{"id":8830,"date":"2019-06-07T16:33:18","date_gmt":"2019-06-07T15:33:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8830"},"modified":"2019-06-07T16:44:25","modified_gmt":"2019-06-07T15:44:25","slug":"von-canal-anne-scott-est-mort-02-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8830","title":{"rendered":"Von Canal, Anne  \u00ab Scott est mort \u00bb (02.2019)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Autrice<\/strong>&nbsp;: Anne von Canal est n\u00e9e \u00e0 Siegen en Allemagne en 1973. Elle a \u00e9tudi\u00e9 la germanistique et la philologie anglaise et scandinave \u00e0 Fribourg et a travaill\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9dition. Depuis le succ\u00e8s consid\u00e9rable de son premier roman, \u00ab\u00a0Ni terre ni mer\u00a0\u00bb (Der Grund, 2014), elle a choisi de se consacrer \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Elle partage d\u00e9sormais sa vie entre Hambourg et la vigne qu\u2019elle \u00e9l\u00e8ve en Moselle. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Slatkine &amp; Cie \u2013 5.2.2019 &#8211; 192 pages &#8211; Traduit\npar Isabelle Liber<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;<\/strong>: \u00ab Les portes du bus se sont ouvertes dans un chuintement, et nous nous sommes ru\u00e9s dans ses entrailles chaudes et s\u00e8ches sans montrer nos cartes au chauffeur. \u00c0 cette heure, sur cette ligne, c\u2019\u00e9tait presque toujours le m\u00eame, celui qui \u00e9tait sympa, avec un sourire en coin et une canine en or. Il nous connaissait et gardait toujours ses rouleaux de tickets vides pour notre collection. \u00bb<br \/>Hanna est glaciologue, elle lit l\u2019histoire du climat dans la banquise. Lors d\u2019une exp\u00e9dition en Antarctique, elle re\u00e7oit un message de son fr\u00e8re lui annon\u00e7ant la mort de sa meilleure amie. Les souvenirs remontent, leurs jeux d\u2019enfants, son insolence, sa fuite inexplicable\u2026<br \/>Dehors, on annonce une temp\u00eate, un Whiteout, un Blanc dehors, ce moment redoutable o\u00f9 ciel et sol se confondent dans une unique blancheur, o\u00f9 tout s\u2019arr\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 ce livre. Tout d\u2019abord, si vous n\u2019avez pas entendu parler de L\u2019Aventure Amundsen, lisez en priorit\u00e9 le petit r\u00e9sum\u00e9 en pages 187-188. Cela ne se g\u00e2che en rien le roman mais cela vous met dans le contexte.<br \/>J\u2019imaginais une temp\u00eate ext\u00e9rieure et je me suis retrouv\u00e9e plong\u00e9e dans un huis-clos avec temp\u00eate int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure. C\u2019est un roman sur la solitude, sur le refus de faire son deuil, sur les traces que laissent une disparition, sur le manque, le refus d\u2019accepter le pass\u00e9. Et le tout traduit en couleurs. Le pass\u00e9 est color\u00e9, le fil rouge est teint\u00e9 de rouge, le pr\u00e9sent est blanc.<br \/>Au d\u00e9but il y a des jeunes qui grandissent ensemble et caressent le r\u00eave de faire des \u00e9tudes leur permettant de devenir des explorateurs, qui vont se battre pour le climat et la protection de l\u2019environnement. Un trio Amundsen, Scott et Oates, qui sont de fait Hanna, Fred et Jan . Leur programme\u00a0: \u00a0suivre des \u00e9tudes de biologie marine, de g\u00e9ologie et de g\u00e9ophysique. Mais au moment de partir pour l\u2019Universit\u00e9, Fred alias \u00ab\u00a0Scott\u00a0\u00bb disparait \u2026 Hanna ne va pas s\u2019en remettre. Vingt ans apr\u00e8s, alors qu\u2019elle est au fin fond de l\u2019Antarctique, dans une situation qui r\u00e9unit les conditions qui avaient d\u00e9fini leur r\u00eave d\u2019avenir (une temp\u00eate monstrueuse va s\u2019abattre sur le campement de l\u2019exp\u00e9dition) elle apprend le d\u00e9c\u00e8s de son amie qui avait disparu il y a vingt ans, le troisi\u00e8me personnage du r\u00eave. Et les souvenirs vont remonter \u00e0 la surface, par touches, puis par vagues. <br \/>Tout est histoire de couleurs depuis le d\u00e9but\u00a0; couleur et image par le biais de la photo, de la \u00ab\u00a0chasseuse d\u2019images\u00a0\u00bb dans leur jeunesse, blanc pour les paysages de glace et de neige, rouge comme la couleur du sang, ce sang qui \u00e9clate dans le pass\u00e9 comme le sang du Christ, dans le pr\u00e9sent comme la couleur de la pelle \u00e0 neige, comme le sang de la blessure dans l\u2019immensit\u00e9 glac\u00e9e, le sang, \u00e9cho du pass\u00e9, le lien du sang, le lien entre pass\u00e9 et pr\u00e9sent\u00a0; le sang par lequel le pass\u00e9 se lib\u00e8re enfin, le sang qui permet \u00e0 Hanna de parler de son amie, 20 ans apr\u00e8s, qui lib\u00e8re ses souvenirs par le biais d\u2019une collection d\u2019\u00e9chantillons de sang. Dans le nord, cette couleur rouge qui d\u00e9range, qui d\u00e9tonne. Dans la bible il y a la notion \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e2me est dans le sang\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019\u00e2me qui est tr\u00e8s pr\u00e9sente aussi dans ce roman\u00a0: \u00ab\u00a0une ombre, une \u00e2me\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0les fant\u00f4mes n\u2019ont pas d\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb, le contraste entre l\u2019ombre et les couleurs de l\u2019arc-en-ciel\u00a0; et \u00e0 la fin le blanc qui recouvre tout, y compris le pass\u00e9, le blanc couleur de puret\u00e9. Le blanc qui efface les fronti\u00e8res entre le ciel et la terre, entre les \u00e9poques. Les couleurs, comme dans les paroles de la chanson \u00ab\u00a0Caroline\u00a0\u00bb de M.C.Solaar \u00a0&#8211; peur bleue l&rsquo;arm\u00e9e rouge billets verts rouges c\u0153ur &#8211; \u00a0et \u00ab\u00a0Du pass\u00e9, du pr\u00e9sent, je l&rsquo;esp\u00e8re du futur &#8211; Je suis pass\u00e9 pour \u00eatre pr\u00e9sent dans ton futur\u00a0\u00bb\u00a0; \u00a0le jaune dans les calculs biliaires, et beaucoup de couleurs dans les \u00e9vocations du pass\u00e9 et de l\u2019enfance.