{"id":7884,"date":"2019-02-06T11:06:13","date_gmt":"2019-02-06T10:06:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7884"},"modified":"2019-06-10T15:49:27","modified_gmt":"2019-06-10T14:49:27","slug":"gallay-claudie-lamour-est-une-ile-2010","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7884","title":{"rendered":"Gallay, Claudie \u00abL&rsquo;Amour est une \u00eele\u00bb (2010)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: N\u00e9e en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle a publi\u00e9 aux \u00e9ditions du Rouergue L\u2019Office des vivants (2000), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8407\"><em>Mon amour, ma vie<\/em> <\/a>(2002), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4678\"><em>Les Ann\u00e9es cerises<\/em><\/a> (2004), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7894\"><em>Seule Venise<\/em><\/a> (2005, prix Folies d\u2019encre et prix du Salon d\u2019Ambronay), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8417\"><em>Dans l\u2019or du temps<\/em><\/a> (2006) et <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8852\"><em>Les D\u00e9ferlantes<\/em><\/a> (2008, Grand Prix des lectrices de Elle). Aux \u00e9ditions Actes Sud : <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7884\"><em>L\u2019amour est une \u00eele<\/em><\/a> (2010), Une part de ciel (2013)<em>,\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7916\">D\u00e9tails d\u2019Opalka<\/a><\/em> (2014),\u00a0La Beaut\u00e9 des jours (2017)<\/p>\n<p>Actes Sud Litt\u00e9rature, ao\u00fbt 2010, 352 p. \/ Babel, no 1315, mai 2015, 448 p.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: C\u2019est une saison singuli\u00e8re pour Avignon et les amoureux du th\u00e9\u00e2tre : la gr\u00e8ve des intermittents paralyse le festival. Un \u00e0 un les spectacles sont annul\u00e9s. Les visiteurs d\u00e9ambulent sous un soleil de plomb, \u00e0 la recherche des rares lieux o\u00f9 joueront quand m\u00eame quelques com\u00e9diens. Comme Mathilde, dite la Jogar : devenue c\u00e9l\u00e8bre depuis qu\u2019elle a quitt\u00e9 Avignon, elle est enfin de retour dans cette ville o\u00f9 elle a grandi, et pour un r\u00f4le magnifique. L\u2019homme qu\u2019elle a tant aim\u00e9, et qui l\u2019a tant aim\u00e9e, Odon Schnadel, a appris sa pr\u00e9sence par la rumeur. Lui-m\u00eame vit ici en permanence, entre sa p\u00e9niche sur le fleuve et le petit th\u00e9\u00e2tre qu\u2019il dirige.<br \/>\nCette ann\u00e9e-l\u00e0, avec sa compagnie, Odon a pris tous les risques. Il met en sc\u00e8ne une pi\u00e8ce d\u2019un auteur inconnu, mort dans des circonstances \u00e9quivoques : un certain Paul Selli\u00e8s dont la jeune s\u0153ur Marie \u2013 une \u00e9corch\u00e9e vive \u2013 vient elle aussi d\u2019arriver \u00e0 Avignon, un peu perdue, pleine d\u2019esp\u00e9rances confuses\u2026 ou de questions insidieuses.<br \/>\nCar autour de l\u2019\u0153uvre de Paul Selli\u00e8s plane un myst\u00e8re que ces personnages dissimulent ou au contraire effleurent, parfois sans faire expr\u00e8s, souvent dans la souffrance.<br \/>\nPlong\u00e9e au coeur des passions, des r\u00eaves et des mensonges, des retrouvailles sans lendemain, des bonheurs en forme de souvenirs, des amours que l\u2019on quitte, des \u00eeles qu\u2019on laisse derri\u00e8re soi, le nouveau roman de Claudie Gallay noue et d\u00e9noue les silences d\u2019un \u00e9t\u00e9 lourd de secrets.