{"id":735,"date":"2014-06-13T15:48:30","date_gmt":"2014-06-13T14:48:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=735"},"modified":"2014-06-13T16:45:18","modified_gmt":"2014-06-13T15:45:18","slug":"miano-leonora-la-saison-de-lombre-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=735","title":{"rendered":"Miano, L\u00e9onora  \u00ab\u00a0La saison de l&rsquo;ombre\u00a0\u00bb (2013)"},"content":{"rendered":"<p>L\u00e9onora Miano est n\u00e9e le 12 mars 1973\u00a0 \u00e0\u00a0 Douala,\u00a0 sur la c\u00f4te du Cameroun.\u00a0En 1991, elle s&rsquo;est install\u00e9e en France. Ce livre a obtenu le prix F\u00e9mina 2013<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0 \u00ab Si leurs fils ne sont jamais retrouv\u00e9s, si le ngambi ne r\u00e9v\u00e8le pas ce qui leur est arriv\u00e9, on ne racontera pas le chagrin de ces m\u00e8res. La communaut\u00e9 oubliera les dix jeunes initi\u00e9s, les deux hommes d&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr, \u00e9vapor\u00e9s dans l&rsquo;air au cours du grand incendie. Du feu lui-m\u00eame, on ne dira plus rien. Qui go\u00fbte le souvenir des d\u00e9faites ? \u00bb<\/p>\n<p>Nous sommes en Afrique sub-saharienne, quelque part \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des terres, dans le clan Mulungo. Les fils a\u00een\u00e9s ont disparu, leurs m\u00e8res sont regroup\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart. Quel malheur vient de s&rsquo;abattre sur le village ? O\u00f9 sont les gar\u00e7ons ? Au cours d&rsquo;une qu\u00eate initiatique et p\u00e9rilleuse, les \u00e9missaires du clan, le chef Mukano, et trois m\u00e8res courageuses, vont comprendre que leurs voisins, les BWele, les ont captur\u00e9s et vendus aux \u00e9trangers venus du Nord par les eaux.<\/p>\n<p>Dans ce roman puissant, L\u00e9onora Miano revient sur la traite n\u00e9gri\u00e8re pour faire entendre la voix de celles et ceux \u00e0 qui elle a vol\u00e9 un \u00eatre cher. L&rsquo;histoire de l&rsquo;Afrique sub-saharienne s&rsquo;y drape dans une prose magnifique et myst\u00e9rieuse, impr\u00e9gn\u00e9e du mysticisme, de croyances, et de \u00ab l&rsquo;obligation d&rsquo;inventer pour survivre<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Une fois encore je tombe sous le charme de ces \u00e9crivains africains qui m\u00e9langent croyances ancestrales et vie actuelle. L\u00e9onora Miano nous fait partager la vie et les interrogations d\u2019une peuplade sub-saharienne qui assiste \u00e0 la disparition de 12 de ses hommes. Nous p\u00e9n\u00e9trons dans leur vie, leurs croyances, et nous partirons avec eux \u00e0 la recherche de ces disparus. Nous tenterons de comprendre pourquoi et comment ses hommes se sont \u00e9vapor\u00e9s, s\u2019ils sont partis, ont \u00e9t\u00e9 emport\u00e9s par des esprits, sont morts ou toujours en vie\u00a0? et qui est responsable de ces disparitions\u00a0? L\u00e9onora Miano passe par le romanesque pour parler d\u2019un probl\u00e8me qui existe sans que la population autochtone ne soit au courant, pour mettre en lumi\u00e8re une tranche de l\u2019histoire qui est rest\u00e9e occult\u00e9e au peuple. Elle part sur les traces de la m\u00e9moire d\u2019un peuple en mettant les pieds dans les empreintes de ses personnages. C\u2019est une portion de la vie rythm\u00e9e par les rapports humains, la condition de la femme, les \u00e9changes entre peuplades rivales ou amies, les rites et coutumes\u00a0; la mythologie de cette Afrique sub-saharienne qui fait r\u00e9guli\u00e8rement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la mythologie de l\u2019Egypte ancienne. Avec les personnages nous d\u00e9couvrirons ce qu\u2019il y a au-del\u00e0 du \u00ab\u00a0territoire\u00a0\u00bb de la tribu, au-del\u00e0 de la vie terrestre, le pouvoir des esprits, nous nous approcherons des tribus voisines, comparerons les attitudes, verrons les changements apport\u00e9s par la civilisation, la