{"id":8155,"date":"2019-03-24T11:09:49","date_gmt":"2019-03-24T10:09:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8155"},"modified":"2020-10-14T16:23:42","modified_gmt":"2020-10-14T14:23:42","slug":"rash-ron-le-chant-de-la-tamassee-2004-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8155","title":{"rendered":"Rash, Ron \u00abLe chant de la Tamassee\u00bb (2004\/2016)"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Ron Rash, n\u00e9 en Caroline du Sud en 1953, a grandi \u00e0 Boiling Springs et obtenu son doctorat de litt\u00e9rature anglaise \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Clemson. Il vit en Caroline du Nord et enseigne la litt\u00e9rature \u00e0 la Western Carolina University. Il a \u00e9crit \u00e0 ce jour quatre recueils de po\u00e8mes, six recueils de nouvelles \u2013 dont<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1759\"><em>\u00a0Incandescences\u00a0<\/em><\/a>(Seuil, 2015), laur\u00e9at du prestigieux Frank O\u2019Connor Award, et cinq autres romans, r\u00e9compens\u00e9s par divers prix litt\u00e9raires : Sherwood Anderson Prize, O. Henry Prize, James Still Award.\u00a0<em><a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11945\">Un pied au paradis<\/a> (2002 \/ 2009) <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8155\">Le Chant de la Tamassee<\/a> (2004 \/ 2016), Le Monde \u00e0 l\u2019endroit (2006 \/ 2012) , Serena (2008 \/ 2011) , <\/em><a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=41\"><em>Une terre d\u2019ombre\u00a0<\/em><\/a>(2012\/ 2014) , <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6131\"><em>Par le vent pleur\u00e9<\/em><\/a> (2016 \/ 2017), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8323\">Un silence brutal<\/a> (2019)<\/p>\n<p>Editions du Seuil \u2013 14.01.2016 &#8211; 231 pages \/ titre original\u00a0: \u00ab\u00a0Saints at the River\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: La Tamassee, prot\u00e9g\u00e9e par le Wild and Scenic Rivers Act, dessine une fronti\u00e8re entre la Caroline du Sud et la G\u00e9orgie. Ruth Kowalsky, 12 ans, venue pique-niquer en famille sur sa rive, fait le pari de poser un pied dans chaque \u00c9tat et se noie. Les plongeurs du cru ne parviennent pas \u00e0 d\u00e9gager son corps, coinc\u00e9 sous un rocher \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019une chute. Inconscient des dangers encourus, son p\u00e8re d\u00e9cide de faire installer un barrage amovible qui permettra de d\u00e9tourner le cours de l\u2019eau. Les environnementalistes locaux s\u2019y opposent : l\u2019op\u00e9ration perturbera l\u2019\u00e9tat naturel de leur rivi\u00e8re, qui b\u00e9n\u00e9ficie du label \u00ab sauvage \u00bb. Les deux camps s&rsquo;affrontent violemment tandis que le cirque m\u00e9diatique se d\u00e9cha\u00eene de r\u00e9pugnante mani\u00e8re et que des enjeux plus importants que la digne s\u00e9pulture d&rsquo;une enfant apparaissent\u2026<\/p>\n<p>Le Chant de la Tamassee, deuxi\u00e8me roman de Ron Rash \u2013 publi\u00e9 aux \u00c9tats-Unis avant Le Monde \u00e0 l\u2019endroit \u2013, est le plus repr\u00e9sentatif de l\u2019engagement de l\u2019auteur pour la protection de l\u2019environnement. Tout en d\u00e9crivant un drame humain d\u00e9chirant, il y rend hommage \u00e0 ses r\u00e9f\u00e9rences avou\u00e9es, Peter Matthiessen et Edward Abbey.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Petit \u00e0 petit, je continue ma d\u00e9couverte de cet auteur que j\u2019aime de plus en plus, tant pour son \u00e9criture po\u00e9tique que pour les th\u00e8mes qu\u2019il aborde. On retrouve ici les th\u00e8mes chers \u00e0 l\u2019auteur\u00a0: l\u2019environnement et les enfants. Le point de d\u00e9part est la noyade d\u2019une fillette, mais les deux personnages principaux sont \u00e0 mon avis la rivi\u00e8re et une jeune fille, Maggie, reporter photographe de 28 ans, originaire de l\u2019endroit o\u00f9 s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 le drame et qui revient sur place couvrir l\u2019\u00e9v\u00e9nement. La jeune femme va se trouver confront\u00e9e \u00e0 un pass\u00e9 qu\u2019elle avait tent\u00e9 de fuir. Elle va \u00e9galement \u00eatre le lien entre les habitants de la vall\u00e9e et les personnes qui vont se d\u00e9placer de la ville pour organiser la r\u00e9cup\u00e9ration du corps et le suivi