{"id":8252,"date":"2019-04-13T16:58:22","date_gmt":"2019-04-13T15:58:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8252"},"modified":"2026-03-09T10:50:57","modified_gmt":"2026-03-09T08:50:57","slug":"rahimi-atiq-les-porteurs-deau-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8252","title":{"rendered":"Rahimi, Atiq \u00abLes Porteurs d\u2019eau\u00bb (2019)"},"content":{"rendered":"<p><strong>L\u2019auteur<\/strong>\u00a0: Atiq Rahimi vit la guerre d\u2019Afghanistan de 1979 \u00e0 1984, puis il se r\u00e9fugie au Pakistan. Apr\u00e8s avoir demand\u00e9 l\u2019asile politique \u00e0 la France, accord\u00e9 en 1984, il obtient son doctorat en audiovisuel \u00e0 la Sorbonne. En 1989, son fr\u00e8re, communiste, rest\u00e9 en Afghanistan, est assassin\u00e9, mais Atiq Rahimi n\u2019apprend sa mort qu\u2019un an plus tard.<\/p>\n<p>Son premier long-m\u00e9trage, Terre et cendres, pr\u00e9sent\u00e9 dans la section \u00ab Un certain regard \u00bb au Festival de Cannes 2004, a obtenu le prix Regard vers l\u2019avenir.<br \/>\nContrairement \u00e0 ses trois premiers romans \u00e9crits en persan, \u00ab\u00a0Syngu\u00e9 sabour\u00a0: Pierre de patience\u00a0\u00bb est directement \u00e9crit en fran\u00e7ais : \u00abIl me fallait une autre langue que la mienne pour parler des tabous \u00bb Il est r\u00e9compens\u00e9 par le prix Goncourt 2008.<\/p>\n<p><strong>Il a publi\u00e9\u00a0<\/strong>:\u00a0 Terre et Cendres\u00a0(2000) Les Mille Maisons du r\u00eave et de la terreur\u00a0(2002) Le Retour imaginaire (2005) \u2013 <span style=\"color: #000000;\"><em>Syngu\u00e9 sabour. Pierre de patience<\/em>,<\/span> (<em>2008 &#8211; lu avant la cr\u00e9ation du blog<\/em>) &#8211; \u00a0Maudit soit Dosto\u00efevski (2011) \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2455\">La Ballade du calame. Portrait intime.<\/a> (<\/span>2015) \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8252\">Les Porteurs d\u2019eau<\/a> <\/span>(2019) \u2013<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00ab\u00a0L&rsquo;invit\u00e9 du miroir\u00a0\u00bb<\/span> (2020) &#8211; <span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab\u00a0Si seulement la nuit\u00a0\u00bb<\/span> (RLH2022) &#8211; <span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab\u00a0Kabuliwalla, c&rsquo;est moi\u00a0\u00bb<\/span> (2026)<\/p>\n<p>Editeur\u00a0: P.O.L \u201303.01.2019 &#8211; 283 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: L\u2019action de ce nouveau roman d\u2019Atiq Rahimi se concentre en une seule journ\u00e9e\u00a0: le 11 mars 2001. Ce jour-l\u00e0, les Talibans d\u00e9truisent les deux Bouddhas de B\u00e2miyan, en Afghanistan\u2026<br \/>\nUn couple \u00e0 Paris au petit matin. Tom se l\u00e8ve et s\u2019appr\u00eate \u00e0 partir pour Amsterdam. Il a d\u00e9cid\u00e9 de quitter sa femme, Rina, qui dort pr\u00e8s de lui. Tom est afghan, commis-voyageur, exil\u00e9 en France. Il souffre de paramn\u00e9sie, la sensation obs\u00e9dante de d\u00e9j\u00e0-vu ou d\u00e9j\u00e0-v\u00e9cu. \u00c0 Amsterdam, il a rendez-vous avec sa ma\u00eetresse, une myst\u00e9rieuse Nuria. Mais elle a disparu. Lui croit que sa vie bascule quand une vieille femme, Rospinoza, lui