{"id":7946,"date":"2019-02-11T14:50:04","date_gmt":"2019-02-11T12:50:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7946"},"modified":"2021-04-01T15:53:18","modified_gmt":"2021-04-01T13:53:18","slug":"oster-christian-le-coeur-du-probleme-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7946","title":{"rendered":"Oster, Christian \u00abLe c\u0153ur du probl\u00e8me\u00bb (2015)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Christian Oster est n\u00e9 en 1949. Outre de nombreux livres destin\u00e9s aux enfants (l\u2019Ecole des loisirs), il a publi\u00e9 une vingtaine de romans. Prix M\u00e9dicis 1999 pour Mon grand appartement, adapt\u00e9 au cin\u00e9ma par Claude Berri, il est l&rsquo;auteur de 14 livres aux \u00e9ditions de Minuit, dont Loin d&rsquo;Odile (1998), Une femme de m\u00e9nage (2001), Trois hommes seuls (2008), Dans la cath\u00e9drale (2010). Aux \u00c9ditions de l\u2019Olivier, ont paru En ville (Prix Landerneau 2013), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7946\">Le C\u0153ur du probl\u00e8me<\/a> (2015) et La Vie automatique (2017). Dans Massif central (2018) , on retrouve le \u00ab surprenant dosage de suspense et d\u2019hilarit\u00e9 \u00bb qui lui est propre.<\/p>\n<p>Editions de l\u2019Olivier \u2013 RL2015 \u2013 192 pages \/ Points \u2013 15.9.2016 \u2013 192 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: En rentrant chez lui, Simon d\u00e9couvre un homme mort au milieu du salon. Diane, sa femme, qui, selon toute vraisemblance, a pouss\u00e9 l\u2019homme par-dessus la balustrade, lui annonce qu\u2019elle s\u2019en va.<\/p>\n<p>Elle ne donnera plus de nouvelles. Simon, rest\u00e9 seul avec le corps, va devoir prendre les d\u00e9cisions qui s\u2019imposent. C\u2019est lors de sa visite \u00e0 la gendarmerie que Simon rencontre Henri, un gendarme \u00e0 la retraite amateur de tennis. Une relation amicale se noue. Mais Simon est sur la r\u00e9serve ; chaque mot, chaque geste risque d\u2019\u00eatre s\u00e9v\u00e8rement interpr\u00e9t\u00e9. S\u2019engage alors entre les deux hommes une surprenante partie d\u2019\u00e9checs.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Un bel exemple de litt\u00e9rature blanche avec probl\u00e9matique polici\u00e8re. Tout part d\u2019un cadavre mais on se fiche un peu (beaucoup) de savoir pourquoi ce cadavre est tomb\u00e9 dans le salon\u2026 Meurtre\u00a0? Accident\u00a0? l\u00e0 n\u2019est pas le probl\u00e8me. Un type a pass\u00e9 par-dessus la balustrade et se retrouve mort dans le salon. Pas cool. On en fait quoi\u00a0? C\u2019est une situation dramatique certes mais cela a tout du th\u00e9\u00e2tre de boulevard par moments\u2026 Le mari, la femme, l\u2019amant\u2026 pas dans le placard mais dans le salon\u2026 Et le vrai probl\u00e8me est le d\u00e9barrassage du cadavre\u2026 Sauf qu\u2019en plus de la situation et de l\u2019humour qui perle dans le r\u00e9cit, il y a aussi la disparition de la femme et de l\u2019amant\u2026<\/p>\n<p>Une \u00e9criture tr\u00e8s descriptive, tr\u00e8s factuelle qui donne l\u2019impression qu\u2019il y a toujours une distance entre le protagoniste et ce qui se passe.<\/p>\n<p>On pourrait dire qu\u2019il y a 4 personnages principaux et des secondaires. Dans les 4 principaux il y a deux pr\u00e9sents (Simon et Henri) et deux pour ainsi dire absents (Diane et le cadavre) \u2026 Les autres personnes qu\u2019il c\u00f4toie sont plus pr\u00e9sent\u00e9s comme des ennuis, des g\u00eaneurs, des obstacles, des dangers potentiels. (m\u00eame son ami Paul). La relation entre Simon et le personnage d\u2019Henri, gendarme \u00e0 la retraite est tr\u00e8s ambigu\u00eb\u00a0; elle est a double-sens, toujours sur la corde raide. \u00e0 la fois il y a une amiti\u00e9 naissante et une menace. La discussion lors de la partie de tennis est un chef d\u2019\u0153uvre de double-sens. Que veut Het henry en fin de compte\u00a0? Est-ce une menace\u00a0?<\/p>\n<p>Pendant tout le r\u00e9cit on est dans la t\u00eate de Simon et on se demande avec lui ce qu\u2019on va faire\u2026 Au c\u0153ur de son itin\u00e9raire\u00a0: les d\u00e9placements (de lui, du cadavre, de ses sentiments) \u2026 Mais chose \u00e9trange, si on suit sa d\u00e9marche intellectuelle, qu\u2019on voit ce qu\u2019il fait et ce qu\u2019il dit, on n\u2019entre pas dans sa d\u00e9marche psychologique et le pourquoi de ses agissements est tr\u00e8s peu \u2013 voire pas \u2013 abord\u00e9.<\/p>\n<p>Bien aim\u00e9 ce petit roman tr\u00e8s particulier.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>J\u2019ai regard\u00e9 alors autour de moi, en pure perte, puisqu\u2019il n\u2019y avait rien autour de moi qui ressembl\u00e2t \u00e0 une id\u00e9e.