{"id":8091,"date":"2019-03-12T13:29:13","date_gmt":"2019-03-12T12:29:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8091"},"modified":"2019-03-12T13:42:24","modified_gmt":"2019-03-12T12:42:24","slug":"cabre-jaume-confiteor-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8091","title":{"rendered":"Cabr\u00e9, Jaume \u00ab Confiteor \u00bb (2013)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: N\u00e9 \u00e0 Barcelone en 1947, Jaume Cabr\u00e9 est l\u2019un des \u00e9crivains catalans les plus reconnus par la critique et les lecteurs, r\u00e9compens\u00e9 par le prix d\u2019honneur des Lettres catalanes en 2010. En 2013 a paru chez Actes Sud son magistral roman <em>Confiteor<\/em>.<\/p>\n<p>Actes Sud, 4.09.2013 \u2013 784 pages \/ Babel, 04.05.2016, 920 pages \u2013 titre original \u00ab\u00a0Jo confesso\u00a0\u00bb &#8211; traduit du catalan par : Edmond Raillard &#8211; Prix Jean-Morer &#8211; 2014 &#8211; Prix du Courrier International du meilleur livre \u00e9tranger &#8211; 2013 &#8211; Grand Prix SGDL de traduction \u2013 2013 &#8211; S\u00e9lections Prix M\u00e9dicis et Prix Femina \u2013 S\u00e9lections T\u00e9l\u00e9rama et Le Journal du Dimanche \/ France Inter<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Avant que la lucidit\u00e9 ne le quitte \u00e0 jamais, un homme \u00e9crit \u00e0 la femme de sa vie, dans le chaos absolu d&rsquo;une m\u00e9moire vacillante, de longs feuillets recto\/verso. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9\u00a0: l&rsquo;itin\u00e9raire d&rsquo;un enfant sans amour et l&rsquo;affliction d&rsquo;un adulte sans dieu,\u00a0de l&rsquo;autre\u00a0: l&rsquo;histoire du Mal souverain.\u00a0Confiteor (en latin : je confesse) est une v\u00e9ritable cath\u00e9drale profane.<\/p>\n<p>Barcelone ann\u00e9es cinquante, le jeune Adri\u00e0 grandit dans un vaste appartement ombreux, entre un p\u00e8re qui veut faire de lui un humaniste polyglotte et une m\u00e8re qui le destine \u00e0 une carri\u00e8re de violoniste virtuose. Brillant, solitaire et docile, le gar\u00e7on essaie de satisfaire au mieux les ambitions d\u00e9mesur\u00e9es dont il est d\u00e9positaire, jusqu\u2019au jour o\u00f9 il entrevoit la provenance douteuse de la fortune familiale, issue d\u2019un magasin d\u2019antiquit\u00e9s extorqu\u00e9es sans vergogne. Un demi-si\u00e8cle plus tard, juste avant que sa m\u00e9moire ne l\u2019abandonne, Adri\u00e0 tente de mettre en forme l\u2019histoire familiale dont un violon d\u2019exception, une m\u00e9daille et un linge de table souill\u00e9 constituent les tragiques embl\u00e8mes. De fait, la r\u00e9v\u00e9lation progressive ressaisit la funeste histoire europ\u00e9enne et plonge ses racines aux sources du mal. De l\u2019Inquisition \u00e0 la dictature espagnole et \u00e0 l\u2019Allemagne nazie, d\u2019Anvers \u00e0 la Cit\u00e9 du Vatican, vies et destins se r\u00e9pondent pour converger vers Auschwitz-Birkenau, \u00e9picentre de l\u2019abjection totale.<\/p>\n<p>Confiteor d\u00e9fie les lois de la narration pour ordonner un chaos magistral et emplir de musique une cath\u00e9drale profane. Sara, la femme tant aim\u00e9e, est la destinataire de cet immense r\u00e9cit relay\u00e9 par Bernat, l\u2019ami envi\u00e9 et envieux dont la pr\u00e9sence \u00e9claire jusqu\u2019\u00e0 l\u2019instant o\u00f9 s\u2019an\u00e9antit toute conscience. Alors le lecteur peut embrasser l\u2019itin\u00e9raire d\u2019un enfant sans amour, puis l\u2019affliction d\u2019un adulte sans dieu, aux prises avec le Mal souverain qui, \u00e0 travers les si\u00e8cles, d\u00e9poses-en chacun la possibilit\u00e9 de l\u2019inhumain \u2013 \u00e0 quoi r\u00e9pond ici la soif de beaut\u00e9, de connaissance et de pardon, seuls viatiques, peut-\u00eatre, pour r\u00e9cuser si peu que ce soit l\u2019enfer sur la terre.