{"id":6663,"date":"2018-07-21T19:25:53","date_gmt":"2018-07-21T17:25:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6663"},"modified":"2021-04-01T15:55:38","modified_gmt":"2021-04-01T13:55:38","slug":"brundage-elizabeth-dans-les-angles-morts-2018","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6663","title":{"rendered":"Brundage, Elizabeth \u00abDans les angles morts\u00bb (2018)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur\u00a0<\/strong>: Elizabeth Brundage est dipl\u00f4m\u00e9e de l&rsquo;universit\u00e9 du Hampshire. Elle a \u00e9tudi\u00e9 le cin\u00e9ma \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de New York et a \u00e9t\u00e9 membre de l&rsquo;American Film Institute de Los Angeles. Elle vit pr\u00e8s d&rsquo;Albany, dans le nord de l&rsquo;Etat de New York. Dans les angles morts est son premier roman traduit en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Editeur\u00a0: Gallimard &#8211; Collection Quai Voltaire, La Table Ronde- 11\/01\/2018 &#8211; 528 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0:<\/strong> En rentrant chez lui un vendredi apr\u00e8s-midi de temp\u00eate de neige, apr\u00e8s une journ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 priv\u00e9e de Chosen o\u00f9 il enseigne l&rsquo;histoire de l&rsquo;art, George Clare trouve sa femme assassin\u00e9e, et leur fille de trois ans seule dans sa chambre &#8211; depuis combien de temps\u00a0? Huit mois plus t\u00f4t, il avait fait emm\u00e9nager sa famille dans cette petite ville \u00e9triqu\u00e9e et appauvrie (mais r\u00e9cemment rep\u00e9r\u00e9e par de riches New-yorkais \u00e0 la recherche d&rsquo;un havre bucolique) o\u00f9 ils avaient pu acheter pour une bouch\u00e9e de pain la ferme des Hale, une ancienne exploitation laiti\u00e8re.<br \/>\nGeorge est le premier suspect, la question de sa culpabilit\u00e9 r\u00e9sonnant dans une histoire pleine de secrets personnels et professionnels. Mais Dans les angles morts est aussi l&rsquo;histoire des trois fr\u00e8res Hale, qui se retrouvent m\u00eal\u00e9s \u00e0 ce myst\u00e8re, en premier lieu parce que les Clare occupent la maison de leur enfance, celle qu&rsquo;ils ont d\u00fb quitter apr\u00e8s le suicide de leurs parents. Le voile impitoyable de la mort est omnipr\u00e9sent\u00a0; un crime en cache d&rsquo;autres, et vingt ann\u00e9es s&rsquo;\u00e9coulent avant qu&rsquo;une justice implacable soit rendue.<\/p>\n<p>La prose haletante d&rsquo;Elizabeth Brundage explore les d\u00e9faillances enfouies en chacun de nous, susceptibles de nous mener \u00e0 l&rsquo;impensable.<br \/>\nPortrait riche et complexe d&rsquo;un psychopathe, d&rsquo;un mariage aussi, ce roman \u00e9tudie dans le d\u00e9tail les diverses cicatrices qui entachent des familles tr\u00e8s diff\u00e9rentes, et jusqu&rsquo;\u00e0 une communaut\u00e9 tout enti\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Des fant\u00f4mes, un meurtre, un psychotique terrifiant qui a pourtant l&rsquo;air normal, et une \u00e9criture superbe\u00a0\u00bb. Stephen King.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:\u00a0 Merci Beabab de m\u2019avoir sugg\u00e9r\u00e9 de le mettre dans ma valise de l\u2019\u00e9t\u00e9. Nul doute que je serais pass\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Quel roman\u00a0! Un thriller\u00a0? un roman\u00a0? un thriller psychologique\u00a0? Oui cela commence par un meurtre \u2026 Mais bien vite on oublie que la femme de George est morte dans les premi\u00e8res pages du roman. Elle est tellement pr\u00e9sente\u2026 C\u2019est de la toute bonne litt\u00e9rature am\u00e9ricaine. L\u2019h\u00e9ro\u00efne de l\u2019histoire\u00a0: une maison. Hant\u00e9e par les secrets de deux familles.: celle des pr\u00e9c\u00e9dents propri\u00e9taires, les Hale,\u00a0 et celle des Clare qui ont rachet\u00e9 la maison du malheur c\u00e9d\u00e9e pour une somme d\u00e9risoire par la Banque suite au d\u00e9c\u00e8s des parents Hale.