{"id":929,"date":"2014-07-20T16:13:39","date_gmt":"2014-07-20T15:13:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=929"},"modified":"2014-07-20T16:13:39","modified_gmt":"2014-07-20T15:13:39","slug":"buti-roland-le-milieu-de-lhorizon-042013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=929","title":{"rendered":"Buti, Roland \u00ab\u00a0Le Milieu de l&rsquo;horizon\u00a0\u00bb (04\/2013)"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Prix du public de la RTS 2014, s\u00e9lectionn\u00e9 pour le M\u00e9dicis 2013 (Editions Zo\u00e9)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Gus a quitt\u00e9 l\u2019enfance un \u00e9t\u00e9 de canicule. Alors qu\u2019il aide son p\u00e8re paysan, lit et relit ses bandes dessin\u00e9es, se baigne dans un r\u00e9servoir souterrain avec Mado, la fille perdue du village, son univers familier et rassurant se fissure. La m\u00e8re de Gus, pr\u00e9sence constante, tendre et complice s\u2019\u00e9loigne peu \u00e0 peu de lui, tandis que son p\u00e8re, pourtant v\u00e9ritable force de la nature, s\u2019enferme dans sa chambre pour cuver son chagrin. L\u2019impensable arrive. Gus doit alors prendre en main l\u2019exploitation, guider les camions-citernes de l\u2019arm\u00e9e vers les champs dess\u00e9ch\u00e9s, traire les vaches trop pleines d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9es. Quand il d\u00e9couvre le secret de sa m\u00e8re, dans une sc\u00e8ne magnifique de pudeur, il vit la fin d\u2019un monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mon avis\u00a0<\/strong>: Je viens de finir ce livre d\u2019un auteur suisse. J\u2019avais un peu peur de lire un roman \u00ab\u00a0rural\u00a0\u00bb sur la d\u00e9tresse du monde paysan\u2026 Pas du tout. Ce fut un tr\u00e8s beau moment.<\/p>\n<p>1976, \u00e9t\u00e9 de canicule. \u00c9t\u00e9 aussi ou le monde de Gus va s\u2019effondrer. Sous un ciel jaune tout va s\u00e9cher et partir en poussi\u00e8re.. Son monde, la ferme, les animaux\u2026 tout va mourir. Tout le monde qu\u2019il a connu depuis l\u2019enfance va se recroqueviller, se consumer, puis exploser et disparaitre et toutes les valeurs de son enfance se d\u00e9liter. Dans une ferme traditionnelle, l\u2019\u00e9levage des poussins remplace les bovins, la vieille jument arrive au bout de sa vie, sa m\u00e8re et son p\u00e8re cessent de se comporter comme avant, le jeune handicap\u00e9 plac\u00e9 \u00e0 la ferme perd ses rep\u00e8res, le chien ne se comporte plus normalement. Ecroulement du monde paysan traditionnel et mort de l\u2019enfance\u2026 Un tr\u00e8s beau moment qui relie l\u2019\u00e2me du jeune paysan \u00e0 la souffrance de la terre, la s\u00e8cheresse et la mort de son monde, les ravages du coup de foudre et de la foudre, la force d\u00e9vastatrice de la solitude et de l\u2019aridit\u00e9, les sentiments et les \u00e9l\u00e9ments sortent de la routine\u00a0; le malheur \u00e9touffe tout, comme la chaleur oppressante qui assomme la campagne et les \u00eatres.<\/p>\n<p>En partant de la petite ferme, on obtient l\u2019image de la vie, quand la vie bascule, que les habitudes volent en \u00e9clat et que les fondements auxquels on croit depuis des si\u00e8cles vacillent. De tr\u00e8s belles descriptions de la campagne et des \u00e9l\u00e9ments. J\u2019aime beaucoup aussi l\u2019identification du gamin avec le monde de la Bande dessin\u00e9e. J\u2019ai aim\u00e9 la description et l\u2019accent mis sur les couleurs le jaune est per\u00e7u comme mal\u00e9fique (chaleur) et le bleu comme reposant (eau) &#8211; j\u2019y suis toujours tr\u00e8s sensible -, les parall\u00e8les entre les choses et les animaux, les \u00e9l\u00e9ments et les sentiments. Sous la chaleur et la s\u00e9cheresse, tout se craquelle, se fissure, puis le tonnerre, la foudre, la violence de l\u2019orage, la pluie qui entraine tout&#8230; et qui laisse un paysage de d\u00e9solation. La ferme et la famille ont subi le m\u00eame sort\u2026<\/p>\n<p><strong>\u00a0Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Chez nous, il y avait deux matins. Le premier \u00e9tait celui des chats commen\u00e7ant leurs rondes, et de papa qui, le premier debout, descendait pour aller travailler\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0 J\u2019ai tout \u00e0 coup eu le sentiment de ne pas avoir assez v\u00e9cu pour me pr\u00e9valoir d\u2019une quelconque \u00e9paisseur de myst\u00e8re \u00e0 ses yeux. J\u2019\u00e9tais comme un animal r\u00e9duit \u00e0 ses caract\u00e9ristiques essentielles, interchangeable comme un petit chat auquel on donne un nom et que l\u2019on caresse \u00e0 la premi\u00e8re rencontre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est lassant de toujours voir ce que l\u2019on voit. On devrait imaginer d\u2019autres couleurs, des accessoires, des inventions partout pour que l\u2019on soit \u00e0 tous les coups un peu \u00e9tonn\u00e9 de vivre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019aurais alors aim\u00e9 \u00eatre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une case de bande dessin\u00e9e illustrant une sc\u00e8ne nocturne, une case dans laquelle tous les \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9cor sous la lune sont repr\u00e9sent\u00e9s en bleu. Et le h\u00e9ros traverse le d\u00e9cor en silence\u00a0: les arbres sont bleu fonc\u00e9, les pr\u00e9s sont bleu clair, les r\u00e9verb\u00e8res sont bleu fonc\u00e9, la rue est bleu clair et m\u00eame le noir des t\u00e9n\u00e8bres est bleu. Mais il n\u2019y avait aucune couleur froide autour de moi et, au c\u0153ur de la fausse obscurit\u00e9, le rouge et le jaune ne s\u2019effa\u00e7aient pas parce que nos nuits d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e9taient en r\u00e9alit\u00e9 uniquement des jours un peu \u00e9teints.