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Depuis le temps que tout le monde me disait \u00ab\u00a0Mais comment\u00a0? tu ne l\u2019as pas lu\u00a0? Mais c\u2019est un monument\u2026 Et comme j\u2019avais peur d\u2019\u00eatre d\u00e9\u00e7ue face \u00e0 cette unanimit\u00e9, j\u2019ai attendu que le temps passe. Et bien je ne suis pas d\u00e9\u00e7ue\u00a0! C\u2019est un livre somptueux. L\u2019origine du mal\u00a0! vaste programme\u00a0! Beaucoup d\u2019histoires et d\u2019intrigues au cours des si\u00e8cles pass\u00e9s, entre le Moyen Age et l\u2019\u00e9poque actuelle, sans oublier la p\u00e9riode de l\u2019Inquisition et l\u2019Allemagne nazie. L\u2019auteur donne la parole \u00e0 Adri\u00e0, atteint d\u2019Alzheimer, le personnage que nous avons connu petit gar\u00e7on et qui se confie \u00e0 son ami de jeunesse, Bernat. Adri\u00e0 est un personnage solitaire, qui a pour amis imaginaires le Sherif Carson et l\u2019Indien Aigle noir, deux figurines qui lui permettent de supporter son enfance avec des parents qui ont des objectifs (faire de lui un g\u00e9nie) mais pas d\u2019amour pour leur enfant. Ces deux amis imaginaires lui permettent de vivre un peu moins seul. Le petit Adri\u00e0 va grandir au milieu des livres rares et pr\u00e9cieux, dans un monde de collectionneurs, dans un monde d\u2019interdits. Il aura un grand amour, mais elle disparaitra soudain avant de r\u00e9apparaitre plus tard. Pourquoi\u00a0? pour le savoir, il va falloir plonger dans les arcanes du temps, dans les noirceurs de l\u2019\u00e2me humaine\u2026<\/p>\n<p>Dans Confiteor, on remarque \u00e0 quel point l\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te. 150 personnages, 5 si\u00e8cles\u2026 un fil conducteur\u00a0(un violon Storioni ) d\u00e9coulant d\u2019une conviction :. On appartient \u00e0 un violon et non l\u2019inverse\u2026 et c\u2019est par ce violon qu\u2019Adri\u00e0 sera reli\u00e9 \u00e0 l\u2019Inquisition, aux Nazis\u2026<\/p>\n<p>Alors oui c&rsquo;est un monument, oui c&rsquo;est extr\u00eamement document\u00e9 et passionnant \u00e0 lire. Oui\u2026 mais il faut tre super concentr\u00e9, faut s&rsquo;accrocher (surtout au d\u00e9but) \u2026 car cot\u00e9 fluidit\u00e9 du r\u00e9cit\u2026 ce n\u2019est pas \u00e7a\u2026 En m\u00eame temps, ce n&rsquo;est pas le but recherch\u00e9. Il faut rester extr\u00eamement attentifs\u00a0: on passe d\u2019une \u00e9poque \u00e0 une autre, d\u2019un personnage \u00e0 l\u2019autre. Et m\u00eame du je au il \u2026 Pas \u00e9vident de s\u2019y retrouver. En m\u00eame temps, le cerveau atteint d\u2019Alzheimer se perd aussi entre les personnes, le pr\u00e9sent et le pass\u00e9\u2026 Alors il faut d\u00e9m\u00ealer les histoires, rendre au pass\u00e9 ce qui est au pass\u00e9, et suivre le son du violon\u2026 Une fois entr\u00e9s dans la logique (la non-logique) du r\u00e9cit, on est juste happ\u00e9s par le texte et je me suis r\u00e9gal\u00e9e. Mais cela demande quelques efforts d\u2019attention et de