{"id":8179,"date":"2019-03-30T19:30:09","date_gmt":"2019-03-30T18:30:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8179"},"modified":"2022-10-04T17:03:45","modified_gmt":"2022-10-04T15:03:45","slug":"collette-sandrine-animal-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8179","title":{"rendered":"Collette, Sandrine \u00ab Animal \u00bb (2019)"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Sandrine Collette passe un bac litt\u00e9raire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique. Elle devient charg\u00e9e de cours \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Nanterre, travaille \u00e0 mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.<\/p>\n<p>Elle d\u00e9cide de composer une fiction et sur les conseils d\u2019une amie, elle adresse son manuscrit aux \u00e9ditions Deno\u00ebl, d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 relancer, apr\u00e8s de longues ann\u00e9es de silence, la collection \u00ab\u00a0Sueurs froides\u00a0\u00bb, qui publia Boileau-Narcejac et S\u00e9bastien Japrisot. Il s\u2019agit \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1222\">Des n\u0153uds d\u2019acier\u00a0\u00bb, <\/a><\/span>publi\u00e9 en 2013 et qui obtiendra le grand prix de litt\u00e9rature polici\u00e8re ainsi que le Prix litt\u00e9raire des lyc\u00e9ens et apprentis de Bourgogne. Le roman raconte l\u2019histoire d\u2019un prisonnier lib\u00e9r\u00e9 qui se retrouve pi\u00e9g\u00e9 et enferm\u00e9 par deux fr\u00e8res pour devenir leur esclave. En 2014, Sandrine Collette publie son second roman\u00a0: \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=391\">Un vent de cendres<\/a><\/span>\u00a0\u00bb (chez Deno\u00ebl). Le roman commence par un tragique accident de voiture et se poursuit, des ann\u00e9es plus tard, pendant les vendanges en Champagne. Le roman revisite le conte La Belle et la B\u00eate. Pour la revue Lire, \u00ab\u00a0les r\u00e9ussites successives Des n\u0153uds d\u2019acier et d\u2019Un vent de cendres n\u2019\u00e9taient donc pas un coup du hasard\u00a0: Sandrine Collette est bel et bien devenue l\u2019un des grands noms du thriller fran\u00e7ais. Une fois encore, elle montre son savoir-faire imparable dans \u00ab\u00a0Six fourmis blanches\u00a0\u00bb(2015). \u00ab\u00a0Il reste la poussi\u00e8re\u00a0\u00bb obtient le Prix Landerneau du polar 2016. En 2017, elle publie \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4816\">Les Larmes noires sur la terre<\/a>\u00a0<\/span>\u00bb. En 2018 elle sort\u00a0\u00ab<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6193\">Juste apr\u00e8s la vague\u00a0<\/a><\/span>\u00bb. \u00a0\u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8179\">Animal<\/a>\u00a0<\/span>\u00bb sort en 2019, suivi de \u00ab\u00a0Et toujours les for\u00eats\u00a0\u00bb (2020), \u00ab\u00a0Ces orages-l\u00e0\u00a0\u00bb (2021), \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17008\">On \u00e9tait des loups<\/a><\/span>\u00a0\u00bb (2022)<\/p>\n<p>Deno\u00ebl (Collection : Sueurs froides) &#8211; 07.03.2019 \u2013 283 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Dans l&rsquo;obscurit\u00e9 dense de la for\u00eat n\u00e9palaise, Mara d\u00e9couvre deux tr\u00e8s jeunes enfants ligot\u00e9s \u00e0 un arbre. Elle sait qu&rsquo;elle ne devrait pas s&rsquo;en m\u00ealer. Pourtant, elle les d\u00e9livre, et fuit avec eux vers la grande ville o\u00f9 ils pourront se cacher. Vingt ans plus tard, dans une autre for\u00eat, au milieu des volcans du Kamtchatka, d\u00e9barque un groupe de chasseurs. Parmi eux, Lior, une Fran\u00e7aise. Comment cette jeune femme peut-elle \u00eatre aussi exalt\u00e9e par la chasse, voil\u00e0 un myst\u00e8re que son mari, qui l&rsquo;adore, n&rsquo;a jamais r\u00e9solu.