{"id":6926,"date":"2018-08-27T15:41:00","date_gmt":"2018-08-27T14:41:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6926"},"modified":"2024-09-08T12:37:56","modified_gmt":"2024-09-08T10:37:56","slug":"de-kerangal-maylis-un-monde-a-portee-de-main-rl2018","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6926","title":{"rendered":"De Kerangal, Maylis \u00abUn monde \u00e0 port\u00e9e de main\u00bb (RL2018)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong> :\u00a0Maylis Suzanne Jacqueline Le Gal de Kerangal passe son enfance au Havre, fille et petite-fille de capitaine au long cours. Elle \u00e9tudie en classe pr\u00e9paratoire au lyc\u00e9e Jeanne-d&rsquo;Arc de Rouen et ensuite \u00e0 Paris de 1985 \u00e0 1990 l&rsquo;histoire, la philosophie et l&rsquo;ethnologie.<br \/>\nElle commence \u00e0 travailler chez Gallimard jeunesse une premi\u00e8re fois de 1991 \u00e0 1996, avant de faire deux s\u00e9jours aux \u00c9tats-Unis, \u00e0 Golden dans le Colorado en 1997. Elle reprend sa formation en passant une ann\u00e9e \u00e0 l&rsquo;EHESS \u00e0 Paris en 1998.<\/p>\n<p><b>Ses romans\u00a0<\/b>: Je marche sous un ciel de tra\u00eene, 2000, 222 p. \u2013 La Vie voyageuse, 2003, 240 p. \u2013 Ni fleurs ni couronnes, 2006, 135 p. \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7502\">Dans les rapides<\/a><\/span>\u00a0(2006) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2260\">Corniche Kennedy<\/a>,<\/span>\u00a0Paris, 2008, 177 p. \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16104\">Naissance d\u2019un pont<\/a><\/span>, Paris, 2010, 336 p. ( Prix M\u00e9dicis 2010 \u2013 Prix Franz Hessel 2010) \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3026\">Tangente vers l\u2019est<\/a><\/span>, Paris, \u00c9ditions Verticales, 2012, 134 p. (Prix Landerneau 2012) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=34\">R\u00e9parer les vivants<\/a>,<\/span> 2013, 281 p. (Grand prix RTL-Lire 2014 \u2013 Roman des \u00e9tudiants \u2013 France Culture-T\u00e9l\u00e9rama 2014 \u2013 Prix Orange du Livre 2014 \u2013 Prix des lecteurs de l\u2019Express-BFM TV 2014 \u2013 Prix Relay 2014) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2241\">\u00c0 ce stade de la nuit<\/a>,<\/span> 2015, 80 p. \u2013 Un chemin de tables -2016 \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6926\">Un monde \u00e0 port\u00e9e de main<\/a><\/span>\u00a0(2018) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11694\">Kiruna<\/a><\/span>\u00a0(2019) \u2013 Ariane espace (nouvelle \u2013 2020) \u2013 Cano\u00ebs (2021) &#8211; Servoz &#8211; avec Joy Sorman &#8211; (2022) &#8211; Un archipel (2022) &#8211; <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"De Kerangal, Maylis\u00a0 \u00ab\u00a0Jour de ressac\u00a0\u00bb (RLE2024) 256 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=20806\">Jour de ressac<\/a><\/span> (2024)<\/p>\n<p>Collection Verticales, Gallimard \u2013 16.08.2016 \u2013 288 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong> : \u00ab\u00a0Paula s&rsquo;avance lentement vers les plaques de marbre, pose sa paume \u00e0 plat sur la paroi, mais au lieu du froid glacial de la pierre, c&rsquo;est le grain de la peinture qu&rsquo;elle \u00e9prouve. Elle s&rsquo;approche tout pr\u00e8s, regarde : c&rsquo;est bien une image. \u00c9tonn\u00e9e, elle se tourne vers les boiseries et recommence, recule puis avance, touche, comme si elle jouait \u00e0 faire dispara\u00eetre puis \u00e0 faire revenir l&rsquo;illusion