{"id":6424,"date":"2018-06-09T11:08:12","date_gmt":"2018-06-09T09:08:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6424"},"modified":"2021-04-01T15:55:51","modified_gmt":"2021-04-01T13:55:51","slug":"chalandon-sorj-le-jour-davant-2017","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6424","title":{"rendered":"Chalandon, Sorj \u00abLe Jour d\u2019avant\u00bb (2017)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: N\u00e9 le 16 mai 1952 \u00e0 Tunis, Sorj Chalandon est journaliste. Grand reporter, il a couvert de nombreux conflits et proc\u00e8s pour le quotidien \u00ab\u00a0Lib\u00e9ration\u00a0\u00bb entre 1974 et 2007 et a obtenu le Prix Albert Londres en 1988 pour sa couverture du proc\u00e8s de Klaus Barbie. Apr\u00e8s trente-quatre ans \u00e0 Lib\u00e9ration, Sorj Chalandon est depuis 2009 journaliste au Canard encha\u00een\u00e9. Ancien grand reporter, prix Albert-Londres (1988), il est aussi l&rsquo;auteur de sept romans, tous parus chez Grasset. Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006 &#8211; prix M\u00e9dicis), Mon tra\u00eetre (2008 &#8211; Prix Joseph Kessel), La L\u00e9gende de nos p\u00e8res (2009), Retour \u00e0 Killybegs (2011 &#8211; Grand Prix du roman de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7003\">Le Quatri\u00e8me Mur<\/a> (2013 &#8211; prix Goncourt des lyc\u00e9ens) et\u00a0Profession du p\u00e8re\u00a0(2015). \u00a0 \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6424\">Le Jour d&rsquo;avant<\/a>\u00a0\u00bb (2017) &#8211; \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9236\">Une joie f\u00e9roce<\/a>\u00a0\u00bb (2019)<\/p>\n<p>Grasset &#8211; 16\/08\/2017 \u2013 336 pages \/Livre de poche 22.08.2018 &#8211; 353 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0Venge-nous de la mine\u00a0\u00bb, avait \u00e9crit mon p\u00e8re. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings lev\u00e9s au ciel apr\u00e8s sa disparition brutale. J&rsquo;allais venger mon fr\u00e8re, mort en ouvrier. Venger mon p\u00e8re, parti en paysan. Venger ma m\u00e8re, esseul\u00e9e \u00e0 jamais. J&rsquo;allais punir les Houill\u00e8res, et tous ces salauds qui n&rsquo;avaient jamais pay\u00e9 pour leurs crimes.<\/p>\n<p><strong>Mon avis\u00a0<\/strong>: Cela faisait un petit bout de temps que je voulais d\u00e9couvrir cet auteur. Merci \u00e0 Zo\u00e9 Lalande qui a donn\u00e9 le petit coup de pouce suppl\u00e9mentaire (j\u2019esp\u00e8re qu\u2019elle aura l\u2019id\u00e9e de mettre sa pr\u00e9sentation du livre en commentaire si elle passe par l\u00e0).<\/p>\n<p>Bienvenue au pays des gueules noires, quelques d\u00e9cennies apr\u00e8s le \u00ab\u00a0Germinal\u00a0\u00bb de Zola. Les conditions de travail ne semblent pas avoir chang\u00e9\u2026 Le point de d\u00e9part\u00a0: la catastrophe mini\u00e8re du 27 d\u00e9cembre 1974. Le jour o\u00f9 Michel a perdu son fr\u00e8re. Le jour o\u00f9 sa vie va basculer. Michel, ce gamin qui voulait devenir pilote automobile, ou m\u00e9canicien\u2026 et qui va devoir abandonner son r\u00eave. Il ne sera pas non mineur comme son grand fr\u00e8re\u2026 Il quittera le pays des corons pour Paris, y fera sa vie, en cultivant le souvenir de ce jour de 1974.<\/p>\n<p>Le jour o\u00f9 sa femme va d\u00e9c\u00e9der, il va d\u00e9cider de retourner dans sa r\u00e9gion natale pour se venger\u2026 Il est loin d\u2019etre arm\u00e9 pour la vengeance, pour tuer, lui qui est plut\u00f4t un \u00eatre d\u00e9sempar\u00e9, p\u00e9tri de culpabilit\u00e9, de non-dits, et de regrets. Mais il ne retrouvera pas le pays de son enfance\u2026 et sera per\u00e7u non plus comme l\u2019enfant du pays mais comme le \u00ab\u00a0Parisien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un livre qui nous raconte deux histoires\u00a0: celles des gueules noires et celle de Michel. Un hommage aux mineurs, la condamnation des conditions de travail qui ont pour unique but le profit, au m\u00e9pris de la s\u00e9curit\u00e9. Mais au milieu du roman, tout bascule et on se retrouve dans un autre contexte\u00a0: celui du meurtre, de la relation entre un meurtrier, sa victime et la justice. Est-il enfin la voix qui permettra de juger les responsables de la trag\u00e9die qui emporta 42 personnes\u00a0? est-il la voix qui rendra justice aux mineurs que la mine tue \u00e0 petit feu quand ils r\u00e9chappent \u00e0 un coup de grisou\u00a0?<\/p>\n<p>Un livre fort, percutant, magnifique.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Les \u00e9curies abritent le b\u00e9tail, pas les voitures, disait-il.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0N\u2019importe qui peut imiter le chant du coq. Mais le chant du travail, c\u2019est une autre histoire,<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Un mineur aujourd\u2019hui, c\u2019est un m\u00e9canicien, a r\u00e9pondu l\u2019a\u00een\u00e9.