{"id":6917,"date":"2018-08-20T10:26:57","date_gmt":"2018-08-20T08:26:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6917"},"modified":"2021-04-01T15:54:46","modified_gmt":"2021-04-01T13:54:46","slug":"juhel-fabienne-la-verticale-de-la-lune-2005","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6917","title":{"rendered":"Juhel, Fabienne \u00abLa verticale de la Lune\u00bb (2005)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: N\u00e9e \u00e0 Saint-Brieuc, Fabienne Juhel est professeur de lettres dans les C\u00f4tes-d\u2019Armor. Son premier roman, <em>La Verticale de la lune<\/em>, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 2005 par Zulma, les suivants au Rouergue, dans \u00ab la brune \u00bb : <em>Les bois dormants<\/em> (2007), <em>\u00c0 l\u2019Angle du Renard<\/em> (2009) pour lequel elle a obtenu le Prix Ouest France \/ \u00c9tonnants Voyageurs, <em>Les Hommes Sir\u00e8nes<\/em> (2011), <em>Les Oubli\u00e9s de la Lande<\/em> (2012) <em>Julius aux alouettes<\/em> (2014), <em>La Chaise num\u00e9ro 14<\/em> (2015) et <em>La femme mur\u00e9e<\/em> (2018).<\/p>\n<p>Zulma 2005 \/Actes Sud &#8211; \u00a020.08.2014 \u2013 145 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: Fabienne Juhel met en sc\u00e8ne une \u00e9trange fillette, mythomane et cruelle, reine d\u2019une vaste propri\u00e9t\u00e9 bretonne, dont le monde imaginaire est soudain perturb\u00e9 par l\u2019arriv\u00e9e de \u201cL\u2019Indien\u201d, engag\u00e9 pour s\u2019occuper du parc. Un \u00e9tonnant jeu de miroirs port\u00e9 par un personnage inventif et audacieux.<\/p>\n<p>Dans une maison bretonne, entour\u00e9e d&rsquo;un immense parc bois\u00e9, habitent trois femmes. La narratrice est une enfant r\u00eaveuse et menteuse que sa m\u00e8re abandonne souvent \u00e0 Teresa, la bonne mexicaine. L&rsquo;enfant compte pour amis la poup\u00e9e Nadine qu&rsquo;elle aime surtout martyriser, Teresa dont elle appr\u00e9cie les rondeurs et la cuisine gourmande et puis les arbres, auxquels elle est li\u00e9e presque charnellement. Parmi ces arbres, il y a le grand h\u00eatre, son arbre \u00e0 r\u00eaves, son confident.<br \/>\nElle dont l&rsquo;esprit fourmille de fables et qui comprend peu \u00e0 peu qu&rsquo;elle est une enfant du mensonge, \u00e0 qui on cache un secret, a nou\u00e9 avec la nature qui l&rsquo;environne un lien vrai, sinc\u00e8re. Aussi, quand un b\u00fbcheron est engag\u00e9 pour nettoyer le parc, c&rsquo;est tout son royaume qui est menac\u00e9. Comme elle, il conna\u00eet les arbres, mais il les tue. Incapable de rester inerte face au massacre de ses compagnons, gardienne jalouse de son petit temple de femmes, elle va faire de celui qu&rsquo;elle surnomme \u00ab\u00a0l&rsquo;Indien\u00a0\u00bb l&rsquo;ennemi \u00e0 abattre.<br \/>\nEst-elle une sorci\u00e8re toute-puissante ou une enfant fantasque et innocente, jouet de ses propres illusions ? Port\u00e9 par la voix inqui\u00e9tante et cruelle d&rsquo;un personnage aussi inventif qu&rsquo;audacieux, le premier roman de Fabienne Juhel aborde le passage \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte dans ce qu&rsquo;il a de plus troublant.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une petite fille seule, qui se sent abandonn\u00e9e par Marie, qui n\u2019a de m\u00e8re que le qualificatif et en aucun cas le comportement. Pour Marie, la vie se r\u00e9sume \u00e0 ses amours f\u00e9minines et elle est enti\u00e8rement focalis\u00e9e sur son amante du moment, Florence.<\/p>\n<p>Dans ce livre, les personnages sont principalement f\u00e9minins. Le personnage principal est une petite fille d\u2019un caract\u00e8re assez sauvage, qui passe sa vie avec la domestique mexicaine et avec sa for\u00eat. Autres protagonistes, la m\u00e8re et son amante. Le seul personnage masculin vivant est l\u2019Indien\u00a0; elle le ressent comment une agression, un danger pour ses amis arbres avec qui elle vit et communie, mais petit \u00e0 petit le sentiment va \u00e9voluer : l\u2019Indien communie aussi avec les arbres, il a de l\u2019amour pour eux, il les aime, leur fait de la place pour qu\u2019ils puissent vivre et rayonner. \u00a0La petite fille est peut-\u00eatre seule, mais je l\u2019ai ressentie comme m\u00e9chante, et manipulatrice, ayant envie de faire du mal autour d\u2019elle. Les autres personnages masculins sont absents physiquement du r\u00e9cit, souvent parce qu\u2019ils sont morts.