{"id":7876,"date":"2019-02-05T09:44:49","date_gmt":"2019-02-05T07:44:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7876"},"modified":"2021-04-01T15:53:33","modified_gmt":"2021-04-01T13:53:33","slug":"sereny-gitta-une-si-jolie-petite-fille-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7876","title":{"rendered":"Sereny, Gitta \u00abUne si jolie petite fille\u00bb &#8211; (2016)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Gitta Sereny (Vienne, 1921-Cambridge, 2012), journaliste et \u00e9crivain, a collabor\u00e9, entre autres, au Times, au Sunday Times, au New York Times, \u00e0 la New York Review of Books et au Zeit. Le philosophe George Steiner \u00e9crivait d\u2019elle : \u00ab C\u2019est, sans conteste, la plus brillante de nos journalistes d\u2019investigation. \u00bb Elle est l\u2019auteur de deux classiques de l\u2019histoire de la Seconde Guerre mondiale, Au fond des t\u00e9n\u00e8bres. Un bourreau parle : Franz Stangl, commandant de Treblinka (Deno\u00ebl, 1975), et Albert Speer. Son combat avec la v\u00e9rit\u00e9 (Le Seuil, 1997).<\/p>\n<p>Points &#8211; 07\/01\/2016 \u2013 497 pages G\u00e9raldine Barbe (Traducteur)<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-align: left; color: #333333; text-transform: none; text-indent: 0px; letter-spacing: normal; font-family: Georgia,'Times New Roman','Bitstream Charter',Times,serif; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant: normal; text-decoration: none; word-spacing: 0px; display: inline !important; white-space: normal; cursor: text; orphans: 2; float: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: #ffffff;\">Une si jolie petite fille\u00a0\u00bb &#8211; Les crimes de Mary Bell (2016)<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: En 1968 \u00e0 Newcastle, deux petits gar\u00e7ons de 3 et 4 ans sont retrouv\u00e9s sans vie, \u00e9trangl\u00e9s. La ville est sous le choc. Rapidement, les soup\u00e7ons se tournent vers Mary Bell, une fillette de 11 ans, turbulente et particuli\u00e8rement intelligente. Comment une enfant a-t-elle pu se laisser aller \u00e0 cette folie meurtri\u00e8re ? Per\u00e7ue comme l&rsquo;incarnation du mal absolu, Mary Bell est condamn\u00e9e \u00e0 la prison \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9.<\/p>\n<p>Devenue adulte, elle se pr\u00eate \u00e0 une s\u00e9rie d&rsquo;entretiens durant lesquels elle se livre et s&rsquo;interroge. Est-il possible d&rsquo;expliquer de tels gestes ? Comment affronter sa propre monstruosit\u00e9 ? La r\u00e9demption est-elle possible ?<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Attention\u00a0! il ne s\u2019agit pas d\u2019un polar mais d\u2019une enqu\u00eate men\u00e9e par une journaliste, un document donc et non de la fiction. Un document sur le milieu carc\u00e9ral pour la jeunesse britannique dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le livre nous fait partager les souvenirs et la vie de Mary, une petite de 11 ans qui a tu\u00e9 deux petits enfants. Une fillette qui ne r\u00e9alise pas que quand on tue, quand on meurt, c\u2019est pour toujours. Qui a invent\u00e9 une jumelle qui fait une partie des choses \u00e0 sa place. Et qui de part son attitude bravache va se mettre tout le monde \u00e0 dos. Un monde ou on consid\u00e8re les enfants non pas comme des enfants mais comme des mini-adultes et une justice qui ne fait pas de diff\u00e9rence entre un esprit d\u2019enfant et de grand. Une m\u00e8re qui lui a fait vivre l\u2019enfer en cachette depuis sa naissance et qui va continuer ensuite jusqu\u2019\u00e0 sa mort\u00a0; une m\u00e8re qui \u00e9tait malheureuse non pour sa fille mais pour elle-m\u00eame, une m\u00e8re qui a toujours rendu la fillette responsable de tous ses maux.