{"id":9186,"date":"2019-08-07T09:47:59","date_gmt":"2019-08-07T08:47:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9186"},"modified":"2019-08-07T10:04:36","modified_gmt":"2019-08-07T09:04:36","slug":"tavernier-tiffany-roissy-rl-2018","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9186","title":{"rendered":"Tavernier, Tiffany \u00abRoissy\u00bb (RL 2018)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Autrice<\/strong>&nbsp;: Tiffany Tavernier est romanci\u00e8re et sc\u00e9nariste. N\u00e9e en 1967, elle est la fille de la sc\u00e9nariste Colo Tavernier et du r\u00e9alisateur Bertrand Tavernier. Son premier roman, Dans la nuit aussi le ciel (Paroles d&rsquo;aube, 1999 ; Points, 2000), retrace son exp\u00e9rience dans les mouroirs de Calcutta, \u00e0 dix-huit ans. Depuis lors, elle n&rsquo;a cess\u00e9 de voyager de par le monde, notamment en Arctique, o\u00f9 elle situe son roman suivant, L&rsquo;Homme blanc (Flammarion, 2000 ; Points, 2001). <br \/> Apr\u00e8s avoir publi\u00e9 chez Grasset (Holy Lola, en 2004, le roman inspir\u00e9 par le sc\u00e9nario qu&rsquo;elle \u00e9crivit pour son p\u00e8re avec Dominique Sampiero), au Seuil, aux \u00e9ditions des Busclats (Comme une image, 2015, qui revient sur son enfance sur les plateaux de cin\u00e9ma) ou chez Tallandier (une biographie d&rsquo;Isabelle Eberhardt, en 2016), Tiffany Tavernier rejoint le catalogue de Sabine Wespieser \u00e9diteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sabine Wespieser &#8211; 30.08.2018 \u2013 280 pages <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;<\/strong>: Sans cesse en mouvement, tirant derri\u00e8re elle sa valise, la narratrice de ce roman va d\u2019un terminal \u00e0 l\u2019autre, engage des conversations, s\u2019invente des vies, \u00e9ternelle voyageuse qui pourtant ne montera jamais dans un de ces avions dont le spectacle l\u2019apaise.<br \/>Arriv\u00e9e \u00e0 Roissy sans m\u00e9moire ni pass\u00e9, elle y est devenue une \u00ab&nbsp;ind\u00e9celable&nbsp;\u00bb \u2013 une sans domicile fixe d\u00e9guis\u00e9e en passag\u00e8re \u2013, qui a trouv\u00e9 refuge dans ce non lieu les englobant tous. S\u2019attachant aux \u00eatres crois\u00e9s dans cet univers fascinant, o\u00f9 personnels navigants ou au sol c\u00f4toient clandestins et laiss\u00e9s-pour-compte, instituant habitudes et rituels comme autant de remparts aux bribes de souvenirs qui l\u2019assaillent et l\u2019\u00e9pouvantent, la femme sans nom fait corps avec l\u2019immense a\u00e9rogare. <br \/>Mais la bulle de s\u00e9curit\u00e9 finit par voler en \u00e9clats. Et quand un homme, qui tous les jours vient attendre le vol Rio-Paris \u2013 le m\u00eame qui, des ann\u00e9es auparavant, s\u2019est ab\u00eem\u00e9 en mer \u2013 tente de l\u2019aborder, elle fuit, effray\u00e9e. Comprenant, \u00e0 sa douceur et \u00e0 son regard bless\u00e9, qu\u2019il ne lui fera aucun mal, elle se laissera pourtant aller \u00e0 la complicit\u00e9 qui se nouera entre eux. <br \/>Magnifique portrait de femme rendue \u00e0 elle-m\u00eame \u00e0 la faveur des \u00e9motions qui la traversent,&nbsp;<em>Roissy&nbsp;<\/em>est un livre polyphonique et puissant, qui interroge l\u2019infinie capacit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 rena\u00eetre \u00e0 soi et au monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: A Roissy, il y a ceux qui partent, ceux qui arrivent et ceux qui restent. J\u2019ai d\u00e9couvert le cot\u00e9 cach\u00e9 de Roissy