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le r\u00e9frig\u00e9rateur ronronnait dans la pi\u00e8ce vide avec de temps \u00e0 autre des hoquets suivis d\u2019une br\u00e8ve exaltation \u00e9lectrique qui le faisait trembler de haut en bas. Il s\u2019\u00e9brouait comme une vieille b\u00eate fourbue avant de retrouver sa respiration r\u00e9guli\u00e8re, chaque fois un peu plus accabl\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00abDepuis quelques jours, Rudy me disait que l&rsquo;herbe sentait mauvais. Quand je lui avais demand\u00e9 pourquoi, il m&rsquo;avait r\u00e9pondu triste et s\u00e9rieux que c&rsquo;\u00e9tait parce qu&rsquo;elle souffrait.\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il devait passer son temps \u00e0 penser au temps\u00a0: au temps pass\u00e9 et au temps lui restant \u00e0 vivre, les deux n\u2019ayant plus suffisamment de consistance pour vraiment l\u2019int\u00e9resser\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les animaux ont dans la t\u00eate quelque chose qui ressemble \u00e0 une horloge. Elle rythme leur vie. Elle ne les trompe jamais. Ils savent tr\u00e8s bien quand ils vont y passer. Ils le comprennent et cela ne les panique pas. Ils restent calmes. Ils se retirent. Ils acceptent alors leur corps qui ralentit, qui s\u2019\u00e9puise, qui s\u2019arr\u00eate\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019appartenais \u00e0 cette maison fragile. J\u2019appartenais \u00e0 cette maison dans laquelle chacun se d\u00e9battait dans son petit espace clos. J\u2019avais le dos plaqu\u00e9 contre la terre chaude, les yeux au ciel, et je me disais que nos r\u00eaves \u00e9taient comme un train qui entre en gare, un train qu\u2019on aper\u00e7oit de loin dans une lumi\u00e8re poussi\u00e9reuse \u00e9blouissante, qui devient plus concret en s\u2019approchant, qui d\u00e9file devant nous avec lenteur et que nous regardons longtemps sans savoir s\u2019il va s\u2019arr\u00eater vraiment et si nous allons pouvoir monter dedans.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019avais l\u2019\u00e2ge o\u00f9 l\u2019on est immortel, car une vie nous attend. Mais cet horizon, jusque-l\u00e0 sans r\u00e9alit\u00e9 et trop lointain, commen\u00e7ait \u00e0 avoir des contours un peu plus distincts et je me sentais \u00e0 peu pr\u00e8s dans la peau du personnage de bande dessin\u00e9e que l\u2019on suit de dos et qui avance, case apr\u00e8s case, vers un paysage qui, \u00e0 mesure qu\u2019il devient moins flou, devient aussi moins attrayant\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une bonne respiration apaise les nerfs, calme les peurs.. . Elle est comme le vent qui souffle sur le feu, qui disperse les cendres et redonne de la force \u00e0 la flamme qui \u00e9touffait dessous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n\u2019y avait sans doute rien \u00e0 dire parce que parler aurait simplement d\u00e9pos\u00e9 une couche de mots inutiles sur les choses\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je n&rsquo;\u00e9tais pas loin de penser qu&rsquo;il lui ob\u00e9issait parce que l&rsquo;esprit de maman se trouvait en contact avec la divinit\u00e9 tut\u00e9laire qui prot\u00e9geait nos b\u00e2timents, qui garantissait la fertilit\u00e9 de nos terres et qui veillait \u00e0 notre fortune. La maison tenait gr\u00e2ce \u00e0 elle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Prix du public de la RTS 2014, s\u00e9lectionn\u00e9 pour le M\u00e9dicis 2013 (Editions Zo\u00e9) R\u00e9sum\u00e9\u00a0: Gus a quitt\u00e9 l\u2019enfance un \u00e9t\u00e9 de canicule. Alors qu\u2019il aide son p\u00e8re paysan, lit et relit ses bandes dessin\u00e9es, se baigne dans un r\u00e9servoir souterrain avec Mado, la fille perdue du village, son univers familier et rassurant se &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=929\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":930,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,28],"tags":[],"class_list":["post-929","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-suisse"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/929","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=929"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/929\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":931,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/929\/revisions\/931"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/930"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=929"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=929"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=929"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}