{"id":8937,"date":"2019-06-22T16:29:06","date_gmt":"2019-06-22T15:29:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8937"},"modified":"2021-06-20T06:52:38","modified_gmt":"2021-06-20T04:52:38","slug":"belpois-benedicte-suiza-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8937","title":{"rendered":"Belpois, B\u00e9n\u00e9dicte \u00abSuiza\u00bb (2019)"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Autrice<\/strong> : B\u00e9n\u00e9dicte Belpois a pass\u00e9 son enfance en Alg\u00e9rie, elle vit aujourd\u2019hui en Franche-Comt\u00e9 o\u00f9 elle exerce la profession de sage-femme. C\u2019est lors d\u2019un long s\u00e9jour en Espagne qu\u2019elle a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8937\">Suiza<\/a><\/span>\u00ab\u00a0, son premier roman. En 2021 elle publie \u00ab\u00a0Saint-Jacques\u00a0\u00bb<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gallimard \u2013 Blanche \u2013 07.02.2019 \u2013 256 pages<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong> :<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0Elle avait de grands yeux vides de chien un peu con, mais ce qui les sauvait c&rsquo;est qu&rsquo;ils \u00e9taient bleu azur, les jours d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Des l\u00e8vres l\u00e9g\u00e8rement entrouvertes sous l&rsquo;effort, humides et d&rsquo;un rose d\u00e9licat, comme une nacre. A cause de sa petite taille ou de son excessive blancheur, elle avait l&rsquo;air fragile. Il y avait en elle quelque chose d&rsquo;exag\u00e9r\u00e9ment f\u00e9minin, de trop doux, de trop p\u00e2le, qui me donnait une furieuse envie de l&#8217;empoigner, de la secouer, de lui coller des baffes, et finalement, de la poss\u00e9der. La poss\u00e9der. De la baiser, quoi. Mais de taper dessus avant\u00a0\u00bb. La tranquillit\u00e9 d&rsquo;un village de Galice est perturb\u00e9e par l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;une jeune femme \u00e0 la sensualit\u00e9 renversante, d&rsquo;autant plus attirante qu&rsquo;elle est l&rsquo;innocence m\u00eame. Comme tous les hommes qui la croisent, Tom\u00e1s est imm\u00e9diatement fou d&rsquo;elle. Ce qui n&rsquo;est au d\u00e9part qu&rsquo;un simple d\u00e9sir charnel va se transformer peu \u00e0 peu en v\u00e9ritable amour.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Quelques informations donn\u00e9es par l\u2019autrice que j\u2019ai entendue en interview<\/strong>\u00a0: Apr\u00e8s une enfance en Alg\u00e9rie (fille de coop\u00e9rants \u2013 m\u00e8re institutrice) elle rentre en France \u00e0 la p\u00e9riode de l\u2019adolescence, avec sa m\u00e8re et ses fr\u00e8res\/s\u0153urs. Elle se retrouve parachut\u00e9e dans une banlieue pavillonnaire et vit tr\u00e8s mal ce d\u00e9racinement. De son enfance en Alg\u00e9rie il lui reste des souvenirs magnifiques, la mer, la plage, une vie heureuse et l\u00e9g\u00e8re. Elle se sent \u00e0 l\u2019aise en Espagne car ce pays lui rappelle son Alg\u00e9rie natale. Elle est franco-suisse (sa grand-m\u00e8re \u00e9tait suisse) Elle est sage-femme de formation mais elle travaille maintenant dans le secteur de la protection maternelle et enfantine et ne fait plus d\u2019accouchements. Elle s\u2019occupe de femmes fragilis\u00e9es, de victimes qui ont besoin de retrouver une petite place dans la soci\u00e9t\u00e9, d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0debout\u00a0\u00bb malgr\u00e9 les \u00e9preuves. \u00a0<br \/>Tous les personnages sont de fait une sorte de mosa\u00efque de personnes qu\u2019elle a rencontr\u00e9\u00a0; ils existent dans la vraie vie. Certains sont issus de rencontres fugaces sur les routes d\u2019Espagne, d\u2019autres ont transit\u00e9 par les foyers