{"id":660,"date":"2014-06-11T08:55:35","date_gmt":"2014-06-11T07:55:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=660"},"modified":"2026-01-04T11:19:12","modified_gmt":"2026-01-04T09:19:12","slug":"auteur-coup-de-coeur-sylvie-germain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=660","title":{"rendered":"Auteur Coup de Coeur : SYLVIE GERMAIN"},"content":{"rendered":"<p><strong>L&rsquo;AUTRICE<\/strong> :<\/p>\n<p>N\u00e9e \u00a0le 08\/01\/1954 \u00e0 Ch\u00e2teauroux (Indre), Sylvie Germain est une romanci\u00e8re, essayiste et dramaturge fran\u00e7aise. Elle a suivi dans les ann\u00e9es 1970 des \u00e9tudes de philosophie \u00e0 la Sorbonne avec, entre autres professeurs, Emmanuel Levinas. Elle a r\u00e9dig\u00e9 un m\u00e9moire de ma\u00eetrise sur la notion d&rsquo;asc\u00e8se dans la mystique chr\u00e9tienne (Saint-Jean de La Croix, Sainte Th\u00e9r\u00e8se d&rsquo;Avila) et a obtenu un Doctorat de philosophie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Paris X-Nanterre.<\/p>\n<p>En 1981, elle entre au Minist\u00e8re de la Culture (direction de l&rsquo;audiovisuel). Elle \u00e9crit des contes et des nouvelles. En 1984, Le livre des nuits, son premier roman, est r\u00e9compens\u00e9 par plusieurs prix ( le prix du Lion&rsquo;s Club International, le prix du Livre insolite, le prix Passion, le prix de la Ville du Mans, le prix Herm\u00e8s, le prix Gr\u00e9visse.)<\/p>\n<p>En 1986, elle part vivre \u00e0 Prague. Elle travaille comme documentaliste et professeur de philosophie \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise de Prague pendant sept ans.<\/p>\n<p><strong>DECOUVERTE !<\/strong><\/p>\n<p>Je l&rsquo;ai d\u00e9couverte d\u00e8s la sortie de son \u00ab\u00a0Le livre des nuits\u00a0\u00bb&#8230; et j&rsquo;ai ensuite d\u00e9gust\u00e9 son \u0153uvre ( Vermeer). .. Pour moi son incontournable reste le \u00ab\u00a0livre des nuits\u00a0\u00bb mais \u00ab\u00a0la chanson des mal-aimants\u00a0\u00bb, \u00a0\u00bb Tobie des Marais\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la pleurante des rues de Prague\u00a0\u00bb&#8230; enfin tous.. J&rsquo;appr\u00e9cie tout particuli\u00e8rement le r\u00f4le des couleurs dans son \u0153uvre. Il y a la violence des mots et des situations, en accord avec la couleur des ciels et de la terre, la lueur d&rsquo;espoir avec encore des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la lueur et la lumi\u00e8re..<br \/>\nSouvent \u00e0 la fronti\u00e8re du roman, de la r\u00e9alit\u00e9 et du conte fantastique, une \u00e9criture envo\u00fbtante, forte, et fluide \u00e0 la fois. Un bijou<\/p>\n<p><strong><em>La revue de presse de Radio France\u00a0<\/em><\/strong><br \/>\n\u00ab\u00a0Sylvie Germain ne s&#8217;embarrasse d&rsquo;aucune m\u00e9taphysique absconse. Son histoire se lit comme un conte, m\u00e9lange de merveilleux concret et de sacr\u00e9 &#8230; En acceptant de plonger avec Tobie, en faisant confiance \u00e0 l&rsquo;auteur, \u00e0 son affabulation mystique, on traverse un grand questionnement foisonnant. C&rsquo;est cosmique et tent\u00e9 par la gr\u00e2ce, ni plus ni moins !\u00a0(Patrick Grainville, Le Figaro, 11\/06\/1998)<\/p>\n<p>Du pass\u00e9 au pr\u00e9sent, Sylvie Germain soul\u00e8ve le poids qui p\u00e8se sur toute vie et en appelle aux anges pour l&rsquo;aider. Suivant un sentier parall\u00e8le au livre de Tobie, elle prend sa libert\u00e9 d&rsquo;\u00e9crivain &#8230; Son g\u00e9nie, c&rsquo;est l&rsquo;image, la puissance \u00e9vocatrice du trait qui en appelle \u00e0 la peinture et fait que certaines sc\u00e8nes nous poursuivent longtemps apr\u00e8s la lecture, continuent \u00e0 vivre d&rsquo;une vie propre, hors du roman. Sans doute est-ce l\u00e0 la marque d&rsquo;un vrai romancier. Et le charme lourd de ce livre \u00e9trange.\u00a0(Laurence Liban, Lire, 01\/06\/1998)<\/p>\n<p>Avec son \u00ab\u00a0Tobie des Marais\u00a0\u00bb, Sylvie Germain se livre \u00e0 un exercice dont on conna\u00eet les difficult\u00e9s dans la mesure o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 souvent pratiqu\u00e9. Du \u00ab\u00a0Livre de Tobie\u00a0\u00bb, elle tire un roman. A la rugosit\u00e9 du texte biblique, ce que certains pr\u00e9f\u00e9reront sans doute, elle substitue une grande envol\u00e9e lyrique, un remarquable travail d&rsquo;\u00e9criture &#8230; En refermant le livre, autant et davantage peut-\u00eatre que la fable biblique ou l&rsquo;\u00e9ternelle histoire de l&rsquo;innocent pers\u00e9cut\u00e9, ce qui demeure, c&rsquo;est que l&rsquo;imagination rencontre parfois des \u00eatres rayonnants, nomm\u00e9s D\u00e9borah, Sarra, Tobie ou Rapha\u00ebl. On se souviendra \u00e9galement qu&rsquo;il est une r\u00e9gion de France que Sylvie Germain porte dans son coeur : un bout du Marais Poitevin, de la c\u00f4te vend\u00e9enne, avec l&rsquo;oc\u00e9an qui s&rsquo;y brise. Elle fait de ce lieu une sorte de &lsquo;wonder land&rsquo; qui gratifie ses personnages d&rsquo;une relation privil\u00e9gi\u00e9e avec les \u00e9l\u00e9ments, dont la raison raisonnante est impuissante \u00e0 rendre compte.\u00a0(Agn\u00e8s Vaquin, La Quinzaine Litt\u00e9raire, 01\/06\/1998)<\/p>\n<p>Ne pas se tromper : ce \u00ab\u00a0Tobie des marais\u00a0\u00bb, librement inspir\u00e9 de la Bible, n&rsquo;est pas un essai m\u00e9taphysique mais d&rsquo;abord un roman \u00e0 lire d&rsquo;un trait, simplement port\u00e9 par les histoires qu&rsquo;il encha\u00eene. Sylvie Germain, la conteuse des nuits, la guetteuse de gr\u00e2ce et d&rsquo;immensit\u00e9s, sait aussi mener son monde. Cela dit, mieux que bien d&rsquo;autres, elle parle du bien, du mal, du combat de l&rsquo;homme et de son cheminement vers lui-m\u00eame. Enfin, son univers po\u00e9tique fait sourdre des ruisseaux d&rsquo;eau claire. Et quand elle organise, dans un cr\u00e9puscule dor\u00e9, une c\u00e9r\u00e9monie d&rsquo;adieux entre une grand-m\u00e8re et son petit-fils, elle touche au sublime.\u00a0(Dominique Mobailly, La Vie, 14\/05\/1998)<\/p>\n<p>D\u00e8s son premier roman, \u00ab\u00a0Le Livre des nuits\u00a0\u00bb, Sylvie Germain avait exprim\u00e9 la volont\u00e9 de faire rompre ses digues \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, afin d&rsquo;opposer une symbolique et d\u00e9risoire barricade de mots \u00e0 la d\u00e9mence d&rsquo;un si\u00e8cle o\u00f9 la barbarie, quelle que soit sa parure id\u00e9ologique ou guerri\u00e8re, a su trouver ses aises. Aujourd&rsquo;hui, dans \u00ab\u00a0Tobie des marais\u00a0\u00bb, un r\u00e9cit librement inspir\u00e9 du livre de Tobie de l&rsquo;Ancien Testament, la violence enrob\u00e9e de douceur de cette romanci\u00e8re imprime son souffle \u00e0 des personnages qui, pour la plupart, sont comme cern\u00e9s par la mort.