{"id":7275,"date":"2018-10-30T15:01:09","date_gmt":"2018-10-30T14:01:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7275"},"modified":"2018-10-30T15:14:24","modified_gmt":"2018-10-30T14:14:24","slug":"picouly-daniel-quatre-vingt-dix-secondes-rl2018","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7275","title":{"rendered":"Picouly, Daniel \u00abQuatre-vingt-dix secondes\u00bb (RL2018)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Issu d&rsquo;un milieu populaire, Daniel Picouly a grandi dans la banlieue parisienne entour\u00e9 de douze fr\u00e8res et soeurs. Apr\u00e8s des \u00e9tudes de comptabilit\u00e9, de gestion et de droit, il devient ma\u00eetre auxiliaire, puis en 1988, professeur de comptabilit\u00e9 en classe de BTS dans le 13e arrondissement parisien. En 1992 para\u00eet, gr\u00e2ce \u00e0 la collaboration de Daniel Pennac, son premier roman, La Lumi\u00e8re des fous, rapidement suivi de deux polars, Nec et Les Larmes du chef. Mais il faut attendre 1995 et le succ\u00e8s de sa saga familiale Le Champ de personne pour qu&rsquo;il s&rsquo;impose en tant qu&rsquo;\u00e9crivain. Depuis, tous ses \u00e9crits re\u00e7oivent un bel accueil du public et des critiques. Parmi eux, on peut citer L&rsquo;Enfant l\u00e9opard &#8211; prix Renaudot 1999 &#8211; la bande dessin\u00e9e Retour de flammes en 2003, La Treizi\u00e8me Mort du chevalier en 2005 ou encore Un beau jeudi pour tuer Kennedy en 2006.<\/p>\n<p>\u00c9diteur : Albin Michel &#8211; 22 ao\u00fbt 2018 \u2013 265 pages &#8211;\u00a0Pr\u00e9sent dans la 2\u00e8me s\u00e9lection du Prix Goncourt<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: \u00ab\u00a0Le diable a bu du rhum. On a souill\u00e9 les \u00e9glises, d\u00e9terr\u00e9 les cadavres. Saint-Pierre doit se repentir. Tandis que je crache de la boue et du feu, que je ravage les champs, les b\u00eates et les hommes, ils battent des mains comme des enfants \u00e0 Carnaval. Ils oublient de redevenir des animaux sages, de faire confiance \u00e0 leur instinct. Fuyez ! Je suis la montagne Pel\u00e9e, dans trois heures, je vais raser la ville.<\/p>\n<p>Trente mille morts en quatre-vingt-dix secondes\u00a0\u00bb. Avec une verve baroque et vibrante, Daniel Picouly, prix Renaudot pour L&rsquo;Enfant L\u00e9opard, incarne l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e terrifiante de la Montagne Pel\u00e9e, force mythologique, dans un roman foisonnant aux r\u00e9sonances \u00e9trangement actuelles.<\/p>\n<p><strong>La Presse\u00a0<\/strong>: Mohammed A\u00cfssaoui (Le Figaro)<\/p>\n<p>Picouly, dont on entendrait presque la voix, met en sc\u00e8ne son r\u00e9cit. Un tourbillon. Il brosse le portrait d&rsquo;une \u00e9poque et d&rsquo;une \u00eele. Il puise dans le r\u00e9el, comme ce prisonnier nomm\u00e9 Cyparis qui a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la mort gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9paisseur des murs de sa ge\u00f4le ; ou Marius Hurard, un \u00ab b\u00e9b\u00e9 Schoelcher \u00bb, n\u00e9 en 1848, l&rsquo;ann\u00e9e de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage ; ou, encore, ce Louis Mouttet, par qui le malheur est arriv\u00e9 : gouverneur de la Martinique, il jugeait catastrophiste l&rsquo;exhortation \u00e0 fuir la ville que mena\u00e7ait l&rsquo;\u00e9ruption &#8211; le second tour des \u00e9lections l\u00e9gislatives qui devait se tenir le 11 mai 1902 \u00e9tait plus vital \u00e0 ses yeux. La montagne Pel\u00e9e grondait, et il regardait ailleurs. Avec cette dimension r\u00e9aliste, Quatre-vingt-dix secondes est aussi le r\u00e9cit de l&rsquo;incons\u00e9quence des hommes. La catastrophe naturelle est surtout politique. Depuis ce 8 mai 1902, le \u00ab petit Paris des Antilles \u00bb, capitale \u00e9conomique et culturelle que jalousait le grand Fort-de-France, est devenu une petite ville de 5 000 habitants. Daniel Picouly cr\u00e9e deux personnages magnifiques qui sont tout aussi importants pour la richesse du roman que la montagne &#8211; sans vouloir la vexer. Othello et Louise, le pauvre cr\u00e9ole et la jolie bourgeoise blanche, c&rsquo;est Rom\u00e9o et Juliette, c&rsquo;est Rose et Jack, les amoureux du Titanic. Ces deux-l\u00e0 prennent le lecteur par la main et ne le l\u00e2chent plus.<\/p>\n<p><strong>Anecdote<\/strong>\u00a0: Si l\u2019a\u00efeul de l\u2019auteur n\u2019avait pas piqu\u00e9 sa crise et refus\u00e9 de se rendre ce jour-l\u00e0 \u00e0 St Pierre, l\u2019auteur ne serait pas de ce monde et on aurait rat\u00e9 un moment de lecture que je recommande !<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>La parole est \u00e0 la nature\u2026<br \/>\nPersonnage principal du roman, elle a pris la parole, la \u00ab\u00a0Montagne pel\u00e9e\u00a0\u00bb \u2026 et elle est en col\u00e8re, elle se plaint, elle se sent exploit\u00e9e, non comprise, pas aim\u00e9e. Et sa col\u00e8re enfle, et elle va exploser\u2026<br \/>\nAh oui\u00a0! j\u2019ai retrouv\u00e9 la verve du Picouly d\u2019il y a des ann\u00e9e\u00a0! J\u2019ai \u00e9t\u00e9 emport\u00e9e, j\u2019ai d\u00e9val\u00e9 les flancs du volcan, j\u2019ai ador\u00e9\u00a0! Quel souffle\u00a0! Faut dire que quand un volcan se f\u00e2che, il est difficile de faire dans le calme et la dentelle.<br \/>\nLa montagne est \u00e0 l\u2019image des habitants de St pierre\u00a0: sauvage, vaniteuse. Mais si les hommes \u00e9taient moins surs d\u2019eux, moins pr\u00e9occup\u00e9s par leurs petites affaires, ils auraient d\u00e9chiffr\u00e9 les signes avants coureurs, \u00e0 l\u2019image des animaux et des anciennes populations (Mona, la vieille indienne). Trois semaines quand m\u00eame que la Pel\u00e9e annon\u00e7ait qu\u2019elle \u00e9tait furieuse, qu\u2019elle fulminait et crachait de col\u00e8re. Trois semaines\u2026 mais les hommes se croient plus fort que la nature\u2026 ils refusent de reculer, de c\u00e9der \u00e0 la peur. Seul un italien originaire de Naples, au pied du V\u00e9suve, va accepter sa peur et lui faire confiance\u00a0: il y gagnera la vie. \u00a0Pour les autres, la vie continue\u2026 les politique ne vont pas fuir au moment ou il y a des \u00e9lections \u00e0 gagner\u2026 on ne va pas laisser les marrons, qui n\u2019ont pas les moyens de fuir dans la place\u00a0: des fois qu\u2019ils votent et battent les blancs\u2026<br \/>\nPicouly nous fait une description de la St-Pierre de l\u2019\u00e9poque\u00a0: la ville \u00ab\u00a0phare2 de la r\u00e9gion, une ville violente, brillante, d\u00e9prav\u00e9e. Le Paris et la Venise de la r\u00e9gion. Une ville qui vit \u00e0 mille \u00e0 l\u2019heure, qui est pr\u00e9tentieuse et se croit invincible\u2026 Mais elle oublie qu\u2019au-dessus d\u2019elle, la Montagne pel\u00e9e en a assez d\u2019etre foul\u00e9e au pied. Et qu\u2019elle va se reveiller, se r\u00e9volter et a les moyens de tout d\u00e9truire sur son passage. Ce n\u2019et pas parce qu\u2019elle a \u00e9pargn\u00e9 St-Pierre lors de son dernier coup de gueule que St Pierre doit se croire invincible.<br \/>\nA part la Pel\u00e9e, il y a d\u2019autres personnages dasn le roman. Deux amoureux, Louise et Othello\u2026 Jusqu\u2019\u00e0 la fin j\u2019ai trembl\u00e9 pour eux. Seront-ils r\u00e9unis dans la mort ou sauv\u00e9s par le volcan\u00a0? Le monde des hommes semble bien hostile \u00e0 leur \u00e9gard\u2026<br \/>\nLe roman nous parle aussi Histoire. Tout le monde connait l\u2019histoire de la Montagne Pel\u00e9e et de son survivant, le prisonnier prot\u00e9g\u00e9 par les murs de sa ge\u00f4le. Picouly va nous parler colonisation, vie sur place, rhum et canne \u00e0 sucre, politique. Il va m\u00ealer personnages de fiction et acteurs historique (les politiciens, le Professeur)<br \/>\nEn ces temps o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments semblent incontr\u00f4l\u00e9s et d\u00e9chain\u00e9s, ce livre nous redonne aussi l\u2019espoir\u00a0: \u00e9coutons notre peur, surveillons les signes avant-coureurs, \u00e9tudions la terre, les anciens.<br \/>\nEt laissons nous emporter par le roman, par le style qui emporte tout sur son passage, comme une nu\u00e9s ardente, une vague immense, un vent violent, une pluie incandescente\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Le Jardin botanique s\u2019appelle en v\u00e9rit\u00e9 \u00ab\u00a0Jardin colonial des plantes\u00a0\u00bb. Le mot \u00ab\u00a0colonial\u00a0\u00bb faisait mauvaise herbe, il a \u00e9t\u00e9 sarcl\u00e9.<\/p>\n<p>Les quartiers du Mouillage et du Fort ne sont que les serre-livres d\u2019une ville qui ne lit pas.<\/p>\n<p>Saint-Pierre reste une catin aux deux parfums. Elle sent l\u2019ail et le sucre. L\u2019ail pour \u00e9loigner le diable, le sucre pour le faire revenir.<\/p>\n<p>Le duel et le mariage se ressemblent par le peu de sang qu\u2019il faut pour les sceller \u00e0 jamais.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9loignement porte \u00e0 \u00e9crire. \u00c9crire de belles lettres. Des lettres de plus en plus \u00e9mouvantes depuis que la ville a peur.<\/p>\n<p>Je vomis la pr\u00e9tention des d\u00e9puceleurs de mappemondes. Ces obs\u00e9d\u00e9s des terres vierges dont ils ne sont que les \u00e9ni\u00e8mes amants. Ils massacrent ce qui les pr\u00e9c\u00e8de pour exercer leur droit divin \u00e0 nommer le monde.<\/p>\n<p>Mais ce qui l\u2019int\u00e9resse vraiment, ce sont moins ces traces vulgaires de la vie qui se d\u00e9bine l\u00e2chement que ce regard dont le vide s\u2019empare. Ce siphon insondable le fascine.<\/p>\n<p>Les hommes aiment dire \u00ab\u00a0Saint-Pierre danse sur un volcan\u00a0\u00bb en oubliant que Saint-Pierre danse <em>sous<\/em> un volcan\u00a0: moi.<\/p>\n<p>En politique, l\u2019opportunisme est une vertu.<\/p>\n<p>les lavandi\u00e8res. Certains pr\u00e9f\u00e8rent les appeler \u00ab\u00a0blanchisseuses\u00a0\u00bb, mais il n\u2019est jamais bienvenu \u00e0 Saint-Pierre de prendre parti pour une couleur. \u00ab\u00a0Nous n\u2019avons pas \u00e0 rendre le monde plus blanc, mais plus propre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les lavandi\u00e8res sont des journalistes scrupuleuses et des enqu\u00eatrices redoutables. Elles traquent la moindre tache de sang, d\u2019encre ou de vie dans les plus infimes replis de l\u2019intime.<\/p>\n<p>Elle se chargea d\u2019almanachs, de dictionnaires, de recueils de recettes, de magie, de pri\u00e8res, de bibles, de romans\u2026 Bref, tout ce qui peut voyager sur une t\u00eate et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Me m\u00e9fier d\u2019un homme qui r\u00eave de l\u2019enfant qu\u2019il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 et regrette l\u2019adolescent qu\u2019il r\u00eave d\u2019avoir \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Les amoureux sont comme des grands d\u00e9couvreurs, il leur faut nommer le monde pour la premi\u00e8re fois, inventer des tournures et mani\u00e8res, des superstitions, des rituels, ne marcher que sur leurs pas, \u00eatre leur propre dieu.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0ces cendres malheureuses\u00a0\u00bb, c\u2019est parfait pour raviver la controverse entre Voltaire et Rousseau sur l\u2019origine du mal. Le lecteur d\u2019ici aime les combats de coqs et de plumes.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0\u2026\u00a0Anne, ma s\u0153urette, tu as raison\u00a0: le regret n\u2019est qu\u2019une avance sur nostalgie prise par la m\u00e9moire avant l\u2019oubli.<\/em><\/p>\n<p>Devant cette fuite des beaux causeurs, les rats sont confort\u00e9s dans la conviction que les hommes politiques ne sont qu\u2019une clique de joueurs de fl\u00fbte.<\/p>\n<p>Quand les aliz\u00e9s, ces vents fonctionnaires soucieux d\u2019ordre et r\u00e9gularit\u00e9, consid\u00e8rent que \u00e7a suffit, ils poussent les nuages pompettes \u00e0 d\u00e9griser au frais au-dessus de la mer o\u00f9 ils se soulagent d\u2019une ond\u00e9e ambr\u00e9e qui rend hilares les marins et les poissons.<\/p>\n<p>Elle ne s\u2019\u00e9tait jamais dit qu\u2019on ne perd la t\u00eate que deux fois\u00a0: quand on est amoureux et quand on est vieux. Et entre les deux\u00a0?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La physique des sentiments\u00a0\u00bb. Il en a retenu que le coup de foudre est une onde de choc en milieu clos.<\/p>\n<p>Mill\u00e9simer les catastrophes l\u2019amuse. Pourquoi pas une cuv\u00e9e \u00ab\u00a0Montagne Pel\u00e9e 1902\u00a0\u00bb\u00a0? L\u2019id\u00e9e devrait s\u2019\u00e9tendre \u00e0 la vie priv\u00e9e. Chacun aurait sa cave \u00e0 d\u00e9sastres et pourrait trinquer \u00e0 ses petites mis\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>En savoir plus<\/strong> : <a href=\"http:\/\/montagne-pelee.com\/Eruption.html\">l\u2019\u00e9ruption de la Montagne Pel\u00e9e<\/a><\/p>\n<p><strong>En savoir plus <\/strong>:\u00a0 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/P\u00e9l\u00e9\">P\u00e9l\u00e9 &#8211; la d\u00e9esse hawa\u00efenne du feu, des \u00e9clairs, de la danse, des volcans et de la violence<\/a><\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/www.atramenta.net\/lire\/oeuvre28616-chapitre-1.html\">Po\u00e8me sur le d\u00e9sastre de Lisbonne<\/a> (Voltaire)<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Issu d&rsquo;un milieu populaire, Daniel Picouly a grandi dans la banlieue parisienne entour\u00e9 de douze fr\u00e8res et soeurs. 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