dans lesquels elle travaille\u00a0: des exclus de la soci\u00e9t\u00e9, en marge, qui ont besoin d\u2019aide. \u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mon avis<\/strong> :<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tomas \u00ab\u00a0Tomasse\u00a0\u00bb\u00a0: C\u2019est le personnage principal du livre, le narrateur\u00a0: un homme qui a tout de la brute \u00e9paisse, un \u00eatre qui s\u2019est construit tout seul, sans m\u00e8re, sans amour, dans le manque perp\u00e9tuel, sans pr\u00e9sence f\u00e9minine \u00e0 part sa nourrice qu\u2019il consid\u00e8re comme sa m\u00e8re et il n\u2019a jamais appris \u00e0 aimer. Un gitan, brutal, un \u00eatre entier, brut de d\u00e9coffrage. Un anti-h\u00e9ros atteint dans sa chair par un cancer et qui au fur et \u00e0 mesure du livre va se remettre en question et laisser apparaitre l\u2019enfant perdu sous son corps massif et puissant. Tout comme Suiza, il va se d\u00e9brouiller avec le peu d\u2019humanit\u00e9 qu\u2019il a re\u00e7u \u00e0 la naissance. La grosse diff\u00e9rence entre lui et Suiza, il est riche. Tomas incarne le \u00ab\u00a0M\u00e2le\u00a0\u00bb dans toute sa splendeur, mais il se fissure, laisse ressortir ses doutes et ses fragilit\u00e9s. \u00a0Toutefois, la partie \u00ab\u00a0M\u00e2le protecteur\u00a0\u00bb est extr\u00eamement pr\u00e9sente, preuve en est l\u2019importance qu\u2019il accorde \u00e0 laisser ses biens \u00e0 ses proches quand il aura disparu. C\u2019est un homme bless\u00e9, \u00e0 fleur de peau, qui se prot\u00e8ge et culpabilise en repensant \u00e0 son ex-femme qui est morte. Il en vient \u00e0 dire que la maladie a eu toute la place pour se d\u00e9velopper en elle car il ne l\u2019avait pas remplie d\u2019amour. \u00a0Il prot\u00e8gera sa \u00ab\u00a0Suiza\u00a0\u00bb autant qu\u2019il le pourra, jusqu\u2019au bout, en lui cachant sa maladie et faisant tout pour qu\u2019elle ne se retrouve pas sans rien quand le crabe aura gagn\u00e9 la partie.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suiza\u00a0: \u00a0Une jeune femme fragile, innocente, belle, paum\u00e9e, bless\u00e9e par la vie\u00a0s\u2019est \u00e9chou\u00e9e dans un foyer pour personnes en d\u00e9tresse ; peu instruite, elle nous est pr\u00e9sent\u00e9e comme peu intelligente et inadapt\u00e9e socialement. Elle aime la musique &#8211; la Suite espa\u00f1ola ou Suite espagnole, op. 47pour piano seul compos\u00e9e par <em><strong>Isaac<\/strong><\/em> Alb\u00e9niz intitul\u00e9e <em><strong>Asturias<\/strong><\/em> (Leyenda) &#8211; et r\u00eave de voir la mer. L\u2019Espagne correspond au pays de ses r\u00eaves. Au terme d\u2019un p\u00e9riple pour le moins \u00e9prouvant, elle se retrouve dans un petit village de Galice, qui se r\u00e9v\u00e8lera au final \u00eatre \u00ab\u00a0son paradis\u00a0\u00bb. J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 la description de cette fille toute simple qui se r\u00e9v\u00e8le par sa peinture, sa gentillesse, sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, et qui est une femme \u00ab\u00a0debout\u00a0\u00bb envers et contre tout.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La relation entre Tomas et Suiza est au d\u00e9part purement sexuelle et empreinte de violence: Tomas n\u2019accepte pas de se sentir esclave de ses pulsions et le vit avec rage. Puis, une fois qu\u2019il comprend que Suiza est en quelque sorte \u00ab\u00a0dompt\u00e9e\u00a0\u00bb, il va changer. La relation se transformera; de sexuelle elle deviendra relation d\u2019amour et il apprendra \u00e0 l\u2019aimer; il \u00e9coutera les conseils de celui qui lui apprend \u00e0 \u00ab\u00a0aimer et comprendre\u00a0\u00bb une femme, il deviendra attentif \u00e0 