\u00a0(Pierre Drachline, Le Monde, 08\/05\/1998)<\/p>\n<p>Les personnages de \u00ab\u00a0Tobie des marais\u00a0\u00bb portent en eux la mort des autres &#8230; Deborah est juive polonaise. Apr\u00e8s avoir perdu ses parents et son fr\u00e8re, elle s&rsquo;installe au c\u0153ur du marais poitevin avec son mari, ses filles et ses petits-enfants. Mais la Premi\u00e8re puis la Deuxi\u00e8me Guerre mondiales \u00e9clatent. Emportant son mari et ses deux filles. Et &#8211; pour beaucoup d&rsquo;entre nous &#8211; Dieu &#8230; Deborah a quatre-vingt-treize ans quand le malheur frappe \u00e0 nouveau les siens. A la suite d&rsquo;une chute de cheval, Anna est retrouv\u00e9e morte d\u00e9capit\u00e9e. Son mari Th\u00e9odore, t\u00e9tanis\u00e9 par la douleur, est victime d&rsquo;une attaque c\u00e9r\u00e9brale. Deborah quitte sa maison pour s&rsquo;occuper de son petit-fils Th\u00e9odore et de son arri\u00e8re-petit-fils Tobie &#8230; \u00ab\u00a0Tobie des marais\u00a0\u00bb est un roman enlumin\u00e9 par la gr\u00e2ce et la lumi\u00e8re. D&rsquo;une \u00e9criture glac\u00e9e dans sa beaut\u00e9, Sylvie Germain raconte la marche d&rsquo;un \u00eatre et l&rsquo;\u00e9branlement d&rsquo;une vie. Est-ce son plus beau roman ? Ses phrases semblent moins longues et plus pleines, moins recherch\u00e9es et plus naturelles. Pour ce livre rempli de fulgurances et d&rsquo;errances, elle s&rsquo;est inspir\u00e9e du r\u00e9cit biblique \u00ab\u00a0Le livre de Tobie\u00a0\u00bb. Il y a des visions envo\u00fbtantes et des personnages inoubliables.\u00a0(Marie-Laure Delorme, Le Magazine Litt\u00e9raire, 01\/05\/1998)<\/p>\n<p>Il y a un orage au d\u00e9but du texte, qui balaye tout et donne \u00e0 un conducteur fugitif \u00ab\u00a0I&rsquo;impression de rouler sur une terre tout \u00e0 fait inconnue, irr\u00e9elle presque\u00a0\u00bb, mais qu&rsquo;il est oblig\u00e9 d&rsquo;accepter puisque la pluie torrentielle ne lui demande pas son avis. Le lecteur ne sait pas encore qu&rsquo;il est semblable \u00e0 ce voyageur et qu&rsquo;il adh\u00e9rera sans r\u00e9serve au cauchemar fantastique que la f\u00e9e Sylvie Germain rend r\u00e9el. Il y a une boule jaune sur la route, \u00ab\u00a0comme si le soleil avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cipit\u00e9 sur la terre\u00a0\u00bb, mais ce soleil est une roue de tricycle rouge, et un tout petit bonhomme de 4 ans p\u00e9dale de toutes ses forces. Ce petit gar\u00e7on, c&rsquo;est Tobie, qui donne son nom au livre. Il recherche sa maman, \u00ab\u00a0un mot magique, merveilleux&#8230;\u00a0\u00bb &#8230; A pr\u00e9sent, le mot ne fait plus rien appara\u00eetre. Le corps mort de sa m\u00e8re, Anna, est assis sur le Voltaire du salon et son p\u00e8re, Th\u00e9odore, a dit que la jeune femme \u00e9tait partie \u00ab\u00a0au diable\u00a0\u00bb &#8230; Ce n&rsquo;est que le d\u00e9but du livre, dans le Marais poitevin peupl\u00e9 d&rsquo;oiseaux, et Sylvie Germain r\u00e9ussit \u00e0 rendre tangible l&rsquo;\u00e9motion de l&rsquo;enfant et de son p\u00e8re. Elle relate l&rsquo;histoire de Th\u00e9odore et d&rsquo;Anna, que vingt ans s\u00e9parent sans que la diff\u00e9rence d&rsquo;\u00e2ge ne soit un obstacle, et qui se sont rencontr\u00e9s par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;une cabine t\u00e9l\u00e9phonique. Car le roman est r\u00e9aliste, sinon il ne nous effrayerait pas.\u00a0(Anne Diatkine, Lib\u00e9ration, 30\/04\/1998)<\/p>\n<p>Avec \u00ab\u00a0Tobie des marais\u00a0\u00bb, Sylvie Germain livre son roman \u00e0 la fois le plus mystique et le plus violent. Ce n&rsquo;est pas une mince gageure que de d\u00e9raper vers le surnaturel tout en restant pleinement, fortement romanci\u00e8re. Le titre, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la Bible, pr\u00e9vient que l&rsquo;histoire qu&rsquo;elle entreprend de raconter a ses racines dans le ciel. Mais aussi ses pieds sur la terre, et comment ! englu\u00e9s dans la glaise, dans la boue des marais poitevins. Tobie pour la signification symbolique de l&rsquo;intrigue, les marais pour la p\u00e2te dont celle-ci est p\u00e9trie &#8230; Une a\u00efeule juive dont toute la famille a \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9e, et les morts dissous ou abandonn\u00e9s sans s\u00e9pulture ; un accident de cheval qui d\u00e9capite la cavali\u00e8re ; une jeune fille marqu\u00e9e d&rsquo;un sceau fatal, puisque les gar\u00e7ons qui s&rsquo;en \u00e9prennent p\u00e9rissent l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre dans des circonstances inexplicables : \u00e0 cet amoncellement de crimes et de d\u00e9sastres fait \u00e0 peine contrepoids l&rsquo;apparition de Rapha\u00ebl, plus ange qu&rsquo;\u00e9ph\u00e8be, comme son nom l&rsquo;indique. Il emm\u00e8nera Tobie, arri\u00e8re-petit-fils et rescap\u00e9 de la famille juive, \u00e0 la rencontre de Sarra\/Sarah, la belle maudite, et par l&rsquo;union amoureuse des deux jeunes gens adviendra la r\u00e9demption de cet univers de damn\u00e9s. Mais encore une fois rien de facile, rien de mi\u00e8vre dans ce parcours initiatique.\u00a0(<em>Dominique Fernandez, Le Nouvel Observateur, 23\/04\/1998<\/em>)<\/p>\n<p>Un soir de demi-brume \u00e0 Nantes, Th\u00e9odore a rencontr\u00e9 Anna. La jeune femme, de vingt ans sa cadette, \u00ab\u00a0lui avait \u00e9voqu\u00e9 une longue flamme enclose dans la lanterne d&rsquo;un phare\u00a0\u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est dans une cabine de t\u00e9l\u00e9phone vivement \u00e9clair\u00e9e que se tenait Anna. Fascin\u00e9, foudroy\u00e9, Th\u00e9odore r\u00e9ussira \u00e0 attirer l&rsquo;attention de la jeune femme, \u00e0 la faire rire : ils ne se quitteront plus. Jusqu&rsquo;\u00e0 la mort atroce d&rsquo;Anna, l&rsquo;amour nourrira de son inlassable invention la flamme fragile et quotidienne de leur \u00e9change. Sylvie Germain excelle \u00e0 nous faire partager l&rsquo;\u00e9motion des rencontres amoureuses. Dans \u00ab\u00a0Tobie des marais\u00a0\u00bb, son \u00e9criture de ces moments privil\u00e9gi\u00e9s atteint quasiment \u00e0 la perfection. Avant celle de Th\u00e9odore et Anna, il y a dans ce roman aux saveurs \u00e9tranges &#8211; \u00e2cres tant\u00f4t, tant\u00f4t douces-am\u00e8res &#8211; d&rsquo;autres belles retrouvailles &#8230; Sylvie Germain a choisi de faire travailler la p\u00e2te de son r\u00e9cit par le levain signifiant &#8211; prof\u00e9rant et prolif\u00e9rant &#8211; du Livre de Tobie de l&rsquo;Ancien Testament. Ainsi, ce qui \u00e9tait \u00e9crit adviendra. Ainsi, Tobie rencontrera Sarra et la d\u00e9livrera du destin mortif\u00e8re qui la tient en esclavage. La r\u00e9f\u00e9rence d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e au grand code narratif de la Bible donne au roman de Sylvie Germain une densit\u00e9 et une profondeur myst\u00e9rieuses. Mais les pages les plus admirables sont celles o\u00f9 elle est parvenue \u00e0 transcender ledit code, \u00e0 le transgresser, en octroyant \u00e0 ses personnages la libert\u00e9 d&rsquo;une \u00e9ternelle actualit\u00e9. D&rsquo;une terrible modernit\u00e9.\u00a0(<em>Jorge Semprun, Le Journal du Dimanche, 19\/04\/1998<\/em>)<\/p>\n<p>Sylvie Germain : Tobie des marais &#8211; (Folio 3336) Sous l&rsquo;orage, un petit gar\u00e7on file sur son tricycle. Il \u00ab\u00a0va au diable\u00a0\u00bb, chass\u00e9 par un p\u00e8re fou de douleur. Deux automobilistes l&rsquo;aper\u00e7oivent et d\u00e9codent progressivement cette apparition. Le ciel menace au-dessus : \u00ab\u00a0La muraille tonna, comme un gong de d\u00e9sastre. Alors le schiste vira au violet-noir, puis il se lac\u00e9ra. Une pluie torrentielle assaillit la terre. La visibilit\u00e9 tomba \u00e0 z\u00e9ro.\u00a0\u00bb Plus loin dans le marais, Th\u00e9odore, le p\u00e8re de Tobie, cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment la t\u00eate de sa femme Anna : \u00ab\u00a0Le p\u00e8re pendant ce temps courait \u00e0 travers champs, arpentait les chemins et fouillait les foss\u00e9s, les buissons. Il ne prenait garde ni aux ronces ni aux fils barbel\u00e9s qui d\u00e9chiraient sa veste et lui griffaient les mains.