{"id":739,"date":"2014-06-13T15:56:22","date_gmt":"2014-06-13T14:56:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=739"},"modified":"2014-06-13T15:56:22","modified_gmt":"2014-06-13T14:56:22","slug":"olmi-veronique-la-nuit-en-verite-082013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=739","title":{"rendered":"Olmi V\u00e9ronique \u00abLa nuit en v\u00e9rit\u00e9 \u00bb (08\/2013)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sume de l\u2019\u00e9diteur\u00a0<\/strong>: \u00ab Et se regarder nu, face au miroir, jamais il ne le ferait, jamais il ne serait ce gar\u00e7on qui en lui faisant face lui ferait honte. Enzo ne voulait pas \u00eatre son ennemi. Il voulait aimer le jour, la nuit, la peur, Liouba, et lui-m\u00eame si c\u2019\u00e9tait possible. \u00bb \u00c0 travers la relation forte et fragile entre une m\u00e8re trop jeune et un fils au seuil de l\u2019adolescence qui vivent chacun \u00e0 leur fa\u00e7on l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019exclusion et de la d\u00e9tresse int\u00e9rieure, V\u00e9ronique Olmi renoue avec la tension narrative de Bord de mer, cette amplitude romanesque o\u00f9 la retenue, l\u2019\u00e9motion et la brutalit\u00e9 forment une ronde parfaite.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>: Premier livre que je lis de V\u00e9ronique Olmi. Il est certain que je vais en lire d\u2019autres. J\u2019aime beaucoup sa fa\u00e7on d\u2019\u00e9crire. Il est incontestable que je me suis attach\u00e9 \u00e0 ces deux \u00eatres marginalis\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9. Deux solitudes fusionnelles qui \u00e9voluent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, et qui pour ne pas se blesser se cachent leur v\u00e9rit\u00e9. Pour faire bien, sa maman, femme de m\u00e9nage qui se refuse \u00e0 accepter d\u2019o\u00f9 elle vient (mais d\u2019o\u00f9 vient-elle\u00a0?) fait en sorte que son fils puisse fr\u00e9quenter un coll\u00e8ge prestigieux pour les gens bien. Quelle erreur\u2026 ce petit gros deviendra la t\u00eate de turc du coll\u00e8ge. Il fera tout pour le cacher \u00e0 sa m\u00e8re. Elle, m\u00e8re tr\u00e8s jeune, veut continuer \u00e0 \u00eatre jeune\u2026 Et sa fa\u00e7on de s\u2019habiller fait honte \u00e0 son fils. Un livre sur les non-dits, sur la diff\u00e9rence, sur la difficult\u00e9 d\u2019int\u00e9gration. Un livre aussi sur la force de reconstruction de ce jeune de 12 ans, qui ne se laissera pas d\u00e9truire int\u00e9rieurement. Un livre tout en pudeur. Le jeune gar\u00e7on va s\u2019identifier \u00e0 un soldat dans les tranch\u00e9es pour mener son combat, pour sortir debout de son cauchemar. Il recherchera ses racines, et ne pliera pas devant ceux qui veulent le voir ramper. Un livre ou les \u00e9toiles brillent la nuit et qui finit sur une note d\u2019espoir\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Leurs rires devant ses pieds fr\u00e9tillants et dansotants \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 anciens, et disparus, ne perdurant dans aucune m\u00e9moire, m\u00eame le film sur le t\u00e9l\u00e9phone portable n\u2019avait ni r\u00e9alit\u00e9 ni consistance. Leur vie \u00e9tait en retard. Comme la lumi\u00e8re d\u2019une \u00e9toile. On la re\u00e7oit quand c\u2019est d\u00e9j\u00e0 fini. Over. Termin\u00e9. Mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Et si Enzo lui-m\u00eame parvenait \u00e0 oublier cet instant, sa honte, sa douleur, les crampes dans ses pieds virevoltants, si Enzo parvenait \u00e0 oublier son envie de pleurer et sa lassitude du coll\u00e8ge, du groupe, de la gymnastique, s\u2019il parvenait \u00e0 effacer cela de sa m\u00e9moire, alors ce serait r\u00e9ellement fini.