{"id":9378,"date":"2019-09-16T16:05:54","date_gmt":"2019-09-16T15:05:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9378"},"modified":"2020-05-31T11:59:59","modified_gmt":"2020-05-31T10:59:59","slug":"murakami-haruki-les-amants-du-spoutnik-2003","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9378","title":{"rendered":"Murakami, Haruki \u00abLes Amants du Spoutnik \u00bb (2003)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Auteur<\/strong>&nbsp;: N\u00e9 \u00e0 Kyoto en 1949 et \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Kobe,\nHaruki Murakami a \u00e9tudi\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre et le cin\u00e9ma, puis a dirig\u00e9 un club de\njazz, avant d\u2019enseigner dans diverses universit\u00e9s aux \u00c9tats-Unis. En 1995,\nsuite au tremblement de terre de Kobe et \u00e0 l\u2019attentat du m\u00e9tro de Tokyo, il\nd\u00e9cide de rentrer au Japon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ont d\u00e9j\u00e0 paru chez Belfond <em>Au sud de la fronti\u00e8re, \u00e0 l\u2019ouest du soleil<\/em> (2002), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9378\">Les <em>Amants du Spoutnik<\/em><\/a> (2003), <em>Kafka sur le rivage<\/em> (2006), <em>Le Passage de la nuit<\/em> (2007), La Ballade de l\u2019impossible (2007 ; 2011), L\u2019\u00e9l\u00e9phant s\u2019\u00e9vapore (2008), Saules aveugles, femme endormie (2008), Autoportrait de l\u2019auteur en coureur de fond (2009), Sommeil (2010), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7974\">la trilogie 1Q84<\/a> (2011 et 2012), Chroniques de l\u2019oiseau \u00e0 ressort (2012), Les Attaques de la boulangerie (2012), Underground (2013), L\u2019Incolore Tsukuru Tazaki et ses ann\u00e9es de p\u00e8lerinage (2014), <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8951\">L\u2019\u00c9trange Biblioth\u00e8que<\/a> (2015), \u00c9coute le chant du vent suivi de Flipper, 1973 (2016), le recueil de nouvelles Des hommes sans femmes (2017) et Birthday Girl (2017), Le meurtre du Commandeur (tome 1\u00a0: Une id\u00e9e apparait \u2013 Tome 2\u00a0: la m\u00e9taphore se d\u00e9place) en 2018. Tous les livres de Murakami sont repris chez 10\/18.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plusieurs fois pressenti pour le Nobel de litt\u00e9rature, Haruki\nMurakami a re\u00e7u le prestigieux Yomiuri Literary Prize, le prix Kafka 2006, le\nprix de J\u00e9rusalem de la libert\u00e9 de l\u2019individu dans la soci\u00e9t\u00e9 en 2009, le grand\nprix de la Catalogne 2011 et le prix Hans Christian Andersen en 2016.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N\u00e9 au Japon en 1949 et ayant s\u00e9journ\u00e9 un long moment en Europe\net aux Etats-Unis, Haruki Murakami s\u2019inspire de la culture occidentale et\njaponaise pour donner vie \u00e0 des oeuvres passionnantes et surr\u00e9alistes. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Belfond \u2013 06.02.2003\n&#8211; 275 pages \/ 10\/18 \u2013 7.10.2004 \u2013 272 pages<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;<\/strong>: K. est instituteur. D\u00e8s leur\npremi\u00e8re rencontre, il va aimer, d\u00e9sirer Sumire. Sans espoir de retour. Pour\nelle ne compte que la litt\u00e9rature. Mais, un jour, une tornade amoureuse emporte\nla jeune fille quand son chemin croise celui de Miu. Cette femme plus \u00e2g\u00e9e\nqu&rsquo;elle, mari\u00e9e, d&rsquo;une beaut\u00e9 sophistiqu\u00e9e, va l&rsquo;engager comme secr\u00e9taire\nparticuli\u00e8re. S\u00e9duite jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;obsession, Sumire accepte de l&rsquo;accompagner en\nEurope. Une lettre parvient \u00e0 K., l&rsquo;amoureux solitaire, puis, une nuit, un coup\nde fil le r\u00e9veille : c&rsquo;est Miu qui lui demande de la rejoindre en Gr\u00e8ce le plus\nvite possible. Sumire a disparu&#8230; Une histoire troublante d&rsquo;amours bless\u00e9es o\u00f9\ndes \u00eatres vuln\u00e9rables, en qu\u00eate d&rsquo;absolu, se croisent, se fr\u00f4lent, et cherchent\nen vain \u00e0 s&rsquo;atteindre. Un roman sensuel, \u00e9trange et obs\u00e9dant, o\u00f9 se dessinent\nd&rsquo;insaisissables v\u00e9rit\u00e9s au fil d&rsquo;une \u00e9criture limpide.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mon\navis<\/strong>&nbsp;: C\u2019est la premi\u00e8re fois que\nl\u2019auteur \u00e9voque le monde LGBT, tout en finesse comme son habitude. &nbsp;Un roman que j\u2019ai beaucoup aim\u00e9 sur la\nsolitude, sur la difficult\u00e9 relationnelle, sur l\u2019amour platonique, sur\nl\u2019amiti\u00e9, sur la double personnalit\u00e9 des personnes, le cot\u00e9 pile et le c\u00f4t\u00e9 face.