Penny, Louise «Un outrage mortel» (2017)

La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

Tome 12 : Un outrage mortel (paru au Canada – Flammarion Québec – le 10 aout 2017)

Résumé : Quittant sa retraite de Three Pines, Armand Gamache accepte de reprendre du service à titre de commandant de l’école de police de la Sûreté. À cette occasion, Olivier lui offre une curiosité : une carte centenaire qui était emmurée dans la salle à manger du bistro du village. Il n’en faut pas plus pour mettre l’ancien enquêteur sur la piste d’un passé qu’il préférerait sans doute oublier. C’est alors qu’entrent en scène quatre étudiants de l’école de police et un professeur… découvert assassiné. Dans la table de nuit de la victime, une copie de la carte de Gamache fait peser de lourds soupçons sur ce dernier. D’autant que son comportement avec une recrue au profil inquiétant désarçonne tout le monde, y compris le fidèle Beauvoir. Le commandant a ses secrets, mais les outrages du passé ne sont-ils pas plus dangereux lorsqu’on veut les occulter ?

Mon avis : Alors moi.. je suis une inconditionnelle ! J’adore la famille Gamache et la bande de Three Pines… Le Commandant prend les rênes de l’Ecole de la Sureté. il n’est pas au bout de ses peines.. Lutter contre la corruption n’est pas chose facile… et réformer de l’intérieur n’est pas simple non plus.. Surtout quand personne ne comprend ou il veut en venir et que lui ne veut pas expliquer ces intentions… Faut dire qu’il ne cherche pas la facilité non plus… Et il doit en plus affronter le passé… Un roman sur l’endoctrinement des jeunes malléables, sur la peur de vivre et celle de mourir…

Certains ne voient pas ce que cette série a de fascinant et moi au contraire je suis admirative de ce personnage à la force tranquille, qui transforme ses doutes en certitudes, qui repousse les limites de la haine, aspire à voir le bien l’emporter sur le mal et veut toujours donner / laisser sa chance au plus démunis ….

Extraits :

Mais ce qu’il appréciait par-dessus tout, c’était la possibilité qu’il avait désormais de façonner l’avenir au lieu de simplement réagir au présent.

Malgré tout, certaines rides menaient ailleurs. Vers la cambrousse, vers la nature sauvage. Où de terribles événements s’étaient produits. Certaines des rides de son visage débouchaient sur des événements inhumains et abominables.

Et peut-être, lorsqu’ils seraient pareillement cartographiés, la bonté se lirait-elle sur leurs visages à eux aussi.

La force ou la faiblesse de toute chose est d’abord et avant tout humaine.

Dans la demi-obscurité, il ne distinguait que des livres. Les murs en étaient tapissés. Ils étaient empilés sur des tables. L’unique fauteuil, éclairé, était recouvert de livres ouverts. Capitonné de récits.

Elle aurait plutôt dû craindre les mots, les idées. Amelia le savait, elle. Et elle savait aussi que c’était ce qui rendait les drogues si dangereuses. Elles faisaient éclater l’esprit et non le cœur. L’esprit d’abord. Ensuite, le cœur. Enfin, l’âme.

« Ne croyez pas tout ce que vous pensez. »

Il éteignit les lumières et se dirigea d’un pas prudent vers la chambre en se demandant laquelle des deux gueules de bois, le matin venu, serait la plus pénible. Celle de l’alcool ou celle des émotions ?

Les mystères ne sont pas tous des crimes, répondit le commandant. Par contre, tout crime débute par un mystère. Un secret. Une réflexion ou un sentiment cachés.

Nous enquêtons sur des crimes, mais d’abord sur des personnes. Sur ce qu’elles nous cachent. Les secrets ne sont pas des trésors, vous savez. Ils ne vous confèrent pas de pouvoirs. Ils vous affaiblissent. Ils vous rendent vulnérables.

Comment ferez-vous pour chercher la vérité chez les autres si vous n’acceptez pas d’être vous-même ?

Les premières cartes étaient celles des cieux, vous savez. Ce que les anciens pouvaient voir. Là où habitaient leurs dieux. Toutes les cultures ont cartographié les étoiles. Ensuite, elles ont baissé les yeux. Sur le monde qui les entourait.

Un meurtrier se nourrit du chaos, de la division et de la diversion. Des querelles intestines, en somme. Il vous distrait, sape votre énergie. Vous devez apprendre à collaborer. Avec tout le monde. Sans exception.

Les professionnels savent que l’arme, dès qu’un crime est commis, cesse d’être un fusil, un couteau ou un gourdin et devient un nœud coulant. Elle s’accroche au meurtrier. Il se croit malin en l’emportant avec lui, mais il est plus difficile de s’en débarrasser qu’on l’imagine parfois. Plus longtemps il la garde en sa possession, plus le nœud se resserre, et plus la chute est terrible.

l’enfant maltraité cherche désespérément à plaire à l’agresseur. Il veut l’apaiser. Il apprend, très tôt et très vite, que, dans le cas contraire, il y a un prix à payer. Aucun enfant ne court le risque de mécontenter le parent qui le maltraite.

Notre histoire, notre cuisine, nos chansons et nos récits sont issus de l’endroit où nous vivons.

L’histoire d’un lieu est tributaire de sa géographie. Si le terrain est montagneux, par exemple, il est plus difficile à conquérir. Les habitants sont plus indépendants, mais aussi plus isolés. Il est entouré d’eau ? Dans ce cas, il est sans doute plus cosmopolite.

Une fille percée, rapiécée. Comme l’Homme de fer-blanc dans Le magicien d’Oz. À la recherche d’un cœur.

Elle frappait à la porte. Réclamait la vérité. Exigeait de connaître les alliés et les ennemis.
Une autre guerre mondiale. Son monde à elle. Sa guerre.

Les vrais criminels, les pires criminels, ne se trouvaient pas dans les ruelles glauques. Ils étaient assis dans nos cuisines, à nos tables.
Peu spectaculaires et toujours humains.

Quelques années plus tôt, il aurait été consterné par des échanges comme celui-là, mais, maintenant qu’il avait appris à connaître les autres villageois, il n’était plus dupe : c’était simplement une sorte de pas de deux verbal.

Un portrait révèle la vie intérieure, la vie secrète d’une personne. C’est ce que les peintres s’efforcent de saisir. Le faire pour d’autres, c’est une chose ; retourner l’arme contre soi, c’en est une autre.

Être perdu est beaucoup plus difficile que de suivre le mauvais chemin. C’est pour cette raison que tant de gens refusent de s’en écarter.

Il y a toujours un chemin de retour. À condition d’avoir le courage de le chercher et de l’emprunter. « Je m’excuse. Je me suis trompé. Je ne sais pas. »

Elle avait peint la force de la jeunesse. Fragilisée, affaiblie par la peur. Par la stupidité des vieux, leur cruauté et leurs décisions.

 

Penny, Louise : La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

 

 

Rentrée Littéraire 2017 – Le Challenge

Et cela fait 8 ans que ça dure…

Comme chaque année (depuis 8 ans déjà), Hérisson – du blog Délivrer des livres – organise ce challenge.

Depuis août 2017 jusqu’au  31 janvier 2018, à vos livres, à vos plumes, à vos commentaires . Partagez vos coups de cœurs et vos coups de griffes …

Les livres de la rentrée littéraire paraissent entre mi-août et fin octobre (tous les livres sont concernés, romans, nouvelles, essais, jeunesse, bandes dessinées).

Infos, logo et inscription chez Hérisson ainsi que le formulaire pour déposer les liens.

Sabolo, Monica «Summer» (RL2017)

Auteur : Née à Milan, Monica Sabolo a grandi à Genève en Suisse où elle fait ses études. Après un investissement dans l’action pour la défense pour les animaux, au sein du WWF en Guyane puis au Canada, elle a l’opportunité de travailler à Paris en 1995 comme journaliste pour un nouveau magazine français Terre et Océans. Monica Sabolo passe dans les rédactions des magazines Voici et Elle. Au lancement de Grazia (Mondadori France), Monica Sabolo est recrutée comme rédactrice en chef « Culture et People ». Après « Le roman de Lili », elle signe avec « Jungle » son second roman. Début 2013, elle prend un congé sabbatique de quelques mois pour écrire un troisième roman, « Tout cela n’a rien à voir avec moi », pour lequel elle reçoit le prix de Flore. En janvier 2014, Monica Sabolo quitte Grazia et le journalisme pour se lancer dans une nouvelle activité : l’écriture de scénario. En 2015 elle publie « Crans-Montana », puis en 2017 « Summer »

Paru chez Lattès – 23/08/2017 – 320 pages

Résumé : Lors d’un pique-nique au bord du lac Léman, Summer, dix-neuf ans, disparaît. Elle laisse une dernière image : celle d’une jeune fille blonde courant dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l’eau. Ou ailleurs ? Vingt-cinq ans ont passé. Son frère cadet Benjamin est submergé par le souvenir. Summer surgit dans ses rêves, spectrale et gracieuse, et réveille les secrets d’une famille figée dans le silence et les apparences. Comment vit-on avec les fantômes ? Monica Sabolo a écrit un roman puissant, poétique, bouleversant.

