{"id":8407,"date":"2019-05-06T12:41:29","date_gmt":"2019-05-06T11:41:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8407"},"modified":"2019-06-10T15:47:59","modified_gmt":"2019-06-10T14:47:59","slug":"gallay-claudie-mon-amour-ma-vie-2002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8407","title":{"rendered":"Gallay, Claudie \u00ab Mon amour ma vie \u00bb (2002)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Autrice<\/strong>\u00a0: N\u00e9e en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle a publi\u00e9 aux \u00e9ditions du Rouergue L\u2019Office des vivants (2000), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8407\"><em>Mon amour, ma vie<\/em> <\/a>(2002), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4678\"><em>Les Ann\u00e9es cerises<\/em><\/a> (2004), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7894\"><em>Seule Venise<\/em><\/a> (2005, prix Folies d\u2019encre et prix du Salon d\u2019Ambronay), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8417\"><em>Dans l\u2019or du temps<\/em><\/a> (2006) et <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8852\"><em>Les D\u00e9ferlantes<\/em> <\/a>(2008, Grand Prix des lectrices de Elle). Aux \u00e9ditions Actes Sud : <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7884\"><em>L\u2019amour est une \u00eele<\/em><\/a> (2010), Une part de ciel (2013)<em>,\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7916\">D\u00e9tails d\u2019Opalka<\/a><\/em> (2014),\u00a0La Beaut\u00e9 des jours (2017)<\/p>\n<p>Editions du Rouergue ao\u00fbt 2002 \u2013 300 pages \/ Actes Sud \u2013 mars 2008 \u2013 296 pages \/ Babel (Actes Sud) , 06\/01\/2010, 296 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Dan est le dernier rejeton des Pazzati, une vieille famille du cirque \u00e9chou\u00e9e sur un terrain vague en bordure du p\u00e9riph\u00e9rique. La b\u00e2che du chapiteau est trou\u00e9e, il y a longtemps qu\u2019on ne donne plus de spectacles. Le soir, autour du feu de camp, on se rappelle le temps de la splendeur en mangeant des sardines \u00e0 l\u2019huile ou des saucisses grill\u00e9es.<\/p>\n<p>Dan voudrait qu\u2019on l\u2019aime, surtout sa m\u00e8re qui est si belle. Seul entre cinq adultes, tourment\u00e9 par les incertitudes d\u2019un \u00e2ge qui le bannit peu \u00e0 peu de l\u2019enfance, il se r\u00e9fugie aupr\u00e8s de sa guenon avec laquelle il partage tout : les caresses, l\u2019odeur, les maladies et l\u2019espoir de voir un jour la mer.<\/p>\n<p>De cette famille en perdition, r\u00e9fugi\u00e9e en marge d\u2019un monde urbain auquel elle n\u2019appartient pas, Claudie Gallay voudrait sauver le fils. Apre et lucide pour dire la violence des destins perdus, son \u00e9criture c\u00e9l\u00e8bre avec une gr\u00e2ce d\u00e9pouill\u00e9e la beaut\u00e9 pure des r\u00eaves.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Un des premiers livres de cette autrice que j\u2019aime beaucoup. Je continue \u00e0 tous les lire, petit \u00e0 petit, comme je le fais pour les auteurs qui j\u2019affectionne. ? La sensibilit\u00e9 de cette autrice est pr\u00e9sente d\u00e8s le debut de son \u0153uvre, le sujet est dur, la mort, le deuil, la souffrance, la faim, la diff\u00e9rence. Un livre dur, violent, brutal \u2026 qui s\u2019attarde sur la vie de ceux qui vivent en marge. La premi\u00e8re sc\u00e8ne donne d\u00e9j\u00e0 le ton. On peut se demander comment des personnes qui devraient du fait de leur m\u00e9tier aimer les animaux peuvent agir de cette mani\u00e8re\u2026 une triste r\u00e9ponse\u00a0: pour survivre, il faut de l\u2019argent\u2026<\/p>\n<p>On pourrait le qualifier de roman social, car il traite de la probl\u00e9matique des marginaux, des personnes diff\u00e9rentes. Un livre sur les laiss\u00e9s pour compte, les oubli\u00e9s du syst\u00e8me, eux qui n\u2019ont plus rien \u00e0 perdre et rien \u00e0 gagner. Qui peuvent encore tenter de survivre, mais \u00e0 quel prix. Et pour survivre, il faut avoir des r\u00eaves, garder espoir\u2026<\/p>\n<p>Claudie Gallay installe ce qui reste de son chapiteau dans un terrain vague, dans la zone du \u00ab\u00a0p\u00e9rif\u00a0\u00bb. De fait les roulottes\/v\u00e9hicules de ce qui f\u00fbt le Cirque Pazzati s\u2019\u00e9chouent \u00e0 cet endroit, la tente du chapiteau est en lambeaux, un pyl\u00f4ne \u00e9lectrique est tomb\u00e9 dessus et les emp\u00eache de repartir (mais en ont-ils envie\u00a0?) Quelques personnages minables et m\u00e9chants, quelques animaux path\u00e9tiques, des croyances\u2026 une vague tentative de survie. Parmi les adultes, le p\u00e8re, alcoolique, violent et joueur de poker, qui met constamment