r\u00e9v\u00e8lera une toute autre histoire&#8230;<br \/>\nUn couple \u00e0 Kaboul au petit matin. Y\u00fbsef se l\u00e8ve pour remplir sa t\u00e2che quotidienne de porteur d\u2019eau. Il risque sinon la col\u00e8re des Talibans et 97 coups de fouet sur le dos. Il doit s\u2019arracher \u00e0 la contemplation de Shirine, la femme de son fr\u00e8re, parti en exil. Candide et solitaire, il \u00e9prouve la naissance d\u2019un sentiment \u00e9trange, que lui r\u00e9v\u00e8le son ami, un marchand sikh afghan, converti au bouddhisme. Et c\u2019est lui, le petit porteur d\u2019eau, qui alors fera basculer la vie des siens\u2026<br \/>\nUn roman o\u00f9 se m\u00ealent les contes et la sagesse d\u2019autrefois, avec la cruaut\u00e9 de l\u2019histoire contemporaine, et deux destins parall\u00e8les, tragiques et bouleversants, qui sans jamais se croiser livrent un grand r\u00e9cit poignant, polyphonique, sur l\u2019exil, la m\u00e9moire, l\u2019amour et la libert\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: 20 ans apr\u00e8s, l\u2019auteur revient sur la journ\u00e9e du 11 mars 2001, sur le jour o\u00f9 les Talibans ont d\u00e9truit les deux\u00a0: Bouddhas de B\u00e2miyan on s\u2019indigne toujours de la disparition des monuments. Dans ce livre, il fait revivre le pass\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re du pr\u00e9sent\u00a0: si tout le monde s\u2019indigne pour les monuments d\u00e9truits, on semble moins s\u2019indigner pour les gens\u2026 et on finit par se demander ce qui est le plus important de l\u2019art ou de la vie humaine\u2026<\/p>\n<p>Kaboul, c\u2019est le lieu de naissance de l\u2019auteur et de son personnage. Dans ce livre on navigue entre deux mondes, deux pays (Afghanistan et France), entre deux personnages (Yusef et Tom). Dans \u00ab\u00a0<em>Pierre de Patience<\/em>\u00a0\u00bb, l\u2019auteur \u00e9voquait l\u2019arriv\u00e9e des Talibans. Le temps a pass\u00e9 depuis ce roman et est venu le temps de parler de la vie \u00e0 Kaboul et de la vie de l\u2019exil\u00e9, de celui qui doit trouver sa place entre deux cultures. Jamais un exil\u00e9, aussi bien int\u00e9gr\u00e9 soit-il n\u2019est totalement ancr\u00e9 dans sa r\u00e9alit\u00e9 car il est coup\u00e9 de ses racines. Alors il cherche sa voie, regrette la vie qu\u2019il aurait pu avoir et vit dans la nostalgie et les regrets, il doit faire de l\u2019errance une force et un atout et avancer.<\/p>\n<p>Un homme tombe amoureux et tente de rester fid\u00e8le \u00e0 ce qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 s\u2019il \u00e9tait rest\u00e9 dans son contexte\u00a0; quant au porteur d\u2019eau, il ne sait pas exprimer qui lui arrive\u00a0; il n\u2019a pas les mots \u00e0 mettre sur ce qu\u2019il \u00e9prouve et est d\u00e9muni face \u00e0 ses sentiments qu\u2019il ne sait pas ext\u00e9rioriser. C\u2019est le roman de deux \u00eatres confront\u00e9s au d\u00e9sir. Tom se parle \u00e0 lui-m\u00eame, comme s\u2019il se parlait dans un miroir\u00a0; il se tutoie, il parle \u00e0 son double. Il est en route\u00a0; en route entre deux femmes, en route entre son origine et son point de chute\u00a0; il est sur la route de l\u2019int\u00e9gration mais il n\u2019avance plus, il n\u2019y arrive pas, tout du moins il donne l\u2019impression d\u2019y arriver en apparence mais en profondeur il n\u2019y arrive pas.