Mon avis : Il faudra attendre 24 an pour que le petit frère relance l’enquête sur la volatilisation de sa sœur. Les eaux du Léman vont-elles devenir plus claires ? Les eaux troubles sont-elles responsables de cette disparition ? Le lac Léman est réputé pour être traitre. Son calme est extrêmement trompeur. En est-il de même pour la population bien lisse qui peuple la Cité de Calvin ?  Genève ne serait-elle qu’apparences? Il n’est pire eau que l’eau qui dort … Vous rappelez vous de la morale de la fable de La Fontaine du Torrent et de la Rivière? Non ? vous devriez la relire…

Les brumes et les ténèbres … « Post tenebras lux » telle est la devise de la ville de Genève… Mais la lumière qui auréolait « Summer » l’été de sa disparition est- elle éteinte à tout jamais ?  Une fois de plus Monica Sabolo lève le voile sur les riches habitants de la Suisse du bord du lac, ceux-là même qui montaient faire la fête à « Crans-Montana » en 2015 …

Une enquête toute en finesse, en ombres et transparences pour permettre au jeune frère de comprendre, recherche, apprivoiser le fantôme de sa sœur évaporée un soir d’été… Que cachent les remous des eaux du lac ? ou qui se cache ? J’ai beaucoup aimé ce livre ou les remous de l’eau sont les remous de l’âme… Je vous invite à plonger et à faire le vide… à toucher le fond et à permettre au passé de remonter à la surface.

Extraits :

Je suis la preuve vivante que l’on peut vivre sans les êtres que nous aimons le plus, ceux-là même qui rassemblaient les milliers de fragments minuscules qui nous constituent. Ces êtres que l’on est terrifié de perdre, parce qu’ils nous donnent la sensation d’être réels, ou du moins un peu moins étrangers au monde, et puis, quand nous les avons perdus, nous n’y pensons plus.

je connais ce sourire, il est pareil à l’air humide, il s’insinue en vous, il est aussi insaisissable qu’un courant d’air, juste sous la peau.

Les souvenirs associés à des odeurs peuvent resurgir avec une extrême intensité. Il existe un lien mystérieux entre mémoire et parfums.

Je me réveille, comme presque toutes les nuits désormais, enroulé dans des draps qui semblent vouloir m’étreindre, ou m’étouffer.

… je pense à tous ces objets qui attendent, comme des couches géologiques de nos vies, des fossiles qui racontent quelque chose, mais quoi ?

j’étais resté là, absent à la scène, et à la vie, tandis que montait en moi la certitude que c’était arrivé, ce moment que j’attendais depuis toujours, l’effondrement de cet édifice de papier que constituaient nos existences.

Nous étions ailleurs, et les mots de réconfort que l’on nous adressait nous parvenaient déformés, comme recouverts par le vent.

L’obscurité dessinait des ombres mystérieuses sur les murs, et la moquette. Ma chambre était emplie d’un air humide, l’esprit du lac flottait là, il entrait dans mes poumons, y déposait un tapis végétal enivrant.

Je voyais les images du passé, comme des diapositives projetées sur un drap, avec ces couleurs des choses disparues.

La fatigue, c’est ainsi que l’on qualifie à peu près tout, dans notre famille, tout ce qui implique le chagrin ou la honte.

Elle avait ri, à nouveau, ce rire mondain, automatique – le seul vestige, avec son addiction au tabac et à la caféine, du temps où elle était cette beauté nerveuse, dégageant des ondes électriques de tension et de désir.

le pacte qui nous tient tous debout – toutes les choses dont on ne parle pas n’existent pas.

Nous demeurons un instant silencieux, laissant nos parts secrètes se répondre, ou peut-être tenons-nous juste chacun notre trajectoire, et nous repoussons-nous l’un l’autre, dans une sorte de lutte aquatique.

Nous avons essayé de quitter le passé mais rien n’a bougé, tout est exactement là où nous l’avons laissé, il y a vingt-quatre ans, aussi net et brillant que des morceaux de verre.

Je m’éloignais avec la sensation que tout s’était asséché d’un coup, mes yeux me brûlaient comme si on y avait jeté de la poussière. Mon cœur battait au ralenti, péniblement, il charriait du gravier, ou des débris métalliques.

La terre effaçait ce qu’elle avait porté, les feuilles s’amoncelaient dans les flaques, la pelouse devant la maison était jonchée de morceaux de branchages, le lac, plus sombre chaque jour, ressemblait à une grande assiette d’eau sale.

… c’est l’alcool, associé aux médicaments, qui désintègre le réel, mêle les souvenirs et les songes, et m’éloigne de moi-même, mais moi, je sais qu’il ne comprend rien, qu’il n’a aucune idée de qui nous étions.

Depuis le rivage auquel j’étais condamné, je regardais son embarcation traverser des nappes de clarté, des rideaux tombant du ciel, comme ces rayons qui transpercent les nuages sur les images pieuses.

Je pensais la voir dans la bise, les reflets mouvants du lac, ou le regard d’un cygne, mais en réalité, elle n’était nulle part ailleurs qu’à l’intérieur de moi.

Peut-être est-ce la seule chose qui reste à faire quand on n’a plus ni souvenirs, ni émotions : retrouver des vestiges, creuser avec ses doigts dans la terre, reconstituer des squelettes, épousseter les fossiles, mais même là, il est probable qu’on ne parvienne jamais à saisir la vie qui les animait, pas même à l’effleurer.

Les souvenirs s’estompent, c’est le secret. Le temps les dilue, des morceaux de sucre dans un récipient d’eau froide. Nous faisons, et refaisons, les gestes qui nous ont blessés, nous jetons et rejetons à la mer une nasse lestée de poissons transparents.

Où sont les êtres que l’on a perdus ? Peut-être vivent-ils dans les limbes, ou à l’intérieur de nous. Ils continuent de se mouvoir à l’intérieur de nos corps, ils inspirent l’air que nous inspirons. Toutes les couches de leur passé sont là, des tuiles posées les unes sur les autres, et leur avenir est là aussi, enroulé sur lui-même, rose et doux comme l’oreille d’un nouveau-né.

il semble voyager dans ses souvenirs, et que ses yeux regardent à travers moi, comme si j’étais une vitre au travers de laquelle on pouvait voir dérouler son passé, un cortège sur un tapis roulant,

Mes mots sont de petites boules de feu qui volettent au-dessus de nos têtes, pleines de colère, de chagrin et d’impuissance, elles brûlent et retombent en cendres, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire que les regarder se consumer.

Le secret c’est de raconter une histoire à laquelle les gens ont envie de croire, n’importe laquelle. Les hommes ne veulent pas savoir, ils veulent croire, une fois que vous avez compris ça…

Izner, Claude «Le Pas du renard» (2016)

Auteurs : Claude Izner est le pseudonyme de deux sœurs, Liliane Korb et Laurence Lefèvre. Liliane a longtemps exercé le métier de chef-monteuse de cinéma, avant de se reconvertir bouquiniste sur les quais de la Seine, qu’elle a quittés en 2004. Laurence a publié deux romans chez Calmann-Lévy, Paris-Lézarde en 1977 et Les Passants du dimanche en 1979. Elle est également bouquiniste sur les quais. Elles ont réalisé plusieurs courts métrages et des spectacles audiovisuels. Elles écrivent ensemble et individuellement depuis de nombreuses années, tant pour la jeunesse que pour les adultes. Elles ont déjà vendu plus de 800 000 exemplaires de leur série des enquêtes de Victor Legris, aujourd’hui traduites dans huit pays.

« Le pas du Renard » est le premier tome d’une nouvelle série de romans policiers se déroulant dans le Paris des années folles, au sortir de la Grande Guerre.

Série : (Jeremy Nelson 01)

Résumé : En ce printemps 1921, Paris se relève difficilement de la guerre. La vie est chère, le travail rare, se loger pose problème. Que recherche Jeremy Nelson, jeune pianiste américain passionné de jazz, pour accepter de tirer le diable par la queue dans la capitale ? Son engagement au sein de la troupe d’un cabaret va déclencher des drames. Qui exerce un chantage à l’encontre de ces artistes pour qu’ils disparaissent les uns après les autres ? Suicides ou accidents ? Et de quel agresseur Jeremy est-il la cible ? Prêt à tout pour survivre, il va s’avérer un adversaire coriace car, si infime que soit un grain de sable, il peut gripper les rouages d’une machination parfaitement huilée.

Mon avis : Eh bien tout comme avec la série précédente qui mettait en scène Victor Legris (fin du XIXème) , il manque un petit quelque chose qui fait que je ne croche pas totalement .

La série se situe dans le Paris des années 20, des années folles. En 1921 pour être précise car c’est une année très faste en événements musicaux à Paris, dans un Paris qui bouge après la guerre, avec l’arrivée du jazz. Le héros un jeune pianiste américain de jazz désargenté ; tout y est superbement décrit, l’ambiance, les pianistes dans les salles de cinéma muet , la vie des petits caf’concs, . Côté musique : on est en plein dedans… Mary Pickford, Gershwin, Satie … le jazz est là, le classique aussi … Clin d’œil au cinéma avec Chaplin, les studios de tournage français… Coté crimes : Le jeune héros est menacé par une personne qui fait disparaitre des gens dans son entourage ; il se met à enquêter car il a peur pour sa vie. Il y a un gros travail sur les personnages, la langue de l’époque et on est vraiment dans le bain…du paris des petites gens

Mais… aucune empathie avec les personnages, aucun ne me touche… Je reste en dehors, totalement spectatrice.. Peut-être un peu « trop » : trop de vie, trop de bruit, trop de détails.. je suffoque et ne rentre pas dans l’histoire… je n’ai pas le temps de « m’installer » que je suis bousculée d’un endroit à l’autre… Mais je pense lire la suite de la série, pour le coté découverte des années folles en s’amusant…

 

Extraits :

Ce jour-là, il s’était levé du mauvais pied, le droit, le gauche, peu importait puisque ses souliers étaient aussi éreintés l’un que l’autre.

