France, finit sa vie au pilon.<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur- fan de l&rsquo;univers d\u00e9cal\u00e9, d\u00e9jant\u00e9, po\u00e9tique, l\u00e9ger de personnes telles que Dupontel ou Jean-Pierre Jeunet &#8211; rend ici hommage \u00e0 toutes les sortes de livres : le dernier Goncourt, un polar, un livre de cuisine.. toutes les pages \u00e9crites m\u00e9ritent le respect. Son but est de lib\u00e9rer les mots dans les airs, comme on lib\u00e8re les oiseaux en cage, peu importe la race des oiseaux, l&rsquo;important est qu&rsquo;ils puissent s&rsquo;envoler.<\/p>\n<p>Les textes lus dans le livre sont tous des \u00ab\u00a0recyclages\u00a0\u00bb de textes \u00e9crits par l&rsquo;auteur , souvent dans le but d&rsquo;en faire des nouvelles; le texte sur le lapin est un souvenir d&rsquo;enfance . On remarquera aussi les changements d&rsquo;univers se fondant sur l&rsquo;\u00e9criture, par les changements de rythme.<\/p>\n<p>Les autres personnages, en plus du liseur et de \u00ab\u00a0la chose\u00a0\u00bb sont tr\u00e8s savoureux et importants. Le gardien, Yvon Grimbert, passionn\u00e9 de versification et la sc\u00e8ne fabuleuse du camionneur qui va tenter de forcer le passage et se retrouve totalement d\u00e9pass\u00e9 devant un type qui lui barre le passage \u00e0 coup d&rsquo;alexandrins.. Ce sont des \u00eatres cocasses, excessifs, en p\u00e9riph\u00e9rie des autres. Des oubli\u00e9s \u00e0 mettre en lumi\u00e8re. D&rsquo;un cot\u00e9 il y a les bons, touch\u00e9s par les livres et de l&rsquo;autre les antipathiques. Le trait est forc\u00e9, on pourrait en faire une BD, car les personnages sont caricaturaux et imag\u00e9s. C&rsquo;st un conte contemporain avec une belle au bois dormant (la dame pipi) et un beau chevalier (le liseur) .. car il y a aussi une belle histoire d&rsquo;amour &#8230; la magie des mots trouv\u00e9s dans une cl\u00e9 USB..<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong> : 4 pr\u00e9noms pour se faire un nom\u00a0! Pour moi c\u2019est bon\u00a0! Mais je ne vous d\u00e9flore pas le livre plus avant et vous recommande de ne pas manquer le rendez-vous avec\u00a0l&rsquo;homme qui recherche ses jambes dans les pages d&rsquo;un livre de jardinage, la recherche de l&rsquo;amour, la rencontre avec les pensionnaires de la maison de retraite&#8230; Et je vous informe qu&rsquo;une musique est associ\u00e9e par l&rsquo;auteur \u00e0 ce liseur : \u00ab\u00a0Ruthless Gravity\u00a0\u00bb de Craig Amstrong.. Alors&#8230; montez \u00e0 bord du train de 6h27&#8230; surtout ne le loupez pas&#8230;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Se fondre dans le paysage jusqu\u2019\u00e0 se renier soi-m\u00eame pour rester un ailleurs jamais visit\u00e9<\/p>\n<p>Guylain ne l\u2019avait pas \u00e9cout\u00e9, croyant na\u00efvement que la routine finirait par tout arranger. Qu\u2019elle allait lui envahir l\u2019existence comme un brouillard d\u2019automne et lui anesth\u00e9sier les pens\u00e9es<\/p>\n<p>comme si le simple fait de la nommer eut \u00e9t\u00e9 faire preuve envers elle de reconnaissance, une sorte d\u2019acceptation tacite qu\u2019il ne voulait en aucun cas. Ne jamais la nommer, c\u2019\u00e9tait l\u00e0 l\u2019ultime rempart qu\u2019il \u00e9tait parvenu \u00e0 \u00e9riger entre elle et lui pour ne pas d\u00e9finitivement lui vendre son \u00e2me<\/p>\n<p>\u00c0 peine un tressaillement du sol lorsque la Chose lan\u00e7a un premier hoquet de protestation. Le r\u00e9veil \u00e9tait toujours laborieux. Elle rotait, crachotait, paraissait rechigner \u00e0 s\u2019\u00e9lancer mais une fois la premi\u00e8re gorg\u00e9e de fioul pass\u00e9e, la Chose se mettait en branle<\/p>\n<p>Ses silences \u00e9taient pleins. Guylain pouvait s\u2019y glisser comme dans un bain ti\u00e8de<\/p>\n<p>Le gardien ne mangeait pas, se contentant de ses vers de douze pieds et de rien d\u2019autre, des vers qu\u2019il faisait descendre \u00e0 l\u2019aide de ce th\u00e9 noir dont il \u00e9tait friand et qu\u2019il avalait par Thermos enti\u00e8res \u00e0 longueur de journ\u00e9e.<\/p>\n<p>Le camion s\u2019\u00e9choua dans un grand souffle de baleine fatigu\u00e9e \u00e0 quelques centim\u00e8tres de la barri\u00e8re abaiss\u00e9e.<\/p>\n<p>ne jamais abandonner une phrase en cours de lecture, quelle qu\u2019en fut la cause ou la raison. \u00ab\u00a0Ne pas l\u00e2cher le fil du Verbe, petit\u00a0! Aller \u00e0 son terme, glisser le long de la tirade jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019enfin le point final te lib\u00e8re\u00a0!<\/p>\n<p>Les rimes leur tombaient dessus, les asphyxiant aussi s\u00fbrement qu\u2019une vol\u00e9e de coups port\u00e9e en plein plexus<\/p>\n<p>Le type entama un repli prudent sur la pointe de ses santiags<\/p>\n<p>Le week-end arriva comme un havre o\u00f9 d\u00e9poser toute la fatigue accumul\u00e9e durant la semaine<\/p>\n<p>C\u2019est dans les cicatrices des gueules cass\u00e9es que l\u2019on peut lire les guerres<\/p>\n<p>Partout, ce n\u2019\u00e9tait que reflets et scintillements. La br\u00e8ve averse du milieu de la nuit avait embelli chaque chose en la vernissant de son eau<\/p>\n<p>J\u2019aime cette id\u00e9e qu\u2019ils ont m\u00fbri pendant la nuit, ces \u00e9crits, comme une p\u00e2te \u00e0 pain que l\u2019on a laiss\u00e9 lever et que l\u2019on retrouve au petit matin bien gonfl\u00e9e et odorante<\/p>\n<p>Des ann\u00e9es d\u2019imposture \u00e0 taire le pire en s\u2019inventant un meilleur, \u00e0 se construire une existence factice, rien que pour elle<\/p>\n<p>Il a fallu me rendre rapidement \u00e0 l\u2019\u00e9vidence que les gens n\u2019attendent en g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019une seule chose de vous\u00a0: que vous leur renvoyiez l\u2019image de ce qu\u2019ils veulent que vous soyez.<\/p>\n<p>Alors s\u2019il y a une le\u00e7on que j\u2019ai bien apprise en pr\u00e8s de vingt-huit ans de pr\u00e9sence sur cette Terre, c\u2019est que l\u2019habit doit faire le moine et peu importe ce que cache la soutane<\/p>\n<p>Mais merde, quand on a un cheveu sur la langue, on ne fait pas \u201caffiftant fofial\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Jean-Paul Didierlaurent habite dans les Vosges. 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