{"id":9258,"date":"2019-08-20T11:11:37","date_gmt":"2019-08-20T10:11:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9258"},"modified":"2021-05-22T21:45:00","modified_gmt":"2021-05-22T19:45:00","slug":"hosseini-khaled-ainsi-resonne-lecho-infini-des-montagnes-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9258","title":{"rendered":"Hosseini , Khaled \u00abAinsi r\u00e9sonne l&rsquo;\u00e9cho infini des montagnes\u00bb  (2013)"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Auteur<\/strong>:\u00a0 Khaled Hosseini, est un m\u00e9decin et \u00e9crivain am\u00e9ricain d\u2019origine afghane, n\u00e9 \u00e0 Kaboul en 1965.<br \/>Cadet de cinq enfants, fils d\u2019un diplomate et d\u2019une professeur de farsi, il a pass\u00e9 son enfance en Iran, puis \u00e0 Paris, d\u00e9m\u00e9nageant au gr\u00e9 des affectations de son p\u00e8re fix\u00e9es par le minist\u00e8re afghan des Affaires \u00e9trang\u00e8res.\u00a0\u00a0 En 1980, alors que l\u2019Afghanistan est occup\u00e9 par l\u2019arm\u00e9e sovi\u00e9tique, les Hosseini obtiennent le droit d\u2019asile aux \u00c9tats-Unis et s\u2019installent \u00e0 San Jos\u00e9, en Californie.\u00a0 Apr\u00e8s une licence de biologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Santa Clara en 1988 et des \u00e9tudes de m\u00e9decine, Khaled Hosseini devient interne au Cedars-Sinai Medical Center de Los Angeles en 1996, o\u00f9 il exerce toujours.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Romans traduits en fran\u00e7ais<\/strong> : <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4299\"><span style=\"color: #0000ff;\">Les cerfs-volants de Kaboul<\/span> <\/a>(2005) \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4299\">Mille soleils splendides<\/a><\/span> (2007) \u2013<span style=\"color: #0000ff;\"> <a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9258\">Ainsi r\u00e9sonne l\u2019\u00e9cho infini des montagnes<\/a><\/span> (2013)<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Belfond \u2013 7.11.2013 \u2013 484 pages\/\u00a0\u00a0 10\/18 \u2013 2.10.2014 \u2013 498 pages Val\u00e9rie Bourgeois (Traducteur)<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En Afghanistan, des ann\u00e9es 1950 \u00e0 nos jours, mais aussi \u00e0 Paris dans les ann\u00e9es 1970, en Californie dans les ann\u00e9es 2000 et sur une \u00eele grecque aujourd&rsquo;hui. A Shadbagh, un minuscule village agricole, Abdullah, 10 ans, s&rsquo;occupe de sa petite soeur Pari. Entre les deux enfants, le lien est ind\u00e9fectible, ce qui leur permet d&rsquo;oublier la mort de leur m\u00e8re, les absences de leur p\u00e8re qui cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment du travail et ces jours o\u00f9 la faim les tenaille encore plus qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;habitude. <br \/>Un jour, leur p\u00e8re d\u00e9cide de partir pour Kaboul o\u00f9 l&rsquo;oncle Nabi lui aurait trouv\u00e9 un emploi et d&#8217;emmener Pari avec lui. Abdullah sent qu&rsquo;il se trame quelque chose. Et de fait, leur p\u00e8re, pr\u00e9f\u00e9rant \u00ab\u00a0couper un doigt pour sauver la main\u00a0\u00bb, vend Pari \u00e0 la riche famille pour laquelle travaille Nabi. Une s\u00e9paration d\u00e9chirante qui p\u00e8sera sur toute la vie d&rsquo;Abdullah, m\u00eame apr\u00e8s son exil aux Etats-Unis. La petite Pari oublie et grandit \u00e0 Paris o\u00f9 sa m\u00e8re, Nila, trop libre pour la soci\u00e9t\u00e9 afghane, s&rsquo;est enfuie au milieu des ann\u00e9es 50.