{"id":6461,"date":"2018-06-14T15:36:38","date_gmt":"2018-06-14T14:36:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6461"},"modified":"2018-06-14T15:56:42","modified_gmt":"2018-06-14T14:56:42","slug":"boris-hugo-police-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6461","title":{"rendered":"Boris, Hugo \u00abPolice\u00bb (2016)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Hugo Boris est l&rsquo;auteur de quatre romans tr\u00e8s remarqu\u00e9s aux \u00e9ditions Belfond, \u00ab\u00a0Le Baiser dans la nuque\u00a0\u00bb (2005), \u00ab\u00a0La D\u00e9l\u00e9gation norv\u00e9gienne\u00a0\u00bb (2007), \u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai pas dans\u00e9 depuis longtemps\u00a0\u00bb (2010) et \u00ab\u00a0Trois grands fauves\u00a0\u00bb (2013). Tous sont disponibles chez Pocket. En 2016 il publie \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6461\">Police<\/a>\u00ab\u00a0. Il a \u00e9t\u00e9 assistant r\u00e9alisateur sur plusieurs documentaires \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, travaille dans une \u00e9cole de cin\u00e9ma le jour et \u00e9crit la nuit.<\/p>\n<p>Grasset &#8211; 24\/08\/2016 &#8211; 198 pages &#8211; Prix Eug\u00e8ne Dabit du roman populiste<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Un soir d&rsquo;\u00e9t\u00e9 caniculaire, au commissariat du XII\u00e8me, apr\u00e8s une journ\u00e9e harassante, trois policiers, Virginie, Erik et Aristide, acceptent de faire \u00e9quipage pour la soir\u00e9e. Le centre de r\u00e9tention voisin est en feu, on tente d&rsquo;y contenir les \u00e9trangers sans-papiers, les services sont d\u00e9bord\u00e9s. Alors on les charge, eux, d&rsquo;une mission inhabituelle. Eux, ce sont trois flics en tenue, des flics de base, ceux dont on ne parle jamais, les bons \u00e0 tout faire de la police.<br \/>\nCe soir, la mission consiste \u00e0 reconduire \u00e0 la fronti\u00e8re un \u00e9tranger dont la demande d&rsquo;asile a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e. L&rsquo;homme, un Tadjik, ne sortira pas d&rsquo;un silence inqui\u00e9tant mais son dossier indique qu&rsquo;un retour au pays est synonyme d&rsquo;une mort certaine. Le temps d&rsquo;un trajet de 25 km, le trio va vivre un dilemme d\u00e9chirant, men\u00e9 par Virginie, pour qui ces heures sont \u00e9galement cruciales : le lendemain \u00e0 la premi\u00e8re heure, elle va avorter de l&rsquo;enfant qu&rsquo;elle porte de sa relation adult\u00e8re avec Aristide.<br \/>\nLui s&rsquo;y refuse, tente de la dissuader encore, lui lance des allusions et des regards insistants dans le r\u00e9troviseur. Elle s&rsquo;arc-boute pour ne pas fl\u00e9chir, ne pas douter, oublier cet amour insens\u00e9. Mais le drame de cet inconnu atone, t\u00e9tanis\u00e9, fait exploser toutes les \u00e9vidences, toutes les certitudes, jusqu&rsquo;\u00e0 la confrontation finale, sur le tarmac br\u00fblant de Roissy-Charles-de-Gaulle, o\u00f9 ces quatre vies s&rsquo;appr\u00eatent \u00e0 basculer.<br \/>\nComment \u00eatre soi, chaque jour, chaque seconde, dans le monde tel qu&rsquo;il va ? Comment exercer un m\u00e9tier impossible, faire respecter l&rsquo;ordre sans se renier soi-m\u00eame ? Dans ce roman d&rsquo;une formidable efficacit\u00e9 dramatique, Hugo Boris condense en quelques heures d&rsquo;un huis clos tendu \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame une histoire qui embrasse les choix personnels les plus profonds et la responsabilit\u00e9 collective la plus vaste.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Comme je viens d\u2019avoir un coup de coeur pour le livre d\u2019<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6166\">Olivier Norek \u00ab\u00a0Entre deux mondes\u00a0\u00bb<\/a> et qu\u2019il recommande ce livre dans la postface\u2026 je lui ai fait confiance et je ne l\u2019ai pas regrett\u00e9.