\nDe l\u2019autre cot\u00e9 du miroir, entre le r\u00eave et la r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 mi-chemin entre le\nr\u00eave \u00e9veill\u00e9 et les d\u00e9sirs, entre la fiction et l\u2019irr\u00e9el, et l\u2019\u00e9vaporation, un\nsujet bien japonais\u2026 Tous les ans des personnes s\u2019\u00e9vaporent, disparaissent,\ns\u2019\u00e9vanouissent dans la nature. Est-ce le cas une fois de plus&nbsp;? Jamais totalement\npr\u00e9sents, les personnages se m\u00ealent, sur des voies parall\u00e8les, qui se touchent et\nse croisent mais ne se fondent jamais l\u2019une dans l\u2019autre\u2026 Un grand respect lie\nles personnages, qui en aucun cas ne souhaitent heurter les personnes qui leur\nsont ch\u00e8res, m\u00eame si elles ne peuvent leur donner ce qu\u2019elles souhaitent. Et\ncomme toujours dans Murakami, une \u00e9criture po\u00e9tique et intemporelle. Et au\nfinal, il reste l\u2019espoir, tout reste ouvert, tout reste possible, toutes les\nportes sont ouvertes\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et aussi une belle\nr\u00e9flexion sur la cr\u00e9ation, l\u2019\u00e9criture, la page blanche\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Extraits<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Spoutnik&nbsp;:\nsatellite artificiel traversant en silence les t\u00e9n\u00e8bres de l\u2019univers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lire nous \u00e9tait\naussi naturel que respirer. Au moindre moment libre, il nous fallait nous\nasseoir seuls dans un coin tranquille et tourner les pages d\u2019un livre. Des\nromans japonais, \u00e9trangers, modernes, classiques, d\u2019avant-garde ou des\nbest-sellers, tout ce qui pouvait \u00eatre source de stimulation intellectuelle\nnous \u00e9tait bon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Chinois\naccordaient aux portes une signification importante. Elles ne servaient pas\nseulement de points d\u2019entr\u00e9e et de sortie, on pensait que l\u2019\u00e2me de la ville y\nr\u00e9sidait ou devait y r\u00e9sider. De m\u00eame que, dans l\u2019Europe du Moyen \u00c2ge, on\nconsid\u00e9rait l\u2019\u00e9glise avec la place qui l\u2019entourait comme le c\u0153ur d\u2019une ville.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ne faut pas\nd\u00e9cider \u00e0 l\u2019avance qu\u2019on va faire ceci ou cela, mais \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute,\nsinc\u00e8rement, de tout ce qui nous entoure, garder le c\u0153ur et l\u2019esprit ouverts\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un regard direct et\nprofond. Dans la mare stagnante de ses pupilles, des courants silencieux se\ndressaient violemment les uns contre les autres. Il leur fallut un moment pour\nse calmer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si on ne pouvait\nplus donner son avis sur quelque chose sans l\u2019avoir essay\u00e9, le monde\ndeviendrait un endroit plut\u00f4t sinistre et dangereux. Pense un peu \u00e0 ce qu\u2019a\nfait Staline.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans tes phrases,\non per\u00e7oit une force, un courant naturel qui bouge et respire comme un \u00eatre\nvivant. Il faut juste que tu r\u00e9ussisses \u00e0 rassembler ces \u00e9l\u00e9ments en un tout\ncoh\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu peux \u00eatre\nincroyablement gentil par moments. On dirait un m\u00e9lange de No\u00ebl, de grandes\nvacances et de chiot qui vient de na\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les th\u00e9ories qui\nexpliquent tout trop bien cachent toujours une chausse-trape quelque part. Je\nle sais par exp\u00e9rience. Comme l\u2019a fait remarquer je ne me rappelle plus qui,\ns\u2019il faut un livre entier pour expliquer quelque chose, autant ne pas\nl\u2019expliquer du tout. Bref, je crois qu\u2019il faut se m\u00e9fier des conclusions\nh\u00e2tives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je rentrai chez moi\naussi us\u00e9 qu\u2019une vieille traverse de chemin de fer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si tu n\u2019en as plus\nenvie, pourquoi le ferais-tu&nbsp;? Le monde ne s\u2019\u00e9croulera pas pour autant.