\u00a0 Catherine, la nouvelle propri\u00e9taire ignore tout des conditions de vente de sa maison: son mari George lui a soigneusement occult\u00e9 \u00ab\u00a0la bonne affaire\u00a0\u00bb tout comme il lui cache tout le reste.\u00a0 Les personnages sont cisel\u00e9s. George est un homme lisse d\u2019apparence mais cruel, menteur, arriviste, m\u00e9prisant, ne s\u2019int\u00e9ressant qu\u2019\u00e0 lui et utilisant les autres, les soumettant. Il enseigne l\u2019histoire de l\u2019art et nous permet de d\u00e9couvrir des artistes peintres am\u00e9ricains qui s\u2019associent aux paysages dans lesquels se d\u00e9roule le drame. \u00a0Catherine est malheureusement tomb\u00e9e sous sa coupe, la faute \u00e0 son manque de confiance en elle. Autour de ce couple gravitent des personnages\u00a0: les habitants du village qui connaissaient les anciens propri\u00e9taires, des \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb, la famille de George et Catherine, les coll\u00e8gues de George, et les jeunes, les enfants du couple qui habitait la maison avant, trois fr\u00e8res qui continuent \u00e0 fr\u00e9quenter la maison de leur enfance en s\u2019y faisant engager pour faire des travaux.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 happ\u00e9e par les \u00be du roman, puis j\u2019ai trouv\u00e9 qu\u2019il y avait un petit passage \u00e0 vide avant d\u2019\u00eatre \u00e0 nouveau scotch\u00e9e par les 50 derni\u00e8res pages. Un roman oppressant, habit\u00e9 par les fant\u00f4mes du pass\u00e9, en compagnie de personnages troubles\u2026 et une tr\u00e8s belle plume\u2026 Je pense que ceux qui aiment les romans de Laura Kasischke devraient appr\u00e9cier.<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>Une fois la porte ferm\u00e9e, il \u00e9prouva la sensation d\u2019\u00eatre coup\u00e9 de tout, attendant l\u00e0 avec son propre reflet.<\/p>\n<p>La maison donnait l\u2019impression d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 malmen\u00e9e, pi\u00e9tin\u00e9e par des inconnus.<\/p>\n<p>Elle serrait un mouchoir jaune comme une fauvette prise au pi\u00e8ge et, en pens\u00e9e, il vit le tissu froiss\u00e9 se d\u00e9plier et s\u2019envoler.<\/p>\n<p>Puis il lui prit la main tendrement, l\u2019abritant dans la sienne, et ferma les yeux tr\u00e8s fort pour tenter de lui communiquer de quoi tenir le coup, parce qu\u2019il la sentait s\u2019\u00e9loigner, s\u2019effacer, devenir une silhouette silencieuse en arri\u00e8re-plan que personne ne remarque.<\/p>\n<p>L\u2019hiver se termina enfin. On vit des couleurs r\u00e9appara\u00eetre \u00e7\u00e0 et l\u00e0, des gens sortir de leurs maisons pour nettoyer leur jardin, planter des clous dans des cl\u00f4tures. On vit des chevaux ruer comme s\u2019ils r\u00e9apprenaient \u00e0 faire fonctionner leurs jambes arri\u00e8re.<\/p>\n<p>On voyait dans leurs yeux qu\u2019ils avaient le c\u0153ur bris\u00e9. C\u2019\u00e9taient des hommes aux c\u0153urs bris\u00e9s qui ne pouvaient pas faire grand-chose, m\u00eame pas aimer. C\u2019\u00e9tait la chose la plus simple, aimer quelqu\u2019un, sauf que c\u2019\u00e9tait aussi la plus dure, parce que \u00e7a faisait mal.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, elle nourrissait un tas de r\u00eaves fragment\u00e9s. Depuis le temps, elle disposait de toute une collection de possibilit\u00e9s qui r\u00e9sonnaient en elle comme les barres argent\u00e9es d\u2019un carillon.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019elle rentrait \u00e0 la maison, le soleil se levait tout juste et le brouillard ressemblait \u00e0 une inqui\u00e9tante mar\u00e9e recouvrant les champs.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait fruste, incapable d\u2019exprimer ses \u00e9motions \u2013\u00a0il lui manquait l\u2019\u00e9loquence de l\u2019\u00e2me. Il \u00e9tait dur avec elle, pouvait la faire se sentir petite, vuln\u00e9rable. Mais aussi prot\u00e9g\u00e9e. <em>Vivante<\/em>.