\u00a0\u00bb<br \/>\nLe livre s&rsquo;ouvre comme une plaie, jure avec le paysage singulier du marais poitevin, lieu o\u00f9 \u00ab\u00a0l&rsquo;alliance entre les quatre \u00e9l\u00e9ments s&rsquo;op\u00e9rait en une si subtile et profonde harmonie.\u00a0\u00bb Ces pages contiennent en germe la violence du chemin de l&rsquo;enfant, qu&rsquo;on suivra jusqu&rsquo;au d\u00e9nouement. Car Tobie des Marais est avant tout la relation d&rsquo;un parcours, de l&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, de l&rsquo;obscurit\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re des corps.<br \/>\nSylvie Germain a suivi la trame biblique, adaptant librement Le Livre de Tobie. Le personnage reste un fant\u00f4me dans la Bible, une enveloppe en attente de contenu. L&rsquo;\u00e9crivain parvient ici \u00e0 lui modeler un nouveau souffle. Elle y ins\u00e8re cette p\u00e2te humaine qui colle aux parois internes et donne de l&rsquo;\u00e9paisseur. Les \u00e9pisodes du r\u00e9cit biblique sont respect\u00e9s mais revisit\u00e9s. Tout est affaire de regard. Il est indispensable aussi, pour rendre proche, de ramener ces figures vers notre pr\u00e9sent, de les ancrer dans l&rsquo;histoire. Au fil du r\u00e9cit, on suit les p\u00e9r\u00e9grinations de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, de la vague d&rsquo;immigration polonaise vers les \u00c9tats-Unis \u00e0 la Seconde Guerre mondiale, de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie \u00e0 mai 68. Ce mouvement de vies et de morts, d&rsquo;inscription dans le temps, rythme chaque livre de Sylvie Germain, et son dernier roman ne fait pas exception \u00e0 la r\u00e8gle.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9crivain s&rsquo;attache \u00e0 un \u00eatre, en fr\u00f4le un autre, puis tisse les liens progressivement entre eux. La structure romanesque suit les destin\u00e9es, une \u00e0 une. Les chapitres portent souvent le nom d&rsquo;un seul. Sylvie Germain se r\u00e9v\u00e8le alors une fabuleuse portraitiste. On suivra par exemple D\u00e9borah, arri\u00e8re-grand-m\u00e8re de Tobie, femme qui \u00ab\u00a0avait toujours tenu lieu de m\u00e9moire aupr\u00e8s des siens, vivants et d\u00e9funts..\u00a0\u00bb dont le \u00ab\u00a0s\u00e9jour sur la terre semblait n&rsquo;avoir ni commencement ni fin.\u00a0\u00bb.<br \/>\nLa douleur est l\u00e0 aussi, dans cette solitude qui peine \u00e0 trouver un terme, dans la marche incessante des \u00eatres qui ne finissent jamais de se d\u00e9chirer. Car Ils son constamment tiraill\u00e9s. En bas, il y a la terre, la famille qui retient, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on ne s&rsquo;\u00e9chappe pas sans mal. Plus loin, il y a la tentative de l&rsquo;autre qui n\u00e9cessite l&rsquo;errance. Les personnages de Tobie des Marais sont tous en marche. Il n&rsquo;est pas surprenant alors de les voir renoncer \u00e0 la raison. Ils perdent la t\u00eate, confront\u00e9s \u00e0 des situations extr\u00eames. L&rsquo;image de la d\u00e9capitation revient sans cesse chez Sylvie Germain. En 1997, elle avait consacr\u00e9 un ouvrage entier au sujet : C\u00e9phalophores (Gallimard).<br \/>\nMais ce qui rend la voix incomparable, ce sont aussi les images puissantes charri\u00e9es par l&rsquo;univers de l&rsquo;\u00e9crivain. Au fil des pages, Sylvie Germain met en place une r\u00e9alit\u00e9 de r\u00eave et r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;infini de l&rsquo;humain. Dans la seconde partie du roman, l&rsquo;ange Rapha\u00ebl guide Tobie vers la fin de la douleur qui empoisonne sa famille, mal\u00e9diction qui court depuis tant d&rsquo;ann\u00e9es, provoquant des morts atroces. Sylvie Germain montre alors comment l&rsquo;homme peut parvenir \u00e0 ma\u00eetriser le r\u00e9el, \u00e0 l&rsquo;\u00e9largir aussi. Elle tient la bride d&rsquo;un fantastique surgi d&rsquo;une \u00e9tonnante acuit\u00e9 du regard. Comme elle l&rsquo;\u00e9crit dans un essai paru r\u00e9cemment sur un po\u00e8te tch\u00e8que (Bohuslav Reynek \u00e0 Petrkov, Christian Pirot), \u00ab\u00a0Il faut regarder, regarder intens\u00e9ment et r\u00eaveusement le visible, pour voir vraiment, pour tout \u00e0 la fois d\u00e9ployer et aff\u00fbter sa vue et l&rsquo;\u00e9blouir alors de visions, non pas de fantasmagories, d&rsquo;hallucinations, mais d&rsquo;images bien concr\u00e8tes satur\u00e9es de mati\u00e8re, de couleurs, de pr\u00e9sence, et par l\u00e0 m\u00eame infus\u00e9es d&rsquo;invisible, poreuses et r\u00e9sonnantes; ainsi le familier se r\u00e9v\u00e8le-t-il soudain puissamment insolite.\u00a0\u00bb<br \/>\nA la lecture, on se laisse porter par une langue puls\u00e9e et envo\u00fbtante. Loin d&rsquo;\u00eatre transparente, l&rsquo;\u00e9criture de Sylvie Germain se situe du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;oral et du conte : \u00ab\u00a0Mais un jour, il fut envoy\u00e9 creuser la terre en un tout autre lieu o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments \u00e9taient hostiles aux hommes et les hommes ennemis entre eux, o\u00f9 il n&rsquo;y avait ni vendredi ni dimanche, o\u00f9 la semaine \u00e9tait informe, le temps pulv\u00e9ris\u00e9 et les jours et les nuits indistincts. La boue des tranch\u00e9es ne rougissait que du sang des hommes.\u00a0\u00bb<br \/>\nMalgr\u00e9 tout, la seconde partie de Tobie des Marais reste moins convaincante que la premi\u00e8re. On bascule dans le genre \u00e9prouv\u00e9 du roman d&rsquo;initiation. Tobie suivra un chemin sans surprise, ponctu\u00e9 de rencontres formatrices. C&rsquo;est peut-\u00eatre pour cela qu&rsquo;une fois le livre referm\u00e9, on reste sur sa faim. C&rsquo;est sans doute aussi parce que Sylvie Germain approfondit toujours le m\u00eame livre. Elle tisse une oeuvre profond\u00e9ment humaine, incarn\u00e9e et magique, dont Tobie des Marais n&rsquo;est qu&rsquo;une pi\u00e8ce.\u00a9 Le Matricule des Anges, ses r\u00e9dacteurs et LeLibraire.com<\/p>\n<p><strong>Liste de ses livres &#8211; avec les r\u00e9sumes\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>Le Livre des nuits<\/strong><\/span> (Gallimard, 1984), Prix du Lions Club International 1984,\u00a0Prix du livre insolite\u00a01984, Prix de Passion 1984,\u00a0Prix de la Villew du Mans, 1984, Prix Herm\u00e8s\u00a01984 et\u00a0Prix Gr\u00e9visse\u00a01984<\/li>\n<li><strong><span style=\"color: #800000;\">Nuit d&rsquo;Ambre<\/span> (<\/strong>Gallimard, 1987<strong>)<\/strong><\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>Jours de col\u00e8re<\/strong><\/span> (Gallimard, 1989) &#8211; Prix Femina 1989<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>Op\u00e9ra muet <\/strong><\/span>(Maren Sell, 1989)<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>La Pleurante des rues de Prague <\/strong><\/span>(Gallimard, 1991)<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>L&rsquo;Enfant M\u00e9duse <\/strong><\/span>(Gallimard, 1992)<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>Immensit\u00e9s<\/strong><\/span> (Gallimard, 1993)<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>\u00c9clats de sel <\/strong><\/span>(Gallimard, 