transformation de la vie, les cons\u00e9quences de l\u2019app\u00e2t du gain\u2026 C\u2019est aussi le roman de la force de l\u2019amour maternel, des g\u00eanes qui parlent, de la foi en l\u2019humanit\u00e9, de la lutte pour la vie, du pouvoir de la volont\u00e9 et des sentiments, de la renaissance. Sans \u00e9galer toutefois mon coup de c\u0153ur absolu pour la plume po\u00e9tique et inventive de l\u2019auteur du Mozambique Mia Couto, j\u2019ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 le style de la camerounaise L\u00e9onora Miano. Il faut le lire. C\u2019est une page d\u2019histoire en plus d\u2019\u00eatre un roman envoutant\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Comme leur esprit navigue dans les contr\u00e9es du r\u00eave qui sont une autre dimension de la r\u00e9alit\u00e9, elles font une rencontre. Une pr\u00e9sence ombreuse vient \u00e0 elles, \u00e0 chacune d\u2019elles, et chacune reconna\u00eetrait entre mille la voix qui lui parle. Dans leur r\u00eave, elles penchent la t\u00eate, \u00e9tirent le cou, cherchent \u00e0 percer cette ombre. Voir ce visage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le r\u00eave est un voyage en soi, hors de soi, dans la profondeur des choses et au-del\u00e0. Il n\u2019est pas seulement un temps, mais aussi, un espace. Le lieu du d\u00e9voilement. Celui de l\u2019illusion parfois, le monde invisible \u00e9tant aussi peupl\u00e9 d\u2019entit\u00e9s mal\u00e9fiques. On ne pose pas sa t\u00eate n\u2019importe o\u00f9, lorsque l\u2019on s\u2019appr\u00eate \u00e0 faire un songe..\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019ombre est tout ce qui nous reste. Elle est ce que sont devenus les jours\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une toute petite fleur qu\u2019un enfant offrirait au regard de sa m\u00e8re, pour qu\u2019elle contemple la beaut\u00e9 des choses. La beaut\u00e9, malgr\u00e9 tout, parce que le chagrin ne peut effacer ce qui a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu, l\u2019amour donn\u00e9 et re\u00e7u, la joie partag\u00e9e, le souvenir\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019ombre est aussi la forme que peuvent prendre nos silences.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Chacune s\u2019enfonce en elle-m\u00eame, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019ombre a laiss\u00e9 son empreinte. L\u00e0 o\u00f9 la voix entendue en r\u00eave continue de r\u00e9sonner\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Son regard, au lieu de s\u2019illuminer quand il sourit, rougit, puis s\u2019assombrit. On prendrait volontiers ses jambes \u00e0 son cou devant ce spectacle, mais le respect d\u00fb \u00e0 son rang l\u2019interdit. Il aime cela. Le fait d\u2019\u00e9pouvanter les autres le galvanise, au point de le faire rire quelquefois. L\u2019adipeux dignitaire \u00e9met alors un grognement de phacoch\u00e8re, ce qui accentue les traits qu\u2019il a en commun avec cet animal. Seules lui manquent les d\u00e9fenses. Ce n\u2019est qu\u2019une apparence\u00a0: il les porte dans le cerveau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0R\u00e9v\u00e9ler son nom \u00e0 quelqu\u2019un, c\u2019est lui confier une part pr\u00e9cieuse de soi-m\u00eame, se d\u00e9nuder devant lui. Il suffit de murmurer le nom d\u2019une personne lors de rituels pour l\u2019attaquer \u00e0 distance, l\u2019exposer aux puissances mal\u00e9fiques\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il a sans doute fait un r\u00eave, peut-\u00eatre plusieurs. Tout s\u2019est effac\u00e9. Mauvais signe. Chez lui, on pense que celui qui ne r\u00eave pas a cess\u00e9 de vivre\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019amour des m\u00e8res pour leurs fils n\u2019a que faire des astres pour\u00a0trouver son chemin. Il est lui-m\u00eame l\u2019\u00e9toile.