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Encore une fois, on pouvait faire bien des choses avec cette foutue r\u00e9alit\u00e9, on pouvait l\u2019embellir, comme dans les romans, et le pire \u00e9tait qu\u2019elle se laissait faire \u00e0 un point \u00e9tonnant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les rafales venaient taper contre la vitre, elles tenaient leur mug des deux mains, c\u2019\u00e9tait bon de n\u2019avoir rien de plus important en t\u00eate que le temps qu\u2019il faisait, et qui \u00e9tait le m\u00eame pour tous, sans injustice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Elle le regardait non pas comme s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 \u00e0 quelques centim\u00e8tres l\u2019un de l\u2019autre, sur la petite table en bois us\u00e9 de l\u2019immense cuisine, non, elle le regardait comme un objet qu\u2019elle aurait pos\u00e9 sur une \u00e9tag\u00e8re, un tableau qu\u2019elle aurait clou\u00e9 au mur et dont elle \u00e9valuerait l\u2019effet esth\u00e9tique. Elle \u00e9tait dissoci\u00e9e de lui. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Oui, il fallait qu\u2019Enzo pense \u00e0 ce qu\u2019il aimait pour s\u2019endormir, y pense avec acharnement, comme agripp\u00e9 au rebord de la nuit. Est-ce que tout le monde faisait \u00e7a\u00a0? Est-ce que la nuit \u00e9tait la m\u00eame pour tous\u00a0?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La nuit, Enzo avait un corps flottant, trop sensible, un esprit d\u00e9cupl\u00e9\u2026 Comment expliquer \u00e7a\u00a0? La nuit murmurait des choses invisibles \u00e0 l\u2019enfant, c\u2019\u00e9tait comme un souffle, il le ressentait, pr\u00e9sent et mouvant, cela avait la forme d\u2019un petit nuage. \u00c0 qui aurait-il pu dire\u00a0cela\u00a0: la nuit, \u00e7a souffle et \u00e7a fait peur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Liouba ne lui avait jamais parl\u00e9 de son p\u00e8re. Pas une remarque, une allusion, et ce n\u2019\u00e9tait pas une absence, c\u2019\u00e9tait un blanc.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tous les matins on franchit des grilles, des portes, des tourniquets, tous les matins on va quelque part, mais qui en a envie\u00a0? Les \u00e9l\u00e8ves du coll\u00e8ge semblaient en avoir envie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 il disait qu\u2019il avait \u00ab\u00a0besoin de ce bordel, vous savez Lila, enfin non vous ne savez pas, mais une maison, un appartement, c\u2019est un peu notre cerveau, si, si, eh bien moi, j\u2019ai besoin de mon petit coin de bordel\u2026 On pourrait appeler \u00e7a mon inconscient, vous n\u2019aimeriez pas\u00a0nettoyer mon inconscient, Lila, n\u2019est-ce pas\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les titres des romans faisaient r\u00eaver\u00a0: Le Vagabond des \u00e9toiles, Souvenirs de la maison des morts, Illusions perdues, London, Dosto\u00efevski, Balzac\u2026 Une biblioth\u00e8que est bien plus cosmopolite qu\u2019un salon, se disait Enzo, elle est aussi plus difficile \u00e0 ranger, et la nuit, bien plus myst\u00e9rieuse qu\u2019un tapis afghan.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les plus grands h\u00e9ros de la litt\u00e9rature endormis les uns contre les autres, leur souffle dans les livres ferm\u00e9s, les heures, les mois et les ann\u00e9es d\u2019\u00e9criture des auteurs qui s\u2019\u00e9taient assis comme des \u00e9l\u00e8ves, chaque matin, le crayon \u00e0 la main, le cahier ratur\u00e9, les pages d\u00e9chir\u00e9es, le\u00a0soin de Maupassant \u00e0 d\u00e9crire la tristesse d\u2019une femme, la concentration de Dosto\u00efevski pour se rappeler l\u2019odeur exacte des bains des for\u00e7ats, tous ces livres debout derri\u00e8re des vitres que sa m\u00e8re n\u2019avait pas le droit de toucher, et pourtant l\u2019enfant le savait\u00a0: Liouba \u00e9tait digne de Balzac, de Flaubert, de Tolsto\u00ef et de Maupassant, il ne les avait pas tous lus, mais de toute fa\u00e7on il avait rendez-vous avec eux, et cette promesse lui gonflait le c\u0153ur, il aimait savoir qu\u2019il \u00e9tait ignorant de