Quelques extraits et petites phrases au gré de mes lectures

 

 

 

Katharina Hagena : "Le goût des pépins de pomme"

"Lorsqu'on perd la mémoire le temps passe d'abord trop vite puis plus du tout."
"Si l’on oubliait rien, on ne pourrait pas non plus se souvenir de quoi que ce soit. Les souvenirs sont des îles qui flottent dans l’océan de l’oubli. " p.108
"Il y a quelque chose d’implacable dans le désir de conservation."
il y a trois choses que l'on peut contempler continuellement sans jamais se lasser. L'une de ces choses c'est l'eau. L'autre c'est le feu. Et la troisième, c'est le malheur des autres"
"Le cerveau s'ensablait comme le lit instable d'une rivière. Cela commençait par s'effriter sur les bords, puis les berges croulaient dans l'eau par pans entiers. La rivière perdait sa forme et son courant, sa raison d'être. Pour finir, cela s'arrêtait de couler, ne faisait plus que clapoter misérablement dans tous les sens. Il se formait dans le cerveau des dépôts blancs qui bloquaient les impulsions électriques, les terminaisons étaient totalement isolées, et à terme échu, la personne également."
"Les souvenirs sont des îles qui flottent dans l’océan de l’oubli. Il y a dans cet océan des courants, des remous, des profondeurs insondables. Il en émerge parfois des bancs de sable qui s’agrègent autour des îles, parfois quelque chose disparaît. Le cerveau a ses marées. Chez Bertha, les îles avaient été submergées par un raz-de –marée. Sa vie gisait-elle au fond de l’océan ? " p.108
"Lire signifie collectionner, et collectionner signifie conserver, et conserver signifie se souvenir, et se souvenir signifie ne pas savoir exactement, et ne pas savoir exactement signifie avoir oublié, et oublier signifie tomber, et tomber doit être rayé du programme."
"Quiconque oublie le temps cesse de vieillir. L'oubli triomphe du temps, ennemi de la mémoire. Car le temps en définitive, ne guérit toutes les blessures qu'en s'alliant à l'oubli. "
"J'en déduisis que l'oubli n'est pas seulement une forme de souvenir, mais que le souvenir est aussi une forme de l'oubli"
"Il avait soudain fait très froid et tout avait été comme vitrifié. Chaque feuille, chaque brin d'herbe était pris dans une gangue de glace transparente, et lorsque le vent soufflait dans le bosquet de pins, on entendait le cliquetis des aiguilles qui s'entrechoquaient. On aurait dit une musique d'étoiles"
"Je me sens toujours en sécurité quand je nage. Le sol ne peut pas se dérober sous mes pieds. Il ne peut èas se déchirer, ne peut ni s'enfoncer ni glisser, ni s'ouvrir ni m'engloutir. Je ne me cogne pas à des objets que je n'ai pas vus, je ne marche pas sur quelque chose par mégarde, je ne me blesse pas et ne risque pas non plus de blesser quelqu'un" . (97)

Henning Mankell :"Les chaussures italiennes ":

"Là, tout à coup, sur la jetée, j’ai fondu en larmes. Chacune de mes portes intérieures battait au vent, et ce vent, me semblait-il, ne cessait de gagner en puissance."

"Il y a une beauté spéciale qui n'appartient qu'aux femmes très âgées. Dans leurs rides sont inscrits toutes les marques, tous les souvenirs de la vie écoulée. Je parle des femmes très âgées, celles dont la terre réclame déjà le corps."

"Je me sens toujours plus seul quand il fait froid."

"La mort ne me fait pas peur. Ce que je n'aime pas, c'est l'idée que je vais devoir rester morte si longtemps."


Atiq Rahimi :" Syngué Sabour" - Pierre de Patience:

 "Voici que la nuit tombe sur la ville, et que la ville tombe dans l'engourdissement de la peur" 48

 

David Foenkinos : "La délicatesse"

"Personne ne t'arrête jamais, car tu as l'allure d'une femme poursuivie par le temps qui passe " p.12

"il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité" p.15

"ils étaient, en matière de mythologie de leur amour, comme des enfants à qui on raconte inlassablement la même histoire" p27

"Elle imaginait un tableau moderne, représentant un couple en train de déjeuner sur un pouce, comme il y avait eu un déjeuner sur l'herbe. Voilà un tableau que Dali aurait pu faire" p. 27

"le dimanche elle aimait lire, allongée sur le canapé, tentant d'alterner les pages et les rêves quand la somnolence l'emportait sur la fiction" p.31

"et les fleures étaient toujours là, au premier plan, lui brouillant la vie. Elles étaient le linceul sur sa journée, son obsession en forme de pétales" p.46

"Ce dimanche là était toujours présent : on le trouvait dans le lundi et le jeudi. Et il continuait de survivre le vendredi ou le mardi. Ce dimanche-là n'en finissait pas, prenait des allures de sale éternité, se saupoudrant partout sur l'avenir" p.46

"Dans l'œil, le temps s'éternise : une seconde, c'est un discours." p.51

"Elle était juste là, dans une lucidité absolue, à se regarder jouer comme une actrice sur une scène de théâtre. Dédoublée, elle observait d'un œil sidéré la femme qu'elle n'était plus..." p. 56

"Des mots suspendus, progressivement happés par le silence. Des mots comme les yeux d'un mourant" p. 62

"Il y a dans le deuil une puissance contradictoire, une puissance absolue qui propulse tout autant vers la nécessité du changement que vers la tentation morbide à la fidélité au passé" p.65

"La douleur c'est peut-être ça: une façon permanente d'être déracinée de l'immédiat" p.69

"On lui avait souvent suggéré de se séparer des souvenirs. C'était peut-être la meilleure façon de cesser de vivre dans le passé. Elle repensait à cette expression : " se séparer des souvenirs ". Comment quitte-t-on un souvenir ?" p.73

"Après leur dernier échange, il était parti lentement. Sans faire de bruit. Aussi discret qu'un point-virgule dans un roman de huit cents pages." p. 86

"Sommes-nous toujours condamnés à l'inachevé ?" p.92

"En partant de vendredi soir, il était bien content de pouvoir se réfugier dans le week.end. Il utiliserait le samedi et le dimanche comme deux grosses couvertures". p. 94

"Il savait qu'il existait des navettes entre l'île de la souffrance, celle de l'oubli, et celle, plus lointaine encore, de l'espoir" p. 137

"Au cours d'une histoire sentimentale, l'alcool accompagne deux moments opposé : quand on découvre l'autre et qu'il faut se raconter, et quand on n'a plus rien à se dire" p.140

"Les soirées peuvent être extraordinaires, les nuits inoubliables, et pourtant elles aboutissent toujours è des matins comme les autres". p. 142

"Pourquoi sommes-nous autant marqués par un détail, un geste, qui font de ces instants minimes le cœur d'une époque?" p. 170

"Il faut avoir vécu des années dans le rien pour comprendre comment on peut être subitement effrayé par une possibilité ."

"Le passé commençait à se déformer, à se diluer dans les hésitations, à se cacher sous les taches de l’oubli. Et c’était là la preuve heureuse que le présent reprenait son rôle."

".. le sommeil est un chemin qui mène à la soupe du lendemain" p.200

"Seules les bougies connaissent le secret de l'agonie" p. 204

"Quelque chose qui était le merveilleux des contes, des instants volés à la perfection. Des minutes que l’on grave dans sa mémoire au moment même où on les vit. Des secondes qui sont notre future nostalgie" p. 208
 

 

 

Metin Arditi : "Le Turquetto"

 

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