{"id":8241,"date":"2019-04-10T09:59:32","date_gmt":"2019-04-10T07:59:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8241"},"modified":"2021-04-24T11:52:04","modified_gmt":"2021-04-24T09:52:04","slug":"vann-david-goat-mountain-rl2014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8241","title":{"rendered":"Vann, David \u00ab Goat Mountain \u00bb (2014)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: David Vann est n\u00e9 en 1966 sur l\u2019\u00eele Adak, en Alaska, et y a pass\u00e9 une partie de son enfance avant de s\u2019installer en Californie avec sa m\u00e8re et sa s\u0153ur. Il a travaill\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019un premier roman pendant dix ans avant de r\u00e9diger en dix-sept jours, lors d\u2019un voyage en mer, le livre qui deviendra Sukkwan Island. Pendant douze ans, il cherche sans succ\u00e8s \u00e0 se faire publier aux \u00c9tats-Unis\u00a0: aucun agent n\u2019accepte de soumettre le manuscrit, jug\u00e9 trop noir, \u00e0 un \u00e9diteur. Ses difficult\u00e9s \u00e0 faire publier son livre le conduisent vers la mer\u00a0: il gagnera sa vie en naviguant pendant plusieurs ann\u00e9es dans les Cara\u00efbes et en M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir travers\u00e9 les \u00c9tats-Unis en char \u00e0 voile et parcouru plus de 40\u00a0000 milles sur les oc\u00e9ans, il \u00e9choue lors de sa tentative de tour du monde en solitaire sur un trimaran qu\u2019il a dessin\u00e9 et construit lui-m\u00eame. En 2005, il publie A mile down, r\u00e9cit de son propre naufrage dans les Cara\u00efbes lors de son voyage de noces quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t. Ce livre fait partie de la liste des best-sellers du Washington Post et du Los Angeles Times. Ce premier succ\u00e8s lui permet de gagner partiellement sa vie gr\u00e2ce \u00e0 sa plume et il commence \u00e0 enseigner. David Vann propose alors Sukkwan Island \u00e0 un concours de nouvelles qu\u2019il remporte et, en guise de prix, voit son livre publi\u00e9 en 2008 aux Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Massachusetts. L\u2019ouvrage est tir\u00e9 \u00e0 800 exemplaires puis r\u00e9imprim\u00e9 \u00e0 la suite de la parution d\u2019une excellente critique dans le New York Times. Au total, ce sont pourtant moins de 3\u00a0000 exemplaires de cette \u00e9dition qui seront distribu\u00e9s sur le march\u00e9 am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>Publi\u00e9 en France en janvier\u00a02010, <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2625\">Sukkwan Island <\/a>remporte imm\u00e9diatement un immense succ\u00e8s. Il remporte le prix M\u00e9dicis \u00e9tranger et s\u2019est vendu \u00e0 plus de 300\u00a0000 exemplaires. Port\u00e9 par son succ\u00e8s fran\u00e7ais, David Vann est aujourd\u2019hui traduit en dix-huit langues dans plus de soixante pays. Une adaptation cin\u00e9matographique par une soci\u00e9t\u00e9 de production fran\u00e7aise est en cours.<\/p>\n<p>David Vann est l\u2019auteur de <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2625\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">Sukkwan Island<\/span><\/em><\/a> , D\u00e9solations<em>, <\/em><a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8020\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">Impurs<\/span><\/em><\/a>, <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8241\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">Goat Mountain<\/span><\/em><\/a>, <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3953\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">Dernier jour sur terre<\/span><\/em><\/a>,\u00a0 <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3579\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">Aquarium<\/span><\/em><\/a>, L\u2019Obscure