\nAucun village ne br\u00fblera, aucun bateau ne fera naufrage. Le rythme des mar\u00e9es\nne s\u2019affolera pas, la r\u00e9volution ne sera pas retard\u00e9e de cinq ans. Je ne crois\npas qu\u2019on puisse appeler \u00e7a une trahison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En fait, je veux\n\u00e9crire et je ne le peux pas. Je m\u2019installe devant mon ordinateur, mais rien ne\nvient&nbsp;: ni les mots, ni les id\u00e9es, ni les sc\u00e8nes. Le pur n\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">les livres, trop\nnombreux pour les \u00e9tag\u00e8res, \u00e9taient agglutin\u00e9s par terre comme un groupe de\nr\u00e9fugi\u00e9s politiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ne trouvant plus\nd\u2019issue par o\u00f9 s\u2019\u00e9couler, le temps s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 stagner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre cette femme\net moi, il y avait toujours un voile fin et transparent. On le voyait \u00e0 peine\ntant il \u00e9tait fin, mais il n\u2019en restait pas moins que quelque chose nous\ns\u00e9parait. Si bien qu\u2019il m\u2019arrivait, lorsque je me retrouvais face \u00e0 elle, ou\nsouvent aussi au moment o\u00f9 nous nous quittions, de ne rien trouver \u00e0 lui dire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La vue \u00e9tait si\nimpressionnante qu\u2019elle donnait envie de la d\u00e9couper avec des ciseaux pour la\npunaiser au mur de sa m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors que mon c\u0153ur\net mon esprit \u00e9taient excit\u00e9s, mon corps \u00e9tait sec et dur comme un bloc de\npierre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est \u00e0 ce\nmoment-l\u00e0 que j\u2019ai compris. Compris que nous \u00e9tions de merveilleuses compagnes\nde voyage l\u2019une pour l\u2019autre, mais en fait \u00e0 la fa\u00e7on de blocs de m\u00e9tal\nsolitaires, qui suivent chacun leur trajectoire. Vu de loin, \u00e7a para\u00eet aussi\nbeau qu\u2019une \u00e9toile filante&nbsp;; seulement, dans la r\u00e9alit\u00e9, nous ne sommes\nque des prisonniers, enferm\u00e9s dans nos habitacles de m\u00e9tal respectifs,\nincapables d\u2019aller o\u00f9 que ce soit. De temps en temps, les orbites de nos\nsatellites se croisent, et nous parvenons enfin \u00e0 nous rencontrer. Nos c\u0153urs\nr\u00e9ussissent peut-\u00eatre m\u00eame \u00e0 se toucher. Mais juste un tr\u00e8s bref instant. Sit\u00f4t\napr\u00e8s, nous connaissons de nouveau une solitude absolue. Jusqu\u2019\u00e0 ce que nous nous\nconsumions et soyons r\u00e9duits \u00e0 n\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout \u00e9tait si\ncompliqu\u00e9&nbsp;! On aurait dit le sc\u00e9nario d\u2019une pi\u00e8ce existentialiste. Tout\nfinissait dans une impasse&nbsp;: personne ne pouvait aller nulle part, il n\u2019y\navait aucune alternative.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque j\u2019avais un\nprobl\u00e8me de compr\u00e9hension, je ramassais les mots \u00e9parpill\u00e9s \u00e0 mes pieds, et je\nles arrangeais pour construire des phrases. Quand \u00e7a ne marchait pas, je les\ndispersais \u00e0 nouveau puis les disposais d\u2019une mani\u00e8re diff\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 force de passer\ndu temps avec elle, comme si nous \u00e9tions deux petites cuill\u00e8res empil\u00e9es l\u2019une\nsur l\u2019autre, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9e quelque part avec elle (sans pour autant savoir\no\u00f9 j\u2019allais), et j\u2019ai simplement d\u00e9cid\u00e9 de me laisser porter par le courant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car, dans les\nr\u00eaves, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9tablir des distinctions entre les choses. Pas\ndu tout n\u00e9cessaire. Les fronti\u00e8res n\u2019existent pas. Et du coup, dans les r\u00eaves,\nles collisions se produisent rarement. M\u00eame quand il y en a, elles ne sont pas\ndouloureuses. La r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est diff\u00e9rent. La r\u00e9alit\u00e9, \u00e7a mord. R\u00e9alit\u00e9,\nr\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0 pourquoi je\nme suis mise \u00e0 \u00e9crire. J\u2019ai r\u00e9fl\u00e9chi de mani\u00e8re quotidienne, et ainsi j\u2019ai\ncon\u00e7u un r\u00eave au sein du royaume sans nom qui se trouve dans le prolongement de\nma pens\u00e9e \u2013&nbsp;un f\u0153tus aveugle nomm\u00e9 compr\u00e9hension, qui flotte dans le\nliquide amniotique universel et \u00e9crasant de l\u2019incompr\u00e9hension. Ce doit \u00eatre\npour cette raison que mes romans sont absurdement longs et n\u2019arrivent jamais \u00e0\nleur terme \u2013&nbsp;jusqu\u2019ici du moins. Oui, sans doute. Parce que je n\u2019ai pas\nencore engrang\u00e9 assez de r\u00eaves pour me maintenir \u00e0 l\u2019\u00e9chelle souhait\u00e9e. Sur le\nplan technique, et moral \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chaque aube, chaque\ncr\u00e9puscule