r\u00e9cits qui allaient bouleverser sa vie, la changer peut-\u00eatre. \u00ab<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il aimait les toucher, les regarder, tout comme il aimait dans Paris imaginer le m\u00e9lange d\u2019une foule de Parisiens morts, vivants, et pas encore n\u00e9s. Brouiller les cartes du temps et de l\u2019espace \u00e9tait grisant et pas plus fou que de ranger les g\u00e9n\u00e9rations dans l\u2019ordre, de penser qu\u2019on se suivait tous \u00e0 la queue leu leu avec r\u00e9signation, comment croire \u00e7a alors que l\u2019univers \u00e9tait engag\u00e9 dans un chaos commenc\u00e9 depuis des milliards d\u2019ann\u00e9es et que lui seul menait la danse\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La nuit eut piti\u00e9 de lui et retint les mauvais r\u00eaves, elle posa sur l\u2019enfant une main si l\u00e9g\u00e8re et pourtant si tendre que les heures qui le men\u00e8rent au jour furent li\u00e9es entre elles sans heurt ni interruption, un joli bouquet d\u2019insouciance.<\/p>\n<p>Il avait d\u00e9plac\u00e9 des objets, chang\u00e9 les draps, ouvert la fen\u00eatre, et apr\u00e8s\u00a0? Il avait regard\u00e9 des gens irr\u00e9els \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 et appris qu\u2019il ne venait de nulle part, que\u00a0sa m\u00e8re avait une m\u00e9moire aussi vide qu\u2019un iPod tout neuf.<\/p>\n<p>Et il continuerait \u00e0 porter des surv\u00eatements noirs,\u00a0il\u00a0continuerait \u00e0 \u00eatre gros, et dans deux jours on serait lundi matin. Est-ce que c\u2019\u00e9tait possible\u00a0? Que la terre tourne autour du soleil, que le printemps soit l\u00e0 et que lui ne puisse rien faire bouger d\u2019autre qu\u2019un vieux lit \u00e0 barreaux\u00a0? Le big bang retentissait encore et lui se d\u00e9pla\u00e7ait seulement d\u2019une chambre trop petite \u00e0 un d\u00e9barras glac\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Mais qu\u2019est-ce qu\u2019il faisait l\u00e0, le fils de personne\u00a0? Pourquoi venait-il s\u2019enfermer dans cette chambre placard, fouillis, bordel, pleine d\u2019affaires qui appartenaient \u00e0 d\u2019autres, racontaient les histoires des autres, comme les livres qu\u2019il lisait, les autres, toujours les autres, morts ou vivants, et apr\u00e8s\u00a0?<\/p>\n<p>Il ne faut pas que je pense \u00e0 \u00e7a, sans quoi je vais vraiment devenir fou, d\u00e9j\u00e0 que je le suis un peu, je le sais. Le souffle de la nuit ne s\u2019adresse pas aux gens s\u00e9rieux, il vient visiter les cr\u00e2nes fracass\u00e9s qui laissent passer les courants d\u2019air.<\/p>\n<p>Pourtant, Enzo le savait, le temps n\u2019\u00e9tait pas cette ligne droite et inflexible, parfois il passait vite, parfois il n\u2019en finissait pas, parfois on disait \u00ab\u00a0J\u2019ai pas vu passer l\u2019heure\u00a0\u00bb, et alors\u00a0? O\u00f9 \u00e9tait-elle cette heure\u00a0? Bien s\u00fbr elle avait \u00e9t\u00e9 inscrite sur les montres, mais si on ne regardait pas sa montre, qu\u2019est-ce qui se passait\u00a0? Si on la niait\u00a0? Si on la snobait\u00a0? Si, au contraire, on piochait ailleurs, dans les heures de la nuit, que beaucoup ignorent\u00a0? Si on perdait la notion du temps, qui s\u2019en vengerait\u00a0? Une heure perdue \u00e9tait irrattrapable, alors, pourquoi ne pas tenter de perdre celle qui ouvrait la semaine au coll\u00e8ge\u00a0? Parce que tu es un idiot, se disait Enzo, elle s\u2019en fout cette heure-l\u00e0, le lundi a d\u2019autres heures en r\u00e9serve, qui vont suivre, te poursuivre et t\u2019assommer, et en cinqui\u00e8me, en quatri\u00e8me et en troisi\u00e8me, il y aura encore une ribambelle de lundis matin 8\u00a0heures.