concentration. Un livre superbe mais qui se m\u00e9rite\u00a0! Alors musique maestro\u00a0! Toutefois je dois dire que j\u2019ai regrett\u00e9 de ne pas m\u2019attacher aux personnages et d\u2019avoir accroch\u00e9 \u00e0 la d\u00e9marche, le contenu, la composition \u2026 Dommage de ne pas fr\u00e9mir et de ne pas avoir ressenti de sympathie \/d\u2019empathie pour les hommes et les femmes qui peuplent ces pages\u2026 <span data-offset-key=\"17umm-0-0\">Un chef d&rsquo;\u0153uvre ( \u00e0 ranger avec les Umberto Eco et <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2609\">\u00ab\u00a0Boussole\u00a0\u00bb de <\/a><\/span><span class=\"_247o\" spellcheck=\"false\" data-offset-key=\"17umm-1-0\"><span data-offset-key=\"17umm-1-0\">Mathias Enard<\/span><\/span><span data-offset-key=\"17umm-2-0\"> )<\/span><\/p>\n<p><strong><em>Et je vous sugg\u00e8re de lire l\u2019article de Marc Ossorguine dans \u00ab\u00a0la cause litt\u00e9raire\u00a0\u00bb\u00a0: <\/em><\/strong><a href=\"http:\/\/www.lacauselitteraire.fr\/confiteor-jaume-cabre-2\">http:\/\/www.lacauselitteraire.fr\/confiteor-jaume-cabre-2<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Le pater Faluba nous a dit que les hommes n\u2019habitent pas un pays mais une langue. Et qu\u2019en tirant de l\u2019oubli des langues anciennes\u2026<\/p>\n<p>La seule langue morte \u00e0 \u00eatre bien vivante c\u2019est le latin.<\/p>\n<p>La politique internationale, ce ne sont pas les grands id\u00e9aux internationaux\u00a0: ce sont les grands int\u00e9r\u00eats internationaux.<\/p>\n<p>Avec des v\u00eatements la\u00efcs, Rome vous ouvrait de nombreuses portes\u00a0: ou elle ouvrait d\u2019autres portes, diff\u00e9rentes de celles qu\u2019ouvraient les soutanes.<\/p>\n<p>Oui, je me suis toujours beaucoup ennuy\u00e9, parce que ma maison n\u2019\u00e9tait pas une maison pens\u00e9e pour les enfants et que ma famille n\u2019\u00e9tait pas une famille pens\u00e9e pour les enfants.<\/p>\n<p>Mais la saison des orages arriva\u00a0: les trois ann\u00e9es de guerre\u00a0; Barcelone n\u2019\u00e9tait plus ni couleur s\u00e9pia ni grise, mais couleur de feu, d\u2019angoisse, de faim, de bombardements et de mort.<\/p>\n<p>Le silence qui suivit donna l\u2019impression qu\u2019il \u00e9tait en train de ranger mes mots dans sa poche, pour sa collection. Une fois bien rang\u00e9s, il revint \u00e0 la conversation.<\/p>\n<p>Il attrapa toutes les pr\u00e9cocit\u00e9s possibles et imaginables, comme d\u2019autres attrapent des rhumes et des infections.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 Sainte-Marie-de-Lagrasse qu\u2019il entendit parler pour la premi\u00e8re fois du Burgal, un couvent situ\u00e9 si loin de tout qu\u2019on disait que la pluie y arrivait fatigu\u00e9e et qu\u2019elle ne mouillait presque pas la peau<\/p>\n<p>Avec t\u00e9nacit\u00e9, il apprit \u00e0 explorer le chemin qui conduit aux abords de la sagesse. Il ne vit pas venir le bonheur mais il parvint \u00e0 une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 totale qui menait \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre, et il apprit \u00e0 sourire d\u2019une certaine fa\u00e7on.<\/p>\n<p>Na\u00eetre dans cette famille fut une erreur impardonnable, oui. Et il ne s\u2019\u00e9tait encore rien produit de grave.<\/p>\n<p>Chaque violon est une histoire. \u00c0 chaque violon, tu dois ajouter, outre le luthier qui l\u2019a cr\u00e9\u00e9, tous les violonistes qui en ont jou\u00e9.