— Tu as lu Le Rouge et le Noir ? demanda-t-il, amusé à l’idée d’imaginer Henri Beyle face au salon garance tapissé de fleurs sombres.
— Non, c’est un catalogue de papiers peints ?

Vous êtes trop jeune pour avoir connu ça, mais, au siècle dernier, les gonzesses affectionnaient de ressembler à des navires à voiles. Elles se cintraient dans des armatures qui leur comprimaient l’étrave et leur épanouissaient le gaillard d’arrière. Par là-dessus, elles enroulaient des kilomètres de focs, de misaines, de cacatois et elles se couronnaient d’un nid d’albatros à plumes.

Vous aimez le cinéma ?
— J’en raffole. Les images animées vous aident à vous détacher de vos soucis, on n’est plus soi. La banalité journalière est anéantie par ce monde, plus riche, plus beau, ça permet de s’évader.

ce qui était fixé sur la pellicule était un univers pétrifié. Selon son humeur, il se réjouissait d’assister à un spectacle perpétuellement jeune, ou il déplorait que le film soit le reflet d’une réalité gommée par les aiguilles du temps.

Du rythme, bon sang ! Imitez les danseurs de La Nouvelle-Orléans, remuez en cadence, coulez-vous dans la musique !

Devinez pourquoi on compte tant de Ferguson aux États-Unis… Parce que la plupart des immigrants allemands et juifs, qui ne maîtrisaient pas l’anglais, ne saisissaient rien de ce qu’on leur demandait, alors ils répondaient : Ich habe vergessen, « j’ai oublié ». On les enregistrait donc sous le patronyme de Ferguson.

Je resterai muet tant qu’un individu dangereux se promènera dans la nature, je tiens à ma peau, c’est un exemplaire unique.

 

Info : le Paris des années folles : https://www.histoire-image.org/etudes/annees-folles

Trouillot, Lyonel «Le doux parfum des temps à venir» (03.2013)

Auteur : Lyonel Trouillot (né à Port-au-Prince, Haïti, le 31 décembre 1956) est un romancier et poète haïtien d’expressions créole et française. Il est également journaliste et professeur de littératures française et créole à Port-au-Prince.

Paru dans La Collection « Essences » d’Actes Sud – Mars 2013 – 64 pages

Résumé : Pour la collection “Essences”, Lyonel Trouillot s’est prêté au jeu des réminiscences olfactives. Sans précision de lieu ni d’époque, une mère parle à sa fille. Fugitive marquée au fer d’une fleur de honte, elle revisite les parfums violents de ses haltes et de ses errances. Un voyage dans le souvenir de cités délabrées, de paysages désertiques, de musiques barbares, de corps défaits et de rêves interdits qui fait naître en elle, comme après chaque épreuve, dans la promesse de l’enfant à naître à qui elle raconte aujourd’hui son histoire, le doux parfum des temps à venir.

Mon avis : C’est la première fois que je lis cet auteur et je suis sous le charme. Un long poème, une ode à la Mère. Le parfum, oui… mais celui de la vie, celui que l’on donne aux souvenirs, que l’on transmet, chargé d’espoir, comme la promesse de l’aube nouvelle… Parfum d’avenir, de vie à inventer et à re-sentir en lieu et place du deuil et de la noirceur… Merveilleuse mère qui fait chanter l’existence, qui donne de l’espoir, de la lumière, de l’envie de vivre … Tout en finesse, en délicatesse, sublimissime…

Et quel bonheur de savoir que de nouvelles publications sont programmées pour cette fin d’année dans cette petite collection « Essences » au parfum de nostalgie, d’espoir, de vie …

Extraits :

 

À toi, demain, quand je serai partie,
la lumière du jour et le silence des étoiles.

Pour moi j’ai appris à être forte.
Et si fragile je fus, c’est mon secret le mieux gardé.
Nul ne m’a vue ramper ni appeler au secours.
J’ai fait face à toutes les épreuves, résolue et lucide.
Mais j’ai eu peur pour ton innocence,
peur de te voir grandir trop vite à ce mauvais côté de l’histoire
qui donne sa santé au malheur.

Ce n’est pas avec la grandeur du passé qu’on fabrique les lendemains.

Je ne regrette pas tous ces songes inventés.
Il y a un temps pour l’illusion qui nous permet d’aimer la vie.

La vérité.
Les guerres.
Les petites.
Celles qu’on dit d’intérieur,
tueuses de corps et d’âme

pour donner à chaque aube son parfum de promesse,
il te faudra vaincre la haine.

 

La Collection « Essences » d’Actes Sud (voir page sur le blog)

Barde-Cabuçon, Olivier «Le détective de Freud» (2010/2017)

l’Auteur : Olivier Barde-Cabuçon vit à Lyon. Après un début en cabinet d’avocat, il exerce ses talents de négociateur dans un groupe international. Il écrit ses romans le week-end et pendant les vacances Féru de littérature, d’art et d’histoire, son goût pour les intrigues policières et son intérêt pour le XVIIIe siècle l’ont amené à créer le personnage du « commissaire aux morts étranges ». Dans son premier roman « Les adieux à l’Empire » (France-Empire, 2006), il nous fait revivre une épopée incertaine avec des personnages attachants et hauts en couleur emportés par le vent de l’histoire.  Il écrit ensuite « Le détective de Freud » en 2010 avant de commencer la série des aventures du Chevalier de Volnay..

Résumé : Paris, 1911. À l’issue du congrès de l’Association Psychanalytique Internationale, le jeune docteur Du Barrail est chargé par Sigmund Freud en personne d’enquêter sur la mort mystérieuse d’un de leurs confrères, retrouvé étranglé sur son divan d’analyse. Épaulé par Carl Gustav Jung, le célèbre psychiatre suisse, et Max Engel, un détective marxiste à la langue bien pendue, Du Barrail se met en quête de la vérité qui – comme dans toute bonne analyse – se niche sans doute là où l’on s’y attend le moins. Une plongée réjouissante dans le Paris tumultueux de la Belle époque et les débuts de l’histoire de la psychanalyse.

Paru chez : De Borée, coll. « Littérature », 2010, 379 p / Éditions Actes Sud – 409 pages – Aout 2017

Mon avis : Olivier Barde-Cabuçon est un habitué des tandems… Je connaissais le Commissaire aux morts étranges et le tandem Commissaire/Moine et je viens de découvrir un – non deux – tandems qui font vibrer le Paris de la Belle Epoque ! Les tandems de ce livre sont complémentaires : Du Barrail/ Max Engel et Freud/Jung… et au milieu de tout cela… des loups, des serpents , des Dames  – la dame en vert, la dame de la nuit, la dame « aux loups », la dame artiste – Mais qu’est-ce qui relie tous ces personnages ? le sexe … qui fait tourner le monde selon Freud ? le passé ? l’inconscient individuel ou collectif ? l’interprétation des mythes comme tendrait à le penser Jung ? Jung, Freud, la psychanalyse : la dernière fois que je les ai croisés en littérature, c’était dans l’excellent livre de Laurent Seksik «Le cas Eduard Einstein» … Excellent mais nettement moins trépidant… Si seulement le tandem Du Barrail/ Max Engel pouvait reprendre du service ! Réussite totale ! Qui m’a fait ressortir mon vieux livre de Bruno Bettelheim pour me rafraichir la mémoire sur la « Psychanalyse des contes de fées »… Coté couturier, Paul Poirier était un inconnu pour moi.. Paul Poiret oui . Mais Poirier ?… j’ai découvert ce nom.. Ce que j’ai bien sur aimé aussi ce sont les dialogues, les réparties, l’humour… Le tandem Barde-Cabuçon / Lenormand me plait bien. Avec lui je me promène à Venise, dans le Paris de Voltaire ( cité aussi dans ce roman ) et de la Belle-Epoque… Décidemment… je ne parle que de tandems … c’est le paradis…

Extraits :

Notre personnalité consciente est soumise aux influences de cet Inconscient dont elle ressent confusément la présence. Elle le recherche tout en le rejetant en même temps. Bref, nous sommes ces trois couches d’oignon superposées !

Depuis la nuit des temps, outre ses vertus défensives, les tours représentaient le mythe ascensionnel. Déjà, la tour de Babel elle-même, où Dieu avait mélangé les langages de tous les hommes, voulait toucher au ciel.

On ne laisse pas impunément ouvertes les portes de l’Inconscient. Il faut savoir les fermer avant d’éteindre la lumière.

La figure du loup ne peut pas être réduite à une expérience personnelle. Elle appartient à des mémoires collectives : le loup bleu céleste des dynasties chinoises, la louve de Romulus symbole de fécondité ou encore Fenrir, le loup géant de la mythologie scandinave, capable de tenir tête aux dieux. Comme vous le voyez, le loup n’est pas seulement symbole de sauvagerie mais également d’autorité.

— Pourquoi vous priver du plaisir ?
Sa voix aux subtiles intonations agissait sur lui avec un charme caressant.
— Je me passe bien des fruits, l’hiver, ne trouva-t-il qu’à répondre.

Il commanda un bourgogne car, expliqua-t-il, comme on dit souvent que les médecins préconisent du vin de Bordeaux pour les malades, cela signifie que le bourgogne est réservé aux gens en bonne santé.

Il la regarda s’éloigner comme on regarde partir un bateau que l’on aurait pu prendre il y a très longtemps pour aller vers un ailleurs qui n’aurait rien à voir avec celui d’aujourd’hui.

