{"id":975,"date":"2014-07-30T15:42:41","date_gmt":"2014-07-30T14:42:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=975"},"modified":"2014-07-30T16:24:51","modified_gmt":"2014-07-30T15:24:51","slug":"baricco-alessandro-emmaus-112012","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=975","title":{"rendered":"Baricco, Alessandro  \u00ab Emma\u00fcs \u00bb (11\/2012)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Quatre gar\u00e7ons, une fille : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le narrateur, le Saint, Luca et Bobby, et, de l\u2019autre, Andre. Elle est riche, belle, et elle distribue g\u00e9n\u00e9reusement ses faveurs ; ses parents, eux, sont des parvenus qui ne croient qu\u2019au travail et \u00e0 l\u2019argent. Quant aux gar\u00e7ons, ils ont dix-huit ans comme elle, mais c\u2019est l\u00e0 leur seul point commun. Car ils sont avant tout catholiques, fervents voire int\u00e9gristes. Musiciens, ils forment un groupe qui anime les services \u00e0 l\u2019\u00e9glise, et ils passent une partie de leur temps \u00e0 rendre visite aux personnes \u00e2g\u00e9es de l\u2019hospice, les \u00ablarves\u00bb. Alors qu\u2019elle incarne la luxure, Andre les fascine, ils en sont tous les quatre amoureux. La tentation est forte, mais le prix \u00e0 payer sera lui aussi consid\u00e9rable. Roman intime et habit\u00e9 par une authentique douleur, Emma\u00fcs est un texte \u00e0 part dans l\u2019\u0153uvre d\u2019Alessandro Baricco, sans doute le plus personnel \u00e0 ce jour.<\/p>\n<p><strong>Mon avis\u00a0<\/strong>: Petit livre court. Tr\u00e8s diff\u00e9rent de tout ce que j\u2019ai lu de cet auteur. Un livre que j\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9 car j\u2019aime infiniment la po\u00e9sie, la musicalit\u00e9, l\u2019\u00e9l\u00e9gance et l\u2019\u00e9criture de cet auteur. Mais cette histoire qui ne m\u2019a pas parl\u00e9 comme ses autres \u00e9crits. Sombre, dur, p\u00e9tri de douleur\u2026<\/p>\n<p>Ce roman est \u00e9crit de mani\u00e8re nettement personnelle par l\u2019auteur, le narrateur qui utilise le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb. Il a pour cadre la ville de son enfance\u2013 jamais nomm\u00e9e \u2013Turin et revient sur l\u2019environnement familier de l\u2019auteur dans sa jeunesse (les ann\u00e9es 70). Il a \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin de ce type de comportements, a vu dans son entourage ce type de personnes et de drames (drogue, suicide, mort)\u00a0; il a v\u00e9cu une jeunesse catholique, a joue de la musique \u00e0 la messe, a fait du b\u00e9n\u00e9volat \u00e0 l\u2019h\u00f4pital mais ce n\u2019est pas a proprement parler une autobiographie, m\u00eame si ce n\u2019est pas une histoire sortie de son imagination. Ce livre d\u00e9montre la difficult\u00e9 de devenir adulte quand on n\u2019est pas libre de vivre, emprisonn\u00e9 par la foi. Mais aussi la sensation de pl\u00e9nitude dans laquelle baignent les jeunes qui croient. L\u2019auteur a connu la foi, puis il l\u2019a perdue. Ce fait lui permet de parler des deux \u00e9tats\u00a0; la vie dans la foi et celle en dehors. De la beaut\u00e9 (et du danger) de la foi absolue, du d\u00e9sarroi de la perte de la foi, de la d\u00e9couverte de ce qu\u2019il y a en dehors de la foi, de la recherche de la beaut\u00e9 ailleurs que dans Dieu. Au c\u0153ur du livre aussi le rapport avec la culpabilit\u00e9 (la faute d\u2019\u00e9prouver le plaisir quel qu\u2019il soit). L\u2019auteur explique avoir choisi pour th\u00e8me\/titre du roman \u00ab\u00a0Emmaus\u00a0\u00bb car cet \u00e9pisode est en ad\u00e9quation avec sa jeunesse. Ils comprenaient toujours les choses avec retard.. en d\u00e9calage avec le moment pr\u00e9sent. Tous comme les disciples du Christ qui comprennent apr\u00e8s qu\u2019il soit parti qu\u2019ils \u00e9taient avec le Messie.<\/p>\n<p>L\u2019opposition entre les 4 jeunes de classe moyenne \u00ab\u00a0sous religion\u00a0\u00bb et Andre, une jeune adolescente riche, (\u00e9voluant dans une autre sph\u00e8re mais toujours \u00e0 la limite de la leur), pleine de gr\u00e2ce, fascinante, myst\u00e9rieuse, envelopp\u00e9e d\u2019une aura. Une fille qui se montre s\u00fbre d\u2019elle mais qui est p\u00e9trie de failles et de fractures\u00a0; des jeunes qui vivent dans l\u2019ignorance des drames qui les touchent de pr\u00e8s, aveugles, surprot\u00e9g\u00e9s par la famille, la religion, l\u2019aveuglement qui croient tout savoir mais \u00e0 qui il faut dire les choses pour qu\u2019ils comprennent en lieu et place de ressentir la vie.