<\/p>\n<p>Je suis coupeur de bois, j\u2019\u00e9coute le bois. Mon m\u00e9tier, c\u2019est de faire chanter le bois, de choisir les arbres et les parties du tronc qui serviront ensuite pour que les ma\u00eetres luthiers en fassent un bon instrument, que ce soit une viole, un violon ou n\u2019importe quel autre instrument.<\/p>\n<p>celui qui fuit de lui-m\u00eame voit toujours l\u2019ombre de son ennemi le talonner et il ne s\u2019arr\u00eate jamais de courir, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il en cr\u00e8ve.<\/p>\n<p>Et tu sais ce que je pense\u00a0? Que ce bureau aussi, qui est mon univers, est comme un violon qui, tout au long de ma vie, aura accueilli diff\u00e9rentes personnes\u00a0: mon p\u00e8re, moi\u2026 toi parce que tu y es avec ton autoportrait, et va savoir qui d\u2019autre, parce que le futur est impossible \u00e0 comprendre.<\/p>\n<p>Si jeune, et le myst\u00e8re le d\u00e9rangeait d\u00e9j\u00e0. Impossible qu\u2019il devienne mon ami. Pas question.<\/p>\n<p>Et peu \u00e0 peu les pens\u00e9es revinrent s\u2019interposer entre les silences des deux hommes.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait un son qui avait l\u2019air d\u2019\u00eatre en velours et qui avait le parfum de je ne sais quelle fleur, mais dont je me souviens encore.<\/p>\n<p>Toute mon enfance \u00e0 la maison est enregistr\u00e9e dans ma t\u00eate comme des diapositives de peintures de Hopper, avec la m\u00eame solitude poisseuse et myst\u00e9rieuse. Et je m\u2019y vois comme un des personnages assis sur un lit d\u00e9fait, avec un livre abandonn\u00e9 sur une chaise nue, ou regardant par la fen\u00eatre ou assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une table d\u00e9garnie, contemplant un mur vide.<\/p>\n<p>Et si Hopper disait qu\u2019il peignait parce qu\u2019il ne pouvait pas dire \u00e7a avec des mots, moi j\u2019\u00e9cris avec des mots parce que, bien que je le voie, je suis incapable de le peindre.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai jamais eu l\u2019\u00e2ge pour rien. Ou j\u2019\u00e9tais trop jeune ou je suis trop vieux.<\/p>\n<p>Notre p\u00e8re \u00e9tait tr\u00e8s bavard, quand il \u00e9tait jeune. Ensuite, il semble qu\u2019il se soit transform\u00e9 en parapluie ferm\u00e9, en momie.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 la sophistique et \u00e0 sa rh\u00e9torique, les discours publics se sont transform\u00e9s en discours litt\u00e9raires et on a commenc\u00e9 \u00e0 les consid\u00e9rer comme des \u0153uvres d\u2019art dignes d\u2019\u00eatre conserv\u00e9es par \u00e9crit.<\/p>\n<p>Il avait raison sur un point, Euripide\u00a0: la raison humaine ne peut pas vaincre les puissances irrationnelles de l\u2019\u00e9motivit\u00e9 de l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p>Adri\u00e0, ce jour-l\u00e0, avait l\u2019humeur tr\u00e8s historique et<br \/>\n\u2014\u00a0Non\u00a0: c\u2019est dans ta vie que tu as l\u2019humeur historique. Pour toi, tout est histoire.<br \/>\n\u2014\u00a0C\u2019est plut\u00f4t que l\u2019histoire de n\u2019importe quelle chose explique l\u2019\u00e9tat pr\u00e9sent de cette chose quelconque.<\/p>\n<p>Le Dieu chr\u00e9tien est rancunier et vengeur. Si tu commets une faute et que tu ne t\u2019en repens pas, il te punit de l\u2019enfer \u00e9ternel.