<\/p>\n<p>Huis clos dans une voiture\u00a0de police : trois policiers du 17 (et une fois n\u2019est pas coutume pas du 36\u00a0!) et un ressortissant Tadjik que l\u2019on reconduit \u00e0 l\u2019a\u00e9roport pour le faire expulser. Un roman\u2026 mais surtout un bel hommage aux gardiens de la paix qui r\u00e9habilite la fonction de ces hommes et de ces femmes qui doivent faire face aux drames quotidiens tout en faisant respecter l\u2019ordre, doivent suivre les directives de leur hi\u00e9rarchie, sont confront\u00e9s \u00e0 la douleur des autres et doivent faire abstraction de leurs sentiments et de leur ressenti pour assumer leur t\u00e2che. Ces trois policiers (1 femme et 2 hommes) sont tous les trois dans une phase difficile de leur vie personnelle\u00a0; le plus \u00e2g\u00e9 n\u2019en peut plus, apr\u00e8s 15 ans dans la police, la femme va se faire avorter le lendemain et le beau flic, boute-en-train de service est mal dans sa peau et n\u2019arrive plus \u00e0 faire face non plus \u00e0 sa vie faite de faux-semblants. Quand ils sont appel\u00e9s pour faire le transfert d\u2019un homme qui va \u00eatre expuls\u00e9 vers son pays d\u2019origine et qu\u2019ils se rendent compte qu\u2019ils envoient purement et simplement le pauvre homme \u00e0 la mort, ils sont face \u00e0 un dilemme\u00a0: ob\u00e9ir et fermer les yeux ou d\u00e9cider de faillir \u00e0 leur mission et ouvrir la \u00ab\u00a0cage\u00a0\u00bb pour que l\u2019oiseau s\u2019envole et disparaisse dans la nature\u2026<\/p>\n<p>L\u2019auteur s&rsquo;est inspir\u00e9 du livre de la Lieutenant Benedicte Desforges (Chroniques de la police ordinaire) et a eu la possibilit\u00e9 de suivre la vie des flics de commissariat de quartier. Il ressort de ce livre une grande humanit\u00e9 et cela nous permet de voir \u00e0 quel point il faut que ces policiers se blindent pour pouvoir ob\u00e9ir aux ordres \u2026 Livre court mais tr\u00e8s intense, humain&#8230;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>elle se demande toujours comment elle n\u2019a pas les yeux sales, stup\u00e9faite qu\u2019ils n\u2019aient pas conserv\u00e9, dans leur profondeur, le p\u00e2le reflet de la mis\u00e8re.<\/p>\n<p>Ils se sont d\u00e9shabitu\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre, comme s\u2019ils ne savaient plus les gestes.<\/p>\n<p>Son humour parapluie le prot\u00e9geait moins, il avait baiss\u00e9 sa garde. Quelque chose sonnait faux, faisait moins rire. Il continuait de lancer des vannes par inertie, mais avec une gaiet\u00e9 sans joie. On aurait voulu empoigner la clef dans son dos et lui donner trois tours pour remonter le m\u00e9canisme.<\/p>\n<p>Elle ne savait plus quoi lui r\u00e9pondre tant c\u2019\u00e9tait stupide, sans rem\u00e8de. Elle l\u2019avait regard\u00e9 comme on peut avoir envie de se pencher au-dessus du vide.<\/p>\n<p>Les mots ne sont plus que des cadavres de sons, des signifiants d\u00e9gag\u00e9s de leur signification. Ils d\u00e9briefent, ils checkent, voil\u00e0, en fait, c\u2019est \u00e9norme, c\u2019est la double peine, ils g\u00e8rent, c\u2019est bon \u00e7a, ils sont op\u00e9, en mode boulot, ils sont preneurs, ou pas, point barre, j\u2019ai envie de dire, grave, \u00e7a le fait, \u00e7a co\u00fbte un bras, un \u0153il, le prix d\u2019un rein, faut faire de l\u2019essence, faire du bruit surtout, jointoyer les silences avec des mots fourre-tout, des mots b\u00e9quilles, combler les interstices pour cr\u00e9er un fond sonore o\u00f9 rien ne se dit.