{"id":7502,"date":"2018-12-08T11:46:55","date_gmt":"2018-12-08T10:46:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7502"},"modified":"2024-09-08T12:40:31","modified_gmt":"2024-09-08T10:40:31","slug":"de-kerangal-maylis-dans-les-rapides-2006","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7502","title":{"rendered":"De Kerangal, Maylis \u00abDans les rapides\u00bb (2006)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong> :\u00a0Maylis Suzanne Jacqueline Le Gal de Kerangal passe son enfance au Havre, fille et petite-fille de capitaine au long cours. Elle \u00e9tudie en classe pr\u00e9paratoire au lyc\u00e9e Jeanne-d\u2019Arc de Rouen et ensuite \u00e0 Paris de 1985 \u00e0 1990 l\u2019histoire, la philosophie et l\u2019ethnologie.<br \/>\nElle commence \u00e0 travailler chez Gallimard jeunesse une premi\u00e8re fois de 1991 \u00e0 1996, avant de faire deux s\u00e9jours aux \u00c9tats-Unis, \u00e0 Golden dans le Colorado en 1997. Elle reprend sa formation en passant une ann\u00e9e \u00e0 l\u2019EHESS \u00e0 Paris en 1998.<\/p>\n<p><b>Ses romans\u00a0<\/b>: Je marche sous un ciel de tra\u00eene, 2000, 222 p. \u2013 La Vie voyageuse, 2003, 240 p. \u2013 Ni fleurs ni couronnes, 2006, 135 p. \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7502\">Dans les rapides<\/a><\/span>\u00a0(2006) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2260\">Corniche Kennedy<\/a>,<\/span>\u00a0Paris, 2008, 177 p. \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16104\">Naissance d\u2019un pont<\/a><\/span>, Paris, 2010, 336 p. ( Prix M\u00e9dicis 2010 \u2013 Prix Franz Hessel 2010) \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3026\">Tangente vers l\u2019est<\/a><\/span>, Paris, \u00c9ditions Verticales, 2012, 134 p. (Prix Landerneau 2012) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=34\">R\u00e9parer les vivants<\/a>,<\/span> 2013, 281 p. (Grand prix RTL-Lire 2014 \u2013 Roman des \u00e9tudiants \u2013 France Culture-T\u00e9l\u00e9rama 2014 \u2013 Prix Orange du Livre 2014 \u2013 Prix des lecteurs de l\u2019Express-BFM TV 2014 \u2013 Prix Relay 2014) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2241\">\u00c0 ce stade de la nuit<\/a>,<\/span> 2015, 80 p. \u2013 Un chemin de tables -2016 \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6926\">Un monde \u00e0 port\u00e9e de main<\/a><\/span>\u00a0(2018) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11694\">Kiruna<\/a><\/span>\u00a0(2019) \u2013 Ariane espace (nouvelle \u2013 2020) \u2013 Cano\u00ebs (2021) &#8211; Servoz &#8211; avec Joy Sorman &#8211; (2022) &#8211; Un archipel (2022) &#8211; <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"De Kerangal, Maylis\u00a0 \u00ab\u00a0Jour de ressac\u00a0\u00bb (RLE2024) 256 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=20806\">Jour de ressac<\/a><\/span> (2024)<\/p>\n<p>Editeur Na\u00efve -26.12.2006 \u2013 111 pages \/ Folio \u2013 04.06.2014 &#8211; 116 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0T&rsquo;es rock, t&rsquo;es pas rock. La vie rock. Ce n&rsquo;est pas grav\u00e9 sur les disques, ce n&rsquo;est pas imprim\u00e9 dans les livres. Une \u00e9pith\u00e8te consubstantielle, un attribut physique comme \u00eatre blonde, nerveux, hypocondriaque, debout. Rock rock rock. Le mot est gros comme un poing et rond comme un caillou. Prononc\u00e9 cent fois par jour, il ne s&rsquo;use pas. Dehors le ciel bouillonne, l\u00e9ger, changeant quand les nuages p\u00e8sent lourd, des milliers de tonnes bombent l&rsquo;horizon derri\u00e8re les hautes tours, suspendus.<br \/>\nEtre rock. Etre ce qu&rsquo;on veut. Plut\u00f4t quelque chose de tr\u00e8s concret. Demandez le programme !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le Havre, 1978. Elles sont trois amies : Lise, Nina et Marie, la narratrice. Lyc\u00e9e, gar\u00e7ons, aviron, la vie quotidienne. Un dimanche de pluie, elles font du stop, et dans la R16 surgit la voix de Debbie Harry, chanteuse de Blondie. Debbie, blonde, joueuse, sexy, Debbie qui s&rsquo;impose aux gar\u00e7ons de son groupe, Debbie qui va devenir leur mod\u00e8le. Jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 Nina d\u00e9couvre l&rsquo;amour et la voix cristalline de Kate Bush qui, d&rsquo;un coup de pied romantique et pop, vient fissurer le trio jusqu&rsquo;ici soud\u00e9 comme un roc.