m\u00e9diatique de la trag\u00e9die. Le pass\u00e9, les horreurs de la guerre, les secrets de famille, les conflits familiaux, les souvenirs d\u2019enfance et d\u2019adolescence, les d\u00e9ceptions et les regrets empoisonnent l\u2019endroit. Maggie va revoir son p\u00e8re qui est en train de mourir et \u00e0 qui elle n\u2019a jamais pardonn\u00e9 un drame qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 pendant son enfance C\u2019est aussi un roman sur le deuil, sur l\u2019absence, sur le pardon, sur la difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre parents. Chacun se bat pour ses croyances, chacun a sa vision des choses\u00a0; c\u2019est la confrontation de deux mondes, le monde rural et le monde des affaires, l\u2019\u00e9cologie et le monde de l\u2019argent.<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 est tout autre selon qu\u2019on regarde du point de vue des personnes concern\u00e9es (une victime, un homme d\u2019affaire, un politicien, un promoteur, un d\u00e9fenseur de la nature). Il en va de m\u00eame pour la photographie\u00a0: selon l\u2019angle de la prise de vue, selon l\u2019utilisation du grand angle ou du zoom, l\u2019\u00e9clairage de la sc\u00e8ne est diff\u00e9rent et pourtant la sc\u00e8ne est la m\u00eame, mais l\u2019intensit\u00e9 est diff\u00e9rente et la fa\u00e7on de partager l\u2019\u00e9v\u00e9nement est orient\u00e9e. Chacun se bat pour d\u00e9fendre ses opinions et ses id\u00e9es dans ce livre\u00a0: pour l\u2019amour, pour l\u2019argent, pour la science, pour la nature. Dans tout le roman, les vivants et les morts sont omnipr\u00e9sents et croyances et religions les accompagnent et se m\u00ealent dans les eaux de la rivi\u00e8re. Et le pass\u00e9 de chacun influe aussi sur la fa\u00e7on dont il va se positionner dans le d\u00e9bat\u00a0: faut-il ou non d\u00e9vier le cours de la rivi\u00e8re pour sortir le corps de la fillette de l\u2019eau\u2026<\/p>\n<p>Encore un magnifique livre de cet auteur. Je ne vais pas tarder \u00e0 enchainer sur ceux que je n&rsquo;ai pas encore lus.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>le comt\u00e9 d\u2019Oconee n\u2019est pas le c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres. C\u2019est \u00e0 quatre heures d\u2019ici, pas quatre si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Je suppose que les ayatollahs du politiquement correct me donneraient vingt coups de fouet si je disais \u201ccul-terreux\u201d<\/p>\n<p>La route \u00e0 deux voies monte en s\u2019enroulant comme un serpent noir qui grimpe \u00e0 un arbre.<\/p>\n<p>Un gars du comt\u00e9 va choisir ce gr\u00e2ce \u00e0 quoi il \u2013\u00a0lui ou du moins une bonne partie de ses voisins\u00a0\u2013 gagne sa vie.<\/p>\n<p>Le plus important, c\u2019est que la Tamassee a obtenu le label \u201crivi\u00e8re sauvage\u201d, moyennant quoi la loi f\u00e9d\u00e9rale interdit d\u2019en perturber le cours naturel.<\/p>\n<p>C\u2019est agr\u00e9able de savoir qu\u2019il existe dans le monde quelque chose qui n\u2019est pas d\u00e9natur\u00e9. Quelque chose qu\u2019on ne peut ni acheter ni couper en morceaux pour que quelqu\u2019un en tire de l\u2019argent.<\/p>\n<p>Une rivi\u00e8re sauvage, \u00e7a ne peut ni se renouveler ni se reconstituer une fois qu\u2019elle a disparu.<\/p>\n<p>Tout ce avec quoi nous pouvions nous blesser, nous l\u2019avions dit. Nous \u00e9tions donc rest\u00e9s plant\u00e9s l\u00e0 en silence, papa et moi, comme des boxeurs qui ont ass\u00e9n\u00e9 leurs meilleurs coups et constatent que leur adversaire est toujours debout.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas de fille, a-t-il dit, d\u2019une voix qui n\u2019\u00e9tait plus belliqueuse mais presque tendre. Pourtant, si j\u2019en avais une, qu\u2019elle \u00e9tait morte et que je savais que rien ne lui rendrait la vie, je ne vois pas de meilleur endroit que la Tamassee o\u00f9 je voudrais que son corps repose. Je voudrais qu\u2019elle soit l\u00e0 o\u00f9 elle ferait partie de quelque chose de pur, de bon, d\u2019immuable, ce qui nous reste de plus proche du paradis. Dites-moi o\u00f9, sur cette plan\u00e8te, il y a un endroit plus beau et plus serein.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 un homme qui toute sa vie \u00e9tait parvenu \u00e0 ce que les choses s\u2019accomplissent \u00e0 force de col\u00e8re, d\u2019intimidation et de volont\u00e9, mais aussi qui avait appris que rien de ce qui avait fait de lui un brillant homme d\u2019affaires ne pouvait lui rendre son enfant.