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong><\/p>\n<p>Festival d\u2019Avignon, \u00e9t\u00e9 2003 \u2013 Greve des intermittents du spectacle et ann\u00e9e du retour en Avignon d\u2019une fille du pays, devenue une com\u00e9dienne c\u00e9l\u00e8bre. Sur place, un metteur en sc\u00e8ne avec lequel elle avait eu une relation passionnelle avant de quitter la ville et d\u2019avoir du succ\u00e8s.<br \/>\nSur fond de crise du th\u00e9\u00e2tre les retrouvailles entre Odon et Mathilde, la Jogar auront-elles lieu\u00a0?<br \/>\nMais il n\u2019y a pas qu\u2019eux. Il y a aussi Marie, une petite jeune qui est venue pour voir une pi\u00e8ce mise en sc\u00e8ne lors du Festival et dont l\u2019auteur \u00e9tait son fr\u00e8re ain\u00e9. Et cette pi\u00e8ce a une histoire qui ne peut que bouleverser et est le fil rouge du roman. Marie qui va r\u00e9sider, le temps de son s\u00e9jour, chez Isabelle, une femme qui a accueilli chez elle tous les anciens qui ont fait du festival d\u2019Avignon ce qu\u2019il est encore aujourd\u2019hui\u2026<br \/>\nLa passion et l\u2019amour sont au rendez-vous, le pass\u00e9 aussi\u2026 Un livre sur l\u2019amour entre fr\u00e8re et s\u0153ur, entre homme et femme, une histoire ou le pass\u00e9 est tiss\u00e9 avec le pr\u00e9sent. Un livre sur le th\u00e9\u00e2tre, la cr\u00e9ation, la photo. Un livre sur la passion qui nourrit mais qui d\u00e9vore, un livre aussi sur la trahison, la solitude, la culpabilit\u00e9.<br \/>\nUn livre tout en sensibilit\u00e9 comme tous les autres de cette romanci\u00e8re que j\u2019aime beaucoup.<\/p>\n<p><em>Merci au Challenge D&rsquo;Eva (<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7682\">Degomme ta pile<\/a>) qui m&rsquo;a fait ressortir ce livre oubli\u00e9 dans ma pile en attente depuis trop longtemps et m&rsquo;a donn\u00e9 envie de renouer avec la magnifique plume de Claudie Gallay\u00a0<\/em><\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>\u2014\u00a0On n\u2019\u00e9pouse pas les hommes que l\u2019on aime.<br \/>\n\u2014\u00a0Tu aurais pu vivre avec, alors\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0C\u2019est pareil.<\/p>\n<p>Le travail la nourrit, sur la dur\u00e9e, chaque jour, chaque heure. Aimer la vide de son \u00e9nergie.<\/p>\n<p>La ville est toute en lumi\u00e8re, elle a des airs de f\u00eate mais, sous la musique, \u00e7a gronde.<\/p>\n<p>Tu dois avoir des r\u00eaves qui soient comme des grands paquebots.<\/p>\n<p>Il regarde les filles.<br \/>\n\u2014\u00a0Je me demande comment elles font pour supporter cette chaleur.<br \/>\n\u2014\u00a0Elles se pr\u00e9parent \u00e0 l\u2019enfer\u2026 dit le cur\u00e9.<\/p>\n<p>[\u2026] onze coups tr\u00e8s rapides.<br \/>\nUn coup pour chacun des ap\u00f4tres.<br \/>\nMoins Judas.<br \/>\nIl laisse un temps de silence et il fait tomber les trois autres coups, plus lentement, le premier est pour la reine, le second pour le roi et le troisi\u00e8me pour Dieu.<br \/>\nLe rideau s\u2019ouvre.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Une vie humaine se r\u00e9sume \u00e0 quatre petites choses, l\u2019amour, la trahison, le d\u00e9sir et la mort.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Il n\u2019y a que cela, la vie, la mort, l\u2019in\u00e9vitable\u00a0! Et l\u2019utopie, c\u2019est ce qu\u2019il reste \u00e0 inventer pour tenter de s\u2019en sortir.<\/p>\n<p>Elle ne sait pas o\u00f9 tout \u00e7a la m\u00e8ne. \u00c7a, la vie, grandir. Elle ne sait pas ce qu\u2019il y a devant, dans ce temps qu\u2019on appelle avenir et qui est aussi demain. Que peut-elle faire de tout ce temps\u00a0? Il lui arrive de regarder comment les autres vivent.<\/p>\n<p>Le savoir remplit peut-\u00eatre les heures.