clart\u00e9 de l\u2019air, Un poisson sur la lune (2019), Le Bleu au-del\u00e0 (Nouvelles 2020), <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13389\">Komodo<\/a> <\/span>(2021)\u00a0 . Il partage aujourd\u2019hui son temps entre la Nouvelle-Z\u00e9lande o\u00f9 il vit et l\u2019Angleterre o\u00f9 il enseigne, tous les automnes, la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>Gallmeister (nature-writing) \u2013 04.09.2014 \u2013 256 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 :<\/strong> Automne 1978, nord de la Californie. C\u2019est l\u2019ouverture de la chasse sur les deux cent cinquante hectares du ranch de Goat Mountain o\u00f9 un gar\u00e7on de onze ans, son p\u00e8re, son grand-p\u00e8re et un ami de la famille se retrouvent comme chaque ann\u00e9e pour chasser. \u00c0 leur arriv\u00e9e, les quatre hommes aper\u00e7oivent au loin un braconnier qu\u2019ils observent \u00e0 travers la lunette de leur fusil. Le p\u00e8re invite son fils \u00e0 tenir l\u2019arme et \u00e0 venir regarder. Et l\u2019irr\u00e9parable se produit. De cet instant fig\u00e9 d\u00e9coule l\u2019\u00e9ternit\u00e9 : les instincts primitifs se mesurent aux cons\u00e9quences \u00e0 vie, les croyances universelles se heurtent aux r\u00e9sonances des trag\u00e9dies. Et le parcours initiatique du jeune gar\u00e7on, abandonn\u00e9 \u00e0 ses instincts sauvages, se poursuivra pendant plusieurs jours, entre chasse au gibier et chasse \u00e0 l\u2019homme.<\/p>\n<p>Soutenu par une prose po\u00e9tique, pr\u00e9cise et obs\u00e9dante, Goat Mountain est le nouveau roman provocant et visionnaire d\u2019un auteur au sommet de son art. Ce livre ambitieux contient en son essence l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Goat Mountain\u00a0\u00bb est le quatri\u00e8me roman de David Vann et cl\u00f4t un cycle romanesque inspir\u00e9 de son histoire familiale.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: je poursuis la d\u00e9couverte de l\u2019histoire familiale de l\u2019auteur. Le moins qu\u2019on puisse dire c\u2019est qu\u2019il faut avoir le c\u0153ur et l\u2019estomac bien accroch\u00e9s. Les pr\u00e9c\u00e9dents n\u2019\u00e9taient pas tristes, et celui-ci ne d\u00e9roge pas \u00e0 la r\u00e8gle\u2026<\/p>\n<p>D\u00e9cidemment\u00a0! Une fois de plus (comme c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas r\u00e9cemment avec \u00ab\u00a0Animal\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Sauvage\u00a0\u00bb) je suis repartie \u00e0 la chasse\u00a0! Moi qui n\u2019aime pas le massacre des animaux, je ne suis pas \u00e0 la f\u00eate ces temps-ci\u00a0!<\/p>\n<p>Un livre d\u2019une violence juste inou\u00efe \u00e0 tous les niveaux. 3 hommes et un enfant partent pendant 3 jours dans le domaine familial pour que le jeune gar\u00e7on de 11 ans deviennent un adulte en tuant son premier cerf. Trois hommes \u00e9troitement li\u00e9s puisque le jeune enfant (l\u2019auteur en l\u2019occurrence) part avec son p\u00e8re, son grand-p\u00e8re et un ami du p\u00e8re.). Un huis-clos dans une nature inhospitali\u00e8re, dans une atmosph\u00e8re irrespirable, au propre comme au figur\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e8s leur arriv\u00e9e dans le domaine, il y a une chose impensable qui se produit\u00a0; il y a quelqu\u2019un qui a r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019introduire sur leurs terres. Si on en croit la mentalit\u00e9 du groupe, c\u2019est juste inconcevable qu\u2019un braconnier foule leur sol. Alors, quand le p\u00e8re tend son fusil \u00e0 son fils pour que le petit puisse regarder car il est trop loin pour observer \u00e0 l\u2019\u0153il nu, le gamin va tirer\u00a0et tuer l\u2019homme\u00a0! Est-ce un accident\u00a0? Est-ce l\u2019instinct\u00a0? Est-ce le r\u00e9sultat de la violence dans laquelle il baigne depuis sa naissance\u00a0? Comprend-t-il ce qu\u2019il a fait\u00a0?