1996)<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>Tobie des marais <\/strong><\/span>(Gallimard, 1998)<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>Chanson des mal-aimants <\/strong><\/span>(Gallimard, 2002), Grand Prix Thyde Monnier 2002 et Prix des auditeurs de la RTBF 2003<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>Couleurs de l\u2019invisible<\/strong><\/span> (Al Manar, 2002)<\/li>\n<li><strong><span style=\"color: #800000;\">Les Personnages<\/span> <\/strong>(Gallimard, 2004)<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>Magnus<\/strong> <\/span>(Albin Michel, 2005)\u00a0 Prix Goncourt des Lyc\u00e9ens 2005<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>L&rsquo;inaper\u00e7u<\/strong><\/span> (Albin Michel, 2008)<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>Hors champ<\/strong> <\/span>(Albin Michel, 2009)<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>Le monde sans vous<\/strong><\/span> (Albin Michel, 2011)- Prix Jean Monnet de Litt\u00e9rature europ\u00e9enne 2011<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>Rendez-vous nomades<\/strong><\/span> (Albin Michel, 2012)<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>Petites sc\u00e8nes capitales <\/strong><\/span>(Albin Michel, 2013)<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>\u00c0 la table des hommes <\/strong><\/span>(Albin Michel, 2015)<\/li>\n<li><span style=\"color: #800000;\"><strong>Le vent reprend ses tours<\/strong><\/span><span style=\"display: inline !important; float: none; background-color: #ffffff; color: #333333; cursor: text; font-family: Georgia,'Times New Roman','Bitstream Charter',Times,serif; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: left; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; word-spacing: 0px;\"> &#8211; (Albin-Michel, 2019)<\/span><\/li>\n<li><strong><span style=\"color: #800000;\">Br\u00e8ves de solitude<\/span><\/strong> (Albin-Michel, 2021)<\/li>\n<li><strong><span style=\"color: #800000;\">La puissance des ombres<\/span><\/strong> (Albin-Michel, 2022)<\/li>\n<li><strong><span style=\"color: #800000;\">Murmuration<\/span><\/strong> (Albin-Michel, 2026)<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Essais litt\u00e9raires<\/strong>:<\/p>\n<ul>\n<li>Les \u00c9chos du silence (Descl\u00e9e de Brouwer, 1996), Prix de litt\u00e9rature religieuse 1997, r\u00e9\u00e9d. Albin Michel 2006 puis 2021<\/li>\n<li>C\u00e9phalophores (Gallimard, 1997)<\/li>\n<li>Vermeer- Patience et Songe de lumi\u00e8re (Flohic, 1993)<\/li>\n<li>Bohuslav Reynek \u00e0 Petrkov (Christian Pirot, 1998)<\/li>\n<li>L&rsquo;Encre du poulpe (Gallimard Jeunesse, 1999)<\/li>\n<li>Etty Hillesum (Pygmalion G\u00e9rard Watelet, 1999, 2006)<\/li>\n<li>Cracovie \u00e0 vol d&rsquo;oiseaux (du Rocher, 2000)<\/li>\n<li>Mourir un peu (Descl\u00e9e de Brouwer, 2000)<\/li>\n<li>Grande Nuit de Toussaint (Le temps qu&rsquo;il fait \u00e9ditions 2000)<\/li>\n<li>C\u00e9l\u00e9bration de la paternit\u00e9 (Albin Michel, 2001)<\/li>\n<li>Le vent ne peut \u00eatre mis en cage (Alice, 2002),<\/li>\n<li>Songes du temps (Descl\u00e9e de Brouwer, 2003)<\/li>\n<li>Pr\u00e9face \u00e0 Gesualdo de Jean-Marc Turine(Beno\u00eet Jacob 2003)<\/li>\n<li>Ateliers de lumi\u00e8re (Descl\u00e9e de Brouwer, 2004)<\/li>\n<li>Patinir, Paysage avec Saint Christoph (\u00c9ditions Invenit, 2010)<\/li>\n<li>Quatre actes de pr\u00e9sence (Descl\u00e9e de Brouwer, 2011)<\/li>\n<li>Chemin de croix (Bayard Centurion, 2011)<\/li>\n<\/ul>\n<p><em><strong>Le livre des nuits<\/strong><\/em><br \/>\nDans la collection Folio sous le n\u00b01806 \u00e9dit\u00e9 par Gallimard<br \/>\nParti des confins de la terre et de l&rsquo;eau, Victor-Flandrin P\u00e9niel, portant au cou les larmes de son p\u00e8re dont le visage fut sabr\u00e9 en 1870 par un uhlan, et toujours accompagn\u00e9 d&rsquo;une myst\u00e9rieuse ombre blonde, viendra s&rsquo;\u00e9tablir dans un hameau perdu au bout du territoire et encercl\u00e9 de for\u00eats o\u00f9 r\u00f4dent encore les loups. C&rsquo;est dans ces terres frontali\u00e8res, par o\u00f9 la guerre sans cesse refait son entr\u00e9e au pays, et dans la vie et la m\u00e9moire des hommes, que Victor-Flandrin, dit Nuit-d&rsquo;Or-Gueule-de-Loup, prendra femme, par quatre fois, et engendrera une nombreuse descendance, toute marqu\u00e9e par la g\u00e9mellit\u00e9 et la violence de la passion.<br \/>\nBien des romans d&rsquo;aujourd&rsquo;hui s&#8217;emploient \u00e0 nous montrer les hommes et les femmes broy\u00e9s par l&rsquo;histoire. Mais, avec ce r\u00e9cit, cette terrible r\u00e9alit\u00e9 se transfigure aux dimensions du l\u00e9gendaire, du conte fantastique.<\/p>\n<p><em><strong>Nuit d&rsquo;ambre<\/strong><\/em> ( suite du livre des nuits)<br \/>\nDans la collection Folio sous le n\u00b02073 \u00e9dit\u00e9 par Gallimard<br \/>\nLe premier mort de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre est un enfant, Petit-Tambour, tu\u00e9 dans la for\u00eat aux cours d&rsquo;un accident de chasse. Et cette enfance qui a perdu son corps se fera don, \u2014 un don obscur de douleur et d&rsquo;espoir, aux vivants et aux morts \u00e0 venir, ainsi qu&rsquo;aux arbres. Un grand if se met en marche pour prendre racine sur sa tombe ; le tourbillon de .-baies que s\u00e8meront ses branches emportera Pauline, l\u00e0 m\u00e8re, et le p\u00e8re, Baptiste, s&rsquo;effacera doucement au fil des larmes sans fin vers\u00e9es par son corps qui sans elle ne peut vivre. Alors le second fils, Charles-Victor, dit Nuit-d&rsquo;Ambre, livr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;abandon, se voudra habit\u00e9 par la col\u00e8re et la haine. Le roman est l&rsquo;histoire de son voyage au bout du mal jusqu&rsquo;\u00e0 ce que, comme Jacob dans la Bible, il soit enfin terrass\u00e9 par l&rsquo;Ange.<br \/>\nApr\u00e8s Le Livre des Nuits, Sylvie Germain nous offre ici une \u0153uvre foisonnant d&rsquo;\u00e9pisodes \u00e9tranges, dont chaque page semble travers\u00e9e par un souffle d&rsquo;Apocalypse et o\u00f9, comme le dit Schelling, \u00ab la v\u00e9rit\u00e9 redevient fable et l\u00e0 fable v\u00e9rit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p><strong><em>Jours de col\u00e8re<\/em><\/strong><br \/>\nDans la collection Folio sous le n\u00b02316 \u00e9dit\u00e9 par Gallimard<br \/>\nDans les for\u00eats du Morvan, loin du monde, vivent b\u00fbcherons, flotteurs de bois, bouviers, des hommes que les for\u00eats ont faits \u00e0 leur image, \u00e0 leur puissance, \u00e0 leur solitude, \u00e0 leur duret\u00e9. M\u00eame l&rsquo;amour, en eux, prend des accents de col\u00e8re &#8211; c&rsquo;est ainsi par exc\u00e8s d&rsquo;amour que Corvol, le riche propri\u00e9taire, a \u00e9gorg\u00e9 sa belle et sensuelle \u00e9pouse, Catherine, au bord de l&rsquo;eau &#8211; et la folie r\u00f4de : douce, chez Edm\u00e9e Verselay qui vit dans l&rsquo;adoration de la Vierge Marie ; ou sous l&rsquo;esp\u00e8ce d&rsquo;une faim insatiable, chez Reinette-la-Grasse ; ou d&rsquo;une extr\u00eame violence, chez Ambroise Mauperthuis qui se prend de passion pour Catherine, qu&rsquo;il n&rsquo;a vue que morte, et qui s&#8217;empare de son corps, puis des biens de Corvol, enfin des enfants de Corvol. Il finira par perdre sa petite-fille Camille, le seul \u00eatre qu&rsquo;il ait jamais aim\u00e9, par exc\u00e8s d&rsquo;amour, encore. ( Prix Femina 1989)<\/p>\n<p><em><strong>Op\u00e9ra muet<\/strong><\/em><br \/>\nDans la collection Folio sous le n\u00b02248 \u00e9dit\u00e9 par Gallimard<br \/>\nGabriel trouve la trace de ses d\u00e9sirs, de ses col\u00e8res, de ses humeurs sur la fa\u00e7ade du mur en vis-\u00e0-vis : une immense fresque repr\u00e9sentant le Docteur Pierre. Il avait vu l&rsquo;usure du temps \u0153uvrer sur cette face. Aupr\u00e8s de ce visage, il avait appris la patience. La plus extr\u00eame des patiences : celle qui n&rsquo;attend plus rien. Un jour on commence \u00e0 d\u00e9molir le mur. Son paysage mental alors se gangr\u00e8ne, puis se d\u00e9compose. La pause \u00e9ternelle s&rsquo;annonce.