<\/p>\n<p>Ils \u00e9taient comme deux usagers des transports en commun, que le hasard a assis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te dans un train \u00e0 la destination inconnue. Elle avait l\u2019impression qu\u2019elle le connaissait \u00e0 peine.<\/p>\n<p>La maison paraissait triste, songea Catherine. Meurtrie. Mais les fen\u00eatres \u00e9taient ravissantes.<\/p>\n<p>Les vieilles maisons, dit l\u2019agent immobilier. Elles ont des douleurs et des chagrins comme nous.<\/p>\n<p>La terre \u00e9tait un oc\u00e9an, pensa-t-elle, et la maison une \u00eele solitaire au milieu.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9t\u00e9, on laissait les portes ouvertes, et le vent vous \u00e9bouriffait les cheveux comme des doigts d\u2019anges.<\/p>\n<p>Dehors, les arbres aux longues branches attir\u00e8rent son attention. Elle remarqua que ses sens \u00e9taient particuli\u00e8rement aiguis\u00e9s. Elle entendait les fen\u00eatres agit\u00e9es, le blabla des moustiquaires, les feuilles mortes trottiner \u00e0 travers le porche.<\/p>\n<p>Il avait l\u2019apparence lisse et enjou\u00e9e d\u2019un acteur de feuilleton t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, qui finissait pourtant par r\u00e9v\u00e9ler une sombre histoire si on regardait assez d\u2019\u00e9pisodes.<\/p>\n<p>Une chose \u00e0 savoir \u00e0 propos des maisons\u00a0: c\u2019\u00e9taient elles qui choisissaient leurs propri\u00e9taires, et non l\u2019inverse. Et cette maison les avait choisis, eux.<\/p>\n<p>Parfois, tard le soir, quand il n\u2019y avait aucun bruit, il imaginait que tous les mots que les gens ne disaient jamais, les mots vrais et sinc\u00e8res, sortaient de leurs bouches et dansaient m\u00e9chamment au-dessus de leurs stupides formes endormies.<\/p>\n<p>Elle lisait Keats, Blake.<br \/>\nJe vois que vous appr\u00e9ciez les choses s\u00e9rieuses. Pas du genre \u00e0 mettre de l\u2019eau dans votre vin.<br \/>\nC\u2019est vrai. Je le pr\u00e9f\u00e8re pur.<br \/>\nTant que \u00e7a ne vous monte pas \u00e0 la t\u00eate.<br \/>\nJe suis solide.<\/p>\n<p>Je crois que je me m\u00e9fie de tout ce qui se pr\u00e9sente sous l\u2019\u00e9tiquette <em>organis\u00e9<\/em>. Peut-\u00eatre que je pr\u00e9f\u00e8re le d\u00e9sordre.<\/p>\n<p>La d\u00e9votion aveugle n\u2019\u00e9tait pas seulement g\u00eanante, elle la faisait para\u00eetre commune. Tout d\u00e9pend, je suppose, de la source \u00e0 laquelle on s\u2019abreuve.<\/p>\n<p>Ils contempl\u00e8rent l\u2019astre \u00e9norme, brillant, qui descendait derri\u00e8re les arbres. Pendant un long moment, personne ne parla. Tous furent bient\u00f4t badigeonn\u00e9s d\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait une magnifique journ\u00e9e d\u2019automne, tout droit sortie de <em>Matin\u00e9e, Vall\u00e9e de Catskill<\/em> d\u2019Inness, songea-t-il en voyant les feuilles rouges embraser la cime des ch\u00eanes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elle ressemblait \u00e0 la fille de la <em>Jeune Orpheline au cimeti\u00e8re<\/em> de Delacroix, avec sa beaut\u00e9 \u00e9vidente mais pas encore reconnue, ses yeux noirs, sa peur.<\/p>\n<p>Nous n\u2019avons pas de pass\u00e9, pas d\u2019avenir. Rien que le pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Avec sa voix de caf\u00e9 serr\u00e9, ses \u00e9pais cheveux bruns. Elle ne ressemblait \u00e0 personne que Catherine connaissait.<\/p>\n<p>Elle aimait \u00e0 se croire pudique, mais avait fini par se rendre compte que c\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re de masquer son manque de confiance en elle.<\/p>\n<p>Elle ch\u00e9rissait la libert\u00e9 autant que n\u2019importe qui\u00a0\u2013\u00a0du moins le croyait-elle\u00a0\u2013\u00a0mais l\u2019id\u00e9e que la libert\u00e9 avait un prix lui \u00e9chappait encore. Elle avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e dans la croyance qu\u2019il y avait toujours des limites \u00e0 la libert\u00e9, et n\u2019avait pas le courage de les contester.