<br \/>Nabi est rest\u00e9 aupr\u00e8s de Suleiman, le mari de Nila, devenu handicap\u00e9 suite \u00e0 un AVC. Des ann\u00e9es plus tard, bien apr\u00e8s la chute des Talibans, Abdullah n&rsquo;a pas oubli\u00e9 Pari qui, elle, n&rsquo;a jamais pu combler une sensation de vide, comme s&rsquo;il lui manquait quelque chose d&rsquo;indispensable, dont elle ignorait tout\u2026<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mon avis\u00a0<\/strong>: Troisi\u00e8me livre de cet auteur et troisi\u00e8me coup de c\u0153ur. Comme les fois pr\u00e9c\u00e9dentes j\u2019ai ressenti de la tendresse pour les personnages et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 happ\u00e9e par leurs destins. De plus j\u2019ai bien \u00e9videmment appr\u00e9ci\u00e9 le contexte historique et la mani\u00e8re de pr\u00e9senter la situation \u2013 la guerre, les talibans, la reconstruction du pays \u2013 du pays. <br \/>L\u2019auteur nous entraine dans une fresque qui commence dans les ann\u00e9es 50 et se poursuit jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Nous suivons une famille pauvre qui habite \u00e0 la campagne et une famille riche de Kaboul\u00a0: les deux histoires s\u2019imbriquent car, \u00e9trangl\u00e9 par la mis\u00e8re, le p\u00e8re pauvre devra se r\u00e9soudre \u00e0 vendre sa fillette, Pari, \u00a0\u2013 qui avait un lien tr\u00e8s fort avec son fr\u00e8re ain\u00e9 \u2013 dans l\u2019espoir de lui assurer une vie meilleure. Le destin m\u00e8nera Pari en Europe, \u00e0 Paris\u00a0; elle a tout oubli\u00e9 de son pass\u00e9 mais elle sent bien qu\u2019elle a des failles\u00a0: elle grandira \u2013 vieillira \u2013 avec une sensation de manque et un besoin de comprendre son histoire. <br \/>Les \u00e9v\u00e9nements qui se d\u00e9roulent en Afghanistan bouleversent bien \u00e9videmment le pays. Ceux qui le peuvent s\u2019expatrient et d\u2019autres, les humanitaires, viennent s\u2019installer. Dans le roman nous suivons ceux dont la vie a touch\u00e9 de pr\u00e8s ou de loin ceux qui ont fait partie du pass\u00e9 de la fillette\u00a0: son p\u00e8re, son oncle, les personnes \u00e0 qui elle a \u00e9t\u00e9 c\u00e9d\u00e9e, les habitants de son village natal , ceux de la maison dans laquelle elle a v\u00e9cu quelques ann\u00e9es et de sa rue \u00e0 Kaboul. \u00a0Des vies qui s\u2019entrelacent\u00a0: on y croise les talibans, les exil\u00e9s, ceux qui rentrent au pays, ceux qui veulent aider, ceux qui souhaitent simplement s\u2019enrichir. Ceux qui partent, ceux qui restent, tous ont une vie difficile, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. \u00a0Et un jour, le pass\u00e9 la rattrapera et lui permettra de comprendre\u2026<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vous invite \u00e0 suivre ces personnages, \u00e0 vous laisser envo\u00fbter par ce merveilleux conteur et je suis certaine que vous allez aimer.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maidan Sabz \u00e9tait un lieu d\u00e9sol\u00e9 qui ne ressemblait pas le moins du monde \u00e0 l\u2019image sugg\u00e9r\u00e9e par son nom, le \u00ab\u00a0champ vert\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De m\u00eame, il ne comprenait pas pourquoi un sentiment ind\u00e9finissable \u2013\u00a0un sentiment comme on peut en \u00e9prouver \u00e0 la fin d\u2019un r\u00eave triste\u00a0\u2013 le prenait par surprise tel un coup de vent inattendu et le submergeait chaque fois qu\u2019il entendait ce tintement. Puis cela passait, comme le font toutes choses. Cela passait.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019\u00e9tait pas plus \u00e9pais qu\u2019un roseau, mais une vie pass\u00e9e \u00e0 trimer lui avait donn\u00e9 des muscles puissants, aussi serr\u00e9s que les bandes de rotin autour des bras d\u2019un fauteuil.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ses yeux se posaient sur le m\u00eame monde que sa femme, mais lui n\u2019y voyait qu\u2019indiff\u00e9rence. Un labeur sans fin. Son univers \u00e0 lui \u00e9tait implacable. Rien de bon n\u2019\u00e9tait gratuit. M\u00eame l\u2019amour. Il fallait payer pour tout, et quand on \u00e9tait pauvre, la souffrance \u00e9tait votre seule monnaie d\u2019\u00e9change.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 un animal \u00e0 la naissance, je vous jure que j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 une mule<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019arbre, qui dominait tout Shadbagh, \u00e9tait l\u2019\u00eatre vivant le plus ancien du village.