<\/p>\n<p>Les symboles sont tr\u00e8s nombreux dans ce livre\u00a0: \u00a0j\u2019ai beaucoup aim\u00e9 l\u2019explication des objets qui sont contenus dans les attrape-r\u00eaves. L\u2019Indien r\u00e9organise la for\u00eat, \u00e9liminant les arbres malades, \u00e9laguant les autres pour permettre \u00e0 la lumi\u00e8re de passer. Beaucoup aim\u00e9 ce court roman, qui commence par le meurtre symbolique de la relation m\u00e8re-fille, le meurtre de la poup\u00e9e. C\u2019est aussi un roman initiatique\u2026 la transmission passant des arbres via l\u2019Indien vers la fillette, \u00e0 ce que j\u2019ai compris\u2026\u00a0 D&rsquo;ailleurs je serais ravie d&rsquo;avoir un autre avis sur ce livre&#8230;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>J\u2019aime \u00e0 penser que je suis n\u00e9e un jour de temp\u00eate, comme Chateaubriand, et que, comme lui, je vais tra\u00eener une existence m\u00e9lancolique et secr\u00e8te.<\/p>\n<p>Les fen\u00eatres de la maison \u00e9taient calmes sous leurs paupi\u00e8res de verre.<\/p>\n<p>J\u2019ai fait l\u2019amour \u00e0 tout ce que la Terre porte d\u2019arbres.<\/p>\n<p>Je ne raconte mes r\u00eaves \u00e0 personne. Sauf aux arbres. Une petite blessure \u00e0 fleur d\u2019\u00e9corce. Les mots se d\u00e9versent entre mes l\u00e8vres et coulent dans la bouche de l\u2019arbre.<\/p>\n<p>Il ne faut rien demander. C\u2019est facile. Il ne faut rien montrer non plus de notre demande int\u00e9rieure. \u00c7a c\u2019est plus dur. Il faut \u00eatre patient comme un chat, discret comme lui, proche et lointain \u00e0 la fois.<\/p>\n<p>La nuit s\u2019ancrait dans la campagne, paquebot monstrueux o\u00f9 clignotaient les yeux des maisons entre les branches des arbres.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, j\u2019ai essay\u00e9 de ne penser \u00e0 rien. J\u2019ai ferm\u00e9 les yeux, mais les images \u00e9taient bien plus fortes que la volont\u00e9 de m\u2019accrocher au n\u00e9ant.<\/p>\n<p>J\u2019ai baiss\u00e9 la t\u00eate et me suis recroquevill\u00e9e en souhaitant tr\u00e8s fort devenir une hu\u00eetre pour lui offrir ma carapace vieille de toutes les s\u00e9dimentations haineuses que j\u2019aurais foment\u00e9es, couche apr\u00e8s couche, \u00e0 l\u2019encontre de mes ennemis.<\/p>\n<p>Elle n\u2019a pas quitt\u00e9 la chambre sans avoir d\u00e9bord\u00e9 mon lit, tir\u00e9 les rideaux. Le soleil a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 comme un invit\u00e9 s\u00fbr d\u2019\u00eatre bien re\u00e7u.<\/p>\n<p>si on met sous son oreiller un livre ouvert \u00e0 la page correspondant au moment, ou \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement dans l\u2019histoire, que l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re, on se trouve projet\u00e9 dans le d\u00e9cor avec ses personnages favoris.<\/p>\n<p>les arbres morts attendent l\u2019hiver pour passer inaper\u00e7us.<\/p>\n<p>Et puis la gomme, l\u2019image d\u2019une renaissance toujours possible. L\u2019image d\u2019une m\u00e9moire qui oubliait, et le crayon, l\u2019image d\u2019une m\u00e9moire qui inventait, qui s\u2019inventait.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions comme deux crayons balisant dans la nuit un territoire encore \u00e0 investir.<\/p>\n<p>Je ne voulais pas de sa tendresse au rabais. C\u2019\u00e9tait trop facile\u00a0: ses caresses, elle devait me les offrir comme des fruits m\u00fbrs, quand j\u2019aurais soif, que je serais affam\u00e9e, mendiante, \u00e0 l\u2019agonie.<\/p>\n<p>Elle avait le regard fixe de quelqu\u2019un qui s\u2019est arr\u00eat\u00e9 sur le trottoir brutalement, ou sur les marches d\u2019un escalier apr\u00e8s avoir referm\u00e9 la porte de son appartement, et qui ne sait plus qui elle est, o\u00f9 elle va et \u00e0 quoi cela sert. Elle habitait ses vieilles m\u00e9moires.<\/p>\n<p>Des albums photo que j\u2019avais exhum\u00e9s de la biblioth\u00e8que du salon m\u2019avaient emmen\u00e9e dans leur voyage s\u00e9pia.<\/p>\n<p>J\u2019avais compris qu\u2019il fallait entretenir la for\u00eat si on voulait voir de nouveaux arbres cro\u00eetre, les jeunes semis encore gr\u00eales \u00e9tirer leur t\u00eate vers la lumi\u00e8re, qu\u2019il fallait d\u00e9gager les chablis, \u00e9claircir la futaie et op\u00e9rer sur les arbres malades avant qu\u2019ils ne contaminent les autres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: N\u00e9e \u00e0 Saint-Brieuc, Fabienne Juhel est professeur de lettres dans les C\u00f4tes-d\u2019Armor. 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