<br \/>\nQuand elle chasse, le regard de Lior tourne \u00e0 l&rsquo;\u00e9trange, son pas devient souple. Elle semble partie prenante de la nature, dou\u00e9e d&rsquo;un flair aff\u00fbt\u00e9, dangereuse. Elle a quelque chose d&rsquo;animal. Cette fois, guid\u00e9s par un vieil homme \u00e0 la parole rare, Lior et les autres sont lanc\u00e9s sur les traces d&rsquo;un ours. Un ours qui les a rep\u00e9r\u00e9s, bien s\u00fbr. Et qui va entra\u00eener Lior bien au-del\u00e0 de ses limites, la for\u00e7ant \u00e0 affronter enfin la v\u00e9rit\u00e9 sur elle-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: R\u00e9guli\u00e8rement je lis les Sandrine Collette et r\u00e9guli\u00e8rement je n\u2019accroche pas\u00a0! Mis \u00e0 part le magnifique \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4816\">Les Larmes noires sur la terre<\/a>\u00a0\u00bb, c\u2019est trop de violence pour moi\u2026 Poursuivre le mal jusqu\u2019au bout du bout, plus loin, toujours plus loin\u2026 \u00e0 la lisi\u00e8re de la folie, pas \u00e0 dire\u2026 Ca coince\u2026 Trop d\u2019horreur tue ma capacit\u00e9 d\u2019appr\u00e9cier\u2026 Chasse \u00e0 l\u2019ours ou chasse au tigre\u2026 nonnnnnnnn\u00a0! Il y a des sc\u00e8nes atroces dans ce livre. Et pas uniquement dans la description de l\u2019app\u00e2t\u2026 Et pourtant\u2026 J\u2019ai bien ressenti par moments la vie de cette femme qui chasse \u2026 son pass\u00e9\u2026 elle le traque comme elle va suivre la trace du gibier, aux aguets, tous les sens en alerte, pour essayer de conjurer ses premi\u00e8res ann\u00e9es dont elle ne se souvient pas. Elle va aller au bout d\u2019elle-m\u00eame pour essayer de se retrouver.<\/p>\n<p>La seule chose qui sauve un peu le c\u00f4t\u00e9 chasse c\u2019est l\u2019attitude de l\u2019ours qui joue avec son poursuivant\/poursuivi\u00a0; le chasseur \u00ab\u00a0manipul\u00e9\u00a0\u00bb par sa proie et qui devient le chass\u00e9\u00a0: bien \u00e9videmment que l\u2019animalit\u00e9 ne soit pas dans les 4 pattes mais dans le 2 pattes., c\u2019est pas un scoop. Mais je n\u2019ai pas eu besoin d\u2019attendre ce livre pour le savoir. Le pire pr\u00e9dateur est l\u2019homme car il tue pour tuer et non pour se nourrir.<\/p>\n<p>Ce livre est le cheminement de Lior pour retrouver son pass\u00e9 qui est pour le moins qu\u2019on puisse dire bien occult\u00e9. Les descriptions sont saisissantes, tant des bidons-villes indiens que des sc\u00e8nes de safari-chasse.<\/p>\n<p>Alors d\u00e9ception\u00a0? non\u2026 juste une confirmation de plus que cette autrice ne me convient pas\u2026 La partie Kamtchatka passe encore, mais alors la partie N\u00e9pal qui suit, je n\u2019ai pas du tout adh\u00e9r\u00e9. Pour ce qui est du d\u00e9nouement\u2026 dans le genre capillotract\u00e9\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Quand on r\u00eave, on n\u2019entend que ce qu\u2019on veut.