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il leur rapportait des fables qu\u2019il tenait de sa grand-m\u00e8re et qui les envoyaient vers des contr\u00e9es peupl\u00e9es de sultans, de djinns, de <em>divs<\/em> malveillants et de sages derviches. Parfois aussi, il inventait des histoires. Comme \u00e7a, sur-le-champ.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce type d\u00e9sagr\u00e9able avait la manie r\u00e9pugnante de laisser pointer sa langue \u00e0 la fin de chaque phrase, une langue avec laquelle il lan\u00e7ait des ou\u00ef-dire avec autant de d\u00e9sinvolture que des poign\u00e9es d\u2019engrais.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Leurs querelles se diluaient plus qu\u2019elles ne s\u2019achevaient, comme une goutte d\u2019encre dans un bol d\u2019eau, en laissant une teinture r\u00e9siduelle persistante.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 pr\u00e9sent, j\u2019\u00e9tais libre de faire ce que je voulais, mais cette libert\u00e9 m\u2019est apparue illusoire, car ce que je d\u00e9sirais le plus m\u2019avait \u00e9t\u00e9 retir\u00e9. Il faut se donner un but dans la vie et vivre en cons\u00e9quence, dit-on. Sauf que, parfois, c\u2019est seulement apr\u00e8s avoir v\u00e9cu que votre vie se r\u00e9v\u00e8le pourvue d\u2019un but \u2013\u00a0et sans doute un but auquel vous n\u2019aviez jamais pens\u00e9. Moi, j\u2019avais atteint le mien et je me retrouvais d\u00e9sormais d\u00e9s\u0153uvr\u00e9 et \u00e0 la d\u00e9rive.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je sais maintenant que certaines personnes sont malheureuses comme d\u2019autres sont amoureuses\u00a0: secr\u00e8tement, intens\u00e9ment, irr\u00e9m\u00e9diablement.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout ce que je dis, c\u2019est qu\u2019il est grossier de placarder ses bonnes actions sur un tableau d\u2019affichage. Il gagnerait \u00e0 agir discr\u00e8tement, dignement. Signer des ch\u00e8ques en public, \u00e7a ne correspond pas tout \u00e0 fait \u00e0 la d\u00e9finition de la gentillesse.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un acte de violence <em>insens\u00e9<\/em>. Un meurtre <em>insens\u00e9<\/em>. Comme s\u2019il \u00e9tait possible de commettre un meurtre sens\u00e9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">il tente de d\u00e9crire les \u00e9coles d\u00e9truites par les obus, les squatteurs dans les b\u00e2timents sans toit, les mendiants, la boue, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 capricieuse. Mais autant d\u00e9crire une musique. Il ne peut donner vie \u00e0 ces images.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Kaboul, c\u2019est\u2026 c\u2019est mille trag\u00e9dies au kilom\u00e8tre, l\u00e2che-t-il.<br \/>\u2014\u00a0\u00c7\u2019a d\u00fb \u00eatre le choc des cultures, pour toi.<br \/>\u2014\u00a0En effet.<br \/>Il ne leur avoue pas que c\u2019est en rentrant chez lui qu\u2019il a v\u00e9ritablement \u00e9prouv\u00e9 ce choc.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">EB\u00a0: C\u2019\u00e9tait un visionnaire, alors.<br \/>NW\u00a0: Ou un idiot. J\u2019ai toujours trouv\u00e9 la fronti\u00e8re entre les deux dangereusement \u00e9troite.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne voulais pas qu\u2019elle devienne contre sa volont\u00e9 et contre les lois de la nature une de ces femmes z\u00e9l\u00e9es et tristes qui s\u2019acharnent \u00e0 mener une vie de servitude silencieuse, toujours apeur\u00e9es \u00e0 l\u2019id\u00e9e de montrer, de dire ou de faire ce qu\u2019il ne faut pas. Des femmes devant lesquelles certains s\u2019extasient en Occident \u2013\u00a0ici en France, par exemple. Des femmes transform\u00e9es en h\u00e9ro\u00efnes \u00e0 cause de leur dur quotidien, et admir\u00e9es de loin par ceux qui ne supporteraient pas d\u2019\u00e9changer une seule journ\u00e9e leur place contre la leur. Des femmes dont les d\u00e9sirs sont \u00e9touff\u00e9s, qui doivent renoncer \u00e0 leurs r\u00eaves, et qui pourtant \u2013\u00a0et c\u2019est l\u00e0 le pire, monsieur Boustouler\u00a0\u2013, vous sourient et font semblant de ne se poser aucune question lorsque vous les rencontrez. Comme si leur sort \u00e9tait enviable. Mais si vous les regardez attentivement, vous voyez leur impuissance, leur d\u00e9sespoir, et combien tout cela d\u00e9ment leur pr\u00e9tendue bonne humeur. C\u2019est assez path\u00e9tique, monsieur Boustouler. Je ne voulais pas de \u00e7a pour ma fille.