{"id":6890,"date":"2018-08-15T10:51:44","date_gmt":"2018-08-15T09:51:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6890"},"modified":"2020-02-09T21:53:56","modified_gmt":"2020-02-09T20:53:56","slug":"manoukian-pascal-le-paradoxe-danderson-rl2018","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6890","title":{"rendered":"Manoukian, Pascal \u00abLe paradoxe d\u2019Anderson\u00bb (RL2018)"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Auteur\u00a0<\/strong>: Pascal Manoukian, journaliste et \u00e9crivain, a t\u00e9moign\u00e9 dans de nombreuses zones de conflits. En 2013, il a publi\u00e9 \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4592\">Le Diable au creux de la main<\/a>\u00bb, un r\u00e9cit sur ses ann\u00e9es de guerre d\u00fbment salu\u00e9 par la critique. Ancien reporter de guerre et directeur de l\u2019agence de presse CAPA, Pascal Manoukian s\u2019est tourn\u00e9 vers le roman en publiant en 2015 \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2843\">Les \u00c9chou\u00e9s<\/a>\u00a0\u00bb. En 2017 il publie \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5611\">Ce que tient ta main droite t\u2019appartient<\/a>\u00a0\u00bb. A la rentr\u00e9e 2018 il publie \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6890\">Le paradoxe d&rsquo;Anderson<\/a>\u00bb aux Editions du Seuil et d\u00e9but 2020 parait \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10288\">Le cercle des hommes<\/a>\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0J\u2019ai compris que la litt\u00e9rature avait un pouvoir plus fort que le journalisme. C\u2019est un acte entier :\u00a0on emporte ce livre et cette histoire chez soi, et ces personnages que je fais vivre entre les pages deviennent plus familiers. Les gens sont souvent plus touch\u00e9s et \u00e7a les fait plus r\u00e9fl\u00e9chir qu\u2019un simple article\u00a0\u00bb confie-t-il lors d\u2019une interview.<\/p>\n<p>Editions du Seuil \u2013 16.08.2018 \u2013 295 pages<\/p>\n<p>Dans la s\u00e9lection des 32 Romans en lice pour le prix du Roman Fnac 2018 &#8211;\u00a0Dans les 20 romans pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Cultura de la RL2018 &#8211; dans les 10 finalistes du<span style=\"display: inline !important; float: none; background-color: transparent; color: #333333; cursor: text; font-family: Georgia,'Times New Roman','Bitstream Charter',Times,serif; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: left; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; word-spacing: 0px;\"> Prix Landerneau 2018 &#8211;\u00a0<\/span><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Plus rien n&rsquo;est acquis. Plus rien ne prot\u00e8ge. Pas m\u00eame les dipl\u00f4mes. \u00c0 17 ans, L\u00e9a ne s&rsquo;en doute pas encore. \u00c0 42 ans, ses parents vont le d\u00e9couvrir. La famille habite dans le nord de l&rsquo;Oise, o\u00f9 la crise malm\u00e8ne le monde ouvrier. Aline, la m\u00e8re, travaille dans une fabrique de textile, Christophe, le p\u00e8re, dans une manufacture de bouteilles. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, en septembre, coup de tonnerre, les deux usines qui les emploient d\u00e9localisent. Ironie du sort, leur fille se pr\u00e9pare \u00e0 passer le bac, section \u00a0\u00bb \u00e9conomique et social \u00ab\u00a0. Pour prot\u00e9ger L\u00e9a et son petit fr\u00e8re, Aline et Christophe vont redoubler d&rsquo;imagination et faire semblant de vivre comme avant, tout en r\u00e9visant avec L\u00e9a ce qui a fait la grandeur du monde ouvrier et ce qui aujourd&rsquo;hui le d\u00e9truit. Comme le paradoxe d&rsquo;Anderson, par exemple. \u00a0\u00bb C&rsquo;est quoi, le paradoxe d&rsquo;Anderson ? \u00a0\u00bb demande Aline. L\u00e9a h\u00e9site. \u00a0\u00bb Quelque chose qui ne va pas te plaire \u00ab\u00a0, pr\u00e9vient-elle. L\u00e9on, dit Staline, le grand-p\u00e8re communiste, les avait pourtant alert\u00e9s : \u00a0\u00bb Les usines ne poussent qu&rsquo;une fois et n&rsquo;engraissent que ceux qui les poss\u00e8dent.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Tout d\u2019abord je tiens \u00e0 remercier l\u2019auteur et la maison d\u2019\u00e9dition \u00ab\u00a0Le Seuil\u00a0\u00bb de m\u2019avoir permis de lire ce livre en avant-premi\u00e8re. C\u2019est un auteur que j\u2019affectionne tout particuli\u00e8rement j\u2019\u00e9tais impatiente de d\u00e9couvrir son nouveau roman.<\/p>\n<p>Une fois encore cet auteur prend aux tripes. Nul besoin d\u2019aller bien loin pour voir que la soci\u00e9t\u00e9 abandonne en chemin des \u00eatres humains \u2026 au nom du profit. Apr\u00e8s les personnages de ses pr\u00e9c\u00e9dents romans, la famille d\u2019Aline et Christophe est d\u2019autant plus \u00e9mouvante qu\u2019elle est proche de nous et que la situation qu\u2019ils vont vivre est totalement d\u2019actualit\u00e9. Un livre tout en pudeur, humain, sur un tsunami social qui fait des d\u00e9g\u00e2ts sur son passage .