L’amandier est le symbole de l’imprudence car sa floraison précoce l’expose aux aléas…

J’aime cette belle époque qui mélange des gens qui pensent en profondeur, comme vous, avec des gens qui voient en couleur, des Cézanne, Monnet, Braque, Picasso, Matisse…
— Ou des penseurs comme Gide, Claudel, Valéry…

Ligotée et enterrée vivante sous de multiples couches de vêtement, brimée dans sa liberté de mouvement, respirant au rythme qu’on lui imposait, la femme enfin domptée ne représentait plus aucun danger pour l’homme.

Votre athéisme vous a conduit à construire un autre dogme. Au Dieu que vous avez rejeté, vous avez substitué la déesse Sexualité. Vous avez cherché en bas ce que vous aviez perdu en haut !

Pour soigner le présent, il nous faut comprendre le passé. Voilà ce qu’est la psychanalyse ! Qui sommes-nous donc sinon des détectives de l’âme ?

Pas une nymphomane, une frôleuse d’enfer. C’est le terme que j’emploie pour tous ceux qui se risquent à des jeux qui les dépassent.

 

Récondo (de), Léonor «Point cardinal» RL2017

Auteur : Léonor de Récondo, née en 1976, débute le violon à l’âge de cinq ans. Son talent précoce est rapidement remarqué, et France Télévisions lui consacre une émission alors qu’elle est adolescente. À l’âge de dix-huit ans, elle obtient du gouvernement français la bourse Lavoisier qui lui permet de partir étudier au New England Conservatory of Music (Boston/U.S.A.). Elle devient, pendant ses études, le violon solo du N.E.C. Symphony Orchestra de Boston. Trois ans plus tard, elle reçoit l’Undergraduate Diploma et rentre en France. En octobre 2010, paraît son premier roman, La Grâce du cyprès blanc, aux éditions Le temps qu’il fait. Depuis 2012, elle publie chez Sabine Wespieser éditeur : en 2012, Rêves oubliés, roman de l’exil familial au moment de la guerre d’Espagne. En 2013, Pietra viva, plongée dans la vie et l’œuvre de Michel Ange, rencontre une très bonne réception critique et commerciale. Amours, paru en janvier 2015, a remporté le prix des Libraires et le prix RTL/Lire. Son nouveau roman, Point cardinal, paraît en août 2017, toujours chez Sabine Wespieser éditeur.

232pages, paru chez Sabine Wespieser – Aout 2017

Résumé : Sur le parking d’un supermarché, dans une petite ville de province, une femme se démaquille. Enlever sa perruque, sa robe de soie, rouler ses bas sur ses chevilles : ses gestes ressemblent à un arrachement. Bientôt, celle qui, à peine une heure auparavant, dansait à corps perdu sera devenue méconnaissable.

Laurent, en tenue de sport, a remis de l’ordre dans sa voiture. Il s’apprête à rejoindre femme et enfants pour le dîner. Avec Solange, rencontrée au lycée, la complicité a été immédiate. Laurent s’est longtemps abandonné à leur bonheur calme. Sa vie bascule quand, à la faveur de trois jours solitaires, il se travestit pour la première fois dans le foyer qu’ils ont bâti ensemble. À son retour, Solange trouve un cheveu blond…

Léonor de Récondo va alors suivre ses personnages sur le chemin d’une transformation radicale. Car la découverte de Solange conforte Laurent dans sa certitude : il est une femme. Reste à convaincre ceux qu’il aime de l’accepter.

La détermination de Laurent, le désarroi de Solange, les réactions contrastées des enfants – Claire a treize ans, Thomas seize –, l’incrédulité des collègues de travail : l’écrivain accompagne au plus près de leurs émotions ceux dont la vie est bouleversée. Avec des phrases limpides et d’une poignante justesse, elle trace le difficile parcours d’un être dont toute l’énergie est tendue vers la lumière.

Par-delà le sujet singulier du changement de sexe, Léonor de Récondo écrit un grand roman sur le courage d’être soi.

Mon avis :

Encore un magnifique moment passé en lisant Léonor de Récondo. Sujet difficile qui aurait pu devenir glauque, sordide ou voyeur. Mais le talent de Léonor de Récondo qui une fois encore traite un sujet « fleur de peau » avec une grande pudeur et une grande humanité.

Laurent est sûr d’être une femme dans un corps d’homme ; il en est convaincu et assume le fait de vouloir correspondre physiquement à la personne qu’il est à l’intérieur de lui, de vouloir être elle-même. La question à laquelle répond le livre est toute simple « Qui suis-je ?  Enfin toute simple… pas pour Laurent ! Un corps d’homme pour une âme de femme. Que faire quand on ne se sent pas en adéquation avec le corps qui nous a été donné. Le livre traite donc d’un problème d’identité et nous entraine dans la révélation aux autres de ce mal-être. Le livre expose une réalité, et les problèmes que cela engendre ; il ne juge pas, ne prend pas parti. J’ai également trouvé extrêmement intéressante l’évolution du choix du prénom, en fonction du passage du temps et de l’évolution de la situation. Laurent, Mathilda, Lauren… un cheminement tout en finesse et en conscience.

Ce n’est pas un problème d’amour. Laurent aime sa femme, il aime ses enfants et ne remet pas ces faits en question. Ce n’est pas non plus un problème de désir ou de sexe. Juste le problème d’être né dans le mauvais corps. C’est aussi le problème de la relation à l’autre et des réactions des proches ; car si c’est difficile pour lui, ce n’est pas facile non plus pour sa femme et ses enfants qui sont amenés à se poser des questions sur lui mais aussi sur eux et sur le regard des autres. C’est difficile aussi pour ses proches qui ne se sont aperçus de rien, à qui il ne s’est pas confié. Cela touche à la confiance et on se rend compte que l’on ne connaît pas ceux que l’on croyait pourtant si bien connaître. C’est également la remise en question aussi de la qualité de certains psy… Ce livre est aussi une belle leçon de vie : être bien dans sa tête et dans son corps pour s’assumer. Un livre humain, une écriture sobre , le tout à lire en écoutant un disque de Melody Gardot …

Extraits :

Commencer à parler ouvrirait une brèche qu’il n’est pas sûr de pouvoir refermer.

Parce que le bonheur, ça ne dit rien, ça se tait.

Être un homme signifiait, entre autres, aimer le foot.

Depuis qu’il fait du vélo, ils discutent souvent de la notion d’effort et de dépassement de soi.

… au XVIIIesiècle, les hommes eux aussi se poudraient. Des excuses historiques et ethnographiques, il en avait à foison.

Il est seul et pourtant, dans cet environnement si familier, il a l’impression que chaque objet le juge.

être seul, ensemble avec elle.

Ils sont une. Une seule et même personne, un même passé, juste un corps qui n’est pas le bon.

Incongruité de la question, complexité de la réponse : Je suis leur père, mais je suis une femme.

Nous ne sommes dupes que lorsque nous le souhaitons.

la joie de la découverte d’un autre qui serait lui-même.

Comment réunir ma peau d’homme avec la femme que je suis à l’intérieur, ses formes, son esprit, ses désirs ?

Un jour, il faudra que je me ressemble.

Combien de temps faut-il pour être soi-même ? Et je voudrais demander cela à tous ceux qui n’ont pas à changer de sexe. Combien d’années, de décennies, pour être en adéquation ? Adéquation de corps, adéquation de rêves, adéquation de pensées, avec ce que nous sommes profondément, cette matière brute dont il reste quelques traces avant qu’elle ne soit façonnée, lissée, rapiécée par la société, les autres et leurs regards, nos illusions et nos blessures.

C’est un mal-être, un décalage très profond entre celui que je vois dans la glace et moi-même.

Si je ne me suis jamais senti homme, je me suis toujours senti père

Est-il possible de connaître si peu quelqu’un avec qui l’on a toujours vécu ? Que l’on aime ?

On ne peut pas parler tout le temps, remettre chaque instant en question. Il faut savoir reprendre son souffle.

Tout ce qui ne tue pas rend plus fort, n’est-ce pas ? Je vais finir bodybuildée.

on ne sait jamais d’où viennent les coups, et les pires viennent souvent des proches.

La vraie question est là. Doit-on être ce que voient les autres, être tel qu’on nous a aimé ?

Je veux te montrer qu’il faut être soi-même, malgré les épreuves, malgré l’incompréhension.

J’ai longtemps cru qu’être père me suffirait pour rester homme. C’est avec ce genre de certitudes que j’ai écrasé la femme dedans.

Réminiscences d’une vie que l’on regarde s’éloigner sans pouvoir la rattraper.

Piñeiro, Claudia «Une chance minuscule» (2017)

Auteur : Claudia Piñeiro est née en 1960 à Burzaco, dans la province de Buenos Aires. Elle est romancière, dramaturge et auteur de scénarios pour la télévision. Elle est publiée chez actes Sud : Les Veuves du jeudi (2009), Elena et le roi détrôné (2010), Bétibou (2013), À toi (2015) . Une chance minuscule  est sorti en mars 2017
(272 pages – Titre original : Una suerte pequeña (2015)

Résumé : Marilé Lauría, trentenaire blonde aux yeux clairs, vit dans une banlieue huppée de Buenos Aires. Elle a épousé un chirurgien, habite une résidence cossue au perron garni de rosiers, et fréquente les parents qui, comme elle, confient leur progéniture au sélect collège privé de la ville. Jusqu’au drame qui rebat les cartes de cette existence morne et futile et fait basculer sa vie. La voilà condamnée à fuir comme une voleuse afin de délivrer de sa présence l’être qu’elle aime plus que tout au monde.
Quelques vingt ans plus tard, Mary Lohan, une quinquagénaire rousse aux yeux de jais qui réside à Boston, prend l’avion pour l’Argentine, où l’appelle une mission professionnelle. Au terme du voyage: une petite ville qu’elle ne connaît que trop bien, le souvenir cuisant d’une faute jugée impardonnable qui l’a poussée à tout abandonner et un homme qu’elle craint par-dessus tout de rencontrer.
Probablement aussi la chance majuscule de pouvoir enfin “réparer” la femme rompue.
Cette poignante comédie dramatique explore les liens du sang, la culpabilité et les épouvantables ou merveilleuses facéties du hasard.