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0Paris, comme la ville\u00a0?\u00a0\u00bb et de la r\u00e9plique famili\u00e8re de sa m\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Non, sans le <em>s<\/em>. \u00c7a veut dire \u201cf\u00e9e\u201d en farsi.\u00a0\u00bb<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi qu\u2019elle le lui avait expliqu\u00e9, la permanence des v\u00e9rit\u00e9s math\u00e9matiques, leur absence d\u2019arbitraire et d\u2019ambigu\u00eft\u00e9 lui procuraient un certain r\u00e9confort. Tout comme la certitude que les r\u00e9ponses, m\u00eame si elles \u00e9taient parfois \u00e9lusives, pouvaient \u00eatre trouv\u00e9es. Qu\u2019elles \u00e9taient l\u00e0, qu\u2019elles attendaient, s\u00e9par\u00e9es de vous par seulement quelques signes gribouill\u00e9s \u00e0 la craie.<br \/>\u2014\u00a0Tout le contraire de la vie, en somme, avait-il not\u00e9. Parce que l\u00e0, en revanche, la r\u00e9ponse \u00e0 une question est soit n\u00e9gative, soit tr\u00e8s compliqu\u00e9e.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui avait toujours manqu\u00e9, c\u2019\u00e9tait la colle pour relier entre eux ces souvenirs morcel\u00e9s et disparates, pour les transformer en une sorte de r\u00e9cit coh\u00e9rent.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qu\u2019est-ce que j\u2019\u00e9tais pour toi, maman\u00a0? Qu\u2019\u00e9tais-je cens\u00e9e \u00eatre au moment o\u00f9 je grandissais dans ton ventre \u2013\u00a0en supposant que j\u2019aie bien \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue l\u00e0\u00a0? Une graine d\u2019espoir\u00a0? Un billet achet\u00e9 pour te sortir des t\u00e9n\u00e8bres\u00a0? Un pansement sur le trou que tu portais dans ton c\u0153ur\u00a0? Si oui, je n\u2019\u00e9tais pas assez. Loin de l\u00e0. Je n\u2019apaisais pas ta douleur, je n\u2019\u00e9tais qu\u2019une impasse de plus, un fardeau suppl\u00e9mentaire, et tu as d\u00fb le sentir assez vite. Tu as d\u00fb t\u2019en rendre compte. Mais que voulais-tu y faire\u00a0? Tu ne pouvais pas me vendre chez un pr\u00eateur sur gages.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est \u00e7a la vieillesse, pense-t-elle en suivant Isabelle dans le magasin. Des moments cruels qui vous tombent dessus sans crier gare.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelque chose d\u2019\u00e9tonnant lui arrive. Quelque chose de v\u00e9ritablement remarquable. L\u2019image qu\u2019elle en a est celle d\u2019une hache frappant le sol et d\u2019un flot de p\u00e9trole noir jaillissant soudain \u00e0 la surface. Voil\u00e0 ce qui lui arrive. Lib\u00e9r\u00e9s par le choc, des souvenirs remontent des profondeurs de sa m\u00e9moire.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis toujours, j\u2019ai l\u2019impression que tout ce que je lui dis dispara\u00eet dans les airs sans avoir \u00e9t\u00e9 entendu \u2013\u00a0\u00e0 croire qu\u2019il y a de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 statique entre nous, une mauvaise connexion.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les temps int\u00e9ressants sont ceux qui s\u2019accompagnent des plus graves bouleversements.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour elle, les larmes sont un signe de faiblesse, une mani\u00e8re voyante d\u2019attirer l\u2019attention, et elle refuse d\u2019y c\u00e9der. Elle ne peut se contraindre \u00e0 consoler les autres. En grandissant, j\u2019ai appris que ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019un de ses traits les plus positifs. La tristesse doit \u00eatre priv\u00e9e, estime-t-elle. Pas \u00e9tal\u00e9e au grand jour.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai appris que le monde ne voit pas ce qu\u2019il y a en vous, qu\u2019il se moque compl\u00e8tement des espoirs, des r\u00eaves, des chagrins qui reposent cach\u00e9s sous votre peau et vos os. C\u2019est aussi simple, aussi absurde et aussi cruel que \u00e7a.