<br \/>\n\u2014\u00a0C\u2019est Germinal robotis\u00e9, a rigol\u00e9 son copain en nous ouvrant la porte.<\/p>\n<p>Tu n\u2019iras pas au charbon, tu iras au chagrin. M\u00eame si tu ne meurs pas.<\/p>\n<p>Elle n\u2019\u00e9tait plus ma femme, mais la chambre 306. Je n\u2019\u00e9tais plus son mari, mais un visiteur. J\u2019avais \u00e0 peine le droit de tapoter ses oreillers ou d\u2019approcher un verre d\u2019eau de ses l\u00e8vres.<br \/>\nJe g\u00eanais la bonne marche de la maladie.<\/p>\n<p>Mais lorsque ses yeux accrochaient les miens, nous \u00e9tions enlac\u00e9s.<\/p>\n<p>La mine rongeait mon sang, pas le sien.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019heure de dire au revoir \u00e0 son charbon, la France a oubli\u00e9 de dire adieu \u00e0 ses mineurs. Le monde qu\u2019ils incarnaient n\u2019existait d\u00e9j\u00e0 plus.<\/p>\n<p>Je me suis remis en marche. Plus jeune, je crois que j\u2019aurais pleur\u00e9. C\u2019\u00e9tait le moment. J\u2019\u00e9tais seul, d\u00e9sempar\u00e9. Et la pluie a toujours masqu\u00e9 les larmes.<\/p>\n<p>Notre bassin n\u2019avait plus rien de minier. Je ne reconnaissais ni les hommes ni leurs r\u00eaves.<\/p>\n<p>Je pensais retrouver des \u00e9clats d\u2019enfance et j\u2019en ramassais des lambeaux.<\/p>\n<p>Elle gardait le silence. Mes mots \u00e9taient trop immenses, elle ne voulait pas les effrayer.<\/p>\n<p>Toute ma vie j\u2019avais \u00e9t\u00e9 aveugl\u00e9 par la col\u00e8re, je demandais \u00e0 finir mes jours soulag\u00e9 de ce poids.<\/p>\n<p>J\u2019avais mal. Chaque mot, chaque phrase me renvoyait au drame. Je pensais que Zola serait un secours, c\u2019\u00e9tait ma mauvaise conscience. Il ne m\u2019apaisait pas.<\/p>\n<p>De jour en jour et de page en page, ce livre \u00e9tait devenu un barreau de plus.<\/p>\n<p>Ils allaient me d\u00e9m\u00e9nager. Ce n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9gociable. Une question d\u2019espace et de s\u00e9curit\u00e9. J\u2019avais protest\u00e9, mais le directeur a r\u00e9pondu qu\u2019il fallait laisser la place aux entrants. Nous serions deux. Ni trois, ni quatre, seulement deux entre quatre murs. Mon avocate m\u2019a dit que j\u2019avais de la chance. Mais qu\u2019\u00eatre deux, c\u2019\u00e9tait vraiment entrer en prison.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai jamais compris pourquoi j\u2019\u00e9tais vivant. Pourquoi je revenais \u00e0 l\u2019aube. Tous ces matins pour rien.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Certains ont assez d\u2019intelligence pour tenter d\u2019\u00e9viter le proc\u00e8s, d\u2019autres ont assez de courage pour vouloir l\u2019affronter.<\/p>\n<p>Les mots du magistrat bousculaient mes images. Il \u00e9non\u00e7ait des faits, j\u2019accueillais mon enfance.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Pourquoi un homme qui, selon vous, d\u00e9sirait ardemment \u00eatre jug\u00e9, refuse de r\u00e9pondre le jour de son proc\u00e8s\u00a0? O\u00f9 est la logique\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0Il s\u2019est enferm\u00e9 dans un pi\u00e8ge. En sortir lui prendra du temps.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Aller au bout de l\u2019irrationnel oblige parfois \u00e0 se confronter \u00e0 la raison.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0La parole est l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments de compr\u00e9hension, mais une expertise psychiatrique ne repose pas sur elle seule,<\/p>\n<p>C\u2019est lorsque la mine les tue qu\u2019on se souvient qu\u2019il y avait des mineurs.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas parce qu\u2019un mineur remonte qu\u2019il est encore vivant.<\/p>\n<p>J\u2019ai encore tellement d\u2019enfance en moi. Tellement de peurs enfouies, tellement de chagrin.<\/p>\n<p><strong>En savoir plus<\/strong>\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.lepoint.fr\/societe\/a-lievin-il-y-a-40-ans-la-plus-importante-catastrophe-miniere-apres-guerre-23-12-2014-1891985_23.php\">Il y a 40 ans, le 27 d\u00e9cembre 1974, \u00e0 la reprise apr\u00e8s la tr\u00e8ve de No\u00ebl, un coup de grisou, \u00e0 6H30, emporte 42 hommes descendus \u00e0 la fosse des Six-Sillons \u00e0 Li\u00e9vin<\/a> (Pas-de-Calais)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: N\u00e9 le 16 mai 1952 \u00e0 Tunis, Sorj Chalandon est journaliste. Grand reporter, il a couvert de nombreux conflits et proc\u00e8s pour le quotidien \u00ab\u00a0Lib\u00e9ration\u00a0\u00bb entre 1974 et 2007 et a obtenu le Prix Albert Londres en 1988 pour sa couverture du proc\u00e8s de Klaus Barbie. 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