<\/p>\n<p>Regarde-moi, ai-je dit. Il existe une fa\u00e7on de regarder sans voir, et c\u2019est ce dont elle s\u2019est content\u00e9e.<\/p>\n<p>Et la sensation de m\u2019\u00eatre tromp\u00e9, ou de l\u2019avoir \u00e9t\u00e9, venait poser sur toutes les sc\u00e8nes, sur toutes les images que je convoquais, une sorte de vernis qui les gla\u00e7ait, avec de surcro\u00eet la conscience d\u2019une ph\u00e9nom\u00e9nale absurdit\u00e9 et, malheureusement, d\u2019une tout aussi ph\u00e9nom\u00e9nale banalit\u00e9.<\/p>\n<p>Je sais ce qu\u2019il va me dire, ai-je pens\u00e9, et je n\u2019ai pas envie d\u2019entendre \u00e7a. Et donc je ne l\u2019appelle pas.<\/p>\n<p>A partir de ce moment, j\u2019ai eu peur de poser le regard o\u00f9 que ce soit ailleurs dans la pi\u00e8ce, j\u2019ai eu peur de ne plus pouvoir rien faire les yeux ouverts, de sorte que je les ai ferm\u00e9s.<\/p>\n<p>Je l\u2019occupais mal, mon temps. Je m\u2019effor\u00e7ais surtout de le retenir. Je lisais, sans doute. J\u2019\u00e9tais passionn\u00e9, comme on dit.<\/p>\n<p>Nous prenions donc \u00e0 l\u2019occasion, le dimanche, la libert\u00e9 de regarder filer la journ\u00e9e sans nous soucier de la remplir. Ce matin-l\u00e0, je me suis senti b\u00e9n\u00e9ficiaire de cette m\u00eame libert\u00e9, et j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en faire usage. J\u2019ai commenc\u00e9 par ne pas r\u00e9fl\u00e9chir. Encore une fois, j\u2019avais vraiment beaucoup donn\u00e9 de moi-m\u00eame la veille, et il m\u2019a sembl\u00e9 que je m\u00e9ritais, au moins autant qu\u2019un autre, de m\u2019octroyer ce genre de pause. C\u2019est en tout cas ce que je me suis dit. Mais c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 beaucoup d\u2019\u00eatre parvenu \u00e0 me le dire. On a compris que \u00e7a n\u2019a pas dur\u00e9. J\u2019ai eu quand m\u00eame cinq grandes minutes de r\u00e9pit. Ensuite, ma volont\u00e9 de ne pas r\u00e9fl\u00e9chir s\u2019est mu\u00e9e en la d\u00e9cision de n\u2019en prendre aucune. \u00c7a, \u00e7a a march\u00e9.<\/p>\n<p>Mes pas m\u2019ont \u00e9videmment conduit vers le salon, puisque chez nous on ne d\u00e9cide pas d\u2019y aller, on y passe.<\/p>\n<p>Le mort \u00e9tait partout. Il s\u2019\u00e9tait \u00e0 tout le moins d\u00e9doubl\u00e9. Son absence produisait le contraire d\u2019un effacement.<\/p>\n<p>Je n\u2019aurais pas cru \u00e7a de moi, cette aigreur. Or l\u2019aigreur, je l\u2019ai not\u00e9 \u00e9galement, n\u2019est pas de l\u2019amour.<\/p>\n<p>D\u2019abord en lutte contre le manque, je me sentais maintenant aux prises avec le vide. Le pass\u00e9 me d\u00e9sertait, le pr\u00e9sent n\u2019avait pas de sens. Quant \u00e0 la suite, le moins que je puisse dire est que je ne formais pas de projets.<\/p>\n<p>l\u2019absurdit\u00e9 d\u2019\u00eatre encore l\u00e0 \u00e0 attendre alors que derri\u00e8re soi, dans le pass\u00e9 imm\u00e9diat, rien ne fait \u00e9cho.<\/p>\n<p>Comme il \u00e9tait t\u00f4t encore, j\u2019ai lu. Histoire, toujours. Je me suis aper\u00e7u que \u00e7a faisait un moment, d\u00e9j\u00e0, que j\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 cohabiter avec les morts. Enorme diff\u00e9rence, bien s\u00fbr. Ceux-l\u00e0 ne pesaient pas, c\u2019\u00e9tait au contraire de leur vie qu\u2019il s\u2019agissait.<\/p>\n<p>Je n\u2019en pouvais plus d\u2019\u00eatre chez moi. On est beaucoup chez soi de toute fa\u00e7on \u00e0 la campagne. Et j\u2019en avais assez d\u2019\u00eatre \u00e0 la campagne. [\u2026] Je suis sorti mais, quand on sort de chez soi \u00e0 la campagne, on est toujours \u00e0 la campagne. En ville aussi, bien s\u00fbr, on reste en ville. Ce que je cherche plut\u00f4t \u00e0 dire, c\u2019est qu\u2019\u00e0 la campagne les diff\u00e9rences se voient moins. Ou que peut-\u00eatre, d\u2019une centaine de m\u00e8tres \u00e0 l\u2019autre, les choses changent moins vite. D\u2019un kilom\u00e8tre \u00e0 l\u2019autre, m\u00eame. On ne peut pas se raccrocher ind\u00e9finiment aux variations de couleur. L\u2019\u0153il se lasse d\u2019alterner entre jaune et vert. Et, quand une silhouette se profile au bord d\u2019un chemin, elle est ombreuse.<\/p>\n<p>Avec elle en tout cas je partagerais volontiers mes silences<\/p>\n<p>j\u2019ai senti descendre sur moi, de nouveau, quelque chose comme la vieillesse ou sa fragilit\u00e9, quoique tout \u00e7a ressembl\u00e2t aussi \u00e0 la peur, mais ce n\u2019\u00e9tait pas la peur, c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t un \u00e9croulement interne, avec une composante douce.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Christian Oster est n\u00e9 en 1949. 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