<\/p>\n<p><em><strong>La pleurante des rues de Prague<\/strong><\/em><br \/>\nDans la collection Folio sous le n\u00b02590 \u00e9dit\u00e9 par Gallimard<br \/>\n\u00ab\u00a0Cette inconnue, qui donc est-elle ? Une vision, elle-m\u00eame porteuse, semeuse de visions. Une vision avare de ses apparitions. Elle ne s&rsquo;est montr\u00e9e que peu de fois, et toujours tr\u00e8s bri\u00e8vement. Mais chaque fois sa pr\u00e9sence fut extr\u00eame. Une vision li\u00e9e \u00e0 un lieu, \u00e9man\u00e9e des pierres d&rsquo;une ville. Sa ville. &#8211; Prague. Jamais elle n&rsquo;a paru ailleurs, bien que certainement elle en ait le pouvoir. Cette femme n&rsquo;a ni nom, ni \u00e2ge ni visage. Peut-\u00eatre en a-t-elle, mais elle les tient cach\u00e9s. Son corps est majestueux, et inqui\u00e9tant. Elle est immense, une g\u00e9ante. Et elle boite fortement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em><strong>L&rsquo;enfant M\u00e9duse<\/strong><\/em><br \/>\nDans la collection Folio sous le n\u00b02510 \u00e9dit\u00e9 par Gallimard<br \/>\nDans un village du Berry, une petite fille vit une enfance paisible au milieu des marais peupl\u00e9s d&rsquo;oiseaux, de crapauds et de f\u00e9es invisibles, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un ogre survienne pour lui ravir son innocence, sa joie de vivre et sa bont\u00e9.<\/p>\n<p><em><strong>Immensit\u00e9s<\/strong><\/em><br \/>\nDans la collection Folio sous le n\u00b02766 \u00e9dit\u00e9 par Gallimard<br \/>\nAutour de Prokop Poupa, professeur de litt\u00e9rature r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de balayeur dans les rues de Prague, \u00e9voluent quelques hommes et femmes marginalis\u00e9s par la dissidence. Chacun, par d\u00e9rision, imagine qu&rsquo;un dieu Lare veille sur lui. L&rsquo;un le situe dans sa cuisine, un autre sur le balcon, au grenier ou \u00e0 la cave ; Prokop, lui, place son dieu Lare dans les cabinets qui deviennent un haut lieu de lecture, de m\u00e9ditation et de doutes. Arrive la r\u00e9volution. Certains de ses amis retrouvent une place, voire de l&rsquo;importance, dans la nouvelle soci\u00e9t\u00e9 ; pour d&rsquo;autres, il est trop tard. Prokop, lui, d\u00e9rive hors de ce clivage entre l&rsquo;ancien et le nouveau, il erre en solitaire dans les immensit\u00e9s du songe, de la folie humaine, et du silence de Dieu, jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;\u00e9chouer parfois dans des r\u00eaveries hallucin\u00e9es sur la douleur de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9chus du bonheur d&rsquo;aimer, et plus encore sur le malheur de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 tra\u00eetres \u00e0 l&rsquo;amour. Toujours d\u00e9ambulant dans les rues de sa ville, entre le vides et l&rsquo;esp\u00e9rance, Prokop ne sait plus rien sinon qu&rsquo;il n&rsquo;est rien, et ce constat est consentement ; il \u00ab\u00a0offre ce rien dans les t\u00e9n\u00e8bres\u00a0\u00bb, au fond desquelles peut-\u00eatre g\u00eet l&rsquo;inesp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p><em><strong>Tobie des marais<\/strong><\/em><br \/>\nDans la collection Folio sous le n\u00b03336 \u00e9dit\u00e9 par Gallimard<br \/>\nUn petit gar\u00e7on en cir\u00e9 jaune roule sur son tricycle sous l&rsquo;orage. On dirait un soleil miniature. On lui a cri\u00e9 \u00ab\u00a0Va au diable !\u00a0\u00bb et il y file, chass\u00e9 par le vent du malheur. Ce dernier a une longue histoire dans la famille de Tobie o\u00f9 tant de morts sont rest\u00e9s sans s\u00e9pulture, jusqu&rsquo;\u00e0 sa m\u00e8re qui, victime d&rsquo;un accident, vient de perdre la t\u00eate, au sens propre du terme. Sur l&rsquo;enfant \u00e0 demi orphelin veille son arri\u00e8re-grand-m\u00e8re D\u00e9borah qui a travers\u00e9 l&rsquo;histoire du si\u00e8cle et l&rsquo;Europe, de sa Pologne natale jusqu&rsquo;au marais poitevin. Elle est une passeuse \u00e0 la fois de m\u00e9moire et d&rsquo;esp\u00e9rance. Puis un autre ange gardien accompagnera Tobie devenu jeune homme, Rapha\u00ebl le nomade, qui lui r\u00e9v\u00e9lera la force de l&rsquo;amiti\u00e9, et aussi celle de l&rsquo;amour, en lui faisant rencontrer Sarra qui porte sa beaut\u00e9 comme une mal\u00e9diction. Mais Tobie parviendra \u00e0 briser tous les sortil\u00e8ges qui pesaient sur les siens. Pour raconter cette histoire de d\u00e9livrance riche en merveilleux et en \u00e9motions, Sylvie Germain s&rsquo;est librement inspir\u00e9e du c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9cit biblique, le Livre de Tobie.<\/p>\n<p><em><strong>Eclats de sel<\/strong><\/em><br \/>\nDans la collection Folio sous le n\u00b03016 \u00e9dit\u00e9 par Gallimard<br \/>\nLudvik revient \u00e0 Prague apr\u00e8s onze ann\u00e9es d&rsquo;exil. A force d&rsquo;\u00eatre absent \u00e0 lui-m\u00eame et \u00e9coeur\u00e9 de tout, il s&rsquo;est perdu de vue et se sent fissur\u00e9 de toutes parts. Lui qui \u00e9tait parti pour un exil sans h\u00e9ro\u00efsme ni romantisme, juste par souci d&rsquo;hygi\u00e8ne mentale, est revenu pour fuir une femme infid\u00e8le. Entretemps, il vivote. Il survit. Il fait des rencontres \u00e9tranges &#8230; et tous lui tiennent des discours \u00e9tonnants, tous lui parlent de sel, ce sel de la vie, des larmes et du sang &#8230; L&rsquo;\u00e9criture est belle, les r\u00e9flexions fortes.<\/p>\n<p><em><strong>Chanson des mal-aimants<\/strong><\/em><br \/>\nDans la collection Folio sous le n\u00b04004 \u00e9dit\u00e9 par Gallimard<br \/>\nLa narratrice, abandonn\u00e9e \u00e0 sa naissance \u00e0 la porte d&rsquo;un couvent, vagabondera au fil des ans d&rsquo;une place \u00e0 l&rsquo;autre, \u00e0 travers la France. C&rsquo;est comme si elle n&rsquo;avait pas de vie propre, mais elle participe intens\u00e9ment \u00e0 celle des autres et aux drames dont elle est le t\u00e9moin, sondant toujours plus profond\u00e9ment les myst\u00e8res du c\u0153ur et du corps humains en lesquels r\u00f4de si souvent la folie. Elle grandit dans les Pyr\u00e9n\u00e9es, chez la veuve d&rsquo;un fusill\u00e9, parmi des enfants qui attendent en vain le retour de leurs parents chass\u00e9s par la guerre, puis dans une auberge o\u00f9 l&rsquo;on pratique un culte \u00e9trange et truculent de l&rsquo;ours, ensuite dans un manoir o\u00f9 p\u00e8se un secret en forme de cruelle mascarade. Devenue adulte, elle est servante dans divers h\u00f4tels, dans un bordel champ\u00eatre, dans un bistrot de gare, puis \u00e0 Paris o\u00f9 elle c\u00f4toie des gens insolites, parfois inqui\u00e9tants, et o\u00f9 elle finit chanteuse de rue, attel\u00e9e \u00e0 un orgue de Barbarie. Dans la splendide sauvagerie des montagnes et dans celle, bien plus f\u00e9roce, de la ville, elle ne cessera de creuser et de fortifier sa solitude, ainsi que son don de compassion. La fa\u00e7on dont l&rsquo;auteur donne la parole \u00e0 cette paria surprend par la beaut\u00e9 des images, la fulgurance des visions, la violence de certaines sc\u00e8nes, et l&rsquo;on retrouve la magie de l&rsquo;\u00e9criture et de l&rsquo;imagination du Livre des Nuits et de Jours de col\u00e8re.