avec une femme, une \u00ab\u00a0ind\u00e9celable\u00a0\u00bb comme on dit l\u00e0-bas. Une SDF qui a pour domicile\u2026 Roissy. Une femme qui vit dans le terminal depuis 8 mois et qui pour ne pas se faire rep\u00e9rer fait semblant d\u2019\u00eatre une voyageuse. D\u2019ailleurs elle ne fait pas semblant que de cela. Elle ne sait plus qui elle est, alors non seulement elle s\u2019invente une vie de passag\u00e8re en transit mais aussi une vie tout court. Elle vit dans la bulle qu\u2019elle s\u2019est d\u00e9finie\u00a0: Roissy. Elle a peur d\u2019affronter le monde r\u00e9el car elle vit dans un autre monde, le monde d\u2019avant, un monde dans lequel elle avait un nom, une vie, un pass\u00e9, un pr\u00e9sent, un avenir. En s\u2019inventant un monde, elle fuit son amn\u00e9sie, la peur de ce dont elle croit se souvenir et qui la plonge dans les affres de la culpabilit\u00e9.<br \/>Et elle fait des rencontres\u00a0: des personnes de passage, des personnes qui travaillent, des personnes qui, comme elle, vivent \u00e0 Roissy et un homme qui vient tous les jours \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du Rio-Paris. Des liens vont peu \u00e0 peu se tisser. <br \/>Ce livre traite \u00e0 la fois un th\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9, les sans-abris et le th\u00e8me de l\u2019amn\u00e9sie. J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 ce portrait de femme fragile qui \u00e0 la fois voudrait et la fois recule \u00e0 l\u2019id\u00e9e de reprendre place dans la soci\u00e9t\u00e9. Arrivera-t-elle \u00e0 sortir du cocon que repr\u00e9sente Roissy pour elle\u00a0? Recouvrera-t-elle la m\u00e9moire\u00a0? Va-t-elle r\u00e9ussir \u00e0 se poser, \u00e0 atterrir dans la vie r\u00e9elle\u00a0? Je ne vous en dis pas plus\u2026 je vous laisse \u00e0 la porte d\u2019embarquement et je vous souhaite que votre vol ne soit pas annul\u00e9, qu\u2019il se passe bien, que vous d\u00e9colliez, et que vous r\u00eaviez en vol et pas seulement dans votre t\u00eate.<br \/>D\u00e9cidemment, je fais dans les \u00e2mes fissur\u00e9es qui s&rsquo;\u00e9vadent \u00e0 l&rsquo;autre bout du monde ces jours\u00a0: \u00a0entre le <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9140\">Vendela Vida<\/a>,  le <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9145\">Christiana Moreau<\/a>, le  <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9165\">Didierlaurent<\/a> , le <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9186\">Tiffany Tavernier<\/a> et le Cercas..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Extraits&nbsp;<\/strong>: <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est mon probl\u00e8me, je ressens tout. Sans doute parce que, \u00e0\nl\u2019instar des aveugles, qui d\u00e9veloppent un odorat extr\u00eame, j\u2019ai, pour combler le\nvide en moi, d\u00e9velopp\u00e9 une sensibilit\u00e9 rare aux choses de ce monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toute la journ\u00e9e, je marche en essayant de faire comme\nd\u2019habitude, lire les journaux, tirer ma valise, comparer les vols, parler avec\ndes passagers sans parvenir pour autant \u00e0 contrer l\u2019angoisse qui monte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les premiers jours, il n\u2019y avait que du neuf. Tout me\nsollicitait. Je dormais bien. Ma t\u00eate ne me faisait pas mal. J\u2019\u00e9touffe \u00e0\npr\u00e9sent. J\u2019\u00e9touffe \u00e0 faire semblant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une chute\nfracassante qui ne m\u2019a pas tu\u00e9e comme eux, mais dont je suis ressortie autre.\nAvant que cela ne se produise, je vivais ma vie. Je ne sais plus laquelle, mais\nune vie qui m\u2019appartenait enti\u00e8rement et dont j\u2019usais comme on use de tout ce\nque l\u2019on croit poss\u00e9der. Ainsi (c\u2019est l\u2019impression que j\u2019en garde), je parlais\nde mon corps, ma maison, mes relations, mon argent, mon m\u00e9tier, mon mari, mon\nh\u00e9ritage, ma voiture, ma famille, mes d\u00e9sirs, mes engagements, mes espoirs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ou encore cette autre qui me\nfait si peur et que tout de moi rejette&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai honte soudain. Honte de ce malheur qui l\u2019habite, et face auquel je ne\npeux rien, pas m\u00eame un geste de tendresse, le moindre baiser ici ne viendrait\nque raviver la plaie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">les souvenirs, je\u2026 je ne veux pas, j\u2019ai peur.<br \/>\u2013&nbsp;Si tu veux pas te souvenir, lis&nbsp;! [\u2026]<br \/>LIRE, IL A RAISON. Combien de fois la simple description d\u2019un paysage m\u2019a apais\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019a\u00e9roport nous prot\u00e8ge. Il est notre cocon et, pour moi, ma\nseule m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je voudrais tant, parfois encore, rejoindre celle que je fus, mais, quand j\u2019essaie d\u2019imaginer cette femme, je me sens devenir de glace, comme si, l\u00e0-bas, tout d\u2019elle \u00e9tait impitoyable. Plut\u00f4t alors rester cette passag\u00e8re de l\u2019entre-deux-mondes, sans pr\u00e9nom ni \u00e2ge, est-ce seulement encore possible&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils ne sont pas ivres, juste emplis \u00e0 ras bord de joie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Me fondre dans le paysage, voil\u00e0 ce que j\u2019aimerais ce matin.\nDevenir aussi fluide que l\u2019air. Et bleue. Enti\u00e8rement bleue comme le ciel. Je\nme surprends \u00e0 sourire. Qu\u2019ai-je \u00e0 craindre apr\u00e8s tout&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tracer en dehors de soi et en soi un cercle, un deuxi\u00e8me\ncercle, un troisi\u00e8me cercle. Dresser tout autour de solides murailles\ntransparentes. S\u2019asseoir au centre de cette splendide construction. Ne plus\nbouger. Puis se mettre \u00e0 r\u00eaver. Juste cela. R\u00eaver. R\u00eaver le corps, l\u2019espace du\ncorps. R\u00eaver \u00e0 en perdre la m\u00e9moire, effacer tout contour. Jusqu\u2019\u00e0 ces gestes\nqui parlent de la douleur. S\u2019asseoir ici m\u00eame. Dans la blancheur c\u00e9leste de ce\nroyaume. Au sein de sa douceur muette. Ni s\u2019appesantir, ni s\u2019envoler. R\u00eaver,\njuste cela, le menton en appui sur les genoux, \u00e0 en devenir le temps du r\u00eave\nlui-m\u00eame, son espace, sa langue. D\u00e9cider de ne plus jamais en sortir.\nS\u2019enfermer \u00e0 jamais dans la f\u00e9\u00e9rie de ce monde.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice&nbsp;: Tiffany Tavernier est romanci\u00e8re et sc\u00e9nariste. N\u00e9e en 1967, elle est la fille de la sc\u00e9nariste Colo Tavernier et du r\u00e9alisateur Bertrand Tavernier. Son premier roman, Dans la nuit aussi le ciel (Paroles d&rsquo;aube, 1999 ; Points, 2000), retrace son exp\u00e9rience dans les mouroirs de Calcutta, \u00e0 dix-huit ans. 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