Revue de Presse :
Rémi Bonnet, La Montagne/ Le Populaire du Centre : « Ce personnage, sorti de l’imagination de la romancière argentine Claudia Piñeiro, c’est un peu le symbole de toutes ces vies brisées qui végètent dans le noir en attendant enfin de retrouver la lumière. » Entre des mains moins scrupuleuses, cette histoire aurait pu tomber dans le mélo, et tirer des larmes peu honnêtes. Mais l’auteur avance avec une grande pudeur, reconstituant petit à petit les fragments d’une existence éparpillée en mille morceaux. Bouleversant. »
Virginie Bloch-Lainé, Libération : « Dans le cinquième roman de Claudia Piñeiro traduit en français, chance et malchance se partagent le travail. (…). Malgré l’accident, ce livre n’est pas sombre, mais plein de nouveaux départs et de bons compromis. C’est l’histoire d’un couple et le portrait d’un fils solide et confiant. »

Mon avis : Affronter les fantômes de son passé. L’auteur nous entraine dans un voyage dans le temps ; elle retourne sur les lieux de son passé, vingt ans après. Veut-elle vraiment s’y confronter ? Attend-elle que le passé la heurte de plein fouet pour y être obligée ? C’est un roman noir, un roman psychologique ; elle affronte sa culpabilité et va essayer d’expliquer le « pourquoi » de sa fuite. A qui l’explique-t-elle ? à elle ? à d’autres ? Pour qui un auteur écrit-il ? pour lui ? pour une personne en particulier ? La vie est comme l’Histoire avec un grand H : les choses s’enchainent et il n’y a ni destin ni hasard. Analyse de l’âme humaine, portrait psychologique et social. Peut-on oublier en se cachant derrière une autre vie, une autre identité ? Un roman sur la fuite, la solitude aussi. Peut-on enterrer le passé et faire comme s’il n’existait pas ? On plonge dans l’émotionnel. Les personnages sont forts et fragiles à la fois. C’est dès le début la lutte entre le conscient et l’inconscient. Mary retourne au pays en souhaitant ne pas être reconnue mais en même temps elle voudrait bien que sous Mary Lohan on reconnaisse l’ancienne Marilé Lauría

Ecriture intéressante et extrêmement fluide. Une belle réflexion sur les mots et la langue aussi. Le drame est présenté en plusieurs fois… par une entame de chapitre qui revient et s’étoffe à chaque fois.. Elle dose l’information et nous la livre au compte-goutte. Et elle m’a bien accrochée…

Une fois encore, comme dans le livre de Hegland, Jean «Dans la forêt», le nom de l’auteur Alice Munro refait surface… Prix Nobel 2013.. je n’ai jamais rien lu de cet écrivain canadien..

Gros coup de cœur pour ce livre.

Extraits :

Je récite cette définition de mémoire, et je la leur fais apprendre de mémoire. By heart, comme on dit en langue anglaise. Une traduction qui n’est pas littérale, bien au contraire. La mémoire versus le cœur.

J’essaie avec l’une puis avec l’autre. La troisième personne éloigne, elle crée une distance protectrice. La première m’approche du bord de l’abîme, elle m’invite à sauter. La troisième me permet de me cacher, de rester deux pas plus en retrait, de ne pas regarder le vide, même lorsque je l’évoque.

Mais pas mon rêve à moi, car je n’avais pas de rêves personnels. Alors je m’étais approprié les rêves des autres. En fin de compte, ce rêve n’était pas si mal, qu’y avait-il à attendre de plus de la vie ?

En général je ne suis pas pressée. Cela fait bien longtemps que j’ai perdu l’habitude d’être pressée. Pressée pour quoi faire ? Pressée d’arriver où ?

“Agréable”, c’est un mot tiède, qui ne dit pas grand-chose. Mais je n’en trouve pas d’autre. Comme pour nice en anglais. Deux mots pratiques mais dépourvus d’enthousiasme.

Quand deux personnes qui se connaissent à peine se rencontrent, les silences sont difficiles à supporter ; je n’ai jamais bien saisi pourquoi, mais c’est comme si l’air qui flotte entre leurs deux corps devenait pesant.

Mais je ne suis pas forte, je ne l’ai jamais été et je ne le suis pas davantage aujourd’hui malgré la carapace que j’ai mise autour de moi, alors que je me suis blindée pour ne plus souffrir autant.

J’ai effacé beaucoup de souvenirs de ces années. Par tous les efforts déployés pour oublier ce qui me faisait souffrir, j’ai oublié des détails inutiles mais inoffensifs du quotidien, des noms de rues, de magasins, de relations, des liens de parenté. Malgré tout, ces efforts se sont avérés inefficaces car, bien que soulagée de certains souvenirs, ma blessure reste, ce qui ne la rend que plus cuisante, comme si elle occupait une scène vide et que tous les projecteurs convergeaient sur elle.

j’ai tout fait pour les oublier, je les ai tués en moi ; mais eux, m’ont-ils tuée ? N’y a-t-il donc personne qui me voie ?

J’aime l’histoire, c’est ma passion, comprendre le pourquoi des choses, leurs causes et aussi leurs conséquences. Enfin, surtout leurs causes.

Il y a des actions qui ne sont pas dignes qu’on leur cherche des raisons. Il y a des actes qu’aucune raison ne peut justifier.

Je parviens ainsi à me vider la tête pendant quelques instants et à me reposer. À penser sans ressentir.

C’est peut-être ce que font beaucoup d’écrivains, ils s’inventent un lecteur anonyme, pour ne pas se sentir intimidés par les gens qui vont les lire et les juger, pour échapper à la tentation de renoncer à écrire pour éviter de trop s’exposer. Ils se convainquent de cet anonymat du lecteur car, même si à l’autre bout de l’écriture il y a bien quelqu’un, il peut s’avérer préférable de ne pas savoir qui est réellement cette personne.

Quand on vide une maison, qu’il s’agisse de la nôtre ou de celle de quelqu’un d’autre, on a de fortes chances de réveiller de vrais fantômes, de découvrir des secrets qui n’étaient pas si bien gardés, d’être bouleversé par une révélation, ébranlé par un objet qui prend soudain une signification différente.

La maternité, si vous ne la prenez pas comme quelque chose de naturel, d’irrémédiable, elle vous inspire trop de questions.

Sa présence pesait toujours, comme un silence

Des actes apparemment insignifiants auxquels on ne prêterait aucune attention si leur enchaînement ne causait pas des malheurs.

Pour quelle raison. Pour quoi faire. Pour quelle finalité. Il n’y a pas de réponse. Pas d’issue. La feuille de route de notre vie indique cette étape, quelque part sur notre chemin et, quoi que nous fassions, nous devrons quand même l’affronter.

Quels ravages peut bien laisser en nous un chagrin bien réel mais que l’on nous interdit de laisser paraître et de ressentir ouvertement ? D’immenses ravages. Car ce chagrin silencieux et clandestin blesse plus que celui que l’on peut laisser éclater au grand jour.

Il existe différentes sortes de mères. Il y en a qui, lorsqu’elles se rendent compte qu’elles peuvent gâcher la vie de leurs enfants, cherchent une façon de l’éviter.

Mais le suicide était une mort très particulière, qui n’est pas sans effets pour ceux qui restent. Une mort qui porte une dédicace, qui les fait se sentir responsables d’avoir été si près, de ne pas s’être rendu compte de ce qui était sur le point d’arriver et de n’avoir pu l’éviter.

Si quelqu’un dépend de la gentillesse d’un inconnu, c’est que ceux qui l’entourent ne sont pas des gens sur lesquels il a pu compter.

Ce qui s’est passé, les faits en eux-mêmes, ne peuvent en effet être réparés. Ils sont bien là, ils sont arrivés, on n’y peut rien changer. Ils existent pour toujours. Mais dans le passé. Aujourd’hui, demain et l’année prochaine dépendront de la façon dont vous allez vivre et de ce que vous comptez faire à partir de maintenant. Le mal est là, la douleur est bien là, mais ce qui vous attend dépendra des chemins que vous choisirez d’emprunter. Vous ne pourrez pas éradiquer ce mal, mais vous pourrez faire de cette douleur qui vous empêche de vivre aujourd’hui une douleur apaisée, de plus en plus facile à supporter, à accepter, une douleur qui deviendra un vague à l’âme que vous traînerez toujours mais qui vous laissera continuer de vivre. Une douleur qui se rappellera de temps en temps à votre bon souvenir, comme dit Munro, mais qui, un beau matin, vous laissera sortir faire un tour sans se sentir obligée de vous accompagner.

Nous parvînmes à une communion qui un jour nécessita que nous nous embrassions et que nos corps s’unissent ; si l’inverse s’était produit, cela n’aurait peut-être pas fonctionné.

Bien qu’il ne soit plus là, je crois que je le connais un peu plus chaque jour. Et je souris en réalisant, alors qu’il est pourtant mort, à quel point il continue de m’accompagner, de faire des choses pour moi, pas depuis l’au-delà auquel je ne crois pas, mais à travers ces choses qu’il a faites et laissées ici, en ce bas monde, avant de s’en aller, ces choses que je ne parviens à distinguer que maintenant.