<\/p>\n<p>Tamim \/Tom\u00a0: deux facettes du m\u00eame homme \u00ab\u00a0Tom a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9, seulement pour vivre ce que Tamim ne pouvait pas vivre.\u00a0\u00bb Son \u00e2me profonde est cach\u00e9e dans le masque de la personne devenue fran\u00e7aise\u00a0; il a m\u00eame chang\u00e9 son pr\u00e9nom pour se fonde dans le moule mais au fond de lui, il recherche ses origines. Et ses origines se rappellent \u00e0 lui sous la forme d\u2019une jeune femme insaisissable qui l\u2019oblige \u00e0 se poser des questions sur son afghanit\u00e9 et le force \u00e0 regarder sa vie du point de vue de l\u2019int\u00e9rieur et non de la fa\u00e7ade qu\u2019il montre au monde.<\/p>\n<p>J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 le questionnement linguistique que pose l\u2019auteur. Deux cultures, deux langues, deux fa\u00e7ons de voir la vie. Peut-on \u00eatre \u00e0 la fois persan et fran\u00e7ais dans son c\u0153ur, dans son \u00e2me, dans la mani\u00e8re de concevoir et de vivre les \u00e9v\u00e9nements\u00a0?<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Y\u00fbsef, lui aussi est confront\u00e9 \u00e0 l\u2019amour, \u00e0 une sensation et une situation qui le d\u00e9passe et qu\u2019il ne comprend pas.<\/p>\n<p>Les deux hommes sont \u00e0 la recherche d\u2019eux-m\u00eames et les couples Tom\/ Y\u00fbsef et Nuria\/ Shirine sont un effet miroir du m\u00eame questionnement.<\/p>\n<p>Une fois encore je suis sous le charme de cet \u00e9crivain, de ses histoires et de sa langue.<\/p>\n<p><strong>Dans une interview<\/strong> l\u2019auteur est revenu sur les deux significations du verbe naturaliser\u00a0en fran\u00e7ais : devenir fran\u00e7ais et\/ou empailler. Il nous dit aussi que la pens\u00e9e se construit en fonction de la langue, des mots\u00a0; que les mots de la nouvelle langue ne sont pas enracin\u00e9s dans l\u2019\u00eatre profond et permettent de parler avec une certaine distance de la \u00ab\u00a0terre-m\u00e8re\u00a0\u00bb. L\u2019auteur nous explique qu\u2019avant l\u2019Islam, la religion de l\u2019Afghanistan \u00e9tait le Bouddhisme\u00a0: l\u2019attaque de ses deux statues est de fait une attaque contre les origines de ce peuple.<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>Dehors, il pleut\u00a0; tu entends le fracas de la pluie battante qui s\u2019\u00e9crase contre la fen\u00eatre\u00a0; et avec elle, toute envie de quitter le lit, et de partir.<\/p>\n<p>L\u2019aube, ind\u00e9cise comme toi, peine \u00e0 se lever, laissant la chambre sombrer dans un noir absolu. Tu doutes de tes yeux grands ouverts. Que tu les fermes ou non, rien ne change.<\/p>\n<p>Et ton esprit, perdu dans l\u2019ombre de ses propres doutes, erre entre l\u2019\u00e9veil et le sommeil.<\/p>\n<p>En oubliant la langue, tu oublieras tes pens\u00e9es.<\/p>\n<p>ce ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9j\u00e0-vu, une impression insignifiante, une illusion produite par un d\u00e9calage entre l\u2019esprit et la perception, etc. Bref, une sorte de paramn\u00e9sie, cet \u00e9tat \u00e9trange dans lequel on pense avoir v\u00e9cu la sc\u00e8ne autrefois, par anticipation.