<\/p>\n<p>Toujours est-il que les trois adultes ne voient pas son acte de la m\u00eame fa\u00e7on\u2026 Il y a celui qui veut le d\u00e9noncer, celui qui veut l\u2019abattre, celui qui veut tout \u00e9touffer et que la vie continue.<\/p>\n<p>Suivront 3 jours d\u2019affrontements tant physiques que psychologiques les trois hommes et l\u2019enfant vont se d\u00e9fier, se battre, tenter de s\u2019\u00e9liminer\u2026 Sans oublier le probl\u00e8me du cadavre, qui embarrasse tout le monde. Faut-il le faire dispara\u00eetre\u00a0?<\/p>\n<p>Les sc\u00e8nes de violence se suivent et m\u00eame la chasse au cerf est loin de se d\u00e9rouler selon les r\u00e8gles.<\/p>\n<p>On avait fait connaissance du p\u00e8re dans <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2625\"><em>Sukkwan Island<\/em><\/a> , le grand-p\u00e8re \u00e9tait \u00e9voqu\u00e9 dans <em>, <\/em><a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8020\"><em>Impurs<\/em><\/a><em>\u00a0<\/em>; On les retrouve ici r\u00e9unis les deux et il semblerait que l\u2019image du p\u00e8re, malgr\u00e9 sa violence, gagne en humanit\u00e9 \u2026<\/p>\n<p>Les paysages sont toujours aussi hostiles et merveilleusement d\u00e9crits\u00a0; les deux premiers livres se d\u00e9roulaient en Alaska, dans l\u2019enfer du froid, les deux suivants se situent dasn la fournaise californienne\u2026 \u00e0 tout prendre, je crois que la fournaise est encore pire.<\/p>\n<p>Mais quelle analyse impitoyable de la violence et de l\u2019\u00e2me humaine\u00a0! Et comment se construire apr\u00e8s une enfance pareille\u2026 On a du mal \u00e0 imaginer comment l\u2019auteur a pu trouver la force de vivre. A noter dans le roman la pr\u00e9sence de la religion et la mani\u00e8re dont l\u2019auteur l\u2019appr\u00e9hende.<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>Un cervid\u00e9 ne pouvait prendre que quelques formes et quelques couleurs, le reste n\u2019\u00e9tait qu\u2019arri\u00e8re-plan. Les yeux entra\u00een\u00e9s \u00e0 laisser s\u2019effacer l\u2019arri\u00e8re-plan, les yeux entra\u00een\u00e9s \u00e0 faire dispara\u00eetre le monde et \u00e0 ne laisser qu\u2019une cible.<\/p>\n<p>Ce qui m\u2019\u00e9chappe, c\u2019est la fa\u00e7on dont le cerveau cr\u00e9ait ce sentiment d\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9, dont il liait avec fluidit\u00e9 chaque pens\u00e9e et chaque mouvement, comme s\u2019ils s\u2019embo\u00eetaient tous parfaitement.<\/p>\n<p>Et si l\u2019on ne nous avait jamais enseign\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait mal de tuer un homme\u00a0? \u00c9prouverions-nous alors le m\u00eame sentiment face \u00e0 un \u00eatre humain\u00a0?<\/p>\n<p>J\u2019aimerais me rappeler ce que l\u2019on \u00e9prouvait, \u00e0 poss\u00e9der, \u00e0 appartenir. J\u2019en ai perdu la sensation. Je n\u2019ai plus de terres, \u00e0 pr\u00e9sent, et je ne peux plus rendre visite \u00e0 notre histoire.<\/p>\n<p>POURQUOI chassons-nous\u00a0? N\u2019est-ce pas pour retourner vers quelque chose de plus ancien\u00a0? Et Ca\u00efn n\u2019est-il pas ce qui nous attend dans chacun de ces temps anciens\u00a0?<\/p>\n<p>Les formes s\u2019\u00e9taient mu\u00e9es en couleurs. Mes pieds cherchant le marron clair de la terre, plate, \u00e9vitant les teintes plus sombres des branches tomb\u00e9es et le blanc gris\u00e2tre des souches, le rouge fonc\u00e9 de la d\u00e9composition. Le jaune, rien qu\u2019une illusion, un \u00e9cran, pareil \u00e0 l\u2019air, intangible. Les herbes s\u00e8ches \u00e0 travers lesquelles nous nagions, hautes jusqu\u2019\u00e0 ma taille par endroits. Virant pour \u00e9viter les chardons, les \u00e9pines d\u2019un vert et blanc laiteux.