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Son c\u0153ur ressemblait \u00e0 une grenade non d\u00e9goupill\u00e9e, alors que lui voulait exploser et vivre vite et fort, unir son \u00e9nergie \u00e0 la lumi\u00e8re et ramener des bulletins qui feraient rougir sa m\u00e8re de plaisir, la petite Liouba Popov qui depuis douze ans suivait un stage de \u00ab\u00a0bonne m\u00e8re\u00a0\u00bb, une formation \u00e0 domicile de jour comme de nuit. \u00ab<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0O\u00f9 \u00e9taient donc pass\u00e9es les \u00e9toiles\u00a0? Soi-disant qu\u2019elles brillent aussi en plein jour, mais moi je ne les vois pas, c\u2019est la nuit que tout s\u2019\u00e9claire, c\u2019est la nuit que je voudrais vivre, pensa Enzo, la nuit je comprends tout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il existait toujours. Il regarda le ciel pos\u00e9 au-dessus de la cour, mais il \u00e9tait haut, indiff\u00e9rent, sans nuages ni sillons d\u2019avions, un ciel p\u00e2le qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9tach\u00e9 de la terre, un ciel qui les avait abandonn\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il mit ses bras sur le dessin pour le lui cacher. Elle avait raison\u00a0: demain elle ne serait pas exactement la m\u00eame. Lui non plus. Ils vieillissaient de seconde en seconde. Ils apprenaient des choses et en oubliaient d\u2019autres. Le pr\u00e9sent devenait le pass\u00e9, le futur mourait \u00e0 peine atteint, et c\u2019est comme cela qu\u2019on se retrouvait chaque matin aux portes des coll\u00e8ges. La vie vous prenait dans un courant si violent que parfois on oubliait de la regarder, on ne r\u00e9sistait pas \u00e0 la vitesse du temps.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La nuit \u00e9tait silencieuse mais ils \u00e9taient nombreux \u00e0 ne pas dormir et \u00e0 se sentir pos\u00e9s injustement dans un monde parall\u00e8le dont ils ne savaient trop quoi faire. Comment se rendormir\u00a0? Comment, surtout, ne pas se mettre \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, et se concentrer sur le \u00ab\u00a0je ne pense \u00e0 rien\u00a0\u00bb, sans que cette pens\u00e9e, justement, vous tienne \u00e9veill\u00e9\u00a0? Alors commen\u00e7ait la nuit blanche, qui n\u2019avait rien de lumineux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il ferma les yeux. Maintenant qu\u2019il \u00e9tait l\u2019heure de se lever, il se sentait pr\u00eat \u00e0 glisser dans le sommeil comme sur une pente douce, des bras immenses, oh c\u2019\u00e9tait bon, il tombait dans ces bras-l\u00e0, la fatigue s\u2019\u00e9chappait de lui, il respirait sur un nuage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mais \u00e0 la fa\u00e7on dont elle d\u00e9cida de d\u00e9crocher les rideaux, alors qu\u2019elle avait fini sa journ\u00e9e depuis longtemps, il sut que toute tentative de rapprochement \u00e9tait inutile. Il n\u2019osa m\u00eame pas lui faire remarquer que non seulement les rideaux \u00e9taient propres, mais aussi qu\u2019\u00e0 force de les passer en machine, leur couleur avait disparu. Cet appartement n\u2019\u00e9tait pas lav\u00e9. Il \u00e9tait d\u00e9lav\u00e9. Elle n\u2019en prenait pas soin, elle l\u2019assassinait. Et pour la premi\u00e8re fois il se dit que peut-\u00eatre elle avait conscience de tout \u00e7a, que peut-\u00eatre elle le faisait expr\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2013\u00a0On croit que les choses sont loin, quand elles sont dans les livres\u2026 Enfin, je parle pour moi \u00e9videmment, toi\u2026 je te dirais que Victor Hugo te demande au t\u00e9l\u00e9phone, tu le croirais. Mais moi sit\u00f4t qu\u2019une chose est dans un livre, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019elle est loin. \u2013\u00a0Je comprends. \u2013\u00a0Tu comprends quoi\u00a0? \u2013\u00a0Dans un livre c\u2019est comme si elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 finie, cette chose. \u2013\u00a0Non. C\u2019est pas \u00e7a, tu comprends pas. C\u2019est comme si elle \u00e9tait enferm\u00e9e. Voil\u00e0. \u2013\u00a0C\u2019est bien pour \u00e7a qu\u2019on les ouvre