{"id":7344,"date":"2018-11-12T10:56:15","date_gmt":"2018-11-12T09:56:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7344"},"modified":"2019-03-12T13:12:37","modified_gmt":"2019-03-12T12:12:37","slug":"hancock-penny-desordre-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7344","title":{"rendered":"Hancock, Penny \u00abD\u00e9sordre\u00bb (2013)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur\u00a0<\/strong>: Penny Hancock est n\u00e9e \u00e0 Londres et vit aujourd\u2019hui \u00e0 Cambridge. Elle enseigne l\u2019anglais en Italie, en Gr\u00e8ce et au Maroc avant de rentrer en Angleterre pour devenir institutrice en \u00e9cole primaire. Durant ses voyages, elle \u00e9crit beaucoup, des histoires courtes ou des r\u00e9cits de voyages. Elle ach\u00e8ve <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7344\"><em>D\u00e9sordre<\/em><\/a>, publi\u00e9 chez Sonatine \u00c9ditions en 2013, qui est une r\u00e9flexion sur la jeunesse et la nostalgie du temps qui passe, poussant l\u2019h\u00e9ro\u00efne Sonia \u00e0 s\u00e9questrer un jeune gar\u00e7on par une pulsion inexpliqu\u00e9e. En 2015, Sonatine \u00c9ditions publie son deuxi\u00e8me ouvrage, <em>Deux<\/em>.<br \/>\nSes romans \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re sombre sont des huis clos angoissants avec des personnages f\u00e9minins qui se retrouvent coinc\u00e9s dans l\u2019espace domestique et finissent par prendre des d\u00e9cisions totalement irrationnelles. Ce qui am\u00e8ne l\u2019auteur \u00e0 nous poser cette question\u00a0: \u00ab\u00a0Que se passe-t-il lorsque quelqu\u2019un de bien prend de mauvaises d\u00e9cisions ou fait de mauvais choix\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sonatine \u2013 11.04.2013 \u2013 3181 pages\/\u00a0 Livre de poche \u2013 2.4.2014 \u2013 429 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Ceci n&rsquo;est pas l&rsquo;histoire d&rsquo;une petite fille qui dispara\u00eet. C&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;une petite fille qui r\u00e9appara\u00eet\u2026 Sonia, la quarantaine, m\u00e8ne une vie confortable dans la jolie maison des bords de la Tamise o\u00f9 elle a grandi. Mais depuis que son mari, Greg, multiplie les d\u00e9placements professionnels \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger et que leur fille Kit est partie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9, son existence lui p\u00e8se. Alors que Greg la presse de quitter Londres pour se rapprocher de lui, Sonia se sent incapable de quitter sa maison, d\u00e9cor d&rsquo;une jeunesse pour laquelle elle \u00e9prouve la plus vive nostalgie.<br \/>\n\u00c0 l&rsquo;heure du bilan, elle r\u00e9alise en effet que son adolescence a \u00e9t\u00e9 le seul moment vraiment heureux de son existence, celui o\u00f9 les \u00e9mois et les sentiments ont \u00e9t\u00e9 les plus forts et les plus purs. Aussi, lorsque Jez, 15 ans, le neveu d&rsquo;une de ses amies, Helen, vient frapper \u00e0 sa porte pour emprunter un disque, Sonia, prise d&rsquo;une pulsion inexplicable, d\u00e9cide de ne plus le laisser partir. Elle se met alors \u00e0 nourrir une \u00e9trange et inqui\u00e9tante obsession pour la jeunesse de Jez, qu&rsquo;elle tient s\u00e9questr\u00e9.<br \/>\nLorsque Helen signale la disparition du jeune gar\u00e7on \u00e0 la police, une enqu\u00eate minutieuse commence, qui ne tarde pas \u00e0 s&rsquo;orienter vers un suspect inattendu. \u00c0 travers ce r\u00e9cit conjuguant les voix de Sonia et d&rsquo;Helen, Penny Hancock nous offre un portrait magnifique de deux femmes \u00e0 un carrefour de leur vie, aux prises avec leurs peurs et leurs faiblesses, leurs secrets et leurs solitudes. Surtout, elle nous donne un roman o\u00f9 r\u00e8gne une tension extr\u00eame, une terrifiante histoire de folie, cruellement humaine, qui culmine dans un suspense infernal, digne du l\u00e9gendaire Misery, de Stephen King.