{"id":7003,"date":"2018-09-06T11:09:55","date_gmt":"2018-09-06T10:09:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7003"},"modified":"2019-08-17T09:25:04","modified_gmt":"2019-08-17T08:25:04","slug":"chalandon-sorj-le-quatrieme-mur-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7003","title":{"rendered":"Chalandon, Sorj  \u00abLe quatri\u00e8me mur\u00bb (2013)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: N\u00e9 le 16 mai 1952 \u00e0 Tunis, Sorj Chalandon est journaliste. Grand reporter, il a couvert de nombreux conflits et proc\u00e8s pour le quotidien \u00ab\u00a0Lib\u00e9ration\u00a0\u00bb entre 1974 et 2007 et a obtenu le Prix Albert Londres en 1988 pour sa couverture du proc\u00e8s de Klaus Barbie. Apr\u00e8s trente-quatre ans \u00e0 Lib\u00e9ration, Sorj Chalandon est depuis 2009 journaliste au Canard encha\u00een\u00e9. Ancien grand reporter, prix Albert-Londres (1988), il est aussi l&rsquo;auteur de sept romans, tous parus chez Grasset. Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006 &#8211; prix M\u00e9dicis), Mon tra\u00eetre (2008 &#8211; Prix Joseph Kessel), La L\u00e9gende de nos p\u00e8res (2009), Retour \u00e0 Killybegs (2011 &#8211; Grand Prix du roman de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7003\">Le Quatri\u00e8me Mur<\/a> (2013 &#8211; prix Goncourt des lyc\u00e9ens &#8211; Prix des lecteurs du livre de poche) et\u00a0Profession du p\u00e8re\u00a0(2015). En 2017\u00a0 \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6424\">Le Jour d&rsquo;avant<\/a>\u00a0\u00bb et en 2019 \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9236\">Une joie f\u00e9roce<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Grasset 21.08.2013 \u2013 325 pages \/ Livre de poche 4.08.2014 336 pages &#8211; prix Goncourt des lyc\u00e9ens &#8211; Prix des lecteurs du livre de poche<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: L&rsquo;id\u00e9e de Sam \u00e9tait folle. Georges l&rsquo;a suivie. R\u00e9fugi\u00e9 grec, metteur en sc\u00e8ne, juif en secret, Sam r\u00eavait de monter l&rsquo;Antigone d&rsquo;Anouilh sur un champ de bataille au Liban. 1976. Dans ce pays, des hommes en massacraient d&rsquo;autres. Georges a d\u00e9cid\u00e9 que le pays du c\u00e8dre serait son th\u00e9\u00e2tre. Il a fait le voyage. Contact\u00e9 les milices, les combattants, tous ceux qui s&rsquo;affrontaient. Son id\u00e9e ? Jouer Anouilh sur la ligne de front.<br \/>\nCr\u00e9on serait chr\u00e9tien. Antigone serait palestinienne. H\u00e9mon serait Druze. Les Chiites seraient l\u00e0 aussi, et les Chald\u00e9ens, et les Arm\u00e9niens. Il ne demandait \u00e0 tous qu&rsquo;une heure de r\u00e9pit, une seule. Ce ne serait pas la paix, juste un instant de gr\u00e2ce. Un accroc dans la guerre. Un \u00e9clat de po\u00e9sie et de fusils baiss\u00e9s. Tous ont accept\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait impensable. Et puis Sam est tomb\u00e9 malade. Sur son lit d&rsquo;agonie, il a fait jurer \u00e0 Georges de prendre sa suite, d&rsquo;aller \u00e0 Beyrouth, de rassembler les acteurs un \u00e0 un, de les arracher au front et de jouer cette unique repr\u00e9sentation.<br \/>\nGeorges a jur\u00e9 \u00e0 Sam, son ami, son fr\u00e8re. Il avait fait du th\u00e9\u00e2tre de rue, il allait faire du th\u00e9\u00e2tre de ruines. C&rsquo;\u00e9tait bouleversant, exaltant, immense, mortel, la guerre. La guerre lui a saut\u00e9 \u00e0 la gorge. L&rsquo;id\u00e9e de Sam \u00e9tait folle. Et Georges l&rsquo;a suivie.