les livres, m\u2019man. \u2013\u00a0Fais pas ton philosophe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce qu\u2019il lui transmettait. On fait comment, la nuit d\u2019avant\u00a0? demanda Enzo. Nul ne lui r\u00e9pondit et il comprit que\u00a0la\u00a0nuit d\u2019avant \u00e9tait celle de la solitude. Demain matin ne s\u2019adresse qu\u2019\u00e0 vous, la peur c\u2019est la v\u00f4tre. La nuit s\u2019avance pour mieux laisser place au jour, le grand jour qui se l\u00e8ve, clair et transparent comme la trahison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il d\u00e9cida de ne pas se soustraire au combat.\u00a0Il fit les gestes rituels, toilette et petit d\u00e9jeuner, odeur de savon, fen\u00eatre ouverte et danse de la poussi\u00e8re dans les rayons du soleil, danse des oiseaux dans les arbres, danse du lait vers\u00e9 dans le bol, danse des grands draps secou\u00e9s, paupi\u00e8res qui se l\u00e8vent, portes qui s\u2019ouvrent, poulies d\u2019ascenseur, fracas des rideaux de fer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y avait dans cette latence un respect solennel, on aurait dit que la vie, par \u00e9gard pour le martyre d\u2019Enzo, retenait son souffle. Les heures pass\u00e8rent diff\u00e9remment. Car cela n\u2019avait plus d\u2019importance. Car cela e\u00fbt \u00e9t\u00e9 ridicule\u00a0: se demander l\u2019heure qu\u2019il \u00e9tait, le jour, le mois, l\u2019ann\u00e9e. C\u2019\u00e9tait le temps de la souffrance. Celle qui habite et recouvre le monde avec constance, sans jamais d\u00e9vier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n\u2019essuyait pas le lait qui lui coulait sur le menton, la confiture qui collait \u00e0 ses doigts. Dehors un soleil m\u00e9tallique avait envahi le ciel noir, les nuages passaient en convois, et l\u2019alternance de la chaleur et du froid donnait au jour une couleur incertaine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il n\u2019y avait plus personne l\u00e0-dedans, \u00e0 part les patrons, ce qui n\u2019\u00e9tait vraiment pas grand-chose, ce qui n\u2019\u00e9tait rien \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, \u00e9trange comme certains \u00eatres ont peu de poids alors que d\u2019autres semblent contenir la vie tout enti\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Enzo tira un peu sur le joint, s\u2019allongea et dit qu\u2019il avait pas mal de sortil\u00e8ges \u00e0 briser, puis il rit de cette fa\u00e7on qu\u2019il avait de parler maintenant, comme un mec lucide, un peu blas\u00e9, il rit tellement que les \u00e9toiles \u00e0 travers ses larmes semblaient des perles pr\u00eates \u00e0 tomber.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sume de l\u2019\u00e9diteur\u00a0: \u00ab Et se regarder nu, face au miroir, jamais il ne le ferait, jamais il ne serait ce gar\u00e7on qui en lui faisant face lui ferait honte. Enzo ne voulait pas \u00eatre son ennemi. Il voulait aimer le jour, la nuit, la peur, Liouba, et lui-m\u00eame si c\u2019\u00e9tait possible. \u00bb \u00c0 travers &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=739\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":741,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,12],"tags":[],"class_list":["post-739","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-litterature-france"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/739","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=739"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/739\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":742,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/739\/revisions\/742"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/741"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=739"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=739"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=739"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}