Tous les gens réagissent de façon différente devant l’abîme qui s’ouvre un jour devant eux, ils savent qu’ils ne peuvent plus faire un pas en avant, sinon ils tomberaient, mais les options, les différents chemins qui s’offrent à ceux qui se trouvent au bord du précipice sont généralement beaucoup plus nombreux qu’ils ne se l’imaginent.

C’est peut-être cela, le bonheur, un instant où l’on est là, tout simplement, un moment quelconque où les mots sont de trop car il en faudrait trop pour le raconter.

 

 

 

 

 

 

 

Perry, Anne «Meurtre en écho» (2017)

23ème enquête de William Monk

Sorti le 17 aout 2017

Résumé : Le commandant Monk a déjà vu la mort. Trop souvent de près. Mais le meurtre de ce Hongrois, retrouvé dans un entrepôt du bord de la Tamise, s’avère aussi cruel qu’atypique. Doigts disloqués, lèvres découpées, cadavre transpercé d’une baïonnette et entouré de dix-sept bougies éteintes dans le sang… Tout évoque un rituel glaçant qui place d’emblée ce crime loin des mobiles habituels. Tandis que sa femme Hester essaie d’aider un homme surgi de son passé qui se trouve mêlé à l’affaire, Monk tente de pénétrer la petite communauté hongroise londonienne, repliée sur elle-même. Et alors que le premier meurtre rituel se mue en une série terrifiante, il va lui falloir combattre la défiance, l’hostilité et les menaces de ceux qu’il est censé protéger.

Mon avis : Un des plus réussis. Comme chaque fois, je ne résiste pas. Cette fois les héros sont Esther, Monk et leur « Fils adoptif » Scuff qui assiste le Docteur des pauvres, Crow dans son dispensaire. Surgit un fantôme du passé d’Esther, un chirurgien qui était avec elle en Crimée… Plongeon dans un passé enfoui, tant pour Esther que pour les proches. La problématique principale qui lie tous les principaux protagonistes… des faits refoulés, oubliés, des cauchemars relatifs à des pans du passé. Ajouté à ces problématiques un assassin décime la communauté hongroise… crime raciste ? crime rituel ? crime religieux ? règlement de compte personnel ? Difficile d’enquêter au milieu d’une population qui parle principalement le hongrois……

Extraits :

Cet homme était correct, mais c’était un étranger quand même.

Mais… plus on tient à quelque chose, plus on risque de souffrir.

Si vous rêviez d’un métier prévisible et sans histoire, vous auriez dû devenir comptable. Ou marchand de légumes.

La douleur, la peur et même le simple embarras réduisaient bien des gens au silence.

Le violet symbolise le pouvoir, le pouvoir qu’on a sur autrui, un pouvoir ténébreux.

Il détestait les sociétés secrètes sous toutes leurs formes. Elles conféraient à leurs membres un pouvoir dont ils abusaient presque toujours.

Un lien naturel unissait ceux qui partageaient des racines et des souvenirs similaires, et surtout l’espoir complexe de construire une vie nouvelle dans un autre pays.

ils portaient le deuil de leurs certitudes, d’un passé et de lieux familiers, en oubliant parfois que ceux-ci étaient associés à des moments douloureux.

Certains parlent du passé comme s’il était toujours avec eux, comme un vêtement invisible. D’autres semblent vouloir s’en défaire, ne jamais regarder en arrière.

« Personne ne peut changer le passé, disait-il. L’avenir, si. Tout ce qu’on fait le façonne d’une manière ou d’une autre. »

Vivre le présent signifiait enterrer tout cela au fond de soi et sceller la porte, comme pour une cave où on ne voudrait plus jamais pénétrer. L’entrée cachée à dessein par un meuble placé devant.

En général, la magie associée aux bougies est bénéfique, censée apporter la paix, la santé, la guérison, ce genre de choses. Pas un fichu meurtre !
— Néanmoins, vous dites que le violet représente le pouvoir ?
— Oui. Ou la capacité d’agir, l’efficacité.

Une demi-vérité est le pire des mensonges, parfois.

Les malades veulent votre aide, pas votre pitié, disait-elle. Par conséquent, vous devez être aussi fort que possible, et aussi plein d’énergie et de bon sens que possible !

Être chrétien, ça dépend de ce qu’on fait, pas d’où on vient

Le soutien émotionnel était une chose délicate, insaisissable. Un mot maladroit, une fausse note d’encouragement pouvait soudain ressembler à une marque de condescendance, ou trahir un manque de compréhension de sa part, et effacer tout ce qu’elle avait pu dire de positif avant.

Le tétanos peut s’attraper par des plaies, même petites, expliqua-t-elle. Si tu dois soigner une blessure qui a été causée par un morceau de ferraille, assure-toi qu’elle saigne avant de recoudre. Assez pour évacuer le sang qui a été en contact avec le métal.

vous devez vous tourner vers le passé et examiner les souvenirs qui vous font peur. Quand vous les verrez, ils perdront le pouvoir qu’ils exercent sur vous.

Les vieilles plaies peuvent rester à vif. Se remettre à saigner si on arrache les bandages.

Article : La série des enquêtes de William Monk

Guez, Olivier «La disparition de Josef Mengele» RL2017

Auteur : Basé à Paris depuis 2009, après avoir vécu Berlin, Londres, Bruxelles et Managua, il travaille régulièrement pour plusieurs grands médias internationnaux dont le New York Times, Le Monde, Frankfurter Allgemeine Zeitung, Le Figaro Magazine, L’Express, Le Point, Politique Internationale, Der Freitag, Der Tages Anzeiger, Das Magazin et Il Foglio.
Il a par ailleurs collaboré à Foreign Policy édition française, L’Arche, Transfuges, L’Histoire, Books, Le Meilleur des Mondes, Cicero, die Jüdische Allgemeine en Allemagne, Le Temps en Suisse, Gazeta Wyborcza en Pologne.
Entre 2000 et 2005, il fut reporter au service service Economie Internationale de la Tribune. Enquêtes et reportages sur l’Europe centrale, l’Amérique latine, le Moyen-Orient, l’Union européenne, la géopolitique du pétrole.
Précédemment, il a travaillé à Bruxelles pour Libération et effectué des reportages en Amérique latine, en Europe et au Moyen-Orient.
Auteur de plusieurs essais (La Grande Alliance. De la Tchétchénie à l’Irak, un nouvel ordre mondial 2003 – L’Impossible Retour. Une histoire des Juifs en Allemagne depuis 1945 2007 – La Chute du mur 2009 – American Spleen. Un voyage d’Olivier Guez au cœur du déclin américain 2012 – Éloge de l’esquive 2014 ) et de deux romans : « Les Révolutions de Jacques Koskas », éditions Belfond, 2014, 331 p. et La Disparition de Josef Mengele, éditions Grasset et Fasquelle, 2017, 240 p.

Prix Renaudot 2017

Résumé : Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

Mon avis : Ce livre complète des livres j’ai déjà chroniqués : le 5ème tome des enquêtes de la Série Bernhard Gunther (Bernie) de Kerr, Philip « Une douce flamme » (2010) et le livre de Vuillard, Eric « L’ordre du jour » (2017). Un livre sur celui qui représente le mal absolu. Cet homme inhumain avait-il une part d’humanité ? Le portrait par l’auteur Mengele révèle un être plein de contradictions (mains de travailleur manuel et ongles impeccables – être délicat mais capable des pires choses). Mengele est un nazi asservi à Hitler, obéissant aux ordres, ambitieux, dénué de compassion et qui ne s’intéresse qu’à lui. A la fin de la guerre, il va tenter de se créer une nouvelle identité , une nouvelle vie mais il ne connaitra jamais de repos, traqué par le Mossad en premier lieu puis par le célebre chasseur de nazis, Simon Wiesenthal qui contribuera a créer le mythe du meurtrier insaisissable. Si il n’a pas été rattrapé par un procès, il est loin d’avoir vécu la vie idyllique à laquelle il aspirait, toujours aux aguets et terrorisé par la perspective d’être reconnu et/ou trahi..
Le point de départ de la disparition sera le labyrinthe portègne (des habitants de Buenos-Aires). Lors de la fuite de Mengele on croisera/évoquera d’autres nazis (Eichmann, Herbert Cukurs,  « le bourreau de Riga »..) .. et on va parcourir d’autres pays d’Amérique du Sud qui ont été des refuges pour les criminels nazis (Argentine avec entre autres un petit tour aussi par une partie de la Patagonie qui est devenue un vrai petit coin allemand ( Bariloche, lacs Nahuel Huapi et Moreno )Paraguay, Brésil …) On y découvre L’Argentine de Perón, qui pense que « L’Allemagne et l’Italie défaites, l’Argentine va prendre leur relève et Perón réussir là où Mussolini et Hitler ont échoué : les Soviétiques et les Américains ne tarderont pas à s’anéantir à coups de bombes atomiques. » jusqu’à l’accession au pouvoir d’Aramburu.
Un roman (une biographie ?) de la fin de Mengele, passionnante, extrêmement documentée. Un style fluide qui nous fait pénétrer le cerveau du médecin chef d’Auschwitz, connu sous le nom de « Lange de la mort ». Vie sinistre, personnage sinistre qui n’aura jamais ni regrets ni remords, n’aura de pitié que pour lui et trouvera toujours son action totalement justifiée par sa loyauté à la nation allemande et au Fuhrer..
Le plus incroyable est le soutien de sa famille, par peur des représailles et du qu’en dira-t-on..
Un livre à lire, extrêmement instructif qui donne froid dans le dos.