<\/p>\n<p>Elle se contenta de le regarder. Il \u00e9tait inutile d\u2019entrer dans son jeu. Il retournait toujours la situation de mani\u00e8re \u00e0 la mettre en cause. C\u2019\u00e9tait sa strat\u00e9gie pour \u00e9viter les sujets dont il ne voulait pas parler. Ce qu\u2019elle voulait\u00a0? Elle n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 capable de r\u00e9pondre \u00e0 cette question.<\/p>\n<p>La tradition du compromis se transmettait de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration comme de la porcelaine ordinaire.<\/p>\n<p>Quelqu\u2019un voyait quelque chose, le racontait \u00e0 untel, qui le racontait \u00e0 untel, et soudain l\u2019histoire prenait une r\u00e9alit\u00e9. C\u2019\u00e9tait une nouvelle.<\/p>\n<p>Elle avait la beaut\u00e9 ind\u00e9cise d\u2019une fleur du bord de route.<\/p>\n<p>Elle rentrait chez elle, s\u2019installait dans un fauteuil et \u00e9valuait, non sans d\u00e9sespoir, les cons\u00e9quences de sa vie. On devait vivre avec les choix qu\u2019on faisait. On devait vivre avec ses erreurs.<\/p>\n<p>Elle l\u2019attira plus pr\u00e8s et se lova sous son bras comme on enfile un manteau aim\u00e9.<\/p>\n<p>Catherine la regarda avec soulagement, puis secoua la t\u00eate. Il ne me dit jamais rien.<br \/>\nIl ne voulait probablement pas vous inqui\u00e9ter, voil\u00e0 tout.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s tout, o\u00f9 allait l\u2019esprit quand le corps mourait\u00a0? Il devait bien aller quelque part. Si l\u2019on \u00e9tait heureux, on allait peut-\u00eatre au paradis.<\/p>\n<p>Quelle tristesse d\u2019en \u00eatre arriv\u00e9 l\u00e0, songea-t-elle. Un monde de d\u00e9fiance. Un monde de profiteurs.<\/p>\n<p>L\u2019amour est lumi\u00e8re, l\u2019amour est \u00e9quilibre. C\u2019est un monocycle. La mort est plus facile. La mort est absolue. On dit que c\u2019est la grande inconnue\u00a0\u2013\u00a0mais c\u2019est faux. On la conna\u00eet. On la reconna\u00eet quand on la voit. Quand on sent son odeur. On passe sa vie \u00e0 la courtiser. Les drogues, l\u2019alcool, la nourriture. Elle est partout autour de nous. On la promeut. Au supermarch\u00e9\u00a0; ces gros titres annon\u00e7ant des overdoses, des suicides. Les trag\u00e9dies de tous les jours. Les posters de morts qu\u2019on accroche sur nos murs\u00a0\u2013\u00a0Marilyn, James Dean, et m\u00eame J\u00e9sus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il regarda l\u2019eau, la grande \u00e9tendue de vide. Les soucis pouvaient s\u2019accumuler dans une vie, pensa-t-il, et lentement, lentement vous d\u00e9figurer.<\/p>\n<p>Ces vieilles maisons sont fascinantes, n\u2019est-ce pas\u00a0? J\u2019ai le sentiment que nous les empruntons seulement. Nous ne sommes que leurs gardiens, vous ne croyez pas\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elle avait les yeux de la Madone, pensa-t-il, du moins telle que le Caravage l\u2019avait peinte, des yeux de prostitu\u00e9e, et de longs cheveux en d\u00e9sordre qui lui tombaient dans le dos.<\/p>\n<p>Il faut avoir la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre diff\u00e9rents, de d\u00e9plaire m\u00eame \u00e0 ceux qu\u2019on aime.<\/p>\n<p>Rien que \u00e7a\u00a0\u2013\u00a0il montra les montagnes au loin, le ciel sombre \u00e9clabouss\u00e9 d\u2019\u00e9toiles, les arbres noirs autour de l\u2019\u00e9tang aux reflets argent\u00e9s\u00a0\u2013, c\u2019est le paysage typique de l\u2019\u00e9cole de l\u2019Hudson.<\/p>\n<p>Tu peux imaginer le monde sans l\u2019art\u00a0? Tu peux imaginer le monde sans Matisse\u00a0?<br \/>\nNon. Surtout pas sans Matisse.<br \/>\nC\u2019est notre nourriture culturelle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avec son langage corporel, elle pouvait exprimer l\u2019inverse de ce qu\u2019elle pensait. C\u2019\u00e9tait ce qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e9rait dans le fait d\u2019\u00eatre une femme, cette capacit\u00e9 \u00e0 duper les gens.