{"id":7703,"date":"2019-01-13T11:27:06","date_gmt":"2019-01-13T10:27:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7703"},"modified":"2019-01-15T10:45:48","modified_gmt":"2019-01-15T09:45:48","slug":"le-corre-herve-dans-lombre-du-brasier-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7703","title":{"rendered":"Le Corre, Herv\u00e9 \u00abDans l\u2019ombre du brasier\u00bb (2019)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Herv\u00e9 Le Corre, n\u00e9 le 13 novembre 1955 \u00e0 Bordeaux, est l&rsquo;une des grandes voix du roman noir fran\u00e7ais contemporain. Professeur de lettres dans un coll\u00e8ge de B\u00e8gles, il est un lecteur passionn\u00e9 entre autres de litt\u00e9rature polici\u00e8re. Il commence \u00e0 \u00e9crire sur le tard \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 30 ans des romans noirs et conna\u00eet un succ\u00e8s imm\u00e9diat. Il a remport\u00e9 tous les grands prix de litt\u00e9rature polici\u00e8re. \u00ab\u00a0Prendre les loups pour des chiens\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Apr\u00e8s la guerre\u00a0\u00bb ont connu un grand succ\u00e8s public et critique. Ils ont \u00e9t\u00e9 traduits en plusieurs langues. Herv\u00e9 Le Corre vit dans la r\u00e9gion de Bordeaux, cadre de plusieurs de ses romans.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: A Paris, pendant les dix derniers Jours de la Commune. Dans les rues de la ville bombard\u00e9e o\u00f9 se dressent des barricades, le mal r\u00f4de. Des jeunes femmes disparaissent, enlev\u00e9es par un personnage aussi pervers que repoussant. Parmi elles, Caroline, la bien-aim\u00e9e du sergent Nicolas Bellec qui combat dans les rangs des Communards. Antoine Roques, promu au rang de \u00ab\u00a0commissaire\u00a0\u00bb de police par la Commune, enqu\u00eate sur l&rsquo;affaire.<br \/>\nM\u00fb par le sens du devoir, il se lance \u00e0 la recherche de la jeune femme, bravant les obus, les incendies, les ex\u00e9cutions sommaires&#8230; Et tandis que Paris br\u00fble, Caroline, s\u00e9questr\u00e9e, puis \u00ab\u00a0oubli\u00e9e\u00a0\u00bb dans une cave parmi les immeubles effondr\u00e9s, lutte pour sa survie. C&rsquo;est une course contre la montre qui s&rsquo;engage, alors que la Commune est en pleine agonie.<\/p>\n<p>Rivages\/Noir \u2013 2.01.2018 \u2013 491 pages<\/p>\n<p><strong>Critique\u00a0de Actu Du Noir (Jean-Marc Laherr\u00e8re)<\/strong> : <a href=\"https:\/\/actudunoir.wordpress.com\/2019\/01\/05\/15-ans-apres-herve-le-corre-revient-a-paris\/\">https:\/\/actudunoir.wordpress.com\/2019\/01\/05\/15-ans-apres-herve-le-corre-revient-a-paris\/<\/a><\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Quel souffle&#8230; le genre d\u2019\u00e9criture qui vous fait vibrer, qui vous entra\u00eene dans l\u2019action, dans l\u2019histoire. Il y a du Dumas, du Hugo, du Zola, je suis emport\u00e9e&#8230; C\u2019est noir et flamboyant\u00a0\u00e0 la fois. Une magnifique page d\u2019histoire, qui nous fait suivre Nicolas, Caroline, Clovis, jour apr\u00e8s jour\u00a0: je vous laisse d\u00e9couvrir jusqu\u2019o\u00f9\u2026 et au pas de charge\u2026 sous le feu et dans le sang et les larmes, mais toujours la t\u00eate haute et en regardant vers le ciel.