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0S\u2019engouffrant dans l\u2019interstice qui s\u00e9pare la nuit de l\u2019aurore, elle les pr\u00e9c\u00e8de, marche sans crainte sur des sentiers qui n\u2019en sont pas, qui se forment sous la plante de ses pieds, dessinant une voie qui n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 elle, comme un chemin de vie. Elle est sur sa route. Rien ni personne n\u2019a le pouvoir de l\u2019arr\u00eater\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Elle disait l\u2019arrachement, la violence, l\u2019impuissance. Elle disait l\u2019impossibilit\u00e9 du retour, une mort qui n\u2019en \u00e9tait pas une, puisqu\u2019elle ne permettrait peut-\u00eatre pas la renaissance. Une mort inachev\u00e9e. Une \u00e9ternit\u00e9 de solitude. Le silence des esprits pourtant invoqu\u00e9s sans rel\u00e2che\u00a0\u2026\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Au bout d\u2019un moment, elle a cess\u00e9 de compter les jours, cess\u00e9 de les nommer. Le temps ne s\u2019est pas \u00e9vapor\u00e9 dans l\u2019air, il est toujours l\u00e0. Simplement, sa signification se dilue\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La nuit est faite pour le repos, mais elle n\u2019est pas si tranquille. Il faut rester sur ses gardes. La nuit a une odeur\u00a0: elle sent la peau de ceux qui sont ensemble par la force des choses. Ceux qui ne se seraient jamais rencontr\u00e9s, s\u2019il n\u2019avait pas fallu s\u2019enfuir, courir sans savoir o\u00f9 pour rester en vie, trouver une vie. La nuit sent les souvenirs que le jour \u00e9loigne\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La nuit charrie les r\u00e9miniscences du dernier jour de la vie d\u2019avant, dans le monde d\u2019antan, sur la terre natale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans tous les cas, la nuit ram\u00e8ne les cris, la peur, le moment o\u00f9 l\u2019on s\u2019est retrouv\u00e9 seul sur le chemin, l\u2019instant o\u00f9 un \u00eatre aim\u00e9 est tomb\u00e9 pour ne plus se relever\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ses pens\u00e9es s\u2019accrochent au souvenir, \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance. Cette femme r\u00e9sidera d\u00e9sormais dans le souvenir et l\u2019esp\u00e9rance\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Prononcer ce nom l\u2019apaise. Pas un instant, elle ne songe que des forces occultes puissent s\u2019emparer de la vibration de ce nom. Cette croyance, parmi les plus ancr\u00e9es dans la communaut\u00e9, lui appara\u00eet subitement comme une b\u00eatise. C\u2019est d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 qui fait exister ce qui vit\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0D\u2019ailleurs, elles ont tout leur temps. Il en est ainsi, lorsqu\u2019on ignore o\u00f9 l\u2019on va\u00a0: point n\u2019est besoin de se h\u00e2ter\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0.. femme dit que l\u2019on ne peut d\u00e9pouiller les \u00eatres de ce qu\u2019ils ont re\u00e7u, appris, v\u00e9cu. Eux-m\u00eames ne le pourraient pas, s\u2019ils en avaient le d\u00e9sir\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sachons accueillir le jour lorsqu\u2019il se pr\u00e9sente. La nuit aussi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Remerciements<\/p>\n<p>&#8211; La saison de l\u2019ombre doit beaucoup aux travaux du Prince Dika Akwa nya Bonambela, et en particulier, \u00e0 un ouvrage intitul\u00e9 Les descendants des pharaons \u00e0 travers l\u2019Afrique2.<\/p>\n<p>&#8211; Les descendants des pharaons \u00e0 travers l\u2019Afrique\u00a0: la marche des nationalit\u00e9s kara ou ngala de l\u2019antiquit\u00e9 \u00e0 nos jours, Osiris-Africa, 1985.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u00e9onora Miano est n\u00e9e le 12 mars 1973\u00a0 \u00e0\u00a0 Douala,\u00a0 sur la c\u00f4te du Cameroun.\u00a0En 1991, elle s&rsquo;est install\u00e9e en France. 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