<\/p>\n<p>Non seulement tu ne saisissais rien aux mots savants en fran\u00e7ais, mais aussi ce ph\u00e9nom\u00e8ne, tu ne l\u2019avais jamais v\u00e9cu, tu n\u2019en avais jamais entendu parler. Il n\u2019existe pas de mot \u00e9quivalent dans ta langue maternelle.<\/p>\n<p>Ton pass\u00e9 restera un hier suspendu sur l\u2019\u00e9chelle du temps\u00a0; suspendu comme ta vie, condamn\u00e9e \u00e0 l\u2019incertitude d\u2019un autre exil.<\/p>\n<p>Elle n\u2019a pas compris qu\u2019au contraire, ce qui te manquait c\u2019\u00e9tait justement le manque\u00a0; ce manque que toi aussi tu ignorais. Ou que tu fuyais en te r\u00e9fugiant dans le monde paramn\u00e9sique, pour tout dupliquer, reproduire tout en absence, et ainsi combler absurdement le manque.<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait que le parfum de la nostalgie, celui que tu n\u2019aimais gu\u00e8re.<\/p>\n<p>Quand as-tu laiss\u00e9 ton esprit vagabonder dans l\u2019ombre que projette le soleil noir du pass\u00e9\u00a0? Jamais.<\/p>\n<p>Tu as beau fuir ton afghanit\u00e9\u00a0\u2013\u00a0selon ta propre expression\u00a0\u2013\u00a0et te d\u00e9guiser en citoyen fran\u00e7ais, il reste pourtant toujours de la paille afghane \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de toi.<\/p>\n<p>L\u2019esprit fran\u00e7ais exige, comme tu dis, un autre langage, plus c\u00e9r\u00e9bral que visc\u00e9ral, dans lequel mot et pens\u00e9e sont ins\u00e9parables. Tu dis ce que tu penses, et tu penses ce que tu dis. Et tu dois tout dire, tout expliquer, tout analyser. Pas de lyrisme. Pas de m\u00e9taphore. Alors que tu viens d\u2019une culture dans laquelle on ne parle que pour cacher sa pens\u00e9e, on n\u2019\u00e9crit que pour emballer ses d\u00e9sirs et embellir ses tripes dans la po\u00e9sie. Toi, tu te perds toujours entre les deux. Inconsciemment ou non. Comme depuis cette nuit. Tu songes avec ta culture d\u2019origine et tu parles avec les mots et les concepts de la langue fran\u00e7aise. Tes errements si \u00e9tranges et si confus sont \u00e0 l\u2019image de ta vie de proscrit.<\/p>\n<p>Si seulement la nuit restait suspendue \u00e0 cet instant-l\u00e0, avant l\u2019aurore, avant l\u2019appel \u00e0 la pri\u00e8re. Qu\u2019il n\u2019y ait plus ni jour ni nuit. Que rien n\u2019existe. Ni le pass\u00e9 ni le futur.<\/p>\n<p>le persan est une langue qui chante \u00e0 l\u2019imparfait, o\u00f9 tout peut se r\u00e9p\u00e9ter autant que l\u2019on veut. C\u2019est une langue nostalgique, non pas \u00e0 cause de l\u2019exil, mais elle l\u2019est, d\u2019apr\u00e8s toi, dans son essence, en soi, par ses r\u00e8gles de bon usage qui refl\u00e8tent une chose importante\u00a0: le futur n\u2019y a pas sa propre forme, comme en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Sans aucun doute, ce n\u2019est pas toi qui t\u2019exprimes en persan, mais tes origines, tes anc\u00eatres.