<\/p>\n<p>L\u2019auteur ne \u00ab\u00a0casse pas\u00a0\u00bb la religion, il d\u00e9nonce les \u0153ill\u00e8res, l\u2019intransigeance, le manque de compr\u00e9hension que la certitude de savoir ce qui est bien engendre. La foi aveugle est un danger et l\u2019auteur a fui la religion. La richesse, la libert\u00e9, la libert\u00e9 de vivre font peur. On se sent \u00e0 l\u2019abri dans le monde r\u00e9glement\u00e9 de la religion. Dans le monde des gar\u00e7ons, on accepte la vie, on encaisse et on ne parle pas. La religion enferme dans l\u2019incompr\u00e9hension, g\u00e9n\u00e8re la honte, l\u2019interdit, le remords\u2026 Alors quand Andre apparait, c\u2019est le choc qui fissure le mur des certitudes et de l\u2019aveuglement\u2026 la certitude fabriqu\u00e9e explose et c\u2019est le d\u00e9sastre, l\u2019incompr\u00e9hension, la solitude, le drame. Andre c\u2019est le tremblement de terre, le s\u00e9isme\u00a0: il y a un avant et un apr\u00e8s\u00a0; le m\u00eame endroit, mais totalement d\u00e9vast\u00e9\u00a0; le monde a bascul\u00e9, ou la fa\u00e7on de le voir plut\u00f4t qui n\u2019est plus la m\u00eame. La lumi\u00e8re a chang\u00e9\u00a0: elle ne vient plus de la religion mais des \u00eatres et des choses, de la mani\u00e8re de voir et de ressentir les choses. Et plus possible de faire marche arri\u00e8re, de revenir dans la s\u00e9curit\u00e9 et le confort de la croyance aveugle\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>On croit, et il ne semble pas y avoir d\u2019autre possibilit\u00e9. N\u00e9anmoins, on croit avec f\u00e9rocit\u00e9, et avidit\u00e9, non dans une foi tranquille, mais dans une passion incontr\u00f4l\u00e9e, comme un besoin physique, une n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais une personne qui a commenc\u00e9 \u00e0 mourir ne s\u2019arr\u00eate jamais<\/p>\n<p>nous avons \u00e0 l\u2019esprit ces moments o\u00f9 elle tourne soudainement la t\u00eate en cherchant quelque chose, les yeux terroris\u00e9s \u2013 de l\u2019oxyg\u00e8ne. M\u00eame la gr\u00e2ce qu\u2019elle a, le cou renvers\u00e9 en arri\u00e8re, le menton relev\u00e9 \u2013 la gr\u00e2ce de se tenir ainsi. Sur le fil d\u2019une rivi\u00e8re invisible. Et chacun de ses \u00e9garements, impronon\u00e7ables ou ind\u00e9cents, qui nous laissent sans voix. Ce sont comme des \u00e9clairs, et nous les comprenons<\/p>\n<p>Nous sommes pleins de mots dont on ne nous a pas appris la vraie signification, et l\u2019un d\u2019eux est le mot douleur. Un autre est le mot mort. Nous ignorons ce qu\u2019ils d\u00e9signent, mais nous les utilisons, et c\u2019est l\u00e0 un myst\u00e8re<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois l\u2019un de nous s\u2019est aventur\u00e9 au-del\u00e0 des fronti\u00e8res h\u00e9rit\u00e9es du pass\u00e9, soup\u00e7onnant qu\u2019il n\u2019y avait pas de fronti\u00e8res, en r\u00e9alit\u00e9, ni de maison m\u00e8re, n\u00f4tre, fissur\u00e9e. Timidement, il s\u2019est mis \u00e0 fouler une terre d\u00e9sol\u00e9e o\u00f9 les mots douleur et mort ont une signification pr\u00e9cise<\/p>\n<p>Car nous progressons par \u00e9clairs, le reste est obscurit\u00e9. Une limpide obscurit\u00e9 pleine de lumi\u00e8re, noire.<\/p>\n<p>Comment avons-nous pu ignorer, pendant aussi longtemps, tout ce qui se passait, et cependant nous asseoir \u00e0 la table de chaque chose ou personne rencontr\u00e9e sur notre chemin<\/p>\n<p>nous connaissons les choses \u00e0 leur commencement puis nous en recueillons la fin, manquant toujours leur c\u0153ur. Nous sommes aurore mais \u00e9pilogue \u2013 \u00e9ternelle d\u00e9couverte tardive.<\/p>\n<p>cela faisait sans doute bien longtemps qu\u2019elle ne craignait plus l\u2019irruption de l\u2019absurde dans la g\u00e9om\u00e9trie du bon sens<\/p>\n<p>c\u2019est une action et rien d\u2019autre. Il ne s\u2019agit pas de faire quelque chose de bien. Il s\u2019agissait de faire quelque chose de beau.