ses souhaits, fera tout son possible pour lui faire plaisir<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux \u00eatres bousill\u00e9s par la vie se compl\u00e8tent et s\u2019aident \u00e0 avancer\u00a0: peur, violence et solitude c\u00e8dent la place \u00e0 l\u2019attention, le d\u00e9sir de faire plaisir et de prot\u00e9ger. Ils apprennent \u00e0 se connaitre, \u00e0 faire confiance, \u00e0 surmonter leurs peurs et leurs d\u00e9mons. Chacun ses comp\u00e9tences: il ne sait pas faire les tartes aux pommes, elle ne sait pas compter. Et quand elle se rendra compte qu&rsquo;elle commence \u00e0 comprendre un peu les chiffres, elle ne le lui dira pas, car lui ne sait toujours pas faire la tarte aux pommes.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien s\u00fbr c\u2019est l\u2019histoire de Tomas et Suiza, mais c\u2019est aussi celle des autres fracass\u00e9s du village: Francesa, R\u00e1mon. Lope alias Mon Prince, Alberto, Agustina. Des gens qui se blindent, se referment, sont durs comme des pierres et ont le \u00ab\u00a0coeur-caillou\u00a0\u00bb pour pouvoir continuer \u00e0 avancer. Sans oublier le personnage le plus insidieux et le plus mal\u00e9fique, \u00ab\u00a0le crabe\u00a0\u00bb. \u00a0B\u00e9n\u00e9dicte Belpois va s\u2019attacher principalement \u00e0 nous d\u00e9crire les personnages, et \u00e0 nous les rendre attachants et humains gr\u00e2ce \u00e0 une \u00e9tude approfondie des caract\u00e8res de ces \u00eatres mal-aim\u00e9s et solitaires. La description des paysages est \u00e9galement d\u00e9taill\u00e9e mais c\u2019est principalement les individus qui \u00e9meuvent et sont au centre du livre. La Galice, c\u2019est l\u2019Espagne, mais c\u2019est une Espagne dure, sombre, avec des habitants en ad\u00e9quation avec les rudes conditions de vie. Et malgr\u00e9 cette rudesse, la tendresse et l\u2019\u00e9motion ne sont jamais bien loin, m\u00eame si elles sont bien cach\u00e9es sous les carapaces.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tr\u00e8s beau premier roman. Je remercie Lolomito de me l\u2019avoir fait d\u00e9couvrir.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je comprenais que j\u2019avais jusque-l\u00e0 totalement occult\u00e9 la nouvelle, que je l\u2019avais enfouie dans les tr\u00e9fonds de mon cerveau sans l\u2019analyser, parce que trop violente, trop injuste. J\u2019\u00e9tais rest\u00e9 sid\u00e9r\u00e9, clou\u00e9 contre le mur, et j\u2019avais endoss\u00e9 le d\u00e9ni pour rester encore debout, ne pas m\u2019effondrer comme une grosse merde, me rouler par terre et pleurer comme une vieille femme. Pour continuer \u00e0 vivre, tout b\u00eatement, et repousser la mort qui venait m\u2019embrasser dans le cou et me susurrer des mots doux.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9sir est mont\u00e9 en moi, comme un vent violent annon\u00e7ant la gr\u00eale. Mon c\u0153ur gonflait inexorablement, il \u00e9tait seul \u00e0 s\u2019\u00e9touffer dans ma poitrine tout \u00e0 coup trop petite. Ce qu\u2019il me restait de poumons avait disparu, tass\u00e9 quelque part, puisque je ne respirais plus.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u00a0De Suisse, tu dis\u00a0?<br \/>\u2014\u00a0Eh oui, mon gars, c\u2019est \u00e7a, la mondialisation\u00a0! Avant, c\u2019est ceux de chez nous qui partaient pour nourrir leur famille et travaillaient comme des esclaves pour un salaire de mis\u00e8re, mais maintenant, c\u2019est les Suisses qui viennent en Galice pour faire fortune.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien entendu, aucune fille ne s\u2019int\u00e9ressait \u00e0 moi, puisqu\u2019elles me prenaient \u2013\u00a0\u00e0 juste titre\u00a0\u2013 pour un alcoolique taciturne et peu am\u00e8ne ayant le charisme d\u2019une \u00e9cumoire et la finesse d\u2019un semi-remorque.