<\/p>\n<p><em><strong>Magnus<\/strong><\/em><br \/>\nDans la collection Folio sous le n\u00b045444 \u00e9dit\u00e9 par Gallimard<\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e de ses cinq ans, Franz-Georg est tomb\u00e9 gravement malade et la fi\u00e8vre a consum\u00e9 en lui tous les mots, toutes les connaissances fra\u00eechement acquises. Il ne lui reste aucun souvenir, sa m\u00e9moire est vide. Enfant oublieux et mutique, il doit tout r\u00e9apprendre. Sa m\u00e8re lui restitue son pass\u00e9 perdu en lui racontant l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e familiale par \u00e9pisodes, comme un feuilleton aux multiples figures h\u00e9ro\u00efques dont il est le personnage central. Ce faisant, elle le remet au monde une deuxi\u00e8me fois par la seule magie de la parole. Aussi s\u00e9duisant que soit le r\u00e9cit des siens, il souffre pourtant aux yeux de l&rsquo;enfant d&rsquo;un d\u00e9faut peu admissible\u00a0: sa m\u00e8re n&rsquo;accorde aucune place \u00e0 Magnus, son ins\u00e9parable ourson au pelage r\u00e2p\u00e9 dont il \u00e9mane une discr\u00e8te et singuli\u00e8re odeur de roussi. Cette \u00e9pop\u00e9e est-elle v\u00e9ritablement la sienne\u00a0? Franz-Georg y r\u00e9introduit clandestinement l&rsquo;oubli\u00e9. D&rsquo;un fragment l&rsquo;autre, il reconstruit son histoire\u00a0: il appartient \u00e0 un peuple grandiose dont le pays est en guerre, son p\u00e8re exerce la profession de m\u00e9decin au sein d&rsquo;un grand \u00e9tablissement dont les patients accourent de toute l&rsquo;Europe\u2026<br \/>\nL&rsquo;enfant, qui flotte dans un leurre magistral entretenu par sa m\u00e8re, ne comprend rien aux \u00e9v\u00e9nements qui l&rsquo;entourent et vit candidement en marge du r\u00e9el. Les adultes le d\u00e9concertent. Il ne comprend ni leurs pr\u00e9occupations ni leurs joies, et encore moins les propos bizarres qu&rsquo;il leur arrive de tenir. Pourquoi son p\u00e8re abandonne-t-il son uniforme et rase-t-il les murs\u00a0? Qu&rsquo;est-ce qui les pousse \u00e0 changer de nom, \u00e0 quitter leur maison et leur cercle de connaissances\u00a0? Pour quelles obscures raisons son p\u00e8re s&rsquo;enfuit-il un beau jour au Mexique\u00a0? Pourquoi lui, Franz-Georg Dunketal devenu Franz Keller, est-il envoy\u00e9 en Angleterre aupr\u00e8s d&rsquo;un oncle dont il n&rsquo;a jamais entendu parler\u00a0? Pourquoi doit-il d\u00e9sormais s&rsquo;appeler Adam Schmalker\u00a0? Jusqu&rsquo;alors maintenu dans l&rsquo;ignorance de presque tout, il d\u00e9couvre aupr\u00e8s de son nouveau tuteur la face cach\u00e9e de ce Reich que c\u00e9l\u00e9brait sa m\u00e8re et que son p\u00e8re avait servi avec une abjection z\u00e9l\u00e9e. L&rsquo;\u00e2ge des fables est r\u00e9volu\u00a0: la r\u00e9alit\u00e9 le rattrape au collet. Incapable de se d\u00e9faire du pass\u00e9 de son pays, il n&rsquo;aura de cesse de reconstituer le puzzle familial et de percer le myst\u00e8re des cinq premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie. Si la violence de sa d\u00e9sillusion le confronte au mensonge, elle l&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;intelligence critique et \u00e0 la lucidit\u00e9 courageuse.<br \/>\n\u00abD&rsquo;un homme \u00e0 la m\u00e9moire lacunaire, longtemps plomb\u00e9e de mensonges puis gauchie par le temps, hant\u00e9e d&rsquo;incertitudes, et un jour soudainement port\u00e9e \u00e0 incandescence, quelle histoire peut-on \u00e9crire?\u00bb<br \/>\nFranz-Georg, le h\u00e9ros de Magnus, est n\u00e9 avant la guerre en Allemagne. De son enfance, \u00abil ne lui reste aucun souvenir, sa m\u00e9moire est aussi vide qu&rsquo;au jour de sa naissance\u00bb. Il lui faut tout r\u00e9apprendre, ou plut\u00f4t d\u00e9sapprendre ce pass\u00e9 qu&rsquo;on lui invent\u00e9 et dont le seul t\u00e9moin est un ours en peluche \u00e0 l&rsquo;oreille roussie : Magnus.<\/p>\n<p><em><strong>Les personnages<\/strong><\/em><br \/>\nDans la collection Folio (essai)<\/p>\n<p>Un jour, ils sont l\u00e0. Un jour, sans aucun souci de l&rsquo;heure. On ne sait pas d&rsquo;o\u00f9 ils viennent, ni pourquoi ni comment ils sont entr\u00e9s. Ils entrent toujours ainsi, \u00e0 l&rsquo;improviste et par effraction. Et cela sans faire de bruit, sans d\u00e9g\u00e2ts apparents. Ils ont une stup\u00e9fiante discr\u00e9tion de passe-muraille. Ils : les personnages. On ignore tout d&rsquo;eux, mais d&#8217;embl\u00e9e on sent qu&rsquo;ils vont durablement imposer leur pr\u00e9sence. Et on aura beau feindre n&rsquo;avoir rien remarqu\u00e9, tenter de les d\u00e9courager en les n\u00e9gligeant, voire en se moquant deux, ils resteront l\u00e0. L\u00e0, en nous, derri\u00e8re l&rsquo;os du front, ainsi qu&rsquo;une peinture rupestre au fond d&rsquo;une grotte, nimb\u00e9e d&rsquo;obscurit\u00e9. Une peinture en grisaille, mais bient\u00f4t obs\u00e9dante. L\u00e0, \u00e0 la fronti\u00e8re entre le r\u00eave et la veille, au seuil de la conscience. Et ils brouillent cette mince fronti\u00e8re, la traversent continuellement avec l&rsquo;agilit\u00e9 d&rsquo;un contrebandier, la d\u00e9pla\u00e7ant, la distordant. L\u00e0, plant\u00e9s sur ce seuil mouvant avec la violence immobile et mutique d&rsquo;un mendiant qui a jet\u00e9 sur vous son d\u00e9volu et qui ne partira pas avant d&rsquo;avoir obtenu ce qu&rsquo;il veut<\/p>\n<p><em><strong>L&rsquo;inaper\u00e7u<\/strong><\/em> (Albin Michel, 2008)<\/p>\n<p>Les B\u00e9rynx : une famille ordinaire, avec son patriarche autoritaire, ses m\u00e8res affair\u00e9es, ses enfants fragiles, ses secrets non partag\u00e9s et son lot de drames. Et il y a Pierre, qui vient de se greffer sur cette famille comme une sorte d\u2019ange gardien dont on ignore presque tout, homme \u00e0 tout faire, mais aussi \u00e0 tout d\u00e9faire. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 il dispara\u00eet sans laisser d\u2019autres traces que les br\u00e8ches qu\u2019il a ouvertes en chacun.<br \/>\nRoman des origines autant que de la construction de soi, \u00ab\u00a0L\u2019Inaper\u00e7u\u00a0\u00bb , comme \u00ab\u00a0Magnus\u00a0\u00bb , fait coexister le plus sombre de l\u2019Histoire et des trag\u00e9dies individuelles avec l\u2019impr\u00e9visible, la puissance de l\u2019imaginaire, les r\u00eaves les plus fous, tout ce qui \u00e9chappe \u00e0 l\u2019emprise du temps et permet d\u2019inventer son destin.<br \/>\n<em>Critique sur le site de T\u00e9l\u00e9rama<\/em>:\u00a0 \u00a030 ao\u00fbt 2008<br \/>\nUn homme, des femmes. L&rsquo;auteur entrelace petits riens et grands destins.