la petite troupe en danger et va attirer sur eux les foudres de ceux \u00e0 qui il doit de l\u2019argent\u00a0; Jo, l\u2019oncle qui vit par la musique, et Chicot qui va tout faire pour soigner un oiseau migrateur, symbole de libert\u00e9 et la m\u00e8re\u2026<\/p>\n<p>Un jeune parmi cette brochette de loosers\u00a0: Dan. Dan vit en solitaire, et il a une seule compagnie\u00a0: sa guenon\u00a0; Dan, qui est consid\u00e9r\u00e9 comme une nullit\u00e9 par son p\u00e8re. Son p\u00e8re qui tue toute source de joie et d\u2019humanit\u00e9 autour de lui. Dan va faire la connaissance de Zaza, une petite fille ob\u00e8se, qui a eu la polio, qui n\u2019arrive pas \u00e0 parler correctement. Dan, qui d\u00e9tonne dans ce monde sordide, Dan qui veut voir la mer. Et c\u2019est le drame de trop qui pousser Dan \u00e0 quitter le clan pour aller \u00e0 la mer.<\/p>\n<p>Et on finit le roman sur une note musicale\u2026 peut-on s\u2019envoler, tel l\u2019oiseau blanc au-dessus de la mer, rejoindre d\u2019autres contr\u00e9es, par la source de l\u2019espoir et le souffle du vent<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>On cr\u00e8ve en se jetant des ponts quand les fleuves sont gel\u00e9s. On cr\u00e8ve quand on est un oiseau et que les chasseurs nous tirent dessus.<br \/>\nOn cr\u00e8ve aussi quand on ne peut plus aimer.<br \/>\nDe penser \u00e0 \u00e7a, je me mets \u00e0 trembler.<\/p>\n<p>Je leur fais des gestes avec les doigts pour qu\u2019ils aient honte d\u2019\u00eatre vivants.<\/p>\n<p>Des tigres, il nous en reste deux. On les nourrit tous les jours sauf le lundi. Pa\u2019 appelle \u00e7a l\u2019horloge biologique. Il dit que si on ne la respecte pas, les tigres peuvent crever. Les tigres de Pa\u2019 ne sont jamais all\u00e9s dans la savane mais ils ont la m\u00e9moire de ce temps. Le lundi, ils ne r\u00e9clament pas. Le reste des jours, c\u2019est huit kilos.<\/p>\n<p>Sa musique, on dirait qu\u2019elle coule du ciel, qu\u2019elle me tombe dessus comme un grand chant donn\u00e9 au monde. J\u2019en tremble. Je me sens vibrer du dedans comme les jours d\u2019orage quand je me couche le ventre contre la terre.<\/p>\n<p>Il joue, avec son dedans d\u2019\u00e2me et ses yeux br\u00fblants. Il me fait entrer sa musique dans le sang, comme une grande peine, un grand bonheur. Les deux m\u00e9lang\u00e9s.<\/p>\n<p>Quand je passe devant le chat, je pense \u00e0 tout ce que Mam\u2019 dit sur la l\u00e9gende des morts. L\u2019\u00e2me prisonni\u00e8re. Mam\u2019 dit que les pierres sont vivantes. Elle dit qu\u2019il suffit de changer une pierre de place pour changer le cours d\u2019une rivi\u00e8re. Elle dit aussi que les pierres sont les larmes des morts.<\/p>\n<p>Le bonheur, \u00e7a ne dure pas, c\u2019est pour \u00e7a que c\u2019est du bonheur.<\/p>\n<p>Il parle de l\u2019oiseau et de la diff\u00e9rence. Il dit qu\u2019il est de certains oiseaux comme de certains hommes. Que l\u2019on peut passer sa vie \u00e0 chercher quelque chose dans sa conscience. Une chose hors d\u2019atteinte.<\/p>\n<p>Pa\u2019 ne perd jamais ses id\u00e9es. Quelquefois, les id\u00e9es s\u2019\u00e9loignent mais il ne les oublie pas.<\/p>\n<p>C\u2019est comme \u00e7a quand on n\u2019envisage pas. Les choses nous tombent dessus sans qu\u2019on ait pens\u00e9 qu\u2019elles puissent arriver.<\/p>\n<p>Elle sourit. Ses yeux, c\u2019est comme deux fentes de chat, avec la mer dedans.<\/p>\n<p>Il faut l\u2019aimer parce qu\u2019il va partir. C\u2019est ce qui rend vivant. Aimer, malgr\u00e9 tout. Sans rien attendre.<\/p>\n<p>Ses yeux, ils \u00e9taient marrons mais je ne les vois plus. M\u00eame quand je ferme les miens.<br \/>\nSa musique, je m\u2019en souviens.<\/p>\n<p>Je ne suis pas un brave, je suis un Rom. Je marche le front bas, comme une b\u00eate. Je d\u00e9teste le monde, la vie, les fleurs.<br \/>\nJ\u2019ai peur qu\u2019on m\u2019attrape, qu\u2019on m\u2019emm\u00e8ne ailleurs, quelque part. Qu\u2019on me br\u00fble vivant comme on br\u00fble les carcasses dans les bennes.<\/p>\n<p>Quand les hommes s\u2019en vont, les p\u00e9ch\u00e9s restent. \u00c0 force, \u00e7a remonte. L\u2019humidit\u00e9 des \u00e9glises, c\u2019est toute la honte des hommes.<\/p>\n<p>La mort n\u2019existe pas. C\u2019est une id\u00e9e dans la t\u00eate des vivants. Quand on coupe un arbre, les racines restent dans la terre. L\u2019arbre repousse, il reprend vie.<\/p>\n<p>La musique traverse mon chagrin, elle le lave. Elle le r\u00e9pand.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice\u00a0: N\u00e9e en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. 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