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me disais que la maladie lui avait rong\u00e9 le cerveau, parce que je n\u2019avais pas \u00e9t\u00e9 capable, moi, d\u2019occuper le terrain, d\u2019entrer suffisamment dans sa t\u00eate et dans son c\u0153ur, que je n\u2019avais pas su la ch\u00e9rir, la cajoler, la caresser et finalement l\u2019aimer. Que le vide affectif que je n\u2019avais pas combl\u00e9 avait laiss\u00e9 la place \u00e0 cette b\u00eate malfaisante, et que m\u00eame alors, lorsqu\u2019elle avait pris ses aises, je n\u2019avais pas su l\u2019en d\u00e9loger.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le manque d\u2019amour maternel, le manque d\u2019amour tout court, m\u2019avait construit dur et froid, mais il n\u2019excusait pas tout<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019effilochais les mots, je les lardais de pleurs outranciers, je sanglotais, moi qui \u00e9tais l\u2019homme le plus malheureux du monde\u00a0: \u00e9coute ma douleur, vois comme elle me ronge et me d\u00e9vore, comme elle m\u2019an\u00e9antit.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si tu veux te r\u00e9pandre, il y a la sp\u00e9cialiste en couinages de canc\u00e9reux, la psychologue, qui va te remettre les id\u00e9es en place.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parfois, je fais des phrases \u00e0 peu pr\u00e8s correctes, mais c\u2019est parce que je m\u2019en souviens, j\u2019ai une bonne m\u00e9moire. C\u2019est la seule chose pour laquelle je suis bonne, la m\u00e9moire.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En Espagne\u00a0! Comme Asturias, comme Isaac. Je me suis dit que c\u2019\u00e9tait un signe, que l\u00e0-bas, tout devait \u00eatre merveilleux.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u00a0Les Suisses parlent fran\u00e7ais, Agustina, le suisse \u00e7a n\u2019existe pas. Ils peuvent parler allemand aussi, voire italien.<br \/>\u2014\u00a0Ils ont pas de langue \u00e0 eux, qu\u2019ils sont all\u00e9s piquer celles des autres\u00a0? Ben, les empaff\u00e9s\u00a0! Pis \u00e7a vient te donner des le\u00e7ons avec leur argent et leurs banques, alors qu\u2019ils ont m\u00eame pas de quoi se parler entre eux\u2026 Des sauvages, oui\u00a0!<br \/>\u2014\u00a0Ils ont une langue bien \u00e0 eux, le romanche, mais peu de Suisses la parlent en r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avoir ce pouvoir sur elle me rendait \u00e0 nouveau m\u00e2le, puissant et vigoureux, alors que depuis quelques semaines je me vivais comme une loque bouff\u00e9e par la maladie.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pour son \u00e9pilepsie. Il est n\u00e9 deux mois avant la date, il para\u00eet que c\u2019est pour \u00e7a. D\u00e9moul\u00e9 trop chaud, quoi.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avancions tous les deux comme deux corbeaux. Lui, petit et sec, vif, noir de soutane et parlant, moi, grand et massif, noir de soleil et d\u2019origine, perdu dans mes pens\u00e9es.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le\u00a0: Je n\u2019aimerais pas qu\u2019il t\u2019arrive quelque chose, j\u2019en serais triste faisait l\u2019effet d\u2019un antid\u00e9presseur.<br \/>J\u2019ai arr\u00eat\u00e9 d\u2019\u00eatre m\u00e9chant et de balancer mon cancer \u00e0 la gueule de tous ceux qui s\u2019int\u00e9ressaient \u00e0 moi.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle a touch\u00e9 le sable de la main avant d\u2019y mettre les pieds, en bas des escaliers, et s\u2019est retourn\u00e9e vers moi avec des yeux interrogatifs, visiblement elle ne savait pas ce qu\u2019\u00e9tait ce magma br\u00fblant et blanc qui mena\u00e7ait de se d\u00e9rober sous ses pas.