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais je puise du r\u00e9confort dans cette id\u00e9e d\u2019un sch\u00e9ma, d\u2019un r\u00e9cit de ma vie qui prendrait forme comme une photo dans une chambre noire, d\u2019une histoire qui \u00e9mergerait lentement et affirmerait le bien que j\u2019ai toujours voulu voir en moi. Cette histoire, elle me porte.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entrer dans la maison de mon enfance a quelque chose d\u2019un peu d\u00e9sorientant \u2013\u00a0cela me donne l\u2019impression de lire la fin d\u2019un roman commenc\u00e9, puis abandonn\u00e9 il y a longtemps.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[\u2026] mais les gens se trompent souvent compl\u00e8tement. Ils pensent vivre en fonction de ce qu\u2019ils veulent. Mais ce qui les guide, en fait, c\u2019est ce dont ils ont peur. Ce qu\u2019ils ne veulent <em>pas<\/em>.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le temps, c\u2019est comme le charme. On n\u2019en a jamais autant qu\u2019on le croit, poursuit-elle en repoussant l\u2019album pour boire son caf\u00e9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019entendre maintenant, dans ce salon, me donne l\u2019impression que toutes les ann\u00e9es qui nous ont s\u00e9par\u00e9es se replient rapidement l\u2019une par-dessus l\u2019autre, encore et encore. Comme si le temps se contractait, tel un accord\u00e9on, jusqu\u2019\u00e0 ce que, r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9paisseur d\u2019une photo, d\u2019une carte postale, il d\u00e9pose \u00e0 mes pieds le souvenir le plus \u00e9clatant de mon enfance afin qu\u2019il s\u2019assoie \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, qu\u2019il me tienne la main et articule mon pr\u00e9nom. Notre pr\u00e9nom. Je per\u00e7ois un petit clic, quelque chose qui se met en place. Quelque chose qui a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9 il y a longtemps et qui se recolle.<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur:\u00a0 Khaled Hosseini, est un m\u00e9decin et \u00e9crivain am\u00e9ricain d\u2019origine afghane, n\u00e9 \u00e0 Kaboul en 1965.Cadet de cinq enfants, fils d\u2019un diplomate et d\u2019une professeur de farsi, il a pass\u00e9 son enfance en Iran, puis \u00e0 Paris, d\u00e9m\u00e9nageant au gr\u00e9 des affectations de son p\u00e8re fix\u00e9es par le minist\u00e8re afghan des Affaires \u00e9trang\u00e8res.\u00a0\u00a0 En 1980, &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9258\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":9259,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[336,55,35,98,43,709,100,105,78,192],"tags":[254,197,845,218,297,199,846,844,281,702,277,177,314,814,305,817,212,322],"class_list":["post-9258","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-afghanistan","category-annees","category-coup-de-coeur-lectures","category-france","category-histoire","category-litterature-afghane","category-paris","category-roman","category-xxeme","category-xxieme-siecle","tag-amitie","tag-amour","tag-dechirement","tag-drame","tag-exil","tag-famille","tag-fratrie","tag-fresque","tag-guerre","tag-manque","tag-passe","tag-quete-didentite","tag-rapports-familiaux","tag-roman-familial","tag-saga","tag-secrets-de-famille","tag-separation","tag-vieillesse"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9258","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9258"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9258\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13649,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9258\/revisions\/13649"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/9259"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9258"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9258"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9258"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}