<\/p>\n<p>ses mots fran\u00e7ais, emprunt\u00e9s fra\u00eechement aux dictionnaires, n\u2019ont jamais v\u00e9cu en lui. Ils sont \u00e9trangers \u00e0 sa pens\u00e9e, \u00e0 ses sentiments\u2026 en exil dans son \u00e2me afghane, qu\u2019il aimerait tant travestir en esprit fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>\u00c0 ceux qui la d\u00e9finissent comme une branche de bois s\u00e8che, elle dit qu\u2019il faut faire attention, elle prend feu facilement\u00a0; et \u00e0 ceux qui la d\u00e9signent comme un morceau de glace, elle d\u00e9clare qu\u2019elle peut fondre brusquement.<\/p>\n<p>Car, comme le dit la l\u00e9gende qu\u2019il lui avait racont\u00e9e, les traces de pas de chaque homme sont \u00e9parpill\u00e9es sur terre d\u00e8s sa naissance. Et l\u2019homme, du premier jour o\u00f9 il marche, en ramasse une \u00e0 chaque pas, jusqu\u2019au jour o\u00f9 il cueille sa derni\u00e8re trace, et c\u2019est la fin, la mort.<\/p>\n<p>Elle a probablement quelque chose qu\u2019elle ne peut nommer, exprimer. Tu sais, c\u2019est aussi le fondement du secret, l\u2019innommable. C\u2019est pourquoi tout ce que nous ne pouvons nommer, nous le consid\u00e9rons comme secret et sacr\u00e9, nous sommes pr\u00eats \u00e0 tout lui sacrifier. D\u2019o\u00f9 la violence qui ravage cette terre des ignorants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et n\u2019oublie pas une chose\u00a0: si quelqu\u2019un te confie son secret, c\u2019est pour te poss\u00e9der\u00a0!<\/p>\n<p>Et dans les r\u00eaves tout fait l\u2019effet d\u2019\u00eatre r\u00e9el et faux \u00e0 la fois\u00a0!<\/p>\n<p>tu t\u2019inventes deux mondes parall\u00e8les, deux vies, deux personnalit\u00e9s, deux temps qui se superposent, se reconstruisent, se souviennent l\u2019un de l\u2019autre, se r\u00e9p\u00e8tent.<\/p>\n<p>Une \u0153uvre garantit la trace de l\u2019humanit\u00e9 dans l\u2019univers\u00a0! [\u2026] \u00ab\u00a0Et puis, les \u00eatres humains peuvent se reproduire, pas les \u0153uvres d\u2019art.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>tu as voulu plut\u00f4t croire en elle\u00a0\u2013\u00a0en ses mensonges\u00a0\u2013\u00a0qu\u2019en tes doutes. Par crainte de la perdre.<\/p>\n<p>Tu n\u2019imaginais pas \u00eatre rattrap\u00e9 un jour par ton d\u00e9ni, ni que tes origines deviennent ta destin\u00e9e. C\u2019est aussi cela le travail de l\u2019exil.<\/p>\n<p>Mon cher, un secret sans mensonge, \u00e7a n\u2019existe pas\u00a0! Elle ne vous a pas menti pour vous trahir, vous\u00a0; mais pour ne pas trahir son secret.<\/p>\n<p>Ce retour aux origines n\u2019est absolument pas un fatum mais une d\u00e9livrance.<\/p>\n<p>Le mot amour est devenu, \u00e0 cause de son abondante litt\u00e9rature, trop galvaud\u00e9 et c\u00e9r\u00e9bral. Moi, je l\u2019appellerais l\u2019aimance. D\u2019ailleurs c\u2019est plus joli. Vous ne trouvez pas\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Image<\/strong>\u00a0: tableau de Ren\u00e9 Magritte\u00a0: La Reproduction interdite (partiel \/ recadr\u00e9)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019auteur\u00a0: Atiq Rahimi vit la guerre d\u2019Afghanistan de 1979 \u00e0 1984, puis il se r\u00e9fugie au Pakistan. Apr\u00e8s avoir demand\u00e9 l\u2019asile politique \u00e0 la France, accord\u00e9 en 1984, il obtient son doctorat en audiovisuel \u00e0 la Sorbonne. 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