{"id":8323,"date":"2019-04-24T06:09:20","date_gmt":"2019-04-24T05:09:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8323"},"modified":"2020-10-14T16:26:38","modified_gmt":"2020-10-14T14:26:38","slug":"rash-ron-un-silence-brutal-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8323","title":{"rendered":"Rash, Ron \u00ab Un silence brutal \u00bb (2019)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Ron Rash, n\u00e9 en Caroline du Sud en 1953, a grandi \u00e0 Boiling Springs et obtenu son doctorat de litt\u00e9rature anglaise \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Clemson. Il vit en Caroline du Nord et enseigne la litt\u00e9rature \u00e0 la Western Carolina University. Il a \u00e9crit \u00e0 ce jour quatre recueils de po\u00e8mes, six recueils de nouvelles \u2013 dont<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1759\"><em>\u00a0Incandescences\u00a0<\/em><\/a>(Seuil, 2015), laur\u00e9at du prestigieux Frank O\u2019Connor Award, et cinq autres romans, r\u00e9compens\u00e9s par divers prix litt\u00e9raires : Sherwood Anderson Prize, O. Henry Prize, James Still Award.\u00a0<em><a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11945\">Un pied au paradis<\/a> (2002 \/ 2009) <\/em><a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8155\"><em>Le Chant de la Tamassee<\/em><\/a><em> (2004 \/ 2016), Le Monde \u00e0 l\u2019endroit (2006 \/ 2012) , Serena (2008 \/ 2011) , <\/em><a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=41\"><em>Une terre d\u2019ombre\u00a0<\/em><\/a>(2012\/ 2014) , <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6131\"><em>Par le vent pleur\u00e9<\/em><\/a> (2016 \/ 2017), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8323\">Un silence brutal<\/a> (2019)<\/p>\n<p>Editions Gallimard \u2013 La Noire \u2013 21.03.2019 \u2013 272 pages \/ titre original\u00a0: \u00ab\u00a0Above the Waterfall\u00a0\u00bb Trad. de l&rsquo;anglais (\u00c9tats-Unis) par Isabelle Reinharez<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: <strong>\u00a0<\/strong>Dans cette contr\u00e9e de Caroline du Nord, entre rivi\u00e8re et montagnes, que l\u2019\u0153uvre de Ron Rash explore inlassablement depuis Un pied au paradis, un monde est en train de s\u2019effacer pour laisser la place \u00e0 un autre. Le sh\u00e9rif Les, \u00e0 trois semaines de la retraite, et Becky, po\u00e9tesse obs\u00e9d\u00e9e par la protection de la nature, incarnent le premier. Chacun \u00e0 sa mani\u00e8re va tenter de prot\u00e9ger Gerald, irr\u00e9ductible vieillard amoureux des truites, contre le repr\u00e9sentant des nouvelles valeurs, Tucker. L\u2019homme d\u2019affaires, qui loue fort cher son coin de rivi\u00e8re \u00e0 des citadins venus go\u00fbter les joies de la p\u00eache en milieu sauvage, accuse Gerald d\u2019avoir vers\u00e9 du k\u00e9ros\u00e8ne dans l\u2019eau, mettant ainsi son affaire en p\u00e9ril.<br \/>\nLes aura recours \u00e0 des m\u00e9thodes peu orthodoxes pour d\u00e9couvrir la v\u00e9rit\u00e9. Et l\u2019on sait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019avec son d\u00e9part \u00e0 la retraite va dispara\u00eetre une vision du monde d\u00e9pourvue de tout manich\u00e9isme au profit d\u2019une approche moins nuanc\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Mon avis\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>Et pourtant comme je l\u2019attendais ce livre\u2026 Le nouveau Ron Rash&#8230; et en prime la collection La Noire qui est relanc\u00e9e. Autant j\u2019ai aim\u00e9 les pr\u00e9c\u00e9dents