Scerbanenco, Giorgio «Les amants du bord de mer» (1950)

Scerbanenco, Giorgio «Les amants du bord de mer» (1950)

 (« Al mar con la ragazza » ) 1950  / Parution française  Rivages/Noir 2005 –

Auteur : (Source Wikipédia) Giorgio Scerbanenco, né Volodymyr-Djordjo Chtcherbanenko (en ukrainien : Володимир-Джорджо Щербаненко) à Kiev le 27 juillet 1911 et mort à Milan le 27 octobre 1969, est un écrivain de polar italien. Il est né en Ukraine, à Kiev, de mère italienne et de père ukrainien. Il arrive en Italie, à Rome, avec sa mère à l’âge de six mois. En 1917, lors de la révolution russe, tous deux retournent en Russie pour retrouver leur mari et père, mais celui-ci a été fusillé par les bolcheviques. Il rentre donc avec sa mère en Italie, d’abord à Rome puis, à seize ans, à Milan. Il est alors orphelin. Il arrête très tôt ses études pour des raisons financières. Sans diplôme, il gagne sa vie péniblement en acceptant des emplois mal payés de manœuvre, de balayeur ou de magasinier. Les privations, la malnutrition et une santé très fragile entraînent son hospitalisation dans un sanatorium à Sandrio, près de la frontière suisse. C’est pendant ce repos forcé qu’il se met à l’écriture de plusieurs nouvelles publiées à partir de 1933. Auparavant, il commence à collaborer à des journaux féminins, d’abord comme correcteur, puis comme auteur de nouvelles et de romans à l’eau de rose, ainsi qu’au courrier du cœur. Il écrira également des westerns et de la science-fiction.
Il publie son premier roman policier Sei giorni di preavviso en 1940, c’est le premier d’une série qui sera republiée dans Cinque Casi per l’Investigatore Jelling.
En 1943, il se réfugie en Suisse où il restera jusqu’en 1945. Il passe d’abord par le camp de réfugiés de Büsserach puis est accueilli, dans le canton du Tessin, par des amies suisses de son épouse, Teresa. Pendant son exil il écrit un roman Non rimanere soli qui en transpose l’expérience bien qu’il ait dû, comme il l’écrit lui-même dans l’avis au lecteur (al lettore) qui précède le roman, obéir aux prescriptions minutieuses de la police du pays dans lequel il a passé ses années d’exil et se contraindre à une neutralité hypersensible (ipersensibile neutralità) et donc à changer les noms des personnes et des lieux. C’est également en Suisse qu’il écrira Lupa in convento, Annalisa e il passagio a livello, Tecla e Rosellina ainsi qu’un roman de science-fiction — qualifié de sombre (cupo) par sa fille Cecilia dans l’avant-propos du recueil intitulé Annalisa e il passagio a livello contenant la nouvelle de même titre et Tecla e Rosellina, publié en 2007 par Sellerio à Palerme.
La renommée internationale intervient avec la série des Duca Lamberti — quatre romans dont Vénus privée, adapté à l’écran par Yves Boisset sous le titre Cran d’arrêt en 1970. Il y dépeint une Italie des années 1960 difficile, parfois méchante, désireuse de se développer mais désenchantée, loin de l’image édulcorée et brillante de l’Italie du boom économique.
Il obtient le grand prix de littérature policière en 1968.
Il peut être considéré comme un des maîtres des écrivains italiens de romans noirs à partir des années 1970.
Depuis 1993, le prix Scerbanenco récompense le meilleur roman policier ou noir italien publié l’année précédente. Ce prix est décerné lors du Festival du film noir de Courmayeur.
Depuis 2001, Laurent Lombard (université d’Avignon) a proposé en traduction des textes inédits en France aux éditions Rivages/noir : (La trilogie de la mer : Le Sable ne se souvient pas, Mort sur la lagune, Les Amants du bord de mer) ainsi qu’une nouvelle traduction de la série Duca Lamberti en cours de parution chez le même éditeur.