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Maylis de Kerangal nous d\u00e9crit la jeunesse. Pas la jeunesse de maintenant\u00a0: celle des ann\u00e9es 70.. Celle de 3 amies li\u00e9es par un sport collectif, l\u2019aviron qui les fond en une unit\u00e9 totalement synchrone. Le bar du lyc\u00e9e, les v\u00e9lomoteurs, les sorties, les apr\u00e8s-midis entre filles \u00e0 \u00e9couter des disques dans les chambres. Une d\u00e9couverte, un id\u00e9al f\u00e9ministe qui les relie\u00a0: Blondie, une blonde leader, sexy comme Marilyn mais qui joue \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec les mecs. Jusqu\u2019au jour ou une autre voix entre en sc\u00e8ne, celle de Kate Bush\u2026 et tout se d\u00e9lite\u2026 jusqu\u2019au rythme des rames.<br \/>\nJ\u2019aime cette \u00e9criture qui rythme le r\u00e9cit, ces grandes envol\u00e9es, ces phrases qui vous emportent.<br \/>\nBattement de c\u0153ur, sport, musique, peinture\u2026 cette romanci\u00e8re m\u2019emporte dans tous les domaines.<br \/>\nEt en plus j&rsquo;adore Kate Bush \u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Extraits\u00a0:<\/p>\n<p>[\u2026] une voix qui chante vite, et fort, et vite et fort et vite, fend la cit\u00e9 de b\u00e9ton, pierre contre pierre, traverse le d\u00e9cor, r\u00e2peuse, s\u00e8che et tranch\u00e9e avec revers velours, tournoyante, cette voix, le caillou de la fronde[\u2026]<\/p>\n<p>\u00catre rapides parce que synchrones, \u00eatre fortes parce que group\u00e9es, \u00eatre endurantes parce que pr\u00e9cises. L\u2019essence m\u00eame d\u2019un collectif en mouvement. L\u2019aviron leur plut.<\/p>\n<p>Dire cette histoire au pr\u00e9sent, c\u2019est un temps qui contient tous les autres, apte \u00e0 faire respirer le pass\u00e9 autrement que comme le temps toujours un peu crapuleux du souvenir, capable de lui donner du volume, du volume c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019espace et du son, exactement ce qu\u2019il faut pour raconter ce qui advint de trois adolescentes fermement amarr\u00e9es les unes aux autres et soumises ensemble \u00e0 deux forces a priori contraires, \u00e0 deux voix.<\/p>\n<p>La fille n\u2019est pas seulement une fille parmi les gar\u00e7ons, elle n\u2019est pas Patti Smith androgyne, classieuse et princi\u00e8re en chemise d\u2019homme sur la pochette de Horses, ni Chrissie Hynde sangl\u00e9e dans ses cuirs.<\/p>\n<p>Rock rock rock. Le mot est gros comme un poing et rond comme un caillou. Prononc\u00e9 cent fois par jour, il ne s\u2019use pas.<\/p>\n<p>[\u2026] chanter, rire, gueuler dans l\u2019habitacle, toutes vitres baiss\u00e9es jambes et bras au-dehors comme autant de tentacules, comme la pieuvre que l\u2019on est\u00a0\u2013\u00a0un centre et des centaines d\u2019extr\u00e9mit\u00e9s, un foyer et des centaines de flammes\u00a0\u2013faire des batailles de boules de neige, d\u00e9raper dans les virages. La vie montagnes russes. Garder le c\u0153ur bien accroch\u00e9.<\/p>\n<p>Savoir ce que l\u2019on veut, savoir vendre une chanson, savoir se vendre. Rester en bonne sant\u00e9. Choisir de durer. Ne pas inscrire son nom au chant des morts, ne pas venir flatter la martyrologie du rock, mais, prosa\u00efques, choisir de survivre.<\/p>\n<p>Tu crois que je suis si fossile qu\u2019aucun riff de guitare ne pourrait me donner envie de sauter en l\u2019air, moi aussi\u00a0?<\/p>\n<p>Voix. Un \u00e9clair dans le ciel de l\u2019ouest. Un son qui \u00e9lectrise l\u2019espace. Le fractionne puis le colonise. Une voix perch\u00e9e, aigu\u00eb. Une voix de fille, on le sait. Mais haute \u00e0 ce point c\u2019est une blague, un culot monstre celle-l\u00e0, elle a dix-huit ans\u00a0? Lise s\u2019est redress\u00e9e sur les coudes. Ne s\u2019y attendait pas. Rien ne cille, rien ne tremble dans la voix de Kate Bush, laquelle se d\u00e9ploie dans la chambre, port\u00e9e par la fougue des timides et l\u2019aplomb des filles qui sortent du bois pour la premi\u00e8re fois, d\u00e9crit des boucles invraisemblables, trace des arabesques vocales insens\u00e9es en une ligne qui bient\u00f4t se dilate jusqu\u2019\u00e0 devenir l\u2019espace m\u00eame. Rien de la fragilit\u00e9 f\u00e9minine enfl\u00e9e pour s\u00e9duire, aucun \u00e9ther, aucune vapeur, c\u2019est solide et ma\u00eetris\u00e9, irr\u00e9ductible comme du caillou\u00a0\u2013\u00a0c\u2019est une pierre noire et scintillante, c\u2019est du micka.<\/p>\n<p>Les dimanches de lendemain de f\u00eate sont invariablement blancs et mous, de la peluche.<\/p>\n<p>Mon corps sismographe enregistre les tremblements, soubresauts et tensions de notre petite communaut\u00e9, enregistre les menaces de sa d\u00e9sarticulation<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Image\u00a0<\/strong>: Gered Mankovitz\u00a0: Kate Bush, Cathy Contact Sheet<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur :\u00a0Maylis Suzanne Jacqueline Le Gal de Kerangal passe son enfance au Havre, fille et petite-fille de capitaine au long cours. 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