<\/p>\n<p>Son lieu de vie ouvrait entre eux un foss\u00e9 b\u00e9ant, aussi s\u00fbrement que l\u2019auraient fait des convictions politiques antagonistes ou une diff\u00e9rence d\u2019\u00e2ge trop marqu\u00e9e.<\/p>\n<p>\u2014 Dis pas du mal d\u2019une journ\u00e9e qu\u2019est pas finie.<\/p>\n<p>Ils ont pour principe de ne pas se quitter f\u00e2ch\u00e9s. Parce qu\u2019un jour, ce n\u2019est peut-\u00eatre pas lui qui l\u2019appellera. C\u2019est qu\u2019il a \u00e9pous\u00e9 son travail d\u2019abord, comme tous les flics du monde.<\/p>\n<p>C\u2019est qu\u2019il a \u00e9pous\u00e9 son travail d\u2019abord, comme tous les flics du monde. De l\u2019ext\u00e9rieur, il para\u00eet si concentr\u00e9. On pourrait croire qu\u2019il s\u2019est mithridatis\u00e9 contre les coups jour apr\u00e8s jour, immunis\u00e9 contre la violence du monde par l\u2019accoutumance, \u00e0 doses progressives. Il s\u2019est juste d\u00e9sensibilis\u00e9. Il n\u2019est pas. Il s\u2019est juste d\u00e9sensibilis\u00e9. Il n\u2019est pas plus r\u00e9sistant, ni plus fort, ni plus professionnel que les autres, juste plus d\u00e9tach\u00e9. Sur son visage, un masque se fige d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e. Mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, l\u2019h\u00e9morragie a commenc\u00e9.<\/p>\n<p>Il a le regard vide des tortur\u00e9s auxquels on a ravi \u00e0 jamais la possibilit\u00e9 de faire confiance. Il a les yeux d\u00e9polis des rescap\u00e9s dont on a inhib\u00e9 les m\u00e9canismes de d\u00e9fense, bris\u00e9 la volont\u00e9, tu\u00e9 l\u2019imagination.<\/p>\n<p>elle prend ce que la vie lui donne, et elle sourit tout \u00e0 coup, son visage s\u2019\u00e9claire, parce qu\u2019elle se souvient qu\u2019elle doit fermer les yeux et penser \u00e0 la France.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(<em>livre choisi pour le<\/em> <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5405\">\u00ab\u00a0challenge j\u2019ai lu 2018\u00a0\u00bb<\/a> ) : Un livre mentionn\u00e9 dans un autre livre<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Hugo Boris est l&rsquo;auteur de quatre romans tr\u00e8s remarqu\u00e9s aux \u00e9ditions Belfond, \u00ab\u00a0Le Baiser dans la nuque\u00a0\u00bb (2005), \u00ab\u00a0La D\u00e9l\u00e9gation norv\u00e9gienne\u00a0\u00bb (2007), \u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai pas dans\u00e9 depuis longtemps\u00a0\u00bb (2010) et \u00ab\u00a0Trois grands fauves\u00a0\u00bb (2013). Tous sont disponibles chez Pocket. En 2016 il publie \u00ab\u00a0Police\u00ab\u00a0. Il a \u00e9t\u00e9 assistant r\u00e9alisateur sur plusieurs documentaires \u00e0 la &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6461\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6462,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[193,98,12,105,192],"tags":[343,218,507,347,232,325,168,240],"class_list":["post-6461","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-etude-de-societe","category-france","category-litterature-france","category-roman","category-xxieme-siecle","tag-douleur","tag-drame","tag-faits-divers","tag-huis-clos","tag-immigration","tag-mal-etre","tag-migrants","tag-police"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6461","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6461"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6461\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6471,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6461\/revisions\/6471"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6462"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6461"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6461"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6461"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}