<br \/>\n\u00e7a pourrait n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une \u00e9ni\u00e8me &#8211; mais passionnante, mais haute en coups de th\u00e9\u00e2tre &#8211; saga de provinciale famille fran\u00e7aise de 1945 \u00e0 aujourd&rsquo;hui ; sauf que s&rsquo;y m\u00eale une fois encore la magie \u00ab Germain \u00bb. Cet art d&rsquo;ensorcelante conteuse habile \u00e0 conduire son intrigue en rus\u00e9 Petit Poucet, caillou apr\u00e8s caillou, et \u00e0 y m\u00ealer, en pr\u00eatresse inspir\u00e9e, sa pinc\u00e9e de doutes, de m\u00e9taphysique, de fantastique, de folie. Sylvie Germain n&rsquo;aime pas le mot \u00ab mystique \u00bb &#8211; \u00absi souvent galvaud\u00e9 \u00bb, \u00e9crit-elle dans L&rsquo;Inaper\u00e7u. Pourtant, chacun de ses romans reste tiss\u00e9 du myst\u00e8re de l&rsquo;absolu comme du n\u00e9ant, du plein et du vide, de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 et de l&rsquo;instant, hant\u00e9 d&rsquo;une soif inextinguible. Ici, c&rsquo;est un homme \u00e0 tout faire apparemment venu de nulle part, le taciturne Pierre, qui conduit toute une bourgeoise lign\u00e9e \u00e0 sortir d&rsquo;elle-m\u00eame, \u00e0 flirter avec le rien, et se r\u00e9inventer jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;illumination, incarn\u00e9e par la r\u00e9f\u00e9rence constante au peintre abstrait am\u00e9ricain Mark Rothko (1903-1970).<br \/>\nDu grand artiste abstrait rong\u00e9 par la qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9, Sylvie Germain a pr\u00e9serv\u00e9 la mati\u00e8re m\u00eame : son r\u00e9cit est construit de grand \u00e0-plats narratifs de couleurs vives d&rsquo;abord, puis de plus en plus sombres, et aux fronti\u00e8res de plus en plus impr\u00e9cises. Jusqu&rsquo;\u00e0 la paradoxale lumi\u00e8re finale, l&rsquo;inattendue esp\u00e9rance cardinale. Car la romanci\u00e8re se pla\u00eet \u00e0 m\u00ealer les genres, la petite comme la grande Histoire, l&rsquo;intime et le public, le grotesque et le tragique. De l&rsquo;odyss\u00e9e dramatique d&rsquo;un billet de loterie gagnant \u00e0 une saisissante mort par fou-rire, de la gamine qui se prend pour un arbre \u00e0 la vieille fille qui vient caresser pendant leur sommeil les jeunes gar\u00e7ons, L&rsquo;Inaper\u00e7u multiplie dans un jaillissant flot d&rsquo;\u00e9criture sc\u00e8nes \u00e9tranges et paraboles. Y dominent surtout de v\u00e9n\u00e9neuses et magnifiques portraits de femmes : Sabine, veuve volontaire, chef de famille et d&rsquo;entreprise trop courageuse pour \u00eatre vraiment lisse, Marie, sa fille estropi\u00e9e et impr\u00e9visible, Edith, sa belle-soeur solitaire, C\u00e9leste, la femme autrefois tondue pour avoir aim\u00e9 du mauvais c\u00f4t\u00e9. Toutes ont aim\u00e9, souffert, en sont mortes ou ressuscit\u00e9es. Et toutes ont tent\u00e9 \u00e0 leur mani\u00e8re d&rsquo;arracher \u00e0 l&rsquo;oubli des destins qui auraient d\u00fb passer sans laisser de traces. Des gardiennes d&rsquo;\u00ab inaper\u00e7u \u00bb, ces tr\u00e9sors cach\u00e9s de toute vie que Sylvie Germain avec \u00e9merveillement et tendresse fait admirablement observer, \u00e9couter. Respecter.<br \/>\n<em><strong>Mon avis<\/strong><\/em> : Une fois encore Sylvie Germain me charme. Toujours cette ecriture qui joue avec les lumi\u00e8res, les couleurs et les sons&#8230; On passe des couleurs chatoyantes aux tons de la grisaille&#8230; toujours les th\u00e8mes de l&rsquo;enfance, de la recherche de son pass\u00e9, de la recherche de son pass\u00e9. des douleurs et des souffrances de l&rsquo;enfance bafou\u00e9e et enfouie&#8230;<br \/>\nEt le th\u00e8me de l&rsquo;arbre est merveilleusement pr\u00e9sent.. il en devient par moments un vrai personnage.. les racines de l&rsquo;\u00eatre&#8230;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ffff00;\"><span style=\"color: #000000;\"><em><strong>Hors champ<\/strong><\/em> (Albin Michel, 2009)<\/span> <\/span><\/p>\n<p>En l&rsquo;espace d&rsquo;une semaine, Aur\u00e9lien, un homme ordinaire, va progressivement dispara\u00eetre. Il est de plus en plus hors champ, perdant jusqu&rsquo;\u00e0 sa voix, son odeur et son ombre. Au fur et \u00e0 mesure de cette gen\u00e8se \u00e0 rebours, il sort aussi de la pens\u00e9e et de la m\u00e9moire des autres, m\u00eame de ses proches. Cet effacement intensif s&rsquo;op\u00e8re au grand jour, dans l&rsquo;agitation de la ville, \u00e0 l&rsquo;aune de tous ces naufrag\u00e9s qu&rsquo;on ne regarde plus et qui ne comptent pour personne.<br \/>\n<em><strong>Mon avis<\/strong><\/em> : \u00a0Alors si vous n&rsquo;avez pas le moral, ce n&rsquo;est pas le moment de le lire.. mais il est magnifique. et d&rsquo;une telle \u00e9criture&#8230;<br \/>\nUn \u00eatre devient de plus en plus invisible et de plus en plus seul&#8230;.. Le regard des autres lui passe au travers, il n&rsquo;est plus personne&#8230; il devient transparent.. Et pourtant , il existe.. mais existe-t-il ?<br \/>\nLa disparition de personnes, des naufrag\u00e9s&#8230;<\/p>\n<p><span style=\"color: #800000;\"><strong>Le monde sans vous<\/strong><\/span> (Albin Michel, 2011) &#8211; Prix Jean Monnet de Litt\u00e9rature europ\u00e9enne 2011 : <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2642\">voir article complet <\/a><br \/>\n\u00ab Chacun rec\u00e8le dans son imaginaire un atlas amoureux qu&rsquo;il compulse selon sa fantaisie. Un atlas amoureux est forc\u00e9ment extravagant, illustr\u00e9 de cartes et de planches qui ne respectent pas toujours la bonne \u00e9chelle. C&rsquo;est un impr\u00e9cis de g\u00e9ographie passionnelle. \u00bbQue le voyage soit dans l&rsquo;espace, la Sib\u00e9rie en transsib\u00e9rien jusqu&rsquo;\u00e0 Vladivostok, ou dans le temps, le souvenir des \u00eatres chers et disparus, Sylvie Germain, par la puissance et la beaut\u00e9 des images qu&rsquo;elle \u00e9voque, nous en fait partager l&rsquo;\u00e9motion, la force des sentiments, l&rsquo;aura des l\u00e9gendes qui le nimbe et la fragilit\u00e9 de toute existence.<\/p>\n<p><strong>Rendez-vous nomades<\/strong> (Albin Michel, 2012)<br \/>\n\u00ab Qu&rsquo;en est-il de \u00ab\u00a0Dieu\u00a0\u00bb\u00a0? Est-ce une invention, et si oui, de quel type: une \u0153uvre g\u00e9niale cr\u00e9\u00e9e par l&rsquo;imagination humaine, une d\u00e9couverte insoup\u00e7onn\u00e9e, inimaginable, op\u00e9r\u00e9e par voie de r\u00e9v\u00e9lation, une pure fiction construite sur fond de peur et de d\u00e9sir, un mensonge ph\u00e9nom\u00e9nal concoct\u00e9 pour les na\u00effs? On peut opter pour une signification unique et s&rsquo;y tenir sa vie durant, ou migrer d&rsquo;un sens \u00e0 un autre au fil du temps. On peut aussi d\u00e9ambuler sans fin, en zigzag et en spirale, autour d&rsquo;une seule signification qui s&rsquo;impose plus troublante et magn\u00e9tique que les autres, pour l&rsquo;interroger, encore et encore. Et si celle-ci, aussi sap\u00e9e, cribl\u00e9e de doutes, de points critiques et de p\u00e9nombres soit-elle, co\u00efncide avec les donn\u00e9es de la religion re\u00e7ue en h\u00e9ritage par voie du hasard de la naissance, alors ce hasard se transforme progressivement en aventure, et l&rsquo;aventure en destin, \u00e0 force d&rsquo;\u00eatre sans cesse relanc\u00e9e, poursuivie. \u00bb<\/p>\n<p><span style=\"color: #800000;\"><strong>Petites sc\u00e8nes capitales <\/strong><\/span>(Albin Michel, 2013)\u00a0 :<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=209\"> voir article complet <\/a><br \/>\n\u00abL\u2019amour, ce mot ne finit pas de b\u00e9gayer en elle, violent et incertain. Sa profondeur, sa v\u00e9rit\u00e9 ne cessent de lui \u00e9chapper, depuis l\u2019enfance, depuis toujours, reculant chaque fois qu\u2019elle croit l\u2019approcher au plus pr\u00e8s, au plus br\u00fblant. L\u2019amour, un mot hagard.