Piersanti, Gilda «Illusion tragique» (2017)

Piersanti, Gilda «Illusion tragique» (2017)

Auteur : Gilda Piersanti, née en Italie quand les sixties n’étaient pas les sixties, vit en France depuis de nombreuses années. Philosophe, traductrice en italien, elle a aussi été commissaire de plusieurs expositions à Rome.

Depuis 2003, elle se consacre à l’écriture, en français, de romans policiers, publiés aux éditions Le Passage. Après un premier roman évoquant l’affaire Aldo Moro, L’Inconnu du Paris-Rome, Gilda Piersanti entreprend l’écriture d’une série policière intitulée Les Saisons meurtrières, qui se compose à ce jour de neuf romans : Rouge abattoir, Vert Palatino, Bleu catacombes, Jaune Caravage, Vengeances romaines, Roma enigma, Wonderland et Le Saut de Tibère. Dans chacun de ces romans, une jeune inspectrice de la police judiciaire romaine, Mariella De Luca, secondée par l’inspectrice Silvia Di Santo, mène l’enquête, entraînant le lecteur à sa suite dans les rues de Rome, dans des quartiers de la ville souvent méconnus : Testaccio, les catacombes, l’EUR, Ostiense, Garbatella, Casetta Mattei… Dans Les Saisons meurtrières, Gilda Piersanti aborde fréquemment les thèmes de l’art ou l’architecture, l’histoire récente ou les singularités de la société italienne, et plonge ses lecteurs dans l’atmosphère unique de la Ville éternelle, loin des clichés touristiques ou des scènes attendues.
Gilda Piersanti est aussi l’auteur d’un roman intitulé Médées, dans lequel elle réinterroge à la faveur d’une intrigue très contemporaine le mythe de Médée, la mère infanticide.
La plupart de ses romans sont parus en poche aux éditions Pocket, et en support livre-audio aux éditions Sixtrid.

Editions Le Passage, 240 pages, octobre 2017

Résumé : En ce torride mois d’été romain, le petit Mario, dix ans, ne monte pas sur la terrasse de son immeuble pour y prendre l’air, mais pour épier son voisin du dernier étage, monsieur Ruper, un homme sans histoire qui vit seul et mène une vie rangée. Personne ne lui connaît la moindre relation, personne ne l’a jamais vu rentrer chez lui accompagné, et pourtant… Tous les soirs, Mario l’observe dans sa baignoire en train de coiffer et de savonner une très jolie jeune femme.
Son ami Riccardo et lui ont décidé d’aller libérer la princesse, parce qu’il n’y a pas d’autre explication: Monsieur Ruper l’a enfermée chez lui, elle est sa prisonnière ! Le plus difficile, toutefois, n’est pas de s’introduire dans l’appartement de monsieur Ruper, mais d’en sortir une fois qu’on y est entré…
Dans ce thriller de l’enfance menacée, Gilda Piersanti interroge les méandres infinis de la perversité. Devenir la proie d’un pervers est une malédiction, une vie entière ne suffit pas pour y échapper. Illusion tragique nous entraîne dans une intrigue aux retournements imprévisibles, comme un labyrinthe dont le tracé se recompose à chaque détour, jusqu’au dénouement… inimaginable.
Car la réalité à laquelle nous nous croyons solidement ancrés se révèle parfois n’être que faux-semblant. Le réveil sera alors sanglant, forcément sanglant.

Mon avis : Alors cela ne ressemble à rien de ce que j’ai lu avant… Un tout grand merci à Séverine Lenté (« IlEstBienCeLivre » sur FB) qui a vivement recommandé ce livre ! C’est très spécial, original. Tu ne peux pas le lire en diagonale ! Il ne fait pas partie de ceux que tu ranges et que tu te penses «un de plus» et que tu oublies… Thriller psychologique qui nous raconte deux histoires : celle d’une romancière à succès, veuve, qui vit sa vie par ses romans et celle d’un petit garçon, Mario.
Le monde de la création littéraire, la manière d’investir le monde réel et de le mixer à l’inventé, du besoin d’écrire. Et de vivre dans une réalité qui ne peut subsister sans le monde de l’imaginaire
Bienvenue à Rome en compagnie de personnages assez spéciaux… 2 enfants, un voisin qui devrait séquestrer une jeune fille à leur avis…
Une romancière veuve, une femme divorcée avec son enfant, la peur des enfants de ne pas être aimés..
Des histoires qui s’emboitent, s’imbriquent, se mélangent et font croire le sentiment s’angoisse.
Le monde de l’enfance et des adultes s’affrontent. Un monde d’insécurité que le petit garçon traverse en compagnie d’un ami imaginaire qui va l’accompagner…
Passé et le présent sont liés et il faut vivre avec. L’imaginaire est à plusieurs niveaux. Ce qui est angoissant est que par moments ou ne sait plus si on est dans le réel ou pas… Bienvenue dans le monde du crime, du pervers narcissique, de la domination … on ne sait plus si on est dans le vrai ou le faux, si les personnages croient ou non dans leur façon de vivre leur vie… Beaucoup de manipulation et … je plains sincèrement l’enfant qui doit vivre dans cet enfer… mais est-ce bien un enfant ? est-ce la vie ? est-ce le roman ? Et dans ce roman, on se dit que l’amour est un vrai cauchemar… (parents/enfants – homme/femme)
Plongez dans le Tibre… vous n’allez pas le regretter. C’est machiavélique ! jusqu’à la fin de l’épilogue…
Si vous ne l’avez pas lu et que vous aimez ce qui est original … vous attendez quoi ? et si vous l’avez lu … commentez !