<\/p>\n<p>Le mal. Pourquoi ton Dieu le permet-il\u00a0? Il n\u2019\u00e9vite pas le mal\u00a0: il se contente de punir le m\u00e9chant par le feu \u00e9ternel. Pourquoi n\u2019\u00e9vite-t-il pas le mal\u00a0? Tu as une r\u00e9ponse\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0Non\u2026 Eh bien\u2026 Dieu respecte la libert\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Maintenant que toute l\u2019Europe est en guerre, je vois que j\u2019avais raison. Rien n\u2019a de sens, Dieu n\u2019existe pas et les hommes doivent se d\u00e9fendre comme ils le peuvent des ravages de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>La guerre exacerbe la partie la plus bestiale de la nature humaine. Mais le Mal pr\u00e9existe \u00e0 la guerre et ne d\u00e9pend d\u2019aucune ent\u00e9l\u00e9chie, il d\u00e9pend des \u00eatres humains.<\/p>\n<p>Goethe l\u2019avait bien dit. Les personnages qui essaient de r\u00e9aliser \u00e0 l\u2019\u00e2ge m\u00fbr le d\u00e9sir de leur jeunesse font fausse route. Pour les personnages qui n\u2019ont pas su trouver ou n\u2019ont pas connu le bonheur le moment voulu, il est trop tard, malgr\u00e9 tous leurs efforts.<\/p>\n<p>Maintenant j\u2019\u00e9tais un adulte, mais j\u2019avais du mal \u00e0 accepter que la vie se fait \u00e0 coup de morts.<\/p>\n<p>Que veut-il de plus\u00a0? C\u2019est ce que diraient la plupart des mortels. Mais pas lui. Sans doute, comme tous les mortels, est-il incapable de voir le bonheur qui est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui parce qu\u2019il est \u00e9bloui par celui qui est hors de port\u00e9e.<\/p>\n<p>[\u2026] toi, comment tu l\u2019as trouv\u00e9, mon livre\u00a0? \u2013 La question, la seule question qu\u2019un auteur ne peut pas poser impun\u00e9ment, sans courir le risque qu\u2019on y r\u00e9ponde.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Tu es toujours en train de penser.<br \/>\n\u2014\u00a0Oui.<br \/>\n\u2014\u00a0Mais tu penses toujours loin d\u2019ici. Tu es toujours ailleurs.<\/p>\n<p>Une fois qu\u2019on a go\u00fbt\u00e9 \u00e0 la beaut\u00e9 artistique, la vie change. Une fois qu\u2019on a entendu chanter le ch\u0153ur Monteverdi, la vie change. Une fois qu\u2019on a contempl\u00e9 Vermeer de pr\u00e8s, la vie change. Quand on a lu Proust, on n\u2019est plus le m\u00eame. Ce que je ne sais pas, c\u2019est pourquoi.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Les \u0153uvres d\u2019art sont d\u2019une infinie solitude, disait Rilke.<\/p>\n<p>Et on a fait des mus\u00e9es pour s\u2019en souvenir. Mais il manque une chose\u00a0: la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue, et cela ne peut pas \u00eatre transmis par une \u00e9tude.<\/p>\n<p>Tuer au nom de Dieu ou au nom de l\u2019avenir, cela revient au m\u00eame. Quand la justification est id\u00e9ologique, l\u2019empathie et le sentiment de compassion disparaissent. On tue froidement, sans que la conscience en soit affect\u00e9e. Comme dans le crime gratuit d\u2019un psychopathe.<\/p>\n<p>Un livre qui ne m\u00e9rite pas d\u2019\u00eatre relu ne m\u00e9ritait pas davantage d\u2019\u00eatre lu.<\/p>\n<p>\u00c0 mon \u00e2ge, je commen\u00e7ais \u00e0 apprendre que plus que les choses, ce qui est important c\u2019est l\u2019espoir qu\u2019on projette sur elles. C\u2019est ce qui nous rend humains.