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Le premier chapitre m\u2019a emball\u00e9. Puis j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 freiner, \u00e0 avancer difficilement. J\u2019ai eu du mal jusqu\u2019au chapitre 10 \u2026 je me disais\u00a0: La plume est belle mais comme je n&rsquo;arrive pas \u00e0 m&rsquo;attacher aux personnages (ni m\u00eame \u00e0 un) j&rsquo;avoue que c&rsquo;est assez laborieux. Mais je vais m\u2019accrocher. Une personne me l\u2019a recommand\u00e9 et j\u2019ai enti\u00e8re confiance en ses choix (elle se reconnaitra) \u2026 Et puis \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6424\">Le Jour d&rsquo;avant<\/a>\u00a0\u00bb m\u2019avait tellement scotch\u00e9.<\/p>\n<p>Et comme j\u2019ai bien fait de continuer\u00a0!\u00a0 Tout s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9. Le livre a chang\u00e9 de dimension, de lieu, de rythme. Tout s\u2019est emball\u00e9 et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 emball\u00e9e aussi \u2026 Pour cela il fallait partir, arriver au Liban. Le personnage de Georges a pris de l\u2019ampleur et tous les personnages qui vont approcher de pr\u00e8s ou de loin le projet fou qui est de monter Antigone sont pr\u00e9sents, attachants, int\u00e9ressants alors que ceux qui gravitaient autour de lui \u00e0 Paris ne m\u2019accrochaient pas du tout.<\/p>\n<p>De fait d\u00e8s qu\u2019il y a eu action j\u2019ai croch\u00e9. Et de l\u2019action il y en a eu\u2026 Le feu de l\u2019action, la passion du th\u00e9\u00e2tre. Antigone, la palestinienne, celle qui dit non, Imane. La tr\u00eave, entendre la douleur de ceux qui sont les acteurs de la guerre, de ceux d\u2019en face. Vivre avec tous les personnages l\u2019horreur de la guerre, le rapprochement.<\/p>\n<p>La guerre et ses ravages\u00a0; le d\u00e9calage entre la vie en zone de guerre et le retour dans la \u00ab\u00a0normalit\u00e9\u00a0\u00bb et le fait de ne plus se sentir \u00e0 l\u2019aise dans sa vie\u2026 en marge partout, \u00e9tranger partout. \u00a0Le pass\u00e9 de grand reporter ressort dans les descriptions.<\/p>\n<p>L\u2019Antigone d\u2019Anouilh a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e sur sc\u00e8ne pour la 1ere fois en f\u00e9vrier 44, dans un Paris en guerre, pendant l\u2019occupation allemande. Dans le th\u00e9\u00e2tre il faisait froid\u2026 Un parall\u00e8le entre l\u2019action du livre qui se d\u00e9roule dans un Beyrouth ravag\u00e9 par la guerre.<\/p>\n<p>Et une fois encore, je me f\u00e9licite d\u2019avoir continu\u00e9 car c\u2019est une lecture bouleversante. Un livre aussi sur la fid\u00e9lit\u00e9 en l&rsquo;amiti\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Je croyais que la blessure et le bless\u00e9 ne faisaient qu\u2019un. Qu\u2019au moment de l\u2019impact, la douleur hurlait son message. Mais c\u2019est le sang qui m\u2019a annonc\u00e9 la mauvaise nouvelle.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Quand les obus tombent, ouvre la bouche, m\u2019avait dit mon ami la premi\u00e8re fois. Si tu ne d\u00e9compresses pas, tes tympans explosent.<\/p>\n<p>Je n\u2019avais plus de larmes. Il m\u2019a dit qu\u2019il fallait en garder un peu pour la vie.<\/p>\n<p>ils avaient choisi la France pour sa langue et Paris pour sa Commune.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0J\u2019ai trop souffert pour \u00eatre malheureux, me disait-il souvent.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0L\u2019antinationalisme\u00a0? C\u2019est le luxe de l\u2019homme qui a une nation.<\/p>\n<p>La R\u00e9publique, c\u2019est le respect des diff\u00e9rences<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais p\u00e8re. Je n\u2019avais pour exemple de p\u00e8re que l\u2019absence du mien. J\u2019\u00e9tais p\u00e8re.<\/p>\n<p>A chacun de mes mots, il hochait la t\u00eate, comme un chien de feutre sur la plage arri\u00e8re d\u2019une voiture de vacances. Ce n\u2019\u00e9tait pas de la politesse. Il \u00e9tait d\u2019accord, et c\u2019\u00e9tait enivrant.<\/p>\n<p>Il a ouvert la main. J\u2019y ai pos\u00e9 la mienne. Jamais je n\u2019avais tenu mon ami autrement que par le regard.<\/p>\n<p>Ce soir-l\u00e0, je n\u2019\u00e9tais pas au Liban, pas \u00e0 Beyrouth, pas m\u00eame \u00e0 Chatila. J\u2019\u00e9tais en terre d\u2019exil. Une parcelle sans air entre deux murs gris.<\/p>\n<p>Le cin\u00e9ma n\u2019avait pas de fen\u00eatres. Les obus s\u2019\u00e9taient charg\u00e9s d\u2019en dessiner partout, ouvrant aussi des portes et creusant des terrasses. Mais le d\u00e9cor avait \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9.<\/p>\n<p>Le jour m\u2019\u00e9piait. J\u2019ai lev\u00e9 les yeux vers le ciel. Il \u00e9tait presque 8 heures.<\/p>\n<p>La calotte de son p\u00e8re devait se m\u00ealer au keffieh, au turban, au fez, \u00e0 la croix et au croissant.<\/p>\n<p>Personne ne sait ce qu\u2019est un massacre. On ne raconte que le sang des morts, jamais le rire des assassins. On ne voit pas leurs yeux au moment de tuer. On ne les entend pas chanter victoire sur le chemin du retour. On ne parle pas de leurs femmes, qui brandissent leurs chemises sanglantes de terrasse en terrasse comme autant de drapeaux.<\/p>\n<p>L\u2019instant fut magnifique. Deux acteurs se mesuraient. Ni chr\u00e9tien, ni sunnite, ni Libanais, ni Palestinienne. Deux personnages de th\u00e9\u00e2tre. Antigone et Cr\u00e9on. Elle le narguait. Il la d\u00e9fiait. Elle irait jusqu\u2019\u00e0 mourir. Il irait jusqu\u2019\u00e0 la tuer.<\/p>\n<p>Le jour \u00e9tait lev\u00e9. Un soleil p\u00e2le encourageait le ciel.<\/p>\n<p>Les questions que se posent les hommes ne sont pas les n\u00f4tres. Nous ex\u00e9cutons les ordres pour monter en grade. S\u2019il faut tuer pour cela, alors nous tuerons.<\/p>\n<p>Dans ses yeux, il y avait de la tristesse et du silence. Il contemplait autre chose que cette chambre. Il observait la mort en train de s\u2019affairer.<\/p>\n<p>Il n\u2019avait pas pardonn\u00e9 mais il avait entendu.<\/p>\n<p>On se d\u00e9bat parce qu\u2019on esp\u00e8re s\u2019en sortir, c\u2019est utilitaire, c\u2019est ignoble. Et si l\u2019on ne s\u2019en sort pas, c\u2019est presque un accident. Tandis que la trag\u00e9die, c\u2019est gratuit. C\u2019est sans espoir. Ce sale espoir qui g\u00e2che tout. Enfin, il n\u2019y a plus rien \u00e0 tenter. C\u2019est pour les rois, la trag\u00e9die.<\/p>\n<p>Elle veut tout, tout de suite ou rien, jamais plus. Antigone, c\u2019est \u00e0 la fois notre courage, notre obstination et notre perte.<\/p>\n<p>Mon \u00e2me \u00e9tait entr\u00e9e en collision avec le b\u00e9ton d\u00e9chir\u00e9.<\/p>\n<p>Je connaissais cette voix. Elle mentait. C\u2019est la voix qu\u2019entend celui qui va mourir. La voix qui parle des jours \u00e0 venir, de l\u2019\u00e9t\u00e9 prochain qui ne sera jamais, de toutes ces choses \u00e0 tellement vivre ensemble.<\/p>\n<p>Mais quel r\u00eave\u00a0? Ils r\u00e9citent ton texte mais ils savent bien que ce n\u2019est pas la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>J\u2019ai regagn\u00e9 ma famille comme un \u00e9colier son lundi matin.<\/p>\n<p>J\u2019aurais voulu \u00eatre ce voisin. Rentrer ailleurs que chez moi. N\u2019avoir rien vu. Ne rien savoir.<\/p>\n<p>Il m\u2019a parl\u00e9 des mots venus trop tard, qu\u2019on pleure en bord de tombe.<\/p>\n<p>Je retournerais dans mon pays \u00e0 moi, avec le ciel sans avion, les nuits sans frayeurs, les caves qui ne prot\u00e8gent que le vin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: N\u00e9 le 16 mai 1952 \u00e0 Tunis, Sorj Chalandon est journaliste. 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