<\/p>\n<p>Ce roman est \u00e0 l\u2019image des classes sociales, de la casse sociale. Le XX\u00e8me si\u00e8cle s\u2019efface et fait place au XXI\u00e8me si\u00e8cle, avec les ravages que cela engendre.<\/p>\n<p>Il y a un avant\u00a0: l\u2019\u00e9poque de la lutte des classes, du prol\u00e9tariat, du communisme, du bar-tabac, des Gauloises et des Gitanes, de l\u2019avenir tout trac\u00e9 en se faisant embaucher \u00e0 l\u2019usine.<\/p>\n<p>Il y a un apr\u00e8s\u00a0: la mondialisation, les villages qui se meurent, la peur de l\u2019autre, la crainte du lendemain, la pr\u00e9carit\u00e9 \u2026<\/p>\n<p>La disparition d\u2019un monde\u2026 de la classe ouvri\u00e8re mais pas que\u2026 de la nature, des animaux\u2026 on passe de la nature fleurie \u00e0 la nature utile, de l\u2019insouciance \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9, de l\u2019humain au rentable\u2026\u00a0 La vie des cit\u00e9s ouvri\u00e8res est \u00e0 l\u2019image de la nature\u00a0: secou\u00e9e par des cataclysmes, des temp\u00eates, des glissements de terrain, des explosions\u2026<\/p>\n<p>Un roman social mais aussi un magnifique roman d\u2019amour de deux \u00eatres qui vont tout faire pour pr\u00e9server leurs enfants et leur donner la chance de r\u00e9ussir. La vie de la petite famille de Christophe et Aline est une succession de tableaux qui d\u00e9peignent cette \u00e9volution. On commence par le d\u00e9jeuner sur l\u2019herbe de Monet, vision d\u2019un monde impressionniste avec des joies simples, on enchaine avec la vision postimpressionniste de Pierre Bonnard qui traduit des \u00e9motions populaires et nous montre la vie en couleurs, on passe ensuite par la p\u00e9riode de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de Sisley , par les peintures de la vie ouvri\u00e8re\u00a0de Gueldry; Caillebotte met en lumi\u00e8re le prol\u00e9tariat urbain\u00a0; Van Gogh, Gauguin nous accompagnent un bout de chemin avant de nous entrainer vers les sc\u00e8nes immobiles que sont les natures mortes de C\u00e9zanne, les images qui se craqu\u00e8lent telles les peintures de Vermeer, avant de sombrer avec G\u00e9ricault\u00a0 et son radeau de la m\u00e9duse, de nous plonger dans la souffrance monochrome de Renoir et\u00a0 de finir en apoth\u00e9ose avec l\u2019expression effrayante du cri de\u00a0 Munch..\u00a0 Un roman hommage \u00e0 l\u2019Oise, \u00e0 ses valeurs, \u00e0 sa nature, \u00e0 ses peintres.<\/p>\n<p>Que seront au final les vies de Christophe, d\u2019Aline, de L\u00e9a et de Mathis\u00a0? Seront-ils des rescap\u00e9s modernes\u00a0?\u00a0\u00a0 Je me suis attach\u00e9e \u00e0 ce couple qui traverse la vie en luttant pour leur avenir et celui de ses enfants, pour la survie des ouvriers isariens, ce couple qui m\u2019a fait vibrer au gr\u00e9 de ses actions et r\u00e9actions.<\/p>\n<p>Un roman t\u00e9moignage qui bouleverse. Un grand merci \u00e0 Pascal Manoukian de mettre un coup de projecteur sur l\u2019injustice sociale et la d\u00e9rive du monde qui fait passer l\u2019argent avant l\u2019humain. Un coup au c\u0153ur et un coup de c\u0153ur.<\/p>\n<p>Il est de ces livres qui restent pr\u00e9sents \u00e0 la m\u00e9moire, qui ne s&rsquo;estompent pas quelques jours apr\u00e8s la lecture (comme \u00ab\u00a0les Echou\u00e9s\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>Essaimcourt a la beaut\u00e9 de ces arbres presque morts, chaque feuille est un miracle et vient apporter sa tache de vie l\u00e0 o\u00f9 celle-ci a presque disparu.<\/p>\n<p>Elle r\u00eave d\u2019aider le monde \u00e0 changer, d\u2019en arrondir les angles afin qu\u2019il ne blesse plus personne.<\/p>\n<p>Aline r\u00eavait de \u00ab\u00a0bonnardiser\u00a0\u00bb la fragilit\u00e9 de Mathis, d\u2019y rajouter du souffle et de la force, d\u2019en adoucir les lignes.<\/p>\n<p>Que le progr\u00e8s est une roue \u00e0 double engrenage\u00a0: elle fait avancer les choses en \u00e9crasant les gens.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est m\u00eame plus la France d\u2019en bas, c\u2019est la France du fond.<\/p>\n<p>Elle aime le voir heureux. Les chansons sont faites pour \u00e7a, elles dialysent les \u00e9tats d\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p>C\u2019est comme une coul\u00e9e de boue, un glissement de terrain, un \u00e9boulis d\u2019espoirs d\u00e9racinant tout sur son passage, les r\u00eaves et les projets, rasant des vies au hasard, sans raison, \u00e9pargnant les unes et broyant les autres, laissant les miracul\u00e9s comme les engloutis sans souffle, incapables de r\u00e9aliser leur chance ou leur malheur tellement la sid\u00e9ration les p\u00e9trifie, la douleur des victimes irradiant les survivants tant les morts sont pr\u00e8s des vivants.<\/p>\n<p>La m\u00e9moire est comme un buvard entre deux pages de cahier, elle ne garde que des traces. Des mots sans importance, des moments de rien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Auteur\u00a0: Pascal Manoukian, journaliste et \u00e9crivain, a t\u00e9moign\u00e9 dans de nombreuses zones de conflits. 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