<\/p>\n<p>Le parcours carc\u00e9ral d\u2019une fillette, puis d\u2019une adolescente, enfin d\u2019une jeune femme entre 11 et 23 ans. Transf\u00e9r\u00e9e d\u2019un lieu \u00e0 un autre\u00a0: Red Bank, Styal, Moor Court (un manoir du XVII\u00e8me si\u00e8cle), Risley la Macabre, retour \u00e0 Styal, Askham Grange. On vivra ses amiti\u00e9s, ses exp\u00e9riences, ses frustrations, ses espoirs et ses angoisses. Intelligente, elle ira m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 suivre des cours \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du West Yorshire, mais abandonnera en cours de route car elle apprendra que du fait de son pass\u00e9, elle n\u2019aura pas de d\u00e9bouch\u00e9s professionnels. Au final deux \u00eatres cohabitent en Mary\u00a0: la m\u00e8re qu\u2019elle va devenir et la fille\/femme qui a d\u00fb survivre en environnement difficile.<\/p>\n<p>Elle y prendra des drogues, mais principalement des drogues \u00ab\u00a0l\u00e9gales\u00a0\u00bb, m\u00e9dicales mais \u00e0 long terme, on finit par devenir addict aussi\u2026 Son pire ennemi\u00a0: sa m\u00e8re et par ricochet la presse que cette derni\u00e8re \u00e0 toujours pris soin d\u2019alimenter pour se remplir le portemonnaie. La presse qui la poursuivra m\u00eame quand elle sera sortie, qui la retrouvera malgr\u00e9 son changement d\u2019identit\u00e9.<\/p>\n<p>Au final plusieurs coupables\u00a0: la fillette, sa m\u00e8re, son environnement mais aussi la soci\u00e9t\u00e9, la fa4on dont est rendue la justice, les institutions qui brisent plus qu\u2019elles ne soignent. Bien s\u00fbr il y a des personnes qui font tout pour essayer de faire \u00e9voluer le syst\u00e8me, qui se d\u00e9carcassent pour sortir les jeunes du marasme, mais le syst\u00e8me les broie de la m\u00eame mani\u00e8re que ceux qu\u2019ils tentent d\u2019aider.<\/p>\n<p>Mais esp\u00e9rons que les choses ont un peu \u00e9volu\u00e9 depuis la fin des ann\u00e9es 60\u2026 Les droits des enfants semblent mieux reconnus et la psychologie semble comprendre que les enfants ne comprennent pas les choses comme s\u2019ils \u00e9taient adultes..<\/p>\n<p>Un document sur le milieu carc\u00e9ral pour la jeunesse britannique dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>J\u2019ai souvent \u00e9t\u00e9 tent\u00e9e de voir cet \u00eatre humain comme si elle n\u2019\u00e9tait pas une seule, mais deux personnes\u00a0: l\u2019enfant et l\u2019adulte. Or, bien s\u00fbr, ce n\u2019est pas le cas. Elle est une, comme nous tous, du moment o\u00f9 nous venons \u00e0 la vie jusqu\u2019au moment o\u00f9 nous la quittons.<\/p>\n<p>Les habitants parlent \u00ab\u00a0geordie\u00a0\u00bb, un dialecte r\u00e9gional totalement incompr\u00e9hensible pour les \u00e9trangers. Home (maison) devient par exemple hyem\u00a0; my wife (ma femme) se transforme en wor lass (dr\u00f4lesse)\u00a0; pretty (joli) se dit canny, mot qui peut \u00e9galement signifier many (beaucoup).<\/p>\n<p>C\u2019est une chose que je devais remarquer au fil des mois\u00a0: pendant nos discussions, sa voix et son vocabulaire devenaient enfantins chaque fois qu\u2019elle \u00e9voquait son enfance, dont elle parlait quelquefois avec volubilit\u00e9, comme font les enfants \u00e0 l\u2019imaginaire d\u00e9velopp\u00e9, souvent avec intelligence, de temps en temps avec humour, mais surtout avec d\u00e9sespoir.<\/p>\n<p>N\u2019ayant en r\u00e9alit\u00e9 pas eu d\u2019enfance, elle parlait, je crois, comme l\u2019aurait fait l\u2019enfant qu\u2019elle n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9, qui existait malgr\u00e9 tout en elle, ou en tout cas avait besoin d\u2019exister.<\/p>\n<p>Des enfants qui, avant ce qu\u2019on pourrait appeler leur \u201cexplosion\u201d dans ces actes de violence, portaient un poids inconnu ou ignor\u00e9 par tous les adultes responsables.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ne pas entendre leurs appels au secours, comme on l\u2019a fait dans le cas de Mary, aboutit n\u00e9cessairement \u00e0 des cons\u00e9quences tragiques.<\/p>\n<p>En 1968, les enfants perturb\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas encore un sujet \u00e0 la mode. On pr\u00e9f\u00e9rait ignorer le mal, de crainte d\u2019\u00eatre contamin\u00e9.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0En y repensant, est-ce que vous diriez que vous \u00e9tiez une enfant rebelle\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0J\u2019\u00e9tais du genre \u201ct\u2019es pas cap\u201d\u00a0\u00bb, r\u00e9pondit-elle.