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 du temps de Jean Vilar c\u2019\u00e9tait comme \u00e7a, ils se retrouvaient tous chez elle. Sans pr\u00e9venir, \u00e7a d\u00e9boulait, G\u00e9rard Philipe avec Anne, Agn\u00e8s Varda, Ren\u00e9 Char et tous les autres.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Moi, je vis en imaginant, il dit \u00e0 voix basse.<br \/>\nElle ne sait pas pourquoi il dit cela.<br \/>\nElle, elle imagine comment vivre.<\/p>\n<p>Elle le regarde.<br \/>\n\u2014\u00a0Tu n\u2019as pas chang\u00e9.<br \/>\n\u2014\u00a0Mon physique s\u2019adapte, mais l\u2019int\u00e9rieur\u2026<br \/>\n\u2014\u00a0Il a quoi ton int\u00e9rieur\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0C\u2019est mon enfer.<\/p>\n<p>Elle \u00e9coute. La culture doit bruire, devenir quelque chose de vivant o\u00f9 tout se m\u00e9lange et se contredit.<\/p>\n<p>Il voulait que l\u2019alcool assomme son amour, lui mette une gueule de bois, il <em>pensait que \u00e7a pourrait suffire, l\u2019alcool, et qu\u2019apr\u00e8s il pourrait vivre.<\/em><\/p>\n<p><em>Il ne pouvait pas.<\/em><\/p>\n<p>Il n\u2019est pas mort. Il est devenu une ombre.<\/p>\n<p>L\u2019amour est une \u00eele, quand on part on ne revient pas.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Tu aimes encore\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0Oui\u2026 J\u2019aime mon m\u00e9tier, j\u2019aime les mots, mes amis. J\u2019aime la terre, la nature\u2026<br \/>\n\u2014\u00a0Et les hommes\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0Les hommes aussi quelquefois. Je les aime tellement que je ne les aime qu\u2019avec passion\u2026 Mais je m\u2019ennuie vite avec eux. Ils me font perdre mon temps, me prennent mon \u00e9nergie.<\/p>\n<p>Elle soupire. La passion est un fruit \u00e0 croissance rapide, il retombe vite et\u2026 pourrit.<\/p>\n<p><em>Avant<\/em> est un pays magique<\/p>\n<p>Elle demande rarement pourquoi. Les r\u00e9ponses \u00e0 des pourquoi sont toujours plus difficiles.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Vieillir, ce n\u2019est rien quand on se souvient. C\u2019est l\u2019oubli qui fait la souffrance\u2026<\/p>\n<p>Elle voudrait pouvoir transformer l\u2019encre en bruit.<\/p>\n<p>Crier, elle ne sait pas. Cogner non plus. Ses col\u00e8res, elle les garde. Elle rentre tout.<br \/>\nElle met la fatalit\u00e9 par-dessus, finit par dire que ce n\u2019est pas si grave, que ce n\u2019est pas vraiment de la col\u00e8re.<br \/>\nEt elle enterre.<br \/>\nElle enterre profond.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Ce morceau de gamine ressemble \u00e0 une d\u00e9chirure, ne l\u2019emb\u00eate pas.<br \/>\n\u2014\u00a0Souffrir ne lui donne pas tous les droits.<\/p>\n<p>Ce visage est celui de toutes les vies qui attendent la mort. C\u2019est ce travail que fait le temps, il efface des pans, use les envies, change les sentiments. Un massacre effroyable.<\/p>\n<p>Les Indiens hopis disent que les photos gardent l\u2019\u00e2me de ceux qui se laissent prendre.<\/p>\n<p>Ils se regardent. Ils se sont tellement aim\u00e9s. La vie leur semblait une promenade longue et plaisante et qui ne devait jamais conna\u00eetre de fin.<\/p>\n<p>Elle pense \u00e0 la vie qu\u2019elle n\u2019a pas eue, \u00e0 toutes celles qu\u2019elle aurait pu avoir. Loin, ailleurs, autrement.<br \/>\nLes vies que l\u2019on n\u2019a pas sont-elles toujours les plus belles\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: N\u00e9e en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. 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