initiale, progresse le long du mur, de plus en plus troubl\u00e9e tandis qu&rsquo;elle passe les colonnes de pierre, les arches sculpt\u00e9es, les chapiteaux et les moulures, les stucs, atteint la fen\u00eatre, pr\u00eate \u00e0 se pencher au-dehors, certaine qu&rsquo;un autre monde se tient l\u00e0, juste derri\u00e8re, \u00e0 port\u00e9e de main, et partout son t\u00e2tonnement lui renvoie de la peinture. Une fois parvenue devant la m\u00e9sange arr\u00eat\u00e9e sur sa branche, elle s&rsquo;immobilise, allonge le bras dans l&rsquo;aube rose, glisse ses doigts entre les plumes de l&rsquo;oiseau, et tend l&rsquo;oreille dans le feuillage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong> : Maylis de Kerangal devient au fil des ans une auteure que j\u2019aime de plus en plus \u2026 Et c\u2019est sans conteste un gros coup de c\u0153ur que ce livre-ci. C\u2019est l\u2019histoire de trois \u00e9tudiants, Paula, Jonas et Kate. Ces trois personnages se sont rencontr\u00e9s \u00e0 Bruxelles o\u00f9 ils ont suivi un stage de peinture en trompe-l\u2019\u0153il, une p\u00e9riode d\u2019\u00e9tude et de collocation. A la fin du stage ils sont rest\u00e9s en contact. Le roman couvre une p\u00e9riode de 7 ann\u00e9es. Un roman d\u2019apprentissage d\u2019un m\u00e9tier et de la vie. Tout tourne de fait autour de Paula, une jeune fille qui a 20 ans au d\u00e9but de l\u2019histoire. La d\u00e9couverte du monde du vrai\/faux, de la copie, de l\u2019illusion va lui ouvrir le Monde avec un grand M. Elle va acc\u00e9der \u00e0 la connaissance du monde, va s\u2019immerger dans l\u2019Histoire, r\u00e9aliser que tout est li\u00e9.<br \/>\nCopier c\u2019est apprendre, c\u2019est connaitre, c\u2019est s\u2019approprier la r\u00e9alit\u00e9 qui nous entoure. Pour pouvoir copier une r\u00e9alit\u00e9, que ce soit une r\u00e9alit\u00e9 animale ou v\u00e9g\u00e9tale, il faut s\u2019en impr\u00e9gner, l\u2019int\u00e9grer pour la restituer ensuite.<br \/>\nLe roman se divise en trois parties :<br \/>\n&#8211; la d\u00e9couverte du monde de l\u2019illusion \u00e0 l\u2019\u00e9cole : la jeune fille frivole et insouciante va se d\u00e9couvrir en se faisant d\u00e9vorer par la cr\u00e9ation.le choix de son travail de dipl\u00f4me est une sorte de fils rouge du roman . L\u2019\u00e9caille de tortue.. souvenirs d\u2019enfance, fresque d\u00e9couverte dans un appartement, la couleur de cheveux des stars, lecture de jeunesse, animal pr\u00e9historique\u2026<br \/>\n&#8211; l\u2019entr\u00e9e dans le monde du travail avec des chantiers individuels et voyages : L\u2019Italie : le pays des marbres ; le Mus\u00e9e de Turin, la statuette de Kh\u00e2, d\u00e9funt dou\u00e9e de vie sera pour Paula un \u00e9lectrochoc suppl\u00e9mentaire. ; Cinnecitta, ses d\u00e9cors, ses reproductions du faux grandeur nature ; la Russie : Moscou et Anna Kar\u00e9nine<br \/>\n&#8211; l\u2019int\u00e9gration dans le chantier de l\u2019origine du monde qui va l\u2019int\u00e9grer dans la vie collective : Lascaux \u00ab chapelle Sixtine de la Pr\u00e9histoire \u00bb, naissance \u00e0 la vie, lien avec les origines du monde<br \/>\nC\u2019est au fil de sept ann\u00e9es l\u2019histoire d\u2019un amour qui met tout ce temps pour sortir de l\u2019ombre et se r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 la lumi\u00e8re.<br \/>\nEt au travers des images et des copies, les images de son propre pass\u00e9 qui surgissent et tissent leur toile entre les textures et les souvenirs. Pass\u00e9 et pr\u00e9sent s\u2019imbriquent ne font qu\u2019un, construisent Paula.