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait le dialecte de ceux qui ont souffert, des fracass\u00e9s, des ab\u00eem\u00e9s. Une longue plainte monocorde et monotone qu\u2019il fallait laisser agoniser.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle marchait sans bruit, juste ses vieilles articulations qui craquaient l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre, comme si tout son squelette grin\u00e7ait.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La souffrance te fait ce que tu es, comme un arbuste de la sierra, pouss\u00e9 de travers \u00e0 cause du vent trop fort. Mais en ton c\u0153ur, tu es droit, tout le monde le sait.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle ne saurait jamais compter, mais elle savait lire ma nature et la peignait mieux que quiconque.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma grand-m\u00e8re me racontait toujours des histoires de gnomes des bois ou des maisons. J\u2019aimais bien. J\u2019y crois un peu. C\u2019est comme des anges gardiens, presque.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je mettais le doigt de fa\u00e7on pr\u00e9cise sur ce que j\u2019avais toujours inconsciemment per\u00e7u\u00a0: les femmes, m\u00eame dans la mis\u00e8re sociale ou affective, restaient moins ab\u00eem\u00e9es que les hommes. Malgr\u00e9 le manque, le vide, la solitude, il leur restait toujours un peu d\u2019amour \u00e0 donner, comme si elles naissaient avec un stock plus important, d\u00e8s le d\u00e9part.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Photo\u00a0<\/strong>: Le sanctuaire de la Virxe da Barca (Notre-Dame de la Barque ) est une \u00e9glise situ\u00e9e \u00e0 Mux\u00eda \u00e0 l\u2019ouest de la Galice en Espagne<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice : B\u00e9n\u00e9dicte Belpois a pass\u00e9 son enfance en Alg\u00e9rie, elle vit aujourd\u2019hui en Franche-Comt\u00e9 o\u00f9 elle exerce la profession de sage-femme. C\u2019est lors d\u2019un long s\u00e9jour en Espagne qu\u2019elle a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire \u00ab\u00a0Suiza\u00ab\u00a0, son premier roman. En 2021 elle publie \u00ab\u00a0Saint-Jacques\u00a0\u00bb Gallimard \u2013 Blanche \u2013 07.02.2019 \u2013 256 pages R\u00e9sum\u00e9 : \u00ab\u00a0Elle avait &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8937\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":8938,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[501,632,35,23,12,105,192],"tags":[197,465,778,448,777,385,780,422,779,333,337,111,169],"class_list":["post-8937","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-1er-roman","category-632","category-coup-de-coeur-lectures","category-espagne","category-litterature-france","category-roman","category-xxieme-siecle","tag-amour","tag-apprentissage","tag-cancer","tag-exclusion","tag-innocence","tag-misere","tag-misere-sociale","tag-peur","tag-protection","tag-sexualite","tag-societe","tag-solitude","tag-violence"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8937","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8937"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8937\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13822,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8937\/revisions\/13822"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/8938"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8937"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8937"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8937"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}