<br \/>\nIl y a le contexte historique\u00a0: les barricades, il y a aussi la photographie, le rendu de la r\u00e9alit\u00e9, les d\u00e9buts de la pornographie imprim\u00e9e \u2026 Il y a le sordide, les criminels. Au milieu des d\u00e9tonations, sous les immeubles qui s\u2019effondrent, entre les barricades, sous le feu nourri des hommes \u00e9puis\u00e9s, il y a la rage, mais surtout il y a l\u2019amiti\u00e9, l\u2019amour, le besoin d\u2019y croire, l\u2019humanit\u00e9. Il y a le pass\u00e9 qui ressurgit. Il y a des hommes et des femmes qui risquent leur vie pour un avenir meilleur, ou parce qu\u2019ils n\u2019ont plus d\u2019avenir. Il y a la course \u00e9perdue pour venir en aide \u00e0 des personnes qui ne sont peut etre plus vivantes, \u00e0 des inconnus, il y a la volont\u00e9 de se sublimer, de croire \u00e0 quelque chose, de se racheter. Il y a la douleur de perdre un fr\u00e8re d\u2019arme, de voir mourir un enfant.<br \/>\nIl n\u2019y a pas que Paris qui soit \u00e0 feu et \u00e0 sang. Il y a aussi les h\u00e9ros de ce roman qui nous emporte et nous chavire. Comme Antoine Roque qui se d\u00e9m\u00e8ne pour retrouver les jeunes filles enlev\u00e9es, comme le sergent Nicolas Bellec, comme Caroline, nous avons envie de soulever des montagnes pour aider, pour sauver, pour se sortir vivants de cet univers apocalyptique. Dans une ambiance de guerre de tranch\u00e9es, dans la fum\u00e9e, la peur, le froid et l\u2019angoisse, la rage de vivre et de se d\u00e9passer, de sortir du tunnel et de voir des lendemains meilleurs.<br \/>\nJe n\u2019ai pas pu m\u2019emp\u00eacher de faire des parall\u00e8les avec les gilets jaunes et surtout, j\u2019ai comme une envie de relire \u00ab\u00a0La d\u00e9b\u00e2cle\u00a0\u00bb de Zola\u2026<br \/>\nAlors oui je vous le recommande vivement. C&rsquo;est juste \u00e9poustouflant. Mais je vous avise\u00a0: il va falloir avoir le c\u0153ur bien accroch\u00e9 car cela va vous prendre aux tripes. Et si vous &lsquo;aimez pas les descriptions \u00e0 la Zola et \u00e0 la Victor Hugo\u2026 vous n&rsquo;allez pas aimer&#8230;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Nom d\u2019un bordel, on aurait voulu vous y voir, sous le feu, ces jours derniers. J\u2019y \u00e9tais, moi qui vous parle. Un carnage c\u2019\u00e9tait. Ceux qui se sont pas enfuis ont vol\u00e9 en morceaux. m\u2019sieur\u00a0! On en ramassait partout, des bras, des jambes, de la tripaille\u00a0! Oui m\u2019sieur\u00a0! C\u2019est du courage hach\u00e9 menu et \u00e7a sert pas \u00e0 grand-chose\u00a0!<\/p>\n<p>Quartier fant\u00f4me. Les maisons encore intactes se dressent contre eux, verrouill\u00e9es, boucl\u00e9es \u00e0 double tour. Pleines d\u2019un silence qui semble sourdre des murs et se r\u00e9pandre dans la rue comme un m\u00e9pris.<\/p>\n<p>Il les rattrape, pressant le pas malgr\u00e9 sa fatigue, et les voil\u00e0 qui avancent tous les trois au m\u00eame rythme, gauches et lourds comme s\u2019ils boitaient des deux jambes.<\/p>\n<p>Ils prenaient le bon temps comme il venait et le serraient contre eux de peur qu\u2019il ne s\u2019\u00e9chappe pour aller crever dans un coin comme un chat fam\u00e9lique \u00e9pargn\u00e9 par le couteau d\u2019un cuistot de gargote.<\/p>\n<p>Autour d\u2019eux, la grande salle commune g\u00e9mit et r\u00e2le. Il lui semble que cette rumeur souffrante s\u2019est r\u00e9veill\u00e9e, plus forte encore, et qu\u2019elle emplit sa t\u00eate d\u2019une migraine sournoise.<\/p>\n<p>Alors la po\u00e9sie comme un refuge, comme un lieu inexpugnable o\u00f9 l\u2019on peut se payer de mots parce qu\u2019ils se suffisent \u00e0 eux-m\u00eames comme une monnaie d\u2019\u00e9change qui ne co\u00fbte rien \u00e0 personne.<\/p>\n<p>Un monde nouveau s\u2019imprimait chaque jour, les r\u00eaves se lisaient enfin noir sur blanc, en plein jour, enfin \u00e9vad\u00e9s des nuits, de leurs brouillards et de leurs terreurs.