<\/p>\n<p>Jamais le bord d\u2019une flamme ne se brise ni ne se d\u00e9chire. Elle peut prendre n\u2019importe quelle forme, mais chaque changement est fluide, chaque contour est arrondi, chaque nouvelle vague na\u00eet de la pr\u00e9c\u00e9dente, compl\u00e8te et disparue. C\u2019est dans le feu ou dans l\u2019eau seuls qu\u2019on peut d\u00e9couvrir un corollaire \u00e0 ce myst\u00e8re ressenti, un visage de celui qu\u2019on pourrait \u00eatre, mais le feu est bien plus imm\u00e9diat. Dans le feu, nous n\u2019\u00e9prouvons jamais la solitude. Le feu est notre premier dieu.<\/p>\n<p>\u00c0 la lueur des flammes, leurs visages deux versions d\u2019un m\u00eame, s\u00e9par\u00e9s seulement par le temps.<\/p>\n<p>En l\u2019absence de compr\u00e9hension, la col\u00e8re est toujours une possibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Les m\u00eames pens\u00e9es que celle d\u2019un oiseau, des pens\u00e9es de rien, pas d\u2019esprit. Une \u00e2me glac\u00e9e cr\u00e9\u00e9e longtemps auparavant \u00e0 partir de tout et de rien, un oiseau, un reptile ou une roche.<\/p>\n<p>Les motifs du vent dans l\u2019herbe, balayant la colline en rafales arrondies qui se d\u00e9portaient, s\u2019\u00e9tiraient et disparaissaient \u00e0 nouveau. L\u2019argent\u00e9 chang\u00e9 en jaune, patientant encore, puis argent\u00e9 \u00e0 nouveau, press\u00e9 \u00e0 ras de terre.<\/p>\n<p>Ce que nous offre la nature, c\u2019est la dur\u00e9e, la promesse que lorsque nous paniquons, que nous sommes pris au pi\u00e8ge et que nous voulons \u00eatre n\u2019importe o\u00f9 ailleurs, cet instant s\u2019\u00e9tirera, continuera, grandira, empirera.<\/p>\n<p>Pas de boussole, dans la peur. Le monde tournoie et s\u2019incline, il ne peut pas \u00eatre constant. Pris au pi\u00e8ge, et perdu aussi, des serpents partout. Notre premi\u00e8re peur, le serpent, avec nous depuis le commencement, source de terreur, l\u2019incarnation ext\u00e9rieure de ce que nous sentons se tordre dans nos c\u0153urs.<\/p>\n<p>L\u2019enfer, c\u2019est le temps qui refuse de passer, son immensit\u00e9 qui attend encore de passer.<br \/>\nLe corps que nous tra\u00eenons en enfer, c\u2019est le n\u00f4tre, tout ce que nous avons \u00e9t\u00e9, le poids de cela, que nous tirons \u00e0 reculons sans voir o\u00f9 nous allons, exactement comme de notre vivant. Sans orientation, aveugles, inutiles.<\/p>\n<p>Nous ne sommes pas cens\u00e9s toucher les morts. C\u2019est la raison pour laquelle nous leur pr\u00e9parons une vie confortable dans l\u2019au-del\u00e0, afin qu\u2019ils ne tendent pas les bras vers nous. Nous esp\u00e9rons d\u00e9tourner leur attention, les occuper. Un enterrement est un espoir.<\/p>\n<p>La ch\u00e8vre, l\u2019aspect pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 du diable, le diable mi-homme, mi-ch\u00e8vre, capable de donner naissance \u00e0 l\u2019infini, sans cesse, \u00e0 chaque forme hybride, et quand il aura suffisamment peupl\u00e9 le monde de ses propres ombres, il se dressera.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait comme la plupart des gens, en somme. Continuant jour apr\u00e8s jour, d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, scandalis\u00e9 mais n\u2019agissant pas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: David Vann est n\u00e9 en 1966 sur l\u2019\u00eele Adak, en Alaska, et y a pass\u00e9 une partie de son enfance avant de s\u2019installer en Californie avec sa m\u00e8re et sa s\u0153ur. 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