<br \/>\nLe cot\u00e9 humain des personnages, le caract\u00e8re quelque peu \u00e0 part des cr\u00e9ateurs habit\u00e9s par leur art les rends \u00e0 la fois atypiques et attachants et nous donne envie de les c\u00f4toyer (enfin pas tout le temps de pr\u00e8s)<br \/>\nDe plus le c\u00f4t\u00e9 technique est magnifique. Le sujet est magnifiquement document\u00e9 (couleurs, textures, techniques), on voyage dans le temps, l\u2019espace, les couleurs et la lumi\u00e8re. Le tout avec une \u00e9criture qui nous enlace et nous emporte, comme un trait de pinceau qui nous entraine dans un long mouvement \u2026<br \/>\nEt comme je suis toujours sensible aux couleurs et aux pigments\u2026 ces 300 pages ont \u00e9t\u00e9 pour moi un enchantement.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong> :<\/p>\n<p>Ils ont retrouv\u00e9 leur vitesse de parole, et cette vivacit\u00e9 vacharde qui est le d\u00e9fouloir de la tendresse.<\/p>\n<p>[\u2026] son col roul\u00e9 noir, \u00e0 la fois \u00e9crin et socle, exhibe sa t\u00eate tel un collier masa\u00ef, souligne la p\u00e2leur de la peau, le contour des m\u00e2choires, le menton fort.<\/p>\n<p>le trompe-l\u2019\u0153il est la rencontre d\u2019une peinture et d\u2019un regard, il est con\u00e7u pour un point de vue particulier et se d\u00e9finit par l\u2019effet qu\u2019il est cens\u00e9 produire.<\/p>\n<p>La rage, pas encore. Peut-\u00eatre simplement l\u2019id\u00e9e de secouer la vie.<\/p>\n<p>Ne s\u2019agit-il pas d\u2019apprendre \u00e0 copier ? Copier. La science des \u00e2nes, Paula, lui souffle son p\u00e8re [\u2026]<\/p>\n<p>Elle garde dans la poche de sa blouse un petit r\u00e9pertoire \u00e0 couverture noire et un crayon de graphite, elle engrange les mots tel un tr\u00e9sor de guerre, tel un vivier, troubl\u00e9e d\u2019en deviner la profusion \u2013 comme une main plonge \u00e0 l\u2019aveugle dans un sac sans jamais en sentir le fond \u2013, tandis qu\u2019elle nomme les arbres et les pierres, les racines et les sols, les pigments et les poudres, les pollens, les poussi\u00e8res, tandis qu\u2019elle apprend \u00e0 distinguer, \u00e0 sp\u00e9cifier puis \u00e0 user de ces mots pour elle-m\u00eame, si bien que ce carnet prendra progressivement valeur d\u2019attelle et de boussole : \u00e0 mesure que le monde glisse, se double, se reproduit, \u00e0 mesure que la fabrique de l\u2019illusion s\u2019accomplit, c\u2019est dans le langage que Paula situe ses points d\u2019appui, ses points de contact avec la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>[\u2026] pensez \u00e0 peindre avec vos glaciers int\u00e9rieurs, avec vos propres volcans, avec vos sous-bois et vos d\u00e9serts, vos villas \u00e0 l\u2019abandon, avec vos hauts, vos tr\u00e8s hauts plateaux [\u2026]<\/p>\n<p>Apprendre \u00e0 imiter le bois, c\u2019est \u00ab faire histoire avec la for\u00eat \u00bb \u2013 la dame au col roul\u00e9 noir dit aussi \u00ab \u00e9tablir une relation \u00bb, \u00ab entrer en rapport \u00bb [\u2026]<\/p>\n<p>Jusqu\u2019au jour o\u00f9 elle entend pour la premi\u00e8re fois parler de la vitesse du fr\u00eane, de la m\u00e9lancolie de l\u2019orme ou de la paresse du saule blanc, elle est submerg\u00e9e par l\u2019\u00e9motion : tout est vivant.