continuera \u00e0 m\u2019arracher un petit morceau de moi-m\u00eame, jusqu\u2019\u00e0 ce que\nmon existence se consume enti\u00e8rement dans le courant du temps, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il\nne reste plus rien de moi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">ce n\u2019est pas comme\nsi on m\u2019avait vol\u00e9 quelque chose, puisque cette partie de moi existe toujours,\nde l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir, je le sais. Nous ne sommes s\u00e9par\u00e9es que par\nl\u2019\u00e9paisseur d\u2019une glace. Mais, cette glace, je ne peux pas la traverser. Et je\nne le pourrai jamais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-\u00eatre que les\ndeux parties de moi vont se retrouver un jour, et se fondre \u00e0 nouveau en une\nseule et m\u00eame personne. N\u00e9anmoins, il reste un tr\u00e8s gros probl\u00e8me&nbsp;: je ne\nsuis plus capable de dire de quel c\u00f4t\u00e9 est le v\u00e9ritable moi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment puis-je\n\u00e9viter la collision&nbsp;? avait-elle \u00e9crit. D\u2019une fa\u00e7on purement logique, rien\nde plus facile. C\u2019est simple. Il suffit de r\u00eaver. R\u00eaver sans cesse. Entrer dans\nle monde des songes, et ne plus en ressortir. Vivre \u00e9ternellement dedans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle \u00e9tait partie\ncomme la mar\u00e9e se retire en emportant avec elle ce qui \u00e9tait pos\u00e9 sur la plage.\nLe monde, d\u00e9sormais d\u00e9form\u00e9 et vide, sombre et glac\u00e9, n\u2019avait plus aucun sens\npour moi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le monde des livres\nme paraissait bien plus vivant que celui qui m\u2019entourait. Je voyais se d\u00e9ployer\ndevant moi des paysages inconnus. Les livres et la musique \u00e9taient mes\nmeilleurs amis en ce temps-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne sais pas\npourquoi \u00e7a me rend aussi triste quand je vois les eaux d\u2019un fleuve se m\u00e9langer\n\u00e0 celles de la mer, mais devant cette \u00e9norme quantit\u00e9 d\u2019eau je ressens plus\nfort la solitude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ainsi que\nnous poursuivons nos existences, chacun de notre c\u00f4t\u00e9. Si profond\u00e9ment fatale\nque soit la perte, si essentiel que soit ce que la vie nous arrache des mains,\nnous sommes capables de continuer \u00e0 vivre, en silence \u2013&nbsp;m\u00eame lorsqu\u2019il ne\nreste plus de notre \u00eatre qu\u2019une enveloppe de peau, tant nous avons chang\u00e9\nint\u00e9rieurement. \u00c9tendant la main pour tirer vers nous la quantit\u00e9 de temps qui\nnous est allou\u00e9e, nous sommes capables de la laisser ensuite filer en arri\u00e8re\nsans rien faire. R\u00e9p\u00e9tant simplement les m\u00eames t\u00e2ches, les m\u00eames gestes\nquotidiens \u2013&nbsp;parfois avec une grande habilet\u00e9. \u00c0 cette id\u00e9e, je sentis en\nmoi un vide incommensurable.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur&nbsp;: N\u00e9 \u00e0 Kyoto en 1949 et \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Kobe, Haruki Murakami a \u00e9tudi\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre et le cin\u00e9ma, puis a dirig\u00e9 un club de jazz, avant d\u2019enseigner dans diverses universit\u00e9s aux \u00c9tats-Unis. En 1995, suite au tremblement de terre de Kobe et \u00e0 l\u2019attentat du m\u00e9tro de Tokyo, il d\u00e9cide de rentrer au Japon. &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9378\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":9379,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,401,57,15],"tags":[254,197,554,184,417,309,671,273,224,359],"class_list":["post-9378","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-sf","category-japon","category-litterature-asiatique","tag-amitie","tag-amour","tag-attente","tag-creation","tag-disparition","tag-homosexualite","tag-onirique","tag-passion","tag-poetique","tag-reve"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9378","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9378"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9378\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11024,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9378\/revisions\/11024"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/9379"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9378"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9378"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9378"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}