<br \/>La chasse et l\u2019amiti\u00e9 sont \u00e9galement des \u00e9l\u00e9ments du r\u00e9cit\u00a0: la chasseuse d\u2019image, le livre lu \u00ab\u00a0Le c\u0153ur est un chasseur solitaire\u00a0\u00bb qui parle aussi de la perte d\u2019un ami.<br \/>Le lien pass\u00e9 &#8211; pr\u00e9sent qui est aussi la finalit\u00e9 de la mission g\u00e9ologique de l\u2019exp\u00e9dition\u00a0; le pass\u00e9 qui se retrouve pi\u00e9g\u00e9 dans les carottes de glace, cette glace qui est une archive compl\u00e8te du pass\u00e9, avec toutes les states et tous les \u00e9v\u00e8nements. Les souvenirs de la vie. <br \/>Un roman qui s\u2019ach\u00e8ve presque sur la citation de Hawking \u00ab\u00a0Le pass\u00e9 nous dit qui nous sommes, sans lui nous perdons notre identit\u00e9\u00a0\u00bb qui fait \u00e9cho de l\u2019int\u00e9gration des souvenirs de son enfance\/adolescence dans le cours de sa vie. La m\u00e9moire de l\u2019\u00eatre humain comme partie int\u00e9grante de la vie tout comme la m\u00e9moire de la plan\u00e8te pr\u00e9serv\u00e9e dans un \u00e9chantillon de glace pr\u00e9lev\u00e9 en profondeur et qui r\u00e9v\u00e8le tous les \u00e9v\u00e9nements pass\u00e9s qui constituent la m\u00e9moire de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un grand merci aux Editions Slatkine &amp; Cie de m\u2019avoir permis de lire ce livre de cette romanci\u00e8re allemande dont je n\u2019avais jamais entendu parler. Je le recommande chaudement. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9e par ce r\u00e9cit tr\u00e8s original dans lequel l&rsquo;exploration  concerne \u00e0 la fois les profondeurs de l&rsquo;\u00e2me humaine et celles de l&rsquo;Antarctique. J&rsquo;ai envie de lire son roman \u00ab\u00a0Ni terre ni mer\u00a0\u00bb pour faire plus ample connaissance avec l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;Anne Von Canal. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Extraits<\/strong>&nbsp;: <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelle patience de la glace \u00e0 conserver l\u2019instant de sa naissance, quelle t\u00e9nacit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server le souvenir d\u2019un jour neigeux et des bourrasques de vent&nbsp;! Temp\u00e9rature, pr\u00e9cipitations, gaz atmosph\u00e9riques, micropolluants \u2013 strate apres strate, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, emprisonn\u00e9s et consign\u00e9s dans la m\u00e9moire du climat. Telle est la chance du glaciologue&nbsp;: la glace n\u2019oublie rien.<br \/>Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle fonde, dit ta voix \u00e0 mon oreille. Alors elle va jusqu\u2019\u00e0 s\u2019oublier elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voila vingt ans que tu es fig\u00e9e dans cette image. Prise\ndans les glaces du dernier souvenir que j\u2019ai de toi. Dans cet instant qui a\npr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la fin de notre amiti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">R\u00e9unis dans cette ombre, nous disparaissions,\ndevenions autres, quelque chose de nouveau, nous n\u2019existions plus\nindividuellement. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice&nbsp;: Anne von Canal est n\u00e9e \u00e0 Siegen en Allemagne en 1973. Elle a \u00e9tudi\u00e9 la germanistique et la philologie anglaise et scandinave \u00e0 Fribourg et a travaill\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9dition. 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Elle partage &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8830\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":8831,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[632,2,346,54],"tags":[759,300,175,417,646,760,277,152,111,211],"class_list":["post-8830","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-632","category-lectures","category-grand-nord","category-litterature-allemande","tag-antartique","tag-couleurs","tag-deuil","tag-disparition","tag-expedition","tag-immensite","tag-passe","tag-scientifique","tag-solitude","tag-souvenirs"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8830","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8830"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8830\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8836,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8830\/revisions\/8836"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/8831"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8830"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8830"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8830"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}