<\/p>\n<p>[\u2026]elle a souri de son mieux, un sourire compliqu\u00e9 qui n\u2019envoyait rien de bien chaud mais touillait ensemble la timidit\u00e9, le calcul et le d\u00e9sappointement [\u2026]<\/p>\n<p>[\u2026] la fatigue se r\u00e9pand dans son corps tel un poison et la retranche du monde ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>La paroi est regard\u00e9e comme une plaque photographique, un buvard o\u00f9 les graffitis sont devenus \u00e9pigraphie, o\u00f9 tout ce qui s\u2019est produit depuis le commencement fait empreinte, un palimpseste.<\/p>\n<p>La carri\u00e8re est de nouveau fig\u00e9e, semblable \u00e0 un d\u00e9cor de th\u00e9\u00e2tre apr\u00e8s la repr\u00e9sentation, une fois que l\u2019histoire a eu lieu, une fois que les choses ont \u00e9t\u00e9 dites, v\u00e9cues, et que le verbe s\u2019est fait la malle.<\/p>\n<p>\u00c7a sert \u00e0 imaginer.<\/p>\n<p>Un min\u00e9ral, un v\u00e9g\u00e9tal, un animal : \u00e0 nous trois nous pourrions cr\u00e9er le monde !<\/p>\n<p>[\u2026] son imagination se saisit peu \u00e0 peu des \u00e9l\u00e9ments du monde, compose les mati\u00e8res de son r\u00eave, travaille \u00e0 la lente et prodigieuse aimantation des images.<\/p>\n<p>Il leur fallait maintenant sortir de l\u2019atelier comme on sort de l\u2019enfance, retrouver le dehors, retourner dans un monde qu\u2019ils avaient d\u00e9sert\u00e9 sans s\u2019en apercevoir.<\/p>\n<p>elle repense \u00e0 ce bleu que l\u2019on obtenait au Moyen \u00c2ge dans des fioles emplies d\u2019essence de bleuet coup\u00e9e avec du vinaigre et \u00ab de l\u2019urine d\u2019un enfant de dix ans ayant bu du bon vin \u00bb, et \u00e0 cet outremer que l\u2019on finit par utiliser aux premiers temps de la Renaissance en lieu et place de l\u2019or, mais qui \u00e9tait plus \u00e9clatant que l\u2019or justement, et plus digne encore de peinture, un bleu qu\u2019il fallait aller qu\u00e9rir au-del\u00e0 de la mer, derri\u00e8re la ligne d\u2019horizon, au c\u0153ur de montagnes glac\u00e9es qui n\u2019avaient plus grand-chose d\u2019humain mais recelaient dans leurs fentes des gouttelettes cosmiques, des perles c\u00e9lestes, des lapis-lazulis que l\u2019on rapportait dans de fines bourses de coton gliss\u00e9es sous la chemise \u00e0 m\u00eame la peau, les pierres pulv\u00e9ris\u00e9es \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e sur des plaques de marbre, la poudre obtenue vers\u00e9e dans un mortier puis m\u00e9lang\u00e9e selon la recette avec \u00ab du blanc d\u2019\u0153uf, de l\u2019eau de sucre, de la gomme arabique, ou de la r\u00e9sine de prunier, de cerisier \u2013 de la merdaluna comme on disait alors \u00e0 Venise \u2013 et broy\u00e9e plus finement encore avec de \u2019eau de lessive, de la cendre, du sel d\u2019ammoniac \u00bb, avant d\u2019\u00eatre finalement filtr\u00e9e dans une \u00e9toffe de soie ou de lin ;<\/p>\n<p>[\u2026] l\u2019\u00e9t\u00e9 est pourri. Pire encore, septembre ne cr\u00e9e aucun contraste : c\u2019est une arri\u00e8re-saison et non une rentr\u00e9e [\u2026]<\/p>\n<p>Turin est aust\u00e8re, \u00e9l\u00e9gante, elle a le faste froid.<\/p>\n<p>[\u2026] elle n\u2019est pas en mesure de r\u00e9aliser que la pr\u00e9carit\u00e9 est devenue la condition de son existence et l\u2019instabilit\u00e9 son mode de vie, elle ignore \u00e0 quel point elle est devenue vuln\u00e9rable, et m\u00e9conna\u00eet sa solitude.<\/p>\n<p>[\u2026] donner corps au r\u00eave des cin\u00e9astes, \u00e9pouser leur furie m\u00e9galomane, mat\u00e9rialiser leurs fantasmes, c\u2019est leur travail, c\u2019est exactement pour \u00e7a qu\u2019ils sont l\u00e0. La fabbrica dei sogni, c\u2019est le vrai nom de Cinecitt\u00e0 [\u2026]<\/p>\n<p>[\u2026] le tout dans un \u00e9lan si libre, dans une parole si d\u00e9li\u00e9e \u2013 comment vas-tu, mon \u00e2me ? \u2013 que le monde autour d\u2019eux n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019un tissu de mensonges.