autant celui-ci ne m\u2019a pas emport\u00e9e. L\u2019\u00e9criture est toujours aussi belle et c\u2019est ce qui a sauv\u00e9 le livre, mais l\u2019histoire et les rapports entre les protagonistes ne m\u2019a pas du tout interess\u00e9e. Op\u00e9ration anti-meth, magouilles et compagnie, jeunes sordides et paum\u00e9s, flic proche de la retraite et coll\u00e8gues, exploitation de relais de p\u00eache\u2026 Des personnages pour lesquels je n\u2019ai ressenti ni empathie, ni sympathie. Bien s\u00fbr le fond du probl\u00e8me est un th\u00e8me auquel je suis sensible\u00a0: la sauvegarde de la nature et des poissons mais l\u2019enqu\u00eate et tout ce qui tourne autour n\u2019a pas su capter mon attention\u00a0; accus\u00e9 \u00e0 tort ou pas\u00a0? pourquoi\u00a0? la vie du vieillard, des gens du coin qui sont partis et revenus, leurs ranc\u0153urs\u2026 comme tous me semblaient antipathiques ou que je n\u2019ai pas ressenti le moindre atome crochu ou la moindre tendresse \/ compassion \/ int\u00e9r\u00eat pour ce qui pourrait bien leur arriver \u00e0 l\u2019avenir\u2026 je me suis ennuy\u00e9e et je suis totalement pass\u00e9e cot\u00e9.. Heureusement, il n\u2019\u00e9tait pas long\u2026 Reste le principal, l&rsquo;\u00e9criture,\u00a0 le souffle po\u00e9tique qui tel le vent r\u00e8gne en ma\u00eetre\u00a0 \u2026 mais comme le nature-writing passait apr\u00e8s l\u2019histoire de gros sous et de r\u00e8glements de compte\u2026\u00a0 et c&rsquo;est la po\u00e9sie qui fera que ce livre fut quand m\u00eame un beau moment de lecture.<\/p>\n<p>Alors oui.. je suis totalement \u00e0 contre courant.. je n&rsquo;ai lu que du\u00a0 dithyrambique sur le livre, mais avec moi, la magie Rash n&rsquo;a pas op\u00e9r\u00e9 au niveau du fond , pour la premi\u00e8re fois \u2026 Pour la forme, toujours un r\u00e9gal par contre.<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0: <\/strong><\/p>\n<p>M\u00eame les wagons de marchandises de Hopper sont seuls.<\/p>\n<p>Je ne suis pas autiste, me confia-t-elle plus tard, j\u2019ai simplement pass\u00e9 une grande partie de ma vie \u00e0 tenter de le devenir.<\/p>\n<p>Ce soir-l\u00e0, pour la premi\u00e8re fois, nos baisers furent de ceux qui m\u00e8nent \u00e0 un lit. Mais notre conversation s\u2019av\u00e9ra plus intime encore, comme si cette impression de retour dans le pass\u00e9 que d\u00e9gageait la pi\u00e8ce nous permettait de d\u00e9voiler plus librement notre histoire.<\/p>\n<p>Les montagnes s\u2019enfoncent en accord\u00e9on dans l\u2019\u00c9tat du Tennessee.<\/p>\n<p>Quand j\u2019avais baiss\u00e9 les yeux, une vip\u00e8re cuivr\u00e9e \u00e9tait lov\u00e9e de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Une part de mon \u00eatre, sans rapport avec la vue, avait devin\u00e9 sa pr\u00e9sence. L\u2019atavisme avait jailli, telle l\u2019\u00e9tincelle du silex. Des tribus d\u2019Amazonie discernent V\u00e9nus en plein jour. Mon grand-p\u00e8re n\u2019avait pas besoin d\u2019une montre pour savoir l\u2019heure. Quoi d\u2019autre encore pourrions-nous retrouver si nous \u00e9tions plus ouverts\u00a0? Peut-\u00eatre m\u00eame Dieu, qui sait.