<\/p>\n<p>Lire son livre m\u2019avait pouss\u00e9e \u00e0 me demander \u2013\u00a0et ce n\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs pas la premi\u00e8re fois dans ma vie\u00a0\u2013 si voir trop de souffrance pouvait vous d\u00e9vaster le c\u0153ur.<\/p>\n<p>Un clich\u00e9 n\u2019en devient un que parce qu\u2019il se r\u00e9p\u00e8te.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait ce que croyaient les Celtes \u2013\u00a0que l\u2019eau \u00e9tait un passage vers l\u2019autre monde.<\/p>\n<p>Le soleil avait bu \u00e0 petites gorg\u00e9es ce qui restait de ros\u00e9e sur les toiles d\u2019araign\u00e9es<\/p>\n<p>Lorsque je prenais une photo, je ne voulais pas de silence high-tech. Je voulais le d\u00e9clic m\u00e9canique, la fa\u00e7on qu\u2019il avait de m\u2019indiquer, tel un pi\u00e8ge qui se referme, que j\u2019avais captur\u00e9 quelque chose. Je voulais que le processus soit visc\u00e9ral.<\/p>\n<p>Il m\u2019avait montr\u00e9 que la Tamassee n\u2019\u00e9tait pas une seule mais de multiples rivi\u00e8res, selon l\u2019\u00e9poque de l\u2019ann\u00e9e, l\u2019abondance des pluies, la visibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour lui, en noir et blanc on voyait l\u2019essentiel, la couleur n\u2019\u00e9tait que d\u00e9coration et distraction.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e7a, la nature sauvage \u2013\u00a0la nature selon ses conditions, pas les n\u00f4tres, et il n\u2019y a pas d\u2019entre-deux.<\/p>\n<p>La tradition de se transmettre le feu est n\u00e9e au c\u0153ur de l\u2019\u00c9cosse.<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois que le chagrin pouvait \u00eatre purifi\u00e9 en se transformant en chanson, ai-je soudain pens\u00e9. Tout comme un morceau de charbon est purifi\u00e9 en se transformant en diamant.<\/p>\n<p>Sous l\u2019\u00e9clairage rouge d\u2019une chambre noire, tout est gris. Vos mains sont sans vie. Le bain d\u2019arr\u00eat vous emplit les narines et le ventre comme du formol. C\u2019est peut-\u00eatre normal, au fond, car ce que fait un photographe, c\u2019est embaumer quelque chose ou quelqu\u2019un dans une \u00e9ternit\u00e9 encadr\u00e9e et fig\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais on ne peut pas serrer la bride au temps. Il avance sans jamais s\u2019arr\u00eater, nous emportant avec lui quel que soit notre d\u00e9sir qu\u2019il en soit autrement.<\/p>\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre ce qui arrive quand les gens grandissent quelque part o\u00f9 les montagnes les encerclent, retiennent tout repli\u00e9 vers l\u2019int\u00e9rieur, cr\u00e9ent une zone tampon entre eux et le reste du monde. Combien de temps faut-il pour que ce paysage se trouve int\u00e9rioris\u00e9, se transmette de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, tout comme le groupe sanguin ou la couleur des yeux\u00a0?<\/p>\n<p>Un pasteur de l\u2019\u00c9glise de Dieu, \u00e0 Mountain View, nous avait accus\u00e9s d\u2019\u00eatre de \u00ab\u00a0faux proph\u00e8tes\u00a0\u00bb rendant un culte \u00e0 la nature plut\u00f4t qu\u2019au Cr\u00e9ateur, comme si l\u2019une ne faisait pas partie de l\u2019autre.<\/p>\n<p>nous sommes tellement absorb\u00e9 par notre propre existence que nous en oublions que rien ne compte davantage que nos enfants.<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas un souvenir qui me convenait, car je ne pouvais pas bien ins\u00e9rer cette image dans la photo en noir et blanc que je m\u2019\u00e9tais cr\u00e9\u00e9e de mon pass\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0\u00a0Tamassee, beaucoup de personnes \u00e2g\u00e9es croyaient que les miroirs servaient de points de passage entre les vivants et les morts\u00a0; apr\u00e8s les enterrements, tous les miroirs d\u2019une maison \u00e9taient voil\u00e9s pour emp\u00eacher le d\u00e9funt de revenir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Auteur\u00a0: Ron Rash, n\u00e9 en Caroline du Sud en 1953, a grandi \u00e0 Boiling Springs et obtenu son doctorat de litt\u00e9rature anglaise \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Clemson. 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