<\/p>\n<p>le bonheur, personne n\u2019en parlait, pour qu\u2019il existe, il fallait que \u00e7a se voie<\/p>\n<p>Il y avait le bidonville et sa pauvret\u00e9, la promiscuit\u00e9, les journ\u00e9es trop dures, le travail harassant et la nourriture qui suffisait \u00e0 peine\u00a0; mais juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, il y avait l\u2019abondance, les magasins remplis \u00e0 ras bord, les parfums de cuisine et des milliers d\u2019objets inconnus sur les \u00e9tals des boutiquiers, les halls brillants des h\u00f4tels, les restaurants inabordables qui faisaient rire les touristes tant c\u2019\u00e9tait bon march\u00e9, les moteurs des voitures rutilantes, les rues et les trottoirs immacul\u00e9s o\u00f9 rien ne puait.<\/p>\n<p>Il suivait les a\u00een\u00e9s comme on suit des dieux, capable de tenir le rythme de leur course, souffle coup\u00e9, la joie et l\u2019idol\u00e2trie dans les yeux, un jour il serait comme eux.<\/p>\n<p>La couleur du sang sur l\u2019herbe, sur la roche, sur la neige, c\u2019\u00e9tait leur unique point de discorde, il n\u2019en d\u00e9mordait pas, il n\u2019y avait pas de po\u00e9sie dans le sang qui coule \u2013 toute cette vie dedans, disait-elle \u2013 il r\u00e9pondait\u00a0: tout est d\u00e9j\u00e0 mort.<\/p>\n<p>Il avait d\u00e9cid\u00e9 de faire table rase du pass\u00e9, comme si rien n\u2019avait exist\u00e9 avant eux deux.<br \/>\nBien s\u00fbr que c\u2019\u00e9tait faux. Mais il fallait vivre, \u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Ils partaient de la certitude que chacun comprenait ce qu\u2019ils voulaient dire \u2013 et tous ils hochaient la t\u00eate d\u2019un air entendu, bien s\u00fbr qu\u2019ils saisissaient, qu\u2019ils devinaient, qu\u2019ils appr\u00e9ciaient d\u2019un claquement de langue ou d\u2019un petit rire, ils \u00e9taient du m\u00eame monde, pour un week-end ou une semaine.<\/p>\n<p>Ils parlent du maintien des effectifs, de l\u2019\u00e9quilibre des esp\u00e8ces. Vivent dans un monde de mensonges qu\u2019ils se servent \u00e0 eux-m\u00eames\u00a0: ils sont l\u00e0 pour le sang et rien d\u2019autre, pour ce geste que nulle part ils n\u2019ont plus le droit de commettre entre eux, et dont ils r\u00eavent tout \u00e9veill\u00e9s \u2013 armer, viser, tuer. Tant pis si ce ne sont que des b\u00eates.<\/p>\n<p>Menteurs, tous les deux, contre le monde entier. L\u2019important, c\u2019est <em>tous les deux<\/em>.<\/p>\n<p>Ils ne le l\u00e2cheront pas. Ainsi sont-ils constitu\u00e9s, ces \u00eatres qui avancent en plein jour sans jamais chercher \u00e0 se dissimuler, ces pr\u00e9dateurs supr\u00eames. Comme il les craint, et comme il les hait.<\/p>\n<p>Trop de fatigue. <em>Tant pis<\/em>, se dit-il. Ces moments o\u00f9 l\u2019extr\u00eame \u00e9puisement rend tout le reste futile, m\u00eame la peur de mourir.<\/p>\n<p>Alors lui aussi, il acc\u00e9l\u00e8re, parce qu\u2019il craint la nuit. Ils ne connaissent pas, eux. Ni l\u2019\u00e9vanouissement du jour en quelques minutes, ni l\u2019emprise d\u2019une autre vie d\u00e8s lors que l\u2019obscurit\u00e9 s\u2019est abattue sur la terre. Ici, les nuits sont noires.<\/p>\n<p>Le silence, c\u2019est la mort. Tout ce qui vit bruit, frissonne, miaule, craque, fr\u00f4le, siffle, ronfle. Les cimeti\u00e8res, eux, sont peupl\u00e9s de silence \u2013 et de chats qui ne disent rien.