\u00bb<\/p>\n<p><span style=\"color: #800000;\"><strong>\u00c0 la table des hommes <\/strong><\/span>(Albin Michel, 2015) :<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0 <a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4089\">voir article complet<\/a><\/span><br \/>\nSon obscure naissance au c\u0153ur d&rsquo;une for\u00eat en pleine guerre civile a fait de lui un enfant sauvage qui ne conna\u00eet rien des conduites humaines. S&rsquo;il d\u00e9couvre peu \u00e0 peu leur complexit\u00e9, \u00e0 commencer par celle du langage, il garde toujours en lui un lien intime et p\u00e9n\u00e9trant avec la nature et l&rsquo;esp\u00e8ce animale, dont une corneille qui l&rsquo;accompagne depuis l&rsquo;origine. <i>\u00c0 la table des hommes<\/i> tient autant du fabuleux que du r\u00e9alisme le plus contemporain. Comme <i>Magnus<\/i>, c&rsquo;est un roman hant\u00e9 par la violence pr\u00e9datrice des hommes, et illumin\u00e9 par la pr\u00e9sence bienveillante d&rsquo;un \u00eatre qui \u00e9chappe \u00e0 toute assignation, et de ce fait \u00e0 toute soumission.<\/p>\n<p><strong><em>Le Prix mondial Cino Del Duca 2016<\/em> a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cern\u00e9, lundi 18 avril, \u00e0 Sylvie Germain pour l&rsquo;ensemble de son \u0153uvre. Le Prix mondial Cino Del Duca, attribu\u00e9 chaque ann\u00e9e \u00e0 un auteur de langue fran\u00e7aise dont l\u2019\u0153uvre constitue, sous forme scientifique ou litt\u00e9raire un message d\u2019humanisme, est le deuxi\u00e8me prix litt\u00e9raire le plus dot\u00e9, derri\u00e8re le prix Nobel de litt\u00e9rature<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Le vent reprend ses tours<\/strong> &#8211; (Albin-Michel 2019) :<br \/>\nC&rsquo;est un avis de recherche coll\u00e9 sous un abribus qui va bouleverser la vie de Nathan. Gavril, le vieil homme disparu, a sauv\u00e9 son enfance de l&rsquo;ennui et de la solitude aupr\u00e8s d&rsquo;une m\u00e8re taciturne en l&rsquo;entra\u00eenant dans les rues de Paris et en l&rsquo;enchantant de po\u00e9sie et de fantaisie. Trente ans plus tard, Nathan m\u00e8ne une vie fade et morose que ce soudain rappel \u00e0 l&rsquo;enfance et aux silences maternels fait \u00e9clater.<br \/>\nLui qui n&rsquo;a jamais voyag\u00e9 se rend en Roumanie dont il ignorait que Gavril y avait v\u00e9cu les drames de la guerre puis les grandes purges de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre. Ce voyage vers l&rsquo;ami saltimbanque rescap\u00e9 de terribles \u00e9preuves mais qui avait su garder une magnifique ardeur \u00e0 vivre, va l&rsquo;ouvrir \u00e0 une pleine libert\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Br\u00e8ves de solitude<\/strong> (Albin-Michel, 2021) :<br \/>\nDes passants se croisent dans un square, s&rsquo;observent, se jaugent furtivement. Quelques jours plus tard, forc\u00e9s \u00e0 la r\u00e9clusion, ils se trouvent confront\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames, \u00e0 leur vie int\u00e9rieure et \u00e0 la part d&rsquo;inconnu, de vide ou de chaos qu&rsquo;elle rec\u00e8le.<br \/>\nUn soir de pleine lune qui transforme le ciel au-dessus de la ville confin\u00e9e en un miroir \u00e9trange, l\u2019ordinaire des \u00eatres se renverse en extraordinaire et chacun sent sa vie vaciller.<br \/>\nC\u2019est en remarquable observatrice de ses contemporains que Sylvie Germain nous convie \u00e0 cette valse m\u00e9lancolique, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re constellation de vivants, o\u00f9 le tragique se m\u00eale \u00e0 la tendresse et \u00e0 la d\u00e9rision, le vertige de l&rsquo;esseulement \u00e0 la force de l&rsquo;amiti\u00e9.<\/p>\n<p><span style=\"color: #800000;\"><strong>La Puissance des ombres<\/strong><\/span> (Albin-Michel, 2022) : <span style=\"color: #0000ff;\">(<a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Germain, Sylvie \u00ab La puissance des ombres\u00a0\u00bb (2022) 192 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=23545\">Voir article complet<\/a><\/span>)<br \/>\nPour f\u00eater les vingt ans de leur rencontre au bas des marches du m\u00e9tro Saint-Paul, Daphn\u00e9 et Hadrien ont organis\u00e9 une soir\u00e9e \u00e0 th\u00e8me : chacun de leurs amis doit porter un d\u00e9guisement \u00e9voquant une station de m\u00e9tro. Mais la f\u00eate tourne au drame. L\u2019un des invit\u00e9s tombe myst\u00e9rieusement du balcon et se tue. Et quelques mois plus tard, c\u2019est au tour d\u2019un autre convive de se rompre le cou en d\u00e9gringolant des escaliers. Qui sera le suivant ?Quel est le lien entre la f\u00eate, les convives, les serveurs qui officiaient, et notre intense d\u00e9sir de r\u00e9paration ?<br \/>\nDans ce tr\u00e8s beau livre, rythm\u00e9 comme une partition, Sylvie Germain nous fait peu \u00e0 peu p\u00e9n\u00e9trer dans le c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres de l\u2019homme. Elle nous rappelle ici plus intens\u00e9ment que jamais que le d\u00e9sespoir n\u2019exclut ni l\u2019esp\u00e9rance ni la consolation.<\/p>\n<p class=\"BookHeader-infos--title\"><strong>Murmuration<\/strong> (Albin-Michel, 2026) :<br \/>\n\u00ab <i>Mots et visions s\u2019entrelacent, s\u2019enflamment, ils tournoient sur le mur comme une horde d\u2019\u00e9tourneaux \u00e0 la tomb\u00e9e du jour, \u00e0 l\u2019heure de la murmuration, \u00e9claboussant le ciel de volutes et de torsades qui se dilatent en immenses spirales, se condensent en ovales massifs pour \u00e9clater soudain, se disperser puis se reconstruire en de nouvelles figures monumentales et \u00e0 la fin filer en jets obliques vers la terre, laissant le ciel nu, livr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9panchement de la nuit, du\u00a0silence. <\/i>\u00bb<\/p>\n<p>Samuel s\u2019est jet\u00e9 \u00e0 corps perdu dans les mots, leur magie, leur pouvoir ; c\u2019est pour dire la puissance du langage qu\u2019il est devenu \u00e9crivain. Au fil d\u2019un texte hypnotique, Sylvie Germain \u00e9voque le parcours bless\u00e9 de cet homme qui a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u2019ombre \u00e0 la lumi\u00e8re. L\u2019\u00e9criture essentielle de la romanci\u00e8re, pr\u00e9cise et po\u00e9tique, tendre et caustique, lui fait magnifiquement \u00e9cho.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\"><em><strong>Il manque beaucoup d&rsquo;articles car j&rsquo;avais lu les livres<\/strong> (titre en italique) <strong>avant la cr\u00e9ation du blog &#8230;<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p><em>Site sur Sylvie Germain avec les r\u00e9sum\u00e9s de ces \u0153uvres<\/em>\u00a0 : http:\/\/www.farum.unige.it\/francesistica\/pharotheque\/sylviegermain\/Resumes.htm<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;AUTRICE : N\u00e9e \u00a0le 08\/01\/1954 \u00e0 Ch\u00e2teauroux (Indre), Sylvie Germain est une romanci\u00e8re, essayiste et dramaturge fran\u00e7aise. Elle a suivi dans les ann\u00e9es 1970 des \u00e9tudes de philosophie \u00e0 la Sorbonne avec, entre autres professeurs, Emmanuel Levinas. 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