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Et une nouvelle pathologie mentale au programme\u00a0! La Tamise, l\u2019attachement visc\u00e9ral de Sonia au fleuve, berceau de son enfance et cercueil un des \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s du Roman. Cette Tamise glauque et tumultueuse, qui est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente \u00e0 part enti\u00e8re dans <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=472\">les enqu\u00eates de Monk \u00e9crites par Anne Perry<\/a> \u00e0 l\u2019\u00e9poque victorienne \u2026 Les si\u00e8cles ont pass\u00e9 mais le secteur de l\u2019 \u00cele aux Chiens est toujours aussi peu s\u00fbr. Un autre \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de l\u2019histoire\u00a0: la maison au bord du fleuve.<\/p>\n<p>Si vous aimez les polars psychologiques, c\u2019est pour vous. Un rythme lent qui vous fait basculer dans la folie d\u2019une femme qui est soudain rattrap\u00e9e par ses douleurs et ses souvenirs d\u2019enfance. L\u2019angoisse est l\u00e0 \u00e0 chaque page\u2026<\/p>\n<p>Sonia est seule. Quand son mari veut la faire quitter ses racines, ses liens vers l\u2019enfance et le pass\u00e9 (vendre sa maison), elle bascule dans son enfance bris\u00e9e et essaie de la faire revivre \u00e0 sa fa\u00e7on. Un roman \u00e0 deux voix, Sonia et une amie qu\u2019elle a un peu perdu de vue, Helen, une femme mari\u00e9e, alcoolique, peu sure d\u2019elle et persuad\u00e9e de ne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur dans la vie et tante du jeune disparu. Sonia va r\u00e9volutionner sa vie et celle d\u2019un jeune adolescent sur un coup de t\u00eate mais va vouloir \u2013 malgr\u00e9 tout \u2013 pr\u00e9server sa famille et assumer ses taches vis-\u00e0-vis de sa m\u00e8re, sa fille, son mari. Entre obsession et culpabilit\u00e9, secrets et non-dits \u2026 Il n\u2019y a pas que Jez qui soit tomb\u00e9 entre les griffes de Sonia\u2026 Alors si vous n\u2019avez pas peur de vous perdre dans les eaux glauques de la folie qui se cache sous les traits d\u2019une femme belle et respectable\u2026 embarquer sur le radeau, au rythme des eaux et de la musique du pass\u00e9\u2026 Souvenirs de jeunesse et vie actuelle se superposent, les personnages s\u2019entrem\u00ealent dans l\u2019esprit de Sonia. Les souvenirs d\u2019enfance et les trag\u00e9dies, la pr\u00e9sence et le manque s\u2019imbriquent. R\u00eave et cauchemar, douceur et cruaut\u00e9 oblig\u00e9e malgr\u00e9 elle \u2026 Partons ensemble sur les traces du pass\u00e9 et \u00e0 la recherche de la \u00ab\u00a0plus belle cr\u00e9ature\u00a0\u00bb qui ait jamais foul\u00e9 le cerveau d\u2019une personne qui disjoncte et tente de recoller les morceaux pour faire revivre une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 jamais disparue\u2026<\/p>\n<p>Premier roman de cette romanci\u00e8re. Et certainement pas le dernier que je vais lire d\u2019elle.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Les souvenirs m\u2019assaillent par surprise. Viennent se frotter \u00e0 moi comme un chat se frotte \u00e0 votre jambe en ronronnant, refusant qu\u2019on l\u2019ignore. Les \u00e9motions me submergent sans pr\u00e9venir. Il y a de la nostalgie, parfois.<\/p>\n<p>Il tient la guitare comme il tiendra les femmes, avec une telle tendresse et un tel rythme, avec un sens instinctif de la modulation, sachant quand se retenir et quand tout l\u00e2cher.<\/p>\n<p>Mais le temps est une chose si insaisissable, si \u00e9lastique, m\u00eame un jour \u00e0 l\u2019\u00e9poque nous semblait une \u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>Comme je regrette les doux mugissements gutturaux des cornes de brume. On les entendait au loin, les soirs d\u2019hiver, longs et graves, se r\u00e9pondant l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, comme un dialogue, comme si ces \u00e9normes navires s\u2019amusaient ensemble. Je me sentais \u00e0 l\u2019abri dans la maison quand j\u2019entendais ce bruit. Un havre \u00e0 l\u2019\u00e9cart des temp\u00eates et des divagations du monde ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Depuis l\u2019interdiction de fumer, les pubs ne sentent plus le pub mais les produits m\u00e9nagers, \u00e2pres et accusateurs. Comme je regrette le temps o\u00f9 tous nos p\u00e9ch\u00e9s \u00e9taient noy\u00e9s par la fum\u00e9e de cigarette\u00a0!