<\/p>\n<p>[\u2026] elle change \u00e0 ses yeux, \u00e9volue en temps r\u00e9el comme vire une couleur au soleil, plus son visage rougit, un embrasement.<\/p>\n<p>Anna Kar\u00e9nine est un bon instrument d\u2019optique pour regarder l\u2019amour<\/p>\n<p>[\u2026] pas d\u2019interpr\u00e9tation, on est des copistes, on s\u2019efface devant Lascaux<\/p>\n<p>[\u2026] le vif-argent de sa m\u00e9moire, ce plancher intime qui remuait sous ses pieds, o\u00f9 qu\u2019elle aille, o\u00f9 qu\u2019elle habite [\u2026]<br \/>\nelle avait cohabit\u00e9 avec les peintres de la pr\u00e9histoire, elle s\u2019\u00e9tait plac\u00e9e dans leurs yeux<br \/>\ntout coexiste \u2013 \u00ab il faut faire sentir le temps \u00bb<\/p>\n<p>Il y a des formes d\u2019absences aussi intenses que des pr\u00e9sences [\u2026]<\/p>\n<p>Elle s\u2019est demand\u00e9 si les peintures continuaient d\u2019exister quand il n\u2019y avait plus personne pour les regarder.<\/p>\n<p>Le vieil homme et la mer. Elle demeure immobile un long moment, les rotules \u00e9cras\u00e9es contre le sol, douloureuses, et dans le silence de l\u2019appartement vide, \u00e0 la lueur d\u2019une lampe de chevet, retrouve le passage du roman o\u00f9 Santiago, le vieux p\u00eacheur, d\u00e9clare au jeune gar\u00e7on qui lui a pay\u00e9 une bi\u00e8re comme un homme que l\u2019on devient aveugle \u00e0 force de p\u00eacher la tortue, qu\u2019on finit par se br\u00fbler les yeux<\/p>\n<p><em>Et du coup j\u2019ai enchain\u00e9 sur la lecture de la nouvelle traduction du classique d\u2019Ernest Hemingway, \u00ab Le vieil homme et la mer \u00bb<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur :\u00a0Maylis Suzanne Jacqueline Le Gal de Kerangal passe son enfance au Havre, fille et petite-fille de capitaine au long cours. 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Elle commence \u00e0 travailler chez Gallimard jeunesse une premi\u00e8re fois de &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6926\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6927,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[520,591,2,243,35,6,98,43,101,12,590,105],"tags":[547,254,197,465,94,131],"class_list":["post-6926","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-520","category-au-fil-de-lart-romans-thrillers-essais-biographies","category-lectures","category-belgique","category-coup-de-coeur-lectures","category-histoire-egypte","category-france","category-histoire","category-italie-2","category-litterature-france","category-rl2018","category-roman","tag-adaptation-cinematographique","tag-amitie","tag-amour","tag-apprentissage","tag-art","tag-peinture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6926","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6926"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6926\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20814,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6926\/revisions\/20814"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6927"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6926"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6926"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6926"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}