Faut-il lire « la Disparition de Josef Mengele », d’Olivier Guez ? –> Ecoutez

Extraits :

Ne jamais s’abandonner à un sentiment humain. La pitié est une faiblesse

Gardien de la pureté de la race et alchimiste de l’homme nouveau : une formidable carrière universitaire et la reconnaissance du Reich victorieux le guettaient après guerre.

À son entrée dans la SS, en 1938, il a refusé de se faire tatouer son numéro de matricule sous l’aisselle ou sur la poitrine comme l’exigeait le règlement

Longtemps, l’ingénieur de la race aryenne s’est demandé quelle était l’origine de son mystérieux nom. Mengele, cela sonne comme une sorte de gâteau de Noël ou d’arachnide velue.

À Buenos Aires voisinent palais et taudis, le théâtre Colón et les bordels de La Boca.

Seul le péronisme surpassera l’individualisme et le collectivisme. C’est un catéchisme simple et populaire qui offre un compromis inédit entre le corps et l’âme, le monastère et le supermarché.

en Argentine, terre de fuyards grande comme l’Inde, le passé n’existe pas

Le volcan Hitler hypnotise les masses : l’Histoire devient théâtre, la volonté triomphe, et comme dans Tempête sur le mont Blanc et L’Ivresse blanche, les films avec Leni Riefenstahl que Perón découvre à l’occasion de son pèlerinage allemand, le courage et la mort fraternisent. La lave hitlérienne détruira tout sur son passage.

Perón ouvre les portes de son pays à des milliers et des milliers de nazis, de fascistes et de collabos ; des soldats, des ingénieurs, des scientifiques, des techniciens et des médecins ; des criminels de guerre invités à doter l’Argentine de barrages, de missiles et de centrales nucléaires, à la transformer en superpuissance.

À la fin des années 1940, Buenos Aires est devenue la capitale des rebuts de l’ordre noir déchu.

« Le châtiment correspond à la faute : être privé de tout plaisir de vivre, être porté au plus haut degré de dégoût de la vie. » KIERKEGAARD

Quel pays en ce bas monde punit ses plus zélés serviteurs et ses meilleurs patriotes ? L’Allemagne d’Adenauer, c’est un ogre qui dévore ses enfants. Nous y passerons tous, les uns après les autres, pauvres de nous…

S’il méprisait les Argentins, il honnit les Brésiliens, métis d’Indiens, d’Africains et d’Européens, peuple antéchrist pour un théoricien fanatique de la race, et regrette l’abolition de l’esclavage.

Le métissage est une malédiction, la cause du déclin de toute culture.

Mengele, maniaque, éprouve un dégoût pathologique pour la saleté

Il avait eu le courage d’éliminer la maladie en éliminant les malades, le système l’y encourageait, ses lois l’autorisaient, le meurtre était une entreprise d’État.

En travaillant main dans la main à Auschwitz, industries, banques et organismes gouvernementaux en ont tiré des profits exorbitants ; lui qui ne s’est pas enrichi d’un pfennig doit payer seul l’addition

« J’ai obéi aux ordres parce que j’aimais l’Allemagne et que telle était la politique de son Führer. De notre Führer : légalement et moralement, je devais remplir ma mission.

la conscience est une instance malade, inventée par des êtres morbides afin d’entraver l’action et de paralyser l’acteur

Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s’étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s’éclipse et des hommes reviennent propager le mal.

 

INFO : Hanté par la mort et les camps nazis, Tinguely a composé son Mengele – danse macabre voir : https://www.myswitzerland.com/fr-ch/mengele-totentanz.html

https://www.youtube.com/watch?v=DKdTF77RoxU

 

 

 

 

Beaton M.C. « Série Agatha Raisin enquête »

Auteur: Née en 1936 à Glasgow, Marion Chesney alias M.C. Beaton a été libraire et journaliste avant de devenir un des auteurs de best-sellers les plus lus de Grande-Bretagne avec ses deux séries de romans policiers : Hamish MacBeth et surtout Agatha Raisin (plus de 15 millions d’exemplaires vendus dans le monde). Ses romans de type romances sont quant à eux publiés sous les pseudonymes d’Ann Fairfax, Jennie Tremaine, Helen Crampton, Charlotte Ward et Sarah Chester.
Agatha Raisin, c’est une Miss Marple d’aujourd’hui. Une quinqua qui n’a pas froid aux yeux, fume comme un pompier et boit sec. Sans scrupule, pugnace, à la fois exaspérante et attendrissante, elle vous fera mourir de rire !
« L’Agatha Raisin de M.C. Beaton est un véritable trésor national. » The Times

« Série Agatha Raisin enquête » (résumé, mon  avis et extraits de la série dans cet article)
   – Tome 1 : La quiche fatale – La vengeance est un plat qui se mange chaud (2016)
   – Tome 2 : Remède de cheval – Quand le chat n’est pas là, le véto trinque (2016)
   – Tome 3 : Pas de pot pour la jardinière – Qui s’y frotte s’y pique (2016)
   – Tome 4 : Randonnée mortelle – Danger ! Terrain miné ! (2016)
   – Tome 5 : Pour le meilleur et pour le pire – Parlez ou taisez-vous à jamais (2017)
   – Tome 6 : Vacances tous risques – Bons baisers de Chypre

Avis global sur la série : Un grand merci à Marie-France et à Albin – Michel qui m’ont permis de recevoir les tomes 5 et 6. Et comme j’aime commencer par le début, j’ai donc lu toute la série. Les épisodes de la série télévisée sont sympas mais loin d’égaler les livres ; déjà les personnages ne correspondent pas du tout à l’idée que je m’en fais en lisant les livres ! Plein d’humour et d’esprit, les tribulations d’Agatha dans les Costwolds vaut son pesant de cacahuètes ! Le moins qu’on puisse dire c’est que la paisible campagne anglaise avec ces jolis petits villages est loin d’être un havre de tranquillité…

01 – La quiche fatale – La vengeance est un plat qui se mange chaud (2016)

Résumé : Sur un coup de tête, Agatha Raisin décide de quitter Londres pour gouter aux délices d’une retraite anticipée dans un paisible village des Costwolds, où elle ne tarde pas à s’ennuyer ferme. Afficher ses talents de cordon-bleu au concours de cuisine de la paroisse devrait forcément la rendre populaire. Mais à la première bouchée de sa superbe quiche, l’arbitre de la compétition s’effondre et Agatha doit révéler l’amère vérité : elle a acheté la quiche fatale chez un traiteur. Pour se disculper, une seule solution : mettre la main à la pâte et démasquer elle-même l’assassin.

Mon avis : Agatha débarque dans le village et coté intégration, cela ne va pas comme sur des roulettes ! Pour être le centre du monde, comme à son habitude lorsqu’elle habitait Londres, elle va inventer un stratagème qui va la tourner en ridicule … de plus cela va la mettre dans un sacré pétrin. C’est enlevé, trépidant et rigolo ! S’intégrer dans un petit village où l‘on est considéré comme étranger   si on est pas natif du coin est loin d’être évident… Quand en plus elle se met à enquêter …

Extraits :

Elle parvenait à ses fins en incarnant à elle seule les deux personnages du numéro « gentil flic-méchant flic », usant tantôt d’intimidation, tantôt de cajolerie avec ses interlocuteurs.

elle était vêtue d’une robe Laura Ashley qui rappela à Agatha les couvre-lits de ses chambres.

Comme Londres sentait bon le béton mouillé, les vapeurs d’essence et de gasoil, les détritus, le café chaud, les fruits et le poisson, toutes ces odeurs si chères et familières à Agatha !

un gentleman maigre et âgé qu’on aurait dit sorti d’une histoire de fantômes de l’ère édouardienne, propriétaire d’un domaine sur la colline surplombant le village.

Mais en matière de conversation, Agatha n’était habituée qu’à trois registres : autoritaire avec ses employés, insistant avec les médias, onctueux avec ses clients.

elle désirait plus que tout faire partie intégrante de cet univers de vieilles traditions anglaises, synonymes de beauté et de sécurité, et pourtant elle restait en dehors, spectatrice. Mais au fond, se demanda-t-elle, avait-elle jamais vraiment fait partie intégrante de quelque chose, à part le monde éphémère des relations publiques ?

On croisait partout des jeunes femmes poussant leurs bébés ou leurs enfants en bas âge dans des landaus et des poussettes, comme on appelle ces chars que les mères envoient avec aplomb dans les jambes de ceux qui n’ont pas d’enfants.

Londres, qui, encore récemment, l’enveloppait tel un manteau bigarré, lui semblait maintenant une suite à n’en plus finir de rues solitaires remplies d’inconnus.

tu sais pourquoi tous les Basques s’appellent Albert ? Parce qu’Albert est basque, ma poulette !

Il y a des gens dont la personnalité ne s’exprime pas dans la décoration intérieure. Pour ça, il faut être attaché à son foyer.

une fois à la retraite, votre cerveau, habituellement si actif, n’a plus rien que des futilités à se mettre sous la dent. Dans quelques mois, croyez-moi, vous vous serez adaptée et vous vous investirez dans de bonnes actions.

Les vieilles maisons craquent et soupirent quand elles se préparent pour la nuit.

Je vous ai apporté une bouillotte, parce que quand on a eu une grosse frayeur, tous les radiateurs du monde n’arrivent pas à vous réchauffer.

 

02 – Remède de cheval – Quand le chat n’est pas là, le véto trinque (2016)

 Résumé : Après la pluie, le beau temps ! Agatha Raisin est désormais bien installée dans son cottage de Carsely en compagnie de ses deux chats. Cerise sur le pudding, le nouveau vétérinaire du village ne semble pas insensible à ses charmes.