<\/p>\n<p>On m\u2019avait conseill\u00e9 de ne jamais m\u2019aventurer sur la rive d\u2019en face. De ne jamais traverser le tunnel pi\u00e9tonnier toute seule, car l\u2019\u00eele aux Chiens \u00e9tait dangereuse. Et surtout de ne pas essayer d\u2019y aller \u00e0 la rame. Au changement de mar\u00e9e, le flux montant et le flux descendant se rencontraient, et la lutte des deux produisait des courants impr\u00e9visibles et fatals.<\/p>\n<p>Un doux secret, tel un b\u00e9b\u00e9 cygne lov\u00e9 en boule sous le creux d\u2019une aile.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me avec la jalousie, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019a nulle part o\u00f9 aller. Elle vous revient toujours comme un boomerang, parce que si vous la formulez, vous vous faites gronder, et si vous ne dites rien, la douleur est insupportable. C\u2019est une mal\u00e9diction.<\/p>\n<p>un autre souvenir remonte \u00e0 la surface, un qui \u00e9tait rest\u00e9 recroquevill\u00e9 dans un coin pendant toutes ces ann\u00e9es, roul\u00e9 en boule comme un chat que je n\u2019ai jamais voulu tirer de son sommeil tranquille.<\/p>\n<p>J\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre en train de soulever une couche de laine de verre qui amortissait tout si bien que, pendant des ann\u00e9es, j\u2019\u00e9tais comme coup\u00e9e de mes souvenirs, de mes \u00e9motions.<\/p>\n<p>\u2013 Tamasa\u00a0?<br \/>\n\u2013 C\u2019est l\u2019ancien nom de la Tamise. \u00c7a veut dire \u201cfleuve noir\u201d.<\/p>\n<p>Je croyais que tu aimais le bruit du fleuve. Je me souviens que tu disais\u2026 Tu sais, la premi\u00e8re soir\u00e9e qu\u2019on a pass\u00e9e ensemble\u00a0? Tu trouvais que c\u2019\u00e9tait une sorte de m\u00e9lodie urbaine. Tu n\u2019as pas arr\u00eat\u00e9 de l\u2019entendre, j\u2019esp\u00e8re\u00a0? Parce que \u00e7a peut arriver, quand on s\u2019habitue \u00e0 quelque chose. On finit par y devenir insensible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s tout, qui suis-je pour juger des failles d\u2019autrui\u00a0? Et c\u2019est valable pour n\u2019importe qui. Est-ce qu\u2019on n\u2019a pas tous nos points faibles, nos \u00e9checs\u00a0? Ne devrait-on pas tol\u00e9rer les faiblesses des autres afin de pouvoir vivre en acceptant les n\u00f4tres\u00a0?<\/p>\n<p>\u2013 Parfois, j\u2019ai des souvenirs qui me rendent triste, moi aussi. Pas parce qu\u2019ils \u00e9taient tristes, mais parce que le temps a pass\u00e9. C\u2019est le fait de ne pas pouvoir revenir en arri\u00e8re.<\/p>\n<p>Quand mes yeux se posent enfin sur elle, je suis submerg\u00e9e par un soulagement enfantin. Ma maman. C\u2019est peut-\u00eatre juste une vieille dame de plus pour les infirmi\u00e8res. L\u2019enveloppe d\u2019une dame dont la s\u00e8ve s\u2019est tarie depuis longtemps. Mais pour moi elle est tellement plus que \u00e7a, comme si toutes les couches ant\u00e9rieures de ce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 avant d\u2019en arriver l\u00e0 \u00e9taient encore visibles par transparence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Image<\/strong>: le tunnel pi\u00e9tonnier de Greenwich<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Penny Hancock est n\u00e9e \u00e0 Londres et vit aujourd\u2019hui \u00e0 Cambridge. Elle enseigne l\u2019anglais en Italie, en Gr\u00e8ce et au Maroc avant de rentrer en Angleterre pour devenir institutrice en \u00e9cole primaire. Durant ses voyages, elle \u00e9crit beaucoup, des histoires courtes ou des r\u00e9cits de voyages. 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