<\/p>\n<p>Le peuple tel qu\u2019en lui-m\u00eame, d\u00e9barrass\u00e9 des lois qui le tiennent d\u2019ordinaire en respect\u00a0: abruti, lourdaud et jouisseur. Aboyeur et convulsif. Voil\u00e0 ce que produisent une guerre men\u00e9e par des pleutres, et des mois d\u2019un si\u00e8ge terrible. La faiblesse face \u00e0 l\u2019\u00e9meute qu\u2019on surnomme r\u00e9publique ou d\u00e9mocratie. Une France abandonn\u00e9e par son arm\u00e9e, gouvern\u00e9e par des jean-foutre, livr\u00e9e d\u00e9sormais \u00e0 la canaille exasp\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Bient\u00f4t la photographie remplacera dans les journaux les ineptes gravures\u00a0qu\u2019on y trouve, et qui semblent l\u00e0 pour amuser les enfants\u00a0!<\/p>\n<p>Il repousse ces questions qui lui reviennent comme une balle contre un mur.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, il croise les passants, fend la foule des curieux comme autant de vagues venant se briser contre son \u00e9trave.<\/p>\n<p>Il observe dans Paris, chaque jour, les pr\u00e9paratifs d\u2019un monstrueux \u00e9quarrissage, d\u2019un massacre comme jamais ville n\u2019en a connu depuis les pillages barbares ou les sacs du Moyen-\u00c2ge, et il ne veut pas rater \u00e7a. Comme un avant-go\u00fbt du si\u00e8cle prochain.<\/p>\n<p>Stupidit\u00e9 des bourgeois et de leurs larbins contre les esp\u00e9rances vulgaires d\u2019une populace insane.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait il y a si longtemps qu\u2019il ne se rappelle presque plus rien, sorti de cette vie-l\u00e0 comme un serpent de sa mue.<\/p>\n<p>Faut-il donc que le r\u00eave que font ensemble les prol\u00e9taires d\u2019Europe soit \u00e0 ce point puissant qu\u2019il transporte des c\u0153urs vaillants par-del\u00e0 fleuves et monts, abandonnant ceux qui leur sont chers\u00a0? Ce songe est-il assez fou qu\u2019on soit pr\u00eat \u00e0 mourir pour que d\u2019autres le r\u00e9alisent un jour\u00a0?<\/p>\n<p>Sauf que c\u2019\u00e9tait l\u2019hiver, ou lors de ces semaines pendant lesquelles la pluie ne voulait plus cesser, des jours durant, capable de vous ramollir les os puis de vous dissoudre comme une poign\u00e9e de sel.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas une jungle o\u00f9 le plus fort devrait r\u00e9gner sur le plus faible et se nourrir de lui.<br \/>\n\u2013\u00a0C\u2019est pourtant ce qui se passe, non\u00a0? C\u2019est comme \u00e7a que \u00e7a marche, il me semble, pas vrai\u00a0?<br \/>\n\u2013\u00a0C\u2019est vrai, mais il n\u2019est nulle part \u00e9crit que cela doive durer toujours. C\u2019est bien contre ce monde-l\u00e0 que le peuple s\u2019est r\u00e9volt\u00e9 et pour b\u00e2tir autre chose que la Commune s\u2019organise et se bat, vous ne croyez pas\u00a0? La dignit\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9, la libert\u00e9 sont encore \u00e0 conqu\u00e9rir.<\/p>\n<p>une illusion pouvant se dissiper \u00e0 tout moment comme cr\u00e8vent les bulles de savon ou les r\u00eaves d\u2019enfants.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ces semaines de folle esp\u00e9rance, de r\u00eaves rendus possibles, enfin\u00a0? J\u2019aimerais croire qu\u2019il nous reste encore cela\u00a0: cette part d\u2019humanit\u00e9 que la guerre qu\u2019on nous fait ne saura d\u00e9truire. Je ne sais pas comment on parlera de nous plus tard, mais qu\u2019au moins on n\u2019aille pas nous faire le reproche d\u2019avoir tu\u00e9 les n\u00f4tres.