Quand le beau véto succombe à une injection de tranquillisant destinée à un cheval rétif, la police locale conclut à un malencontreux accident. Mais pour Agatha, dont le flair a permis de résoudre l’affaire de La Quiche fatale, il s’agit bien d’un meurtre. À l’étonnement de tous, le séduisant colonel James Lacey partage pour une fois l’avis de son entreprenante voisine. Et nos deux détectives-amateurs se lancent dans une enquête bien plus périlleuse qu’ils ne l’imaginaient…

Mon avis : Agatha s’ennuie de Londres et envisage d’y retourner our remonter une société ; mais entre-temps elle est toujours dans son cottage et… elle tombe amoureuse de son voisin ; inutile de préciser que sa façon de draguer fait plutôt fuir sa pauvre victime ! Et en plus elle se retrouve l’heureuse propriétaire d’un chat ! Hilarant ! Une fois encore, Agatha va se mettre en danger et se mettre les habitants du village à dos en imaginant qu’un décès accidentel est en réalité un meurtre… Elle va remettre le couvert et se mettre à enquêter… Une fois encore la police locale tente de lui faire comprendre qu’il faut laisser faire la police… Je me suis bien amusée.

Extraits :

Elle décida que ses retrouvailles avec son chat lui apportaient un grand réconfort, puis se demanda si elle en était réduite au statut de dame de la campagne, condamnée à s’extasier sur son animal domestique.

un épais brouillard était descendu sur le village, un brouillard glacial qui étouffait tous les bruits et transformait les buissons en agresseurs prêts à bondir.

Mais la salle d’attente d’un vétérinaire est un endroit singulier où, rongé d’inquiétude pour son animal de compagnie, le plus brave des hommes – ou la plus brave des femmes – devient un être timoré.

Les propriétaires terriens n’ont plus aucune intimité de nos jours ! Quand c’est pas des fouineurs de votre espèce, c’est ces damnés d’écologistes qui parcourent mes terres avec leur sac sur le dos en mangeant des barres de céréales diététiques et en pétant. Vous savez ce qui détruit la couche d’ozone ? C’est les toqués de la diététique, qui bouffent leurs immondes barres complètes aux noix et qui lâchent leurs pets partout dans la nature. Ils émettent des tas de gaz nocifs. Faudrait les abattre.

il était difficile d’imaginer que, de nos jours, on enterrait encore les morts dans de vieux cimetières jouxtant les églises.

Tous les vieux cimetières d’Angleterre n’étaient-ils pas pleins à craquer depuis la fin du dix-neuvième siècle ?

Les gens sont devenus tellement intransigeants avec les fumeurs.
– C’est du puritanisme. Qui est-ce qui a dit, déjà, que si les puritains étaient opposés aux combats d’ours et de chiens, ce n’était pas à cause des souffrances qu’ils infligeaient aux ours, mais du plaisir que la foule y prenait ?

Agatha entendit presque ses rêves s’écrouler autour d’elle, morceau par morceau.

Elle marcha donc à ses côtés, le pas lourd et furieux, en l’écoutant s’extasier sur les plantes et les fleurs. Elle avait obscurément conscience qu’elle était jalouse du paysage et qu’elle aurait aimé être l’objet de certains de ses transports.

– Vous êtes pardonné.
– Je ne cherchais pas à me faire pardonner, juste à m’expliquer.
– Alors pourquoi avoir dit que vous étiez désolé ? »

 

03 – Pas de pot pour la jardinière – Qui s’y frotte s’y pique (2016)

Résumé : De retour dans les Cotswolds après de longues vacances, Agatha Raisin découvre que son voisin James Lacey, objet de tous ses fantasmes, est tombé sous le charme d’une nouvelle venue au village. Aussi élégante qu’amusante, Mary Fortune est une jardinière hors pair, et la journée portes ouvertes des jardins de Carsely s’annonce déjà comme son triomphe. Mais une Agatha Raisin ne s’incline pas avant d’avoir combattu (quitte à se livrer à l’une de ces petites supercheries peu reluisantes dont elle a le secret) !

C’est alors que la belle Mary est retrouvée morte, enfoncée tête la première dans un de ses grands pots de fleurs. De toute évidence, Agatha n’était pas la seule à souhaiter la disparition de sa rivale…

Mon avis : Toujours aussi marrante et impossible notre Agatha… La voici qui se lance dans le jardinage pour couper l’herbe sous les pieds à la nouvelle venue, qu’elle découvre installée et très proche de son voisin à son retour de vacances… Gagner le concours de la meilleure tarte, gagner celui du plus beau jardin, quand on ne sait si cuisiner ni jardiner… ne peut se faire sans petits dommages collatéraux.. Du coup les personnes qui ont la main verte sont visées par un malfaiteur qui détruit leurs plus belles fleurs, et qui finira par faucher une belle plante à deux pieds ! Et c’est reparti sur les traces du meurtrier pour Agatha… J’aime décidément beaucoup cet humour et la description de la vie dans ces petits villages « so british »

Extraits :

elle se faisait l’effet de n’être ni plus ni moins que la vieille fille du village ; il ne lui manquait même pas les chats.

“Peut-être que Mrs Raisin est comme une sorte de vautour, et que tant qu’elle n’est pas au village, rien de mal ne peut arriver.”

Elle fait tout comme il faut et elle est fort gentille avec tout le monde, mais elle est froide comme un glaçon. Comme si elle faisait semblant.

Voyons, fit la voix de la logique dans sa tête, la vendeuse ne pensait pas à toi. – Oh, que si ! hurla sa sensibilité meurtrie.

elle avait l’intention de manger jusqu’à n’en plus pouvoir. Sa silhouette pouvait attendre.

Or il y avait chez la nouvelle Agatha Raisin quelque chose qui était capable de se tendre vers la moindre manifestation de chaleur, comme une plante brûlée par le gel se tend vers le soleil, si bien que petit à petit, elle se mit à lui répondre avec une égale amabilité.

Le printemps était si mauvais qu’on avait du mal à croire qu’une plante puisse fleurir sous la pluie cinglante et les rafales de vent froid.

Elle se demanda vaguement ce que le fait de ne porter qu’une seule couleur révélait sur la psychologie d’une femme.

Peut-être qu’elle se méfiait parce que les nappes de la salle de restaurant étaient roses, de même que les serviettes, songea-t-elle. Les restaurants qui optaient pour des nappes roses avaient toujours quelque chose de suspect.

les étoiles scintillaient, froides et lointaines, à mille lieues de la détresse éprouvée par une petite dame d’âge mûr qui croyait avoir non seulement fichu en l’air la soirée, mais aussi réduit à néant ses espoirs d’amour.

celui qui est en proie à une obsession n’est jamais rassasié.

Quand on ne s’est encore jamais occupé de jardinage, quelle contribution peut-on apporter à une conversation qui consiste en un va-et-vient constant d’un nombre époustouflant de noms latins ?

« M’est avis que ça ne serait jamais arrivé dans le temps. Dans le temps, y avait pas d’étrangers qui venaient habiter au village. »

Mais à Londres, songea-t-elle, toutes ces années que j’y ai vécues, je ne savais pas me faire des amis. Mon seul ami, c’était mon travail. Aujourd’hui, j’essaie de tirer le meilleur parti des gens qui m’entourent.

Et puis elle a du charme, et le charme nous empêche toujours de voir au-delà des apparences. »

Elle s’en alla, le pas aussi raide que celui d’un chat indigné.

Elle éprouvait de nouveau cette sensation bien connue de regarder la vie en spectatrice.

il se sentait isolé au milieu de l’habituelle gentillesse des gens du coin, cette gentillesse si particulière que l’on rencontre dans les villages et qui ne va jamais plus loin que la surface.

c’est le genre de gars qui, quand il a son diplôme de justesse, si encore il l’obtient, tient le capitalisme pour responsable de ses mauvais résultats. Qui, ensuite, n’arrive pas à trouver du travail et refuse de croire que se présenter à un entretien d’embauche avec un jean déchiré et des manières de malappris soit la cause de son échec.

Plus une fille est brillante, plus elle est sexuellement naïve. En entrant à la fac, elle s’imagine que le fait de se mettre avec un homme est un signe de féminisme, d’affranchissement, et sans s’en rendre compte elle va petit à petit financer toutes ses dépenses, laver ses chaussettes et préparer ses repas : elle devient encore plus dépendante que sa propre mère ne l’était. Tout ça, c’est une histoire de sexe.

 

04 – Randonnée mortelle – Danger ! Terrain miné ! (2016)

Résumé : Après un séjour de six mois à Londres, Agatha retrouve enfin ses chères Cotswolds – et le non moins cher James Lacey. Même si le retour au bercail de son entreprenante voisine ne donne pas l’impression d’enthousiasmer particulièrement le célibataire le plus convoité de Carsely. Heureusement, Agatha est très vite happée par son sport favori : la résolution d’affaires criminelles. Comme le meurtre d’une certaine Jessica, qui militait pour le droit de passage de son club de randonneurs dans les propriétés privées des environs. Les pistes ne manquent pas : plusieurs membres du club et quelques propriétaires terriens avaient peut-être de bonnes raisons de souhaiter sa disparition. Mais la piste d’un tueur se perd aussi facilement que la tête ou… la vie !

Mon avis :

Ce n’est pas mon préféré. En effet il y a moins de place pour les habitants du village et j’ai trouvé moins dépaysant. Mais c’est toujours un plaisir et la vie amoureuse d’Agatha est me semble-t-il sur le point de se corser…

Extraits :

Personne ne disait plus « misérable » de nos jours. Mais « défavorisé », ou quelque chose de ce genre, comme si changer de mot pouvait effacer la tristesse, la violence et le désespoir. Les bien-pensants alimