{"id":6870,"date":"2018-08-13T14:27:16","date_gmt":"2018-08-13T13:27:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6870"},"modified":"2025-12-31T11:31:36","modified_gmt":"2025-12-31T09:31:36","slug":"benameur-jeanne-lenfant-qui-2017","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6870","title":{"rendered":"Benameur, Jeanne \u00abL\u2019enfant qui\u00bb (2017)"},"content":{"rendered":"<p><strong><span style=\"margin: 0px; color: #333333; font-family: 'Georgia',serif;\">Benameur, Jeanne \u00ab\u00a0L\u2019enfant qui\u00a0\u00bb (2017)<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"margin: 0px; color: #333333; font-family: 'Georgia',serif;\">\u00a0<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"margin: 0px; color: #333333; font-family: 'Georgia',serif;\">Auteur\u00a0<\/span><\/strong><span style=\"margin: 0px; color: #333333; font-family: 'Georgia',serif;\">: Jeanne Benameur est n\u00e9e en Alg\u00e9rie en 1952 d\u2019un p\u00e8re alg\u00e9rien et d\u2019une m\u00e8re italienne. Elle vit \u00e0 La Rochelle et consacre l\u2019essentiel de son temps \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Elle a \u00e9tudi\u00e9 la philosophie et l\u2019histoire de l\u2019art.<\/span><\/p>\n<p>Elle a \u00e9crit entre autres\u00a0:\u00a0\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4567\">Laver les ombres<\/a>\u00a0<\/span>(2008) \u2013\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4360\"><span style=\"color: #0000ff;\">Les Insurrections singuli\u00e8res<\/span>\u00a0<\/a>(2011)\u00a0\u2013<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=787\">\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\">Profanes<\/span><\/a><span style=\"color: #0000ff;\">,\u00a0<\/span>(2012) \u2013 Vivre c\u2019est risquer (2013) \u2013\u00a0 Je vis sous l\u2019\u0153il du chien \u2013 suivi de L\u2019Homme de longue peine, (2013), 48\u00a0p \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6512\">Pas assez pour faire une femme<\/a><\/span>\u00a0(Actes Sud, coll. Babel, 2015) \u2013 Otages intimes (2015) 176 p. Prix du roman Version F\u00e9mina \u2013<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6870\">L\u2019Enfant qui<\/a><\/span>\u00a0(2017) \u00a0\u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14530\">Ceux qui partent<\/a><\/span> (2019) &#8211; <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=19821\">La patience des traces<\/a><\/span>\u00a0(2022) &#8211;<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Benameur, Jeanne \u00ab\u00a0Vivre tout bas\u00a0\u00bb (2025) 208 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=23499\"> Vivre tout bas<\/a>\u00a0<\/span> (2025) &#8211; Vers l\u2019\u00e9criture (essai &#8211; 2025)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"margin: 0px; color: #333333; font-family: 'Georgia',serif;\">Actes Sud \u2013 Mai 2017 &#8211; 128 pages <\/span><\/p>\n<p><span style=\"margin: 0px; color: #333333; font-family: 'Georgia',serif;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"margin: 0px; color: #333333; font-family: 'Georgia',serif;\">R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/span><\/strong><span style=\"color: #000000; font-family: Calibri;\">: <\/span>Trois trajectoires, trois personnages mis en mouvement par la disparition d\u2019une femme, \u00e0 la fois \u00e9nigme et cl\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019enfant marche dans la for\u00eat, adoss\u00e9 \u00e0 l\u2019absence de sa m\u00e8re. Il apprend peu \u00e0 peu \u00e0 porter son h\u00e9ritage de myst\u00e8re et de libert\u00e9. Avec un chien pour guide, il d\u00e9couvre des lieux inconnus. \u00c0 chaque lieu, une exp\u00e9rience nouvelle. Jusqu\u2019\u00e0 la maison de l\u2019\u00e0-pic.<\/p>\n<p>Le p\u00e8re, menuisier du village, d\u00e9laisse le chemin familier du Caf\u00e9 \u00e0 la maison vide. En qu\u00eate d\u2019une autre forme d\u2019affranchissement, il cherche \u00e0 d\u00e9livrer son corps des rets du d\u00e9sir et de la m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Et puis il y a la grand-m\u00e8re, qui fait la tourn\u00e9e des fermes voisines, dont le parcours encercle et embrasse le pass\u00e9 comme les possibles.<\/p>\n<p>Port\u00e9 par la puissance de l\u2019imaginaire, L\u2019Enfant qui raconte l\u2019invention de soi, et se d\u00e9ploie, sensuel et concret, en osmose avec le paysage et les \u00e9lans des corps, pour mieux tutoyer l\u2019envol.<\/p>\n<p><span style=\"margin: 0px; color: #333333; font-family: 'Georgia',serif; font-size: 12pt;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><strong>Mon avis\u00a0<\/strong>: 5\u00e8me incursion dans le monde magique de Jeanne Benameur. \u00ab\u00a0L\u2019enfant qui\u00a0\u00bb est une merveille de sensibilit\u00e9. Est-ce un roman\u00a0? une fable\u00a0? un po\u00e8me\u00a0? un peu des trois\u2026 \u00a0Ce livre intimiste est \u00e0 nouveau une r\u00e9v\u00e9lation, un coup de c\u0153ur. Suivez l&rsquo;enfant dans la brume du r\u00eave, enfoncez vous avec lui vers\u2026 l&rsquo;avenir\u2026 N&rsquo;ayez pas peur de la rivi\u00e8re, suivez-la, elle vous am\u00e8nera vers le rivage.<\/p>\n<p>Le roman tourne autour d\u2019une absente\u2026 Une m\u00e8re disparue qui est le point commun entre un enfant, son p\u00e8re et sa grand-m\u00e8re. Dans un univers o\u00f9 le mauvais \u0153il est craint et les sorci\u00e8res<br \/>\nComment se construire en l\u2019absence de sa m\u00e8re &#8230; surtout quand on est un enfant.<br \/>\nLe langage du corps est primordial, tant dans le contact avec la m\u00e8re qu\u2019avec la nature, la vie, les objets ( le p\u00e8re nous parle de l\u2019importance des mains qui agissent) .. et m\u00eame si les mots manquent, le langage universel, passe par les sensations.. peu importe la langue que l\u2019on utilise pour communiquer..<br \/>\nLa nature est aussi un personnage du roman, les arbres, la for\u00eat, l\u2019eau, la rivi\u00e8re, la mer\u2026<br \/>\nLe livre m\u2019a aussi fait penser \u00e0 l\u2019Enfer de Dante. L\u2019enfant se r\u00e9fugie dans la nature, la for\u00eat \u2026 Evocation \u00e9galement de la colline \u00e0 gravir (l\u2019\u00e0 pic) pour voir plus loin\u2026 \u00a0il a pour guide un chien qui apparait \u00e0 lui seul .. et pour destin\u00e9e de se fondre avec celle qui l\u2019a mis au monde, la trouver au plus profond de lui, dasn sa peau, dans ses transmissions, dans son souffle, trouver la m\u00e8re qui vit en chacun de nous et nous parle, avec des mots ou pas, peut importe la mani\u00e8re tant qu\u2019elle est l\u00e0 et survit en et par nous\u2026<br \/>\nContrairement \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Dante, le texte de Jeanne Benameur est lumineux. Il porte vers l\u2019espoir\u2026 au final les trois personnages vivants s\u2019acheminent vers la libert\u00e9, vers l\u2019ouverture au monde. Apr\u00e8s avoir plong\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de leur \u00e2me, ils ouvrent les yeux <span style=\"margin: 0px; color: #333333; font-family: 'Georgia',serif; font-size: 12pt;\">vers le chemin de la vie, celui qui permet de quitter la pire prison qui soit, l\u2019enfermement en soi-m\u00eame. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"margin: 0px; color: #333333; font-family: 'Georgia',serif; font-size: 12pt;\">\u00a0<\/span><span style=\"margin: 0px; color: #333333; font-family: 'Georgia',serif; font-size: 12pt;\"><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:\u00a0 <\/span><\/p>\n<p><span style=\"margin: 0px; color: #333333; font-family: 'Georgia',serif; font-size: 12pt;\">\u00a0<\/span>Tu es seul comme peut l\u2019\u00eatre quelqu\u2019un dans un tableau.<\/p>\n<p>Tu vis juste avec les moments obscurs, les moments clairs. Le temps dans ta t\u00eate trouve sa place comme il peut, comme l\u2019espace se faufile entre les arbres de la for\u00eat.<\/p>\n<p>Les paroles qu\u2019elle n\u2019a pas pu te dire volettent autour d\u2019elle, s\u2019\u00e9parpillent, ne trouvent nulle part o\u00f9 se poser, s\u2019\u00e9garent.<\/p>\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre \u00e7a, la destin\u00e9e, une femme qui ne sourit pas, silencieuse au milieu de tout ce bruit. Une \u00eele.<\/p>\n<p>Mais la force dans tes jambes, c\u2019est celle de tout ce qu\u2019il y a sous la terre, celle qui irrigue les racines des arbres qui demeurent.<\/p>\n<p>Un arbre comme une porte, qui ouvre et prot\u00e8ge \u00e0 la fois. Tu l\u2019enserres de tes bras.<\/p>\n<p>On ne sait jamais comment all\u00e9ger la tristesse des m\u00e8res qui disparaissent. La tristesse, elle, ne dispara\u00eet pas.<\/p>\n<p>Tu n\u2019as plus d\u2019elle que les mots. Rien que les mots. Mais ils sont l\u00e0. Et personne, personne ne peut les effacer. Ta m\u00e9moire est \u00e0 toi. \u00c0 toi tout seul.<\/p>\n<p>Mais on ne peut pas habiter quelqu\u2019un. Une fois qu\u2019on est au monde, il faut habiter le monde.<\/p>\n<p>Mais tu sais bien que le jour ne t\u2019attend pas. Le jour n\u2019attend personne.<br \/>\nIl faut pourtant se lever.<\/p>\n<p>Le jour est encore dans l\u2019ombre laiteuse de la nuit quand tu ouvres la porte. Dehors, on dirait que la clart\u00e9 s\u2019effiloche alors qu\u2019elle se forme. Le d\u00e9but et la fin se ressemblent.<\/p>\n<p>Tu revois cet \u00e9trange bracelet. Il \u00e9tait attach\u00e9 au poignet de ta m\u00e8re. C\u2019\u00e9tait un cercle presque parfait. Tu te rappelles les os fragiles de ta m\u00e8re sous tes doigts et comme tu aimais les sentir sous les perles. Chaque perle, un petit renflement, une larme dure. Le chagrin de ta m\u00e8re tout autour de son poignet, dur comme les cailloux du chemin.<\/p>\n<p>C\u2019est la langue des r\u00eaves assourdis et des mythes des hommes. Certains l\u2019ignorent toute leur vie. D\u2019autres la laissent revenir parfois, dans l\u2019amour ou le silence, revenue du secret de la m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Tu comprends que tu es seul. Par tout ton \u00eatre. Et c\u2019est autre chose que de l\u2019entendre dans les paroles des autres. Tu comprends que plus jamais ta m\u00e8re ne sera l\u00e0, son corps rassurant entre toi et le monde. Tu dis Plus jamais \u00e0 voix haute. La terre t\u2019entend. Les pierres t\u2019entendent. Elle, non.<\/p>\n<p>Ces mains-l\u00e0 chaque soir \u00e9taient riches de tout ce qu\u2019elles avaient senti. Tout un monde vivant au creux de leurs paumes.<\/p>\n<p>On apprend quoi dans une vie\u00a0? Qui vous apprend ce que c\u2019est que vivre\u00a0? Et dispara\u00eetre.<\/p>\n<p>Tu dis des mots dans une langue que tu ne connais pas. La langue sauvage de ta m\u00e8re dans ta bouche. Tu \u00e9gr\u00e8nes des sons dans la for\u00eat. Les for\u00eats sont faites pour \u00e7a. Les for\u00eats portent sur leurs branches les mots de ceux qui ont err\u00e9 et les plaintes qu\u2019aucun \u00eatre humain ne peut entendre. Les for\u00eats oublient les mots et la neige les recouvre quand elle enrobe chaque branche. Cela fait les feuilles neuves des printemps. Les mots oubli\u00e9s ont perdu leur sens. Ceux qui les ont dits sont morts ou \u00e9gar\u00e9s. Parfois ils restent toute leur vie dans les for\u00eats et plus personne ne sait ce qu\u2019ils sont devenus.<\/p>\n<p>Surtout les bleus, \u00e9teints, d\u00e9lav\u00e9s. Elle entre dans la couleur et se laisse porter.<\/p>\n<p>Chacun de tes jours sera adoss\u00e9 \u00e0 l\u2019absence. Tu apprends qu\u2019aucune porte ne pourra ouvrir ni fermer cela.<\/p>\n<p>C\u2019est par les larmes que tu vois.<br \/>\nD\u2019abord la brume. Le ciel n\u2019a plus aucune couleur connue. C\u2019est un ciel qui ne conna\u00eet ni lumi\u00e8re ni nuit. Il faudrait le toucher pour sentir la couleur nouvelle mais on ne peut pas toucher le ciel. Tu acceptes l\u2019inconnu de ce ciel-l\u00e0.<\/p>\n<p>Nous h\u00e9sitons devant l\u2019inconnu \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de nous-m\u00eames.<\/p>\n<p>Les liens les plus forts ne sont pas toujours avec les vivants. La peur est une bonne noueuse de liens. Et les morts font le reste.<\/p>\n<p>Pour que se retrouve comme dans un songe la langue tue, la langue d\u2019avant toutes les langues, celle qui n\u2019a ni nom ni pays et qui appartient \u00e0 tous.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Benameur, Jeanne \u00ab\u00a0L\u2019enfant qui\u00a0\u00bb (2017) \u00a0 Auteur\u00a0: Jeanne Benameur est n\u00e9e en Alg\u00e9rie en 1952 d\u2019un p\u00e8re alg\u00e9rien et d\u2019une m\u00e8re italienne. Elle vit \u00e0 La Rochelle et consacre l\u2019essentiel de son temps \u00e0 l\u2019\u00e9criture. 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