{"id":73,"date":"2014-02-23T19:46:36","date_gmt":"2014-02-23T18:46:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=73"},"modified":"2014-02-26T08:04:07","modified_gmt":"2014-02-26T07:04:07","slug":"murgia-michela-accabadora-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=73","title":{"rendered":"Murgia, Michela \u00ab\u00a0Accabadora\u00a0\u00bb (2011)"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<p align=\"justify\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong> :Dans un petit village sarde, la vieille couturi\u00e8re, Tzia Bonaria, accueille chez elle Maria, \u00ab c\u00e9d\u00e9e \u00bb bien volontiers par une veuve d\u2019humbles origines. Elle offrira \u00e0 sa \u00ab fille d\u2019\u00e2me \u00bb son m\u00e9tier et des \u00e9tudes, choix audacieux pour une femme dans cette Sardaigne des ann\u00e9es cinquante.<\/p>\n<p align=\"justify\">Maria grandit entour\u00e9e de soins et de tendresse; mais certains aspects de la vie de Tzia Bonaria la troublent, en particulier ses myst\u00e9rieuses absences nocturnes. Elle ignore en effet que la vieille couturi\u00e8re est, pour tous ses concitoyens, l\u2019 accabadora, la \u00ab derni\u00e8re m\u00e8re \u00bb. Le jour o\u00f9 ce secret lui sera d\u00e9voil\u00e9, sa vie sera d\u00e9finitivement boulevers\u00e9e et il faudra bien des ann\u00e9es pour que la \u00ab fille d&rsquo;\u00e2me \u00bb arrive enfin \u00e0 pardonner \u00e0 sa m\u00e8re adoptive.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans une langue po\u00e9tique et essentielle, Michela Murgia d\u00e9crit les plis et replis les plus intimes du rapport tr\u00e8s singulier unissant la vieille Tzia Bonaria et la jeune Maria, dans une Sardaigne atemporelle, aux us et coutumes fascinants.<\/p>\n<div align=\"left\">\u00a0<strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Une fois encore je suis tomb\u00e9e sous le charme de cette plume qui d\u00e9peint la vie dans des villages recul\u00e9s de Sardaigne. Les non-dits, l\u2019importance des traditions, des choses interdites et qui se font sous le couvert de traditions. Le village est un personnage du roman, comme les femmes, les hommes. Une relation entre un enfant et un adulte, un apprentissage de la vie, l\u2019importance de la dignit\u00e9, la tradition, les relations entre les \u00eatres\u2026\u00a0 et toujours la distinction entre la vie au village \u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (entendons par l\u00e0 en Italie). L\u2019importance de l&rsquo;\u00e9ducation, de la franchise, de la v\u00e9rit\u00e9 et en m\u00eame temps l\u2019importance du secret, du dissimul\u00e9. L\u2019importance d\u2019agir selon ses croyances et sa conscience. Un livre sur un monde qui fera bient\u00f4t partie du pass\u00e9, mais qui \u00e9voque un sujet bien actuel (l\u2019euthanasie)<\/div>\n<p>Dans la tradition sarde (jusqu\u2019au si\u00e8cle dernier) il y avait dans les villages une femme qui aidait les anciens ( de plus de 75 ans) a partir dans la dignit\u00e9. Le terme viendrait de l\u2019espagnol (qui signifie terminer, mettre fin) Selon la l\u00e9gende \/ la tradition, elle entrait, v\u00e9tue de noir et le visage couvert, dans la chambre du mourant et l\u2019\u00e9touffait \u00e0 l\u2019aide d\u2019un coussin, ou alors le frappait derri\u00e8re la nuque ou sur le front avec une branche en bois d\u2019olivier ou l\u2019\u00e9tranglait en mettant son cou entre ses jambes.. Ce n\u2019\u00e9tait pas consid\u00e9r\u00e9 comme un homicide mais comme une preuve d\u2019amour qui d\u00e9livre la personne de la souffrance. L\u2019accabadora \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme la \u00ab\u00a0derni\u00e8re m\u00e8re\u00a0\u00bb. L\u2019importance de la \u00ab\u00a0m\u00e8re\u00a0\u00bb, qui met au monde et aide \u00e0 partir\u2026<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Extraits:\u00a0<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0\u00a0on aurait dit qu\u2019elle avait volontairement vieilli d\u2019un coup, de nombreuses ann\u00e9es plus t\u00f4t, et qu\u2019elle attendait d\u2019\u00eatre rejointe par le temps\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Elle ne commit jamais l\u2019erreur de l\u2019inciter \u00e0 consid\u00e9rer son foyer comme le sien et ne pronon\u00e7a aucune de ces banalit\u00e9s servant \u00e0 rappeler aux invit\u00e9s qu\u2019ils ne sont justement pas chez eux\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0les femmes bavardaient volontiers, parlant de leurs probl\u00e8mes \u00e0 travers ceux des autres\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Ces lamentations \u00e0 la musicalit\u00e9 gouailleuse chantaient aux habitants de Soreni les chagrins pr\u00e9sents et pass\u00e9s de chaque maison, car le deuil d\u2019une famille r\u00e9veillait les souvenirs des pleurs vers\u00e9s au fil des ans par toutes les autres\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0elle \u00e9tait trop belle pour \u00eatre vieille, et par surcro\u00eet belle de cette beaut\u00e9 dangereuse que seules poss\u00e8dent les femmes venues de l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Quand on meurt pour une terre, cette terre devient la v\u00f4tre. \u00c0 moins d\u2019\u00eatre stupide, personne ne meurt pour une terre qui ne lui appartient pas\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0La nuit ne porte que la nuit, voil\u00e0 tout. Les gens intelligents savent qu\u2019il faut demander conseil quand on est \u00e9veill\u00e9, car l\u2019aube constitue un pi\u00e8ge contre lequel il convient de se d\u00e9fendre\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Aux yeux d\u2019un homme qui aspire au respect d\u2019autrui, les bonnes choses peuvent \u00eatre gratuites, mais les mauvaises doivent toujours \u00eatre n\u00e9cessaires\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0si la ruse, la force et l\u2019intelligence peuvent \u00eatre combattues \u00e0 armes \u00e9gales, l\u2019imb\u00e9cilit\u00e9 n\u2019a pas de pire ennemi qu\u2019elle-m\u00eame et constitue, par son impr\u00e9visibilit\u00e9 fondamentale, un danger chez les amis, plus encore que chez les ennemis\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0il pr\u00e9f\u00e9rait regarder \u00e0 travers la fen\u00eatre, projet\u00e9 dans un monde de rage silencieuse dont il \u00e9tait le seul citoyen ayant droit de r\u00e9sidence\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0\u00c0 vingt ans, Bonaria avait assez v\u00e9cu pour savoir que le mot \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb constitue le masculin singulier du mot \u00ab\u00a0veuves\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0S\u2019il avait pu mourir noy\u00e9 dans l\u2019eau des r\u00eaves, c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 beaucoup mieux pour tout le monde\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Lui, il regardait la limite de la mer, les yeux \u00e9carquill\u00e9s, et plus il la regardait, plus il avait envie de reculer vers le rivage, ainsi qu\u2019on le fait devant certains serpents\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Il lui fallut quelques minutes pour recouvrer ses esprits\u00a0: plus on atteint les profondeurs, plus il est difficile de rejaillir de soi-m\u00eame\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0il \u00e9tait normal qu\u2019il mour\u00fbt ainsi qu\u2019il avait v\u00e9cu, sans respirer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Comme les yeux de la chouette, certaines pens\u00e9es ne supportent pas la lumi\u00e8re du jour. Elles ne peuvent na\u00eetre que la nuit, o\u00f9, exer\u00e7ant la m\u00eame fonction que la lune, elles meuvent des mar\u00e9es de sens dans un invisible ailleurs de l\u2019\u00e2me.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Quand on na\u00eet orphelin, on apprend tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 cohabiter avec l\u2019absence et elle pensait que le deuil, comme l\u2019absence justement, ne devait jamais cesser\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0le deuil s\u2019ach\u00e8ve quand s\u2019ach\u00e8ve le chagrin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Le chagrin est nu. Le noir sert \u00e0 le couvrir, non \u00e0 l\u2019exhiber.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Je t\u2019ai gifl\u00e9e parce que tu m\u2019as menti. On peut racheter des amandes, mais on ne peut pas rem\u00e9dier au mensonge. Chaque fois que tu ouvriras la bouche, rappelle-toi que c\u2019est par la parole que Dieu a cr\u00e9\u00e9 le monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Elle se mit \u00e0 marcher autour de la table d\u2019un pas qui ne pouvait que tourner en rond\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Elle s\u2019effor\u00e7ait en vain de dominer le vide que provoquait en elle cette trahison, un vide aux allures de mort, certes, mais priv\u00e9 de la consolation qu\u2019apportent une d\u00e9pouille bien-aim\u00e9e \u00e0 veiller et un lieu de s\u00e9pulture o\u00f9 verser ses pleurs\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Or, chez elle, le temps de la prise de conscience arrivait toujours comme le ressac apr\u00e8s la vague. \u00ab<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Comme les \u00eatres, les fautes n\u2019existent qu\u2019\u00e0 l\u2019instant o\u00f9 d\u2019autres s\u2019en aper\u00e7oivent\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Il y a des choses qu\u2019on sait, un point c\u2019est tout, et les preuves ne sont qu\u2019une confirmation\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9 :Dans un petit village sarde, la vieille couturi\u00e8re, Tzia Bonaria, accueille chez elle Maria, \u00ab c\u00e9d\u00e9e \u00bb bien volontiers par une veuve d\u2019humbles origines. 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