<\/p>\n<p>Il trouve que le temps s\u2019\u00e9coule \u00e9trangement. Goutte \u00e0 goutte ou par d\u00e9bordement.<\/p>\n<p>Elle a cru s\u2019\u00eatre retir\u00e9e assez loin dans un recoin inexpugnable de son esprit mais elle sent c\u00e9der toutes les d\u00e9fenses sous les coups redoubl\u00e9s de la peur. Elle ne sait pas au-dessus de quel gouffre elle est suspendue.<\/p>\n<p>Ils franchissent en troupeau cavaleur la porte d\u2019Auteuil, survol\u00e9s par les obus, poursuivis par des \u00e9clats qui fusent de toutes parts, puis se h\u00e2tent au milieu des rues d\u00e9sertes, jonch\u00e9es de gravats, barr\u00e9es par des effondrements.<\/p>\n<p>Sont tous partis de peur d\u2019\u00eatre \u00e9gorg\u00e9s par le populo, et c\u2019est leur arm\u00e9e qui bousille leurs beaux appartements et leurs h\u00f4tels particuliers.<\/p>\n<p>Tout autour d\u2019eux la ville explosait et partait en miettes.<\/p>\n<p>Les soldats de la Commune n\u2019\u00e9taient plus \u00e0 ce moment qu\u2019une escouade de murmures, un bataillon de fatigues encore debout.<\/p>\n<p>Nous tous, du pauvre monde, on est plus nombreux qu\u2019eux. C\u2019est impossible qu\u2019ils arrivent \u00e0 nous tenir sous leur talon encore longtemps. Ce qu\u2019on a essay\u00e9 de faire, \u00e7a servira de mod\u00e8le et ce qu\u2019on a rat\u00e9 \u00e7a servira de le\u00e7on.<\/p>\n<p>Se livrer. Comme, peut-\u00eatre, on se livre \u00e0 un ami ou m\u00eame \u00e0 un inconnu de rencontre un soir de d\u00e9b\u00e2cle, fatigu\u00e9 d\u2019avoir h\u00e9sit\u00e9 trop longtemps au parapet des ponts.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Les m\u00e9decins sont de dangereux charlatans, a-t-il murmur\u00e9. De bien tranquilles assassins.<\/p>\n<p>Les voix de la ville parlent toutes en m\u00eame temps et disent tout de ses peurs, de ses col\u00e8res et de ses esp\u00e9rances encore vives. Il ne voit pas le soir tomber qui pose sur lui son ombre bleue comme on couvre un gamin endormi brusquement qu\u2019on n\u2019ose pas r\u00e9veiller.<\/p>\n<p>Cet homme est en train de remonter \u00e0 la surface de l\u2019humanit\u00e9. Il faut le laisser nager comme il peut.<\/p>\n<p>Et vous, vous croyez que la Commune, la r\u00e9volution sociale vont rendre les hommes meilleurs en leur permettant de vivre plus dignement, c\u2019est \u00e7a\u00a0?<\/p>\n<p>Vaincre l\u2019injustice, supprimer la mis\u00e8re, \u00e9tablir l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre tous\u2026 Il faudrait changer les hommes d\u2019abord pour qu\u2019ils renoncent \u00e0 dominer, \u00e0 profiter des autres, \u00e0 faire souffrir\u2026 Et cela, je ne crois pas que ce soit possible.<\/p>\n<p>Il ne parvient plus \u00e0 se d\u00e9faire d\u2019une tristesse tapie au fond de son esprit comme la vase d\u2019un \u00e9tang et qui remonte et trouble tout d\u00e8s qu\u2019un rien agite la surface.<\/p>\n<p><strong>Infos<\/strong>\u00a0: la commune de Paris\u00a0\u00a0\u00a0 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Commune_de_Paris_(1871)\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Commune_de_Paris_(1871)<\/a><\/p>\n<p><strong>Photo<\/strong>\u00a0: Commune de Paris &#8211; barricade rue de la Chapelle (Wikip\u00e9dia)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Herv\u00e9 Le Corre, n\u00e9 le 13 novembre 1955 \u00e0 Bordeaux, est l&rsquo;une des grandes voix du roman noir fran\u00e7ais contemporain. Professeur de lettres dans un coll\u00e8ge de B\u00e8gles, il est un lecteur passionn\u00e9 entre autres de litt\u00e9rature polici\u00e8re. 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