<\/p>\n<p>Vu qu\u2019il n\u2019y a aucun but, seulement moi qui joue, et elle qui danse, il n\u2019y a pas de vraie raison de le faire, sinon que nous voulons le faire, que \u00e7a nous pla\u00eet de le faire. La raison, c\u2019est nous. Au final le monde n\u2019est pas meilleur, nous n\u2019avons convaincu personne, nous n\u2019avons rien fait comprendre \u00e0 personne \u2013 au final nous sommes l\u00e0, comme au d\u00e9but, mais vrais. Et derri\u00e8re nous, un sillage \u2013 quelque chose qui reste, quelque chose de vrai.<\/p>\n<p>Nous nous dirige\u00e2mes vers le tram, enfouis dans nos manteaux comme des tortues dans leur carapace, humant le brouillard<\/p>\n<p>Il \u00e9tait tard, et l\u2019obscurit\u00e9 n\u2019offrait que solitude<\/p>\n<p>la foi est un don, qui vient d\u2019en haut, et qui appartient au domaine du myst\u00e8re. C\u2019est pourquoi elle est fragile, comme une vision \u2013 et comme une vision, elle est intouchable. Un \u00e9v\u00e9nement surnaturel.<\/p>\n<p>Quelque part, et de mani\u00e8re invisible, nos familles tristes nous ont transmis un instinct in\u00e9luctable qui nous fait croire que la vie est une exp\u00e9rience immense<\/p>\n<p>Ce qui pourrait \u00eatre folie, en nous, est l\u00e0 r\u00e9v\u00e9lation, et destin accompli \u2013 id\u00e9ogramme parfait. Nous en retirons une certitude sans faille \u2013 nous l\u2019appelons foi.<\/p>\n<p>Ce qui me vient \u00e0 l\u2019esprit, c\u2019est l\u2019\u00e9croulement g\u00e9om\u00e9trique d\u2019un mur \u2013 l\u2019instant o\u00f9 un point de la structure c\u00e8de, et que tout s\u2019effondre. Car solide est le mur, mais il y a au milieu une pierre mal encastr\u00e9e, un point d\u2019instabilit\u00e9<\/p>\n<p>il y a un tas de choses vraies, sous nos yeux, et nous ne les voyons pas, mais elles sont l\u00e0, et elles ont un sens, sans nul besoin de Dieu.<\/p>\n<p>Nous sommes d\u00e9sarm\u00e9s, en effet, devant cette tendance \u00e0 penser que notre vie est, avant tout, un fragment conclusif de la vie de nos parents, confi\u00e9 uniquement \u00e0 notre bon soin<\/p>\n<p>Moi, je pr\u00e9f\u00e9rais suivre scrupuleusement le cours des choses. Le lyc\u00e9e, les devoirs, les obligations. Cela m\u2019aidait<\/p>\n<p>tout avait disparu, comme l\u2019eau qui se referme, oubliant le caillou pos\u00e9 au fond<\/p>\n<p>Mais aussi le fait de savoir qu\u2019elle \u00e9tait ext\u00e9rieure, et que par cons\u00e9quent lui raconter reviendrait \u00e0 dessiner sur une feuille blanche<\/p>\n<p>Je remontai le fil de ma m\u00e9moire en qu\u00eate du dernier moment de stabilit\u00e9 avant que tout s\u2019embrouille \u2013 l\u2019id\u00e9e \u00e9tait de repartir de l\u00e0<\/p>\n<p>Nos anc\u00eatres sont des artisans et des marchands, des pr\u00eatres et des fonctionnaires, pourtant nous avons h\u00e9rit\u00e9 de la sagesse des champs, et nous nous la sommes appropri\u00e9e<\/p>\n<p>Je te parle, pour qui vous prenez-vous, bon Dieu\u00a0? Je restais debout, avec cette poche dans les mains. Nous avons dix-huit ans, dis-je, et nous sommes tout.<\/p>\n<p>nous marchons comme les disciples d\u2019Emma\u00fcs, aveugles, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019amis et d\u2019amours que nous ne reconnaissons pas \u2013 nous fiant \u00e0 un Dieu qui ne sait plus qui il est<\/p>\n<p>nous h\u00e9ritons de l\u2019incapacit\u00e9 au tragique, et de la pr\u00e9destination \u00e0 la forme mineure du drame\u00a0: parce que dans nos foyers on n\u2019accepte pas la r\u00e9alit\u00e9 du mal<\/p>\n<p>une v\u00e9rit\u00e9 que je savais depuis toujours, mais de cette fa\u00e7on que nous avons de ne jamais savoir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>lien vers article <span style=\"color: #800000;\"><a title=\"Auteur Coup de coeur : Baricco Alessandro\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=957\"><span style=\"color: #800000;\">auteur coup de c\u0153ur <\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9\u00a0: Quatre gar\u00e7ons, une fille : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le narrateur, le Saint, Luca et Bobby, et, de l\u2019autre, Andre. 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