<\/p>\n<p>Alors que je p\u00e9n\u00e8tre dans les bois, c\u2019est le parfum ample et pur des sapins baumiers. Plus loin, la senteur de moisi gorg\u00e9e d\u2019ombre. Par des trou\u00e9es dans la vo\u00fbte des arbres, le ciel use de pailles de soleil pour aspirer et ass\u00e9cher le terreau de feuilles baign\u00e9 d\u2019humidit\u00e9. Pendant une minute, pas un bruit. Je recueille ce silence, le loge en moi pour l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n<p>Le m\u00eame jaune que les tournesols de Van Gogh. La peinture \u00e9paisse de Vincent, comme les sons \u00e9pais de Hopkins. Une telle gr\u00e2ce offerte par de pr\u00e9tendus pr\u00eatres rat\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de ta vie se lit sur ton visage, disait une vieille chanson country,<\/p>\n<p>Les longues ann\u00e9es pass\u00e9es au grand air avaient rid\u00e9 son visage, toutefois ses yeux d\u00e9bordaient de jeunesse. Ils \u00e9taient bleus, mais d\u2019un bleu qui allait en s\u2019assombrissant plus on plongeait son regard profond\u00e9ment en eux.<\/p>\n<p>De bons souvenirs qui aujourd\u2019hui encore savent consoler.<\/p>\n<p>Justice. Un policier, aurait-on pu penser, devait avoir un peu foi en ce mot, mais en trente ans je ne l\u2019avais que trop peu vue \u00e0 l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Le paradis est l\u00e0 tout autour de nous, affirmait le pasteur. Mais Mist Creek Valley confirmerait bient\u00f4t que c\u2019\u00e9tait tout aussi vrai de l\u2019enfer.<\/p>\n<p>Le soleil dans mon dos projette mon ombre en amont. Il fr\u00f4le l\u2019auparavant de ce que je sens passer, comme le souvenir de quelque chose qui n\u2019a pas encore eu lieu.<\/p>\n<p>Dans une zone aussi rurale que la n\u00f4tre, tout le monde est rattach\u00e9 \u00e0 tout le monde, si ce n\u2019est par les liens du sang du moins de quelque autre fa\u00e7on. Dans les pires moments, le comt\u00e9 ressemblait \u00e0 une toile gigantesque. L\u2019araign\u00e9e remuait et de nombreux fils reli\u00e9s les uns aux autres se mettaient \u00e0 vibrer.<\/p>\n<p>les chiens c\u2019est comme les gens. Peu importe la qualit\u00e9 de la lign\u00e9e, ils peuvent toujours mal tourner.<\/p>\n<p>Tout avait une r\u00e9sonance, une signification. Du folklore, certes, mais toujours avec un peu de vrai, l\u2019invisible raccord que voyait Hopkins\u00a0: Toute chose ici-bas fait une et m\u00eame chose.<\/p>\n<p>Autour de la lune des nuages gris glissent comme des fant\u00f4mes.<\/p>\n<p>Je venais tout juste de m\u2019asseoir quand j\u2019eus soudain l\u2019impression d\u2019avoir descendu la derni\u00e8re marche d\u2019une galerie sans savoir qu\u2019un abysse s\u2019ouvrait en dessous. L\u2019impression de tomber sans qu\u2019il y ait une corde ou un c\u00e2ble en acier pour me tirer de l\u00e0. Parce que, jusqu\u2019\u00e0 cet instant, prendre ma retraite n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 tout \u00e0 fait r\u00e9el. J\u2019avais cinquante et un ans. Mon p\u00e8re avait v\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 soixante-treize ans, et c\u2019\u00e9tait un fumeur. \u00c0 quoi pouvais-je m\u2019attendre\u00a0? \u00c0 une trentaine d\u2019ann\u00e9es, peut-\u00eatre davantage\u00a0? Toutes ces heures \u00e0 remplir, et avec quoi\u00a0?<\/p>\n<p>C\u2019est ce qu\u2019on ressent tous \u00e0 l\u2019approche de la retraite, me dis-je pour me rassurer. C\u2019est un changement, et n\u2019importe quel changement peut \u00eatre angoissant parce qu\u2019on perd pied.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Ron Rash, n\u00e9 en Caroline du Sud en 1953, a grandi \u00e0 Boiling Springs et obtenu son doctorat de litt\u00e9rature anglaise \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Clemson. Il vit en Caroline du Nord et enseigne la litt\u00e9rature \u00e0 la Western Carolina University. 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