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sa meilleure amie, c\u2019\u00e9tait elle-m\u00eame. Voil\u00e0 ce que lui disait sa m\u00e8re autrefois. Chaque fois que tu as un probl\u00e8me, souviens-toi que ta meilleure amie, c\u2019est toi-m\u00eame.<\/p>\n<p>La peinture paysag\u00e8re devenait un moyen de faire passer des id\u00e9es et une vision philosophiques. En m\u00eame temps, il montrait la nature am\u00e9ricaine\u00a0\u2013\u00a0sauvage, violente et sublime\u00a0\u2013\u00a0comme une version du paradis. Ainsi que le dit Emerson, la vraie r\u00e9v\u00e9lation <em>s\u2019accompagne toujours de l\u2019\u00e9motion du sublime<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il doutait que ses \u00e9tudiants aient saisi le concept du sublime, en particulier tel qu\u2019il existait dans la nature. Pour eux seules les drogues, et pas la nature, permettaient d\u2019atteindre l\u2019illumination.<\/p>\n<p>Elle ne se satisfaisait pas de la surface des choses et ne pouvait s\u2019emp\u00eacher de creuser\u00a0\u2013 un vrai termite.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>les maisons sont pareilles \u00e0 des enfants, elles n\u2019oublient pas les mauvais traitements qu\u2019on leur inflige.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>les vrais sociopathes ont la capacit\u00e9 de se convaincre eux-m\u00eames de leur innocence. De sorte qu\u2019ils croient \u00e0 tout ce qu\u2019ils disent, et que tout le monde finit par les croire \u00e9galement. Ils se distancient de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Comme s\u2019ils n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 l\u00e0. Comme si \u00e7a n\u2019\u00e9tait m\u00eame pas arriv\u00e9.<\/p>\n<p>R\u00e9cemment, elle ressent une forme de confusion, l\u2019impression que son cerveau a marin\u00e9 dans la vaseline. On sait que les choses vont mal quand une vir\u00e9e au supermarch\u00e9 constitue la principale sortie de la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Image\u00a0: Catskill Mountains par George Inness<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Elizabeth Brundage est dipl\u00f4m\u00e9e de l&rsquo;universit\u00e9 du Hampshire. Elle a \u00e9tudi\u00e9 le cin\u00e9ma \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de New York et a \u00e9t\u00e9 membre de l&rsquo;American Film Institute de Los Angeles. Elle vit pr\u00e8s d&rsquo;Albany, dans le nord de l&rsquo;Etat de New York. Dans les angles morts est son premier roman traduit en fran\u00e7ais. Editeur\u00a0: Gallimard &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6663\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6664,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[520,2,91,202,29,105,81,233],"tags":[447,112,563,419,214,334,403,110,314,352],"class_list":["post-6663","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-520","category-lectures","category-polar-psychologique","category-etats-unis","category-americaine","category-roman","category-roman-noir","category-usa","tag-amour-maternel","tag-angoisse","tag-culpabilite","tag-isolement","tag-manipulation","tag-meurtres","tag-nature","tag-psychologique","tag-rapports-familiaux","tag-secrets"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6663","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6663"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6663\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6665,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6663\/revisions\/6665"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6664"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6663"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6663"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6663"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}