<\/p>\n<p>Thomas Hobbes \u00e9tait en train d\u2019essayer de me convaincre que je devais choisir entre la libert\u00e9 et l\u2019ordre parce que sinon le loup viendrait, le loup que j\u2019ai vu si souvent dans la nature humaine en passant en revue l\u2019histoire, ou les connaissances.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, le ton de ta voix s\u2019est oxyd\u00e9 et je me sentais attaqu\u00e9 et offens\u00e9, parce que ta voix oxyd\u00e9e m\u2019accusait d\u2019une faute dont je ne m\u2019\u00e9tais pas senti coupable jusqu\u2019alors\u00a0: l\u2019horrible faute d\u2019\u00eatre le fils de mon p\u00e8re.<\/p>\n<p>Au dix-huiti\u00e8me, si on n\u2019\u00e9tait pas emperruqu\u00e9, maquill\u00e9, avec des talons et des bas, on ne vous laissait pas entrer dans les salons. Aujourd\u2019hui, un homme maquill\u00e9, avec une perruque, des talons et des bas, on l\u2019enferme en prison sans lui poser la moindre question.<\/p>\n<p>Les violons sont vivants. Le bois du violon est comme le vin. Il travaille lentement et il aime sentir la tension des cordes\u00a0; il s\u2019enrichit quand on le fait sonner, il aime vivre \u00e0 une temp\u00e9rature agr\u00e9able, pouvoir respirer, ne pas recevoir de coups, \u00eatre toujours propre\u2026<\/p>\n<p><strong>Info\u00a0<\/strong>: si vous \u00eates perdus, il y a une carte des personnages qui a \u00e9t\u00e9 faite\u00a0: <a href=\"http:\/\/biblosespriu.blogspot.com\/2012\/09\/jo-confesso-de-jaume-cabre.html\">http:\/\/biblosespriu.blogspot.com\/2012\/09\/jo-confesso-de-jaume-cabre.html<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Info\u00a0<\/strong>: En savoir plus sur\u00a0l\u2019un des derniers luthiers de Cr\u00e9mone: Lorenzo Storioni\u00a0(XVIII\u00e8me si\u00e8cle): <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Lorenzo_Storioni\">https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Lorenzo_Storioni<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: N\u00e9 \u00e0 Barcelone en 1947, Jaume Cabr\u00e9 est l\u2019un des \u00e9crivains catalans les plus reconnus par la critique et les lecteurs, r\u00e9compens\u00e9 par le prix d\u2019honneur des Lettres catalanes en 2010. En 2013 a paru chez Actes Sud son magistral roman Confiteor. Actes Sud, 4.09.2013 \u2013 784 pages \/ Babel, 04.05.2016, 920 pages \u2013 &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8091\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":8092,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[7,36,23,44,105],"tags":[624,254,197,94,563,455,419,258,592,314,111,681],"class_list":["post-8091","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-romans-histoire","category-barcelone","category-espagne","category-catalan","category-roman","tag-allemagne-nazie","tag-amitie","tag-amour","tag-art","tag-culpabilite","tag-ecriture","tag-isolement","tag-memoire","tag-musique","tag-rapports-familiaux","tag-solitude","tag-violon"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8091","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8091"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8091\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8098,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8091\/revisions\/8098"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/8092"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8091"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8091"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8091"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}