 

Extraits :

Le pouvoir n’est souvent qu’une question de forme : il suffit d’en prendre la posture pour s’en sentir investi.

Même dans les moments les plus insupportables de son absence, au plus bas de l’effroi de ma solitude nouvelle, lorsque je me répétais que je n’entendrais plus jamais son souffle s’arrêter la nuit, et mon cœur avec, pour reprendre comme s’il ne s’était jamais éteint, même dans ces moments-là je pensais à coucher mes émotions sur le papier. J’ai toujours nagé dans un courant de mots.

Je suis une femme fidèle, je l’ai déjà dit, et je le suis plutôt par nature que par choix.

Je suis une survivante en tout pareille à la femme d’avant sa mort, l’amour en moins. Cela ne veut pas dire que je n’aime rien ni personne : dans la vie réelle, j’aime les mêmes choses qu’avant la mort de mon mari et j’ai le même goût pour certaines personnes. Par contre, dans la vie hyper-réelle, ainsi qu’il me plaît d’appeler la vie qui est pour moi la seule qui vaille la peine d’être vécue, je n’aime rien ni personne, pour la bonne raison que je n’existe pas.

Il faut savoir accorder une place à la faiblesse, la force a besoin de répit.

Peut-on seulement concevoir la colère, la déception et la douleur, oui la douleur, de celui qui, par des efforts déployés contre sa nature, a réussi à s’éloigner du mal et s’y retrouve enfoncé jusqu’au cou par la faute d’un autre ?

Ne dit-on pas qu’en fin de compte, donner de l’amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ?

Pendant que j’écrivais, le temps n’était plus le mien, mais celui de l’histoire. J’entrais littéralement dans un autre monde où seuls mes personnages avaient droit de cité : leurs exigences, leurs contraintes, leurs ambitions, et toute cette imperfection qui les rendait proches des vrais humains et de leur monde réel.

Comme tout écrivain, j’aimais ces allers-retours entre mes deux existences, j’aimais me perdre et me retrouver jusqu’à ne plus savoir de quel côté je m’étais perdue et de quel autre retrouvée. J’avais le goût des gens et de leurs failles – surtout de leurs failles.

Quand on est mort, on ne va nulle part, petit, dit le vieux monsieur assis sur le banc à ses côtés. On reste bien coincé sous terre et on n’y fait même pas des racines comme le font les plantes. On disparaît, un point c’est tout.

Lorsqu’elle s’impose à vous, la vérité ne peut vous détruire que si vous ne l’avez pas déjà été par le mensonge.

On dit que les mots ne comptent pas, que seuls les actes comptent. En ce qui me concerne, ce sont toujours les mots qui, d’une manière ou d’une autre, ont déterminé mes actes.

Je découvris qu’on pouvait s’aimer sans vivre constamment dans la peur d’être rejeté.

je faisais enfin la joie de quelqu’un, ce qui me donnait droit à l’existence.

Une femme abandonnée et blessée peut parfois être dangereuse. Une mère abandonnée et blessée l’est toujours.

La culpabilité est une faiblesse, tu as beau essayer de l’enfouir, de la détourner, de l’ignorer, elle ressurgit toujours.

Il avait fondu toutes ses douleurs dans les mots, sa noirceur avait goudronné des récits violents que les lecteurs adoraient. Les événements de son enfance s’étaient enchaînés dans une succession fatale, comme dans les récits qu’il avait appris à construire.

De temps en temps, mécaniquement, il dévissait rapidement le corps de son stylo, en enfonçait la plume dans une petite bouteille d’encre posée sur la table et tournait le piston pour le remplir. Ce geste d’un autre temps faisait partie d’un rituel qui renforçait encore l’aura de l’écrivain auprès de son public.

– Une fille comprend tout de suite à quel homme elle a affaire, ajouta le lecteur, elle ne s’y trompe que si elle veut bien s’y tromper.

Mon père avait raison, un homme qui ne connaît pas la pitié n’est pas un homme.

 

 

4 Replies to “Piersanti, Gilda «Illusion tragique» (2017)”

  1. Je viens de terminer « Illusion tragique » et le dénouement est inimaginable. J’ai beaucoup aimé ce thriller psychologique de l’écrivaine Gilda Piersanti que je ne connaissais pas. J’ai hâte de découvrir ses autres écrits. Merci Cath de nous faire partager toutes tes lectures. Ton blog est magnifique.

    1. Merci Geneviève. Je suis contente de te faire découvrir mes coups de cœurs. Je suis en train de finir un autre livre que tu devrais aimer aussi 😉 et merci pour ta dernière phrase : j’aime chercher des images en rapport avec les livres et cela fait plaisir de voir que c’est apprécié..

  2. Merci pour cette découverte ! je viens de le terminer et j’ai beaucoup apprécié. Sans toi je serais passé à coté de ce roman – jeu de miroirs –
    J’ai notamment bien aimé l’aspect original de la réflexion – au sens propre comme au figuré – sur les relations entre littérature et monde réel.
    Je crois que je vais me plonger rapidement dans d’autres livres de Gilda Piersanti !

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