<\/p>\n<p>La source est toujours dans l\u2019enfance.<br \/>\nUn traumatisme.<br \/>\nUn peu de folie qui passait par l\u00e0.<\/p>\n<p>Elle surveille la fragilit\u00e9 qui s\u2019estompe au-dedans d\u2019elle. Elle sent la transformation comme si un second c\u0153ur lui poussait dans la poitrine, l\u2019\u00e9lan qui la gagne et la d\u00e9borde.<br \/>\nNa\u00eetre, tout simplement.<br \/>\nMais pas comme la premi\u00e8re fois\u00a0: aujourd\u2019hui, elle est immortelle.<\/p>\n<p>Des parties de course derri\u00e8re des gibiers qui ne demandent qu\u2019\u00e0 vivre, guid\u00e9es par le seul d\u00e9sir du sang, puisqu\u2019il n\u2019y a rien d\u2019autre.<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, jamais elle n\u2019avait eu aussi peur.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs bien au-del\u00e0 de la peur, l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a plus de mots. L\u2019instant o\u00f9 les pens\u00e9es s\u2019effacent et o\u00f9 le c\u0153ur s\u2019arr\u00eate. Une sorte de vide absolu, o\u00f9 l\u2019on n\u2019est plus tout \u00e0 fait vivant et plus tout \u00e0 fait un homme. Le moment o\u00f9 les gestes ne se font plus alors m\u00eame qu\u2019on les conna\u00eet depuis toujours, o\u00f9 les yeux voient sans qu\u2019il se passe rien, parce que l\u2019\u00e2me s\u2019est mise en suspens. Un retrait de soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Cependant ils ont raison sur un point\u00a0: le meilleur moyen de survivre au tigre, c\u2019est de ne pas le rencontrer.<\/p>\n<p>Des retrouvailles, on s\u2019imagine toujours que cela va \u00eatre formidable\u00a0; on se fait joli, on se fait des films, des r\u00eaves dans tous les sens. Et puis on se rend compte qu\u2019on n\u2019a rien \u00e0 se dire, et quelque chose se froisse \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, que rien n\u2019arrivera \u00e0 lisser \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>\u00c0 sa fa\u00e7on \u2013 une nouvelle fa\u00e7on \u2013, elle chasse.<br \/>\nElle cherche le pass\u00e9. Elle cherche un signe, un visage, un d\u00e9clic.<\/p>\n<p>Le destin, \u00e7a tourne dans n\u2019importe quel sens.<br \/>\nLe destin, cela vous endort comme si tout allait bien \u2013 pour mieux vous surprendre ensuite.<\/p>\n<p>La douleur de ne pas savoir.<br \/>\nQui elle \u00e9tait, avant. Et avec qui.<br \/>\nSi seulement il y avait des photos. Si seulement il y avait la m\u00e9moire.<\/p>\n<p>la compagnie des b\u00eates avait fait de lui une sorte d\u2019animal humain, la solitude absolue avait ferm\u00e9 son c\u0153ur et ab\u00eem\u00e9 sa t\u00eate.<\/p>\n<p>Il a per\u00e7u cette extr\u00eame volatilit\u00e9 chez elle, comme un courant d\u2019air que l\u2019on voudrait prendre entre les mains pour le saisir\u00a0; vain espoir, quand il ne reste qu\u2019un parfum ou le souvenir d\u2019une \u00e9tincelle au fond des yeux, quand l\u2019autre n\u2019est plus l\u00e0, que l\u2019horizon reste d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment vide.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Auteur\u00a0: Sandrine Collette passe un bac litt\u00e9raire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique. 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