<\/p>\n<p>Tel que notre syst\u00e8me fonctionne, ce n\u2019est pas l\u2019affaire de la police de chercher \u00e0 comprendre pourquoi les crimes sont commis. Mais comme ce cas l\u2019a montr\u00e9, lorsque les assassins sont des enfants, il semble que ce ne soit l\u2019affaire de personne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mary, incapable de faire le lien entre son besoin compulsif \u00ab\u00a0d\u2019agir contre\u00a0\u00bb et la cons\u00e9quence de ses actes, ne pouvait tout simplement pas admettre que chaque action a un r\u00e9sultat\u00a0; il lui faudrait des ann\u00e9es pour parvenir \u00e0 le comprendre.<\/p>\n<p>Tuer n\u2019est pas si grave. On finit tous par mourir de toute fa\u00e7on.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai m\u00eame pas envie d\u2019aller me promener. Si je marche, je pense. Tout ce que je veux c\u2019est dormir. Alors finalement, c\u2019est ce que je fais, je dors.<\/p>\n<p>le syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire, en tant que tel, n\u2019est pas fait pour s\u2019int\u00e9resser aux individus.<\/p>\n<p>ils veulent que les prisonniers restent en bonne sant\u00e9, mais ils ont aussi besoin de garder le contr\u00f4le sur eux. En fin de compte, donner des pilules devient autre chose qu\u2019une simple question d\u2019ordre m\u00e9dical.<\/p>\n<p>notre m\u00e9moire est imparfaite et que, m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 nos souhaits, nos r\u00eaves et notre imagination, elle peut parfois \u00eatre trompeuse.<\/p>\n<p>En prison, le onzi\u00e8me commandement est\u00a0: \u201cTu ne te feras pas choper.\u201d D\u00e9sormais, c\u2019est \u00e0 \u00e7a que je voulais me conformer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La vie tout enti\u00e8re de Mary prouve le besoin criant de th\u00e9rapie chez ces enfants, oui, mais plus encore le besoin de sentir qu\u2019il y a une volont\u00e9 de croire en eux, la volont\u00e9 de croire\u2026<\/p>\n<p>Le langage affecte le comportement davantage que l\u2019inverse. Je le vois chez les gens qui ont maintenant l\u2019\u00e2ge que j\u2019avais alors, dans les films, dans la rue. Ils ne parlent pas selon la fa\u00e7on dont ils agissent, ils agissent comme ils parlent.<\/p>\n<p>\u00catre envoy\u00e9 dans une prison ouverte c\u2019est comme \u00eatre envoy\u00e9 en prison quand on est libre, parce que, voyez-vous, vous \u00eates encore plus en prison lorsque c\u2019est ouvert.<\/p>\n<p>Les moments qui pr\u00e9c\u00e8dent la remise en libert\u00e9 des condamn\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 font l\u2019objet d\u2019un soin particulier. Pendant les neuf derniers mois environ, qu\u2019ils passent dans une prison ouverte, ils commencent \u00e0 travailler \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>M\u00eame si, au cours de ces onze ann\u00e9es, je n\u2019avais apparemment rien appris de concret, de vraiment utile pour le reste de ma vie, une chose au moins \u00e9tait s\u00fbre\u00a0: personne ne pourrait plus m\u2019emb\u00eater, je ne me laisserais plus faire.<\/p>\n<p>Le transfert de la prison proprement dite aux annexes qu\u2019on appelle les auberges d\u00e9pend du comportement des prisonniers et des places disponibles.<\/p>\n<p>Une fille qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenue depuis ses 11\u00a0ans, ils la l\u00e2chent dans un monde d\u2019\u00e9trangers, pas de formation, pas d\u2019\u00e9ducation, avec juste l\u2019aum\u00f4ne pour survivre\u00a0? Elle a raison, ce n\u2019est pas \u00e9tonnant que tant de personnes r\u00e9cidivent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Image<\/strong>\u00a0: Scotswood Road ( Elswick, Newcastle)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Gitta Sereny (Vienne, 1921-Cambridge, 2012), journaliste et \u00e9crivain, a collabor\u00e9, entre autres, au Times, au Sunday Times, au New York Times, \u00e0 la New York Review of Books et au Zeit. 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