La trilogie de la mer : (3) Al mar con la ragazza (1950) – Publié en français sous le titre Les Amants du bord de mer, Paris, Payot & Rivages, Rivages/Noir 5, 2005)

 

Résumé : Dans un quartier défavorisé, deux jeunes milanais, Duilio et Simona, rêvent de voir la mer. Pour concrétiser ce souhait, ils cambriolent un garage et volent une voiture. Mais le casse tourne mal… Dans un autre monde vit Edoarda, une bourgeoise belle et aisée, que tout semble destiner au bonheur. Néanmoins l’existence l’amène à une inexorable conclusion : il n’y a pas de vie sans souffrance. Sa rencontre avec Duilio va lui révéler toute l’ampleur de cette vérité. Ce roman poignant reflète l’étendue du talent de Scerbanenco : son art du récit, l’authenticité de son style et son étonnante empathie avec les êtres humains les plus divers, réunis au final, dans la même douleur existentielle.

Mon avis : Deuxième rencontre avec cet auteur et deuxième très belle expérience de lecture. Un livre magnifique sur les sentiments, sur l’amour impossible, sur les rêves partagés. Un roman noir, profond, sur la difficulté d’être et d’aimer. Souffrance de Duilio et Simona mais aussi souffrance des femmes seules qui aiment dans l’ombre, d’un homme otage de sa soeur qui va franchir le pas et s’affranchir de cet esclavage… Dans ce livre, la mort, c’est la faute à pas de chance… mauvais endroit, mauvais choix, mauvais karma. Et tellement d’amour à donner… Un coupable ? des coupables oui… mais là n’est pas la question, le cœur du récit… Duilio arrivera-t-il à trouver un sens à sa vie après ce road-movie insensé sur les routes d’Italie ? La même question se pose pour Edoarda … les circonstances diffèrent du tout au tout mais le mal-être existentiel est le même… Découvrez ce qui se cache sous les couvertures jaune et bleu vif…

Extraits :

Lorsqu’on vit certaines histoires ensemble, après, on est liés à vie, comme si on était frère et sœur.

Seuls les étrangers doivent se regarder fixement dans les yeux pour se comprendre, pour savoir ce qu’ils pensent. Eux, ils étaient proches et c’est ainsi qu’ils se comprenaient, même s’ils se tournaient le dos. Et à présent ils avaient encore moins besoin de se regarder. Ils étaient comme des jumeaux dans le même liquide amniotique.

[…] elle avait compris qu’elle ne désirait pas aller à Florence, qu’elle ne savait pas où aller, qu’elle n’avait aucune envie de partir, ni même de rester, nulle part, qu’elle n’avait pas envie non plus de rentrer chez elle, même si la raison le lui conseillait.

Regardez, là-bas !
Et il lui indiqua la direction de la mer. Elle se retourna et vit dans le rideau noir du ciel, aux confins de la mer, un filet de lumière, comme un arc blanc-violet tracé à la craie sur un tableau.

Tout a une cause, lui répétait son père. Quand on connaît la cause, alors on comprend ce qui arrive : si une lampe s’allume, c’est que quelqu’un a appuyé sur l’interrupteur. Quand on ne connaît pas la cause, alors on parle de mystère […]

Derrière lui, il y avait une femme encore plus petite que lui. Il la lui présenta :
— Elsa, mon épouse.
L’adjectif possessif était sonore et masculin dans sa voix. Petite mais vraiment à lui.

Elle se réveilla à l’aube, à cause du silence absolu. À Milan, vers cinq heures, passent les premiers trams, et quelques mobylettes. Des discothèques, de jeunes imbéciles sortent avec leur copine et tournent en rond dans les rues à bord de leurs voitures pétaradantes, ou bien des lève-tôt partent pour la mer. En dormant, elle perçoit tous ces bruits et continue de dormir plus relaxée et certaine que tout est normal. Mais là, à Venise, l’aube était épouvantablement muette et cette espèce de silence cosmique, à un certain moment, la réveilla comme une explosion.

C’était des mots de son père qui enjambaient sa tombe et revenaient jusqu’à elle. Elle ne se rappela pas quand il les lui avait dits. Sur le moment, elle ne les avait pas compris et c’est maintenant, à l’improviste, qu’elle en saisissait tout le sens.

Parce que tu es égoïste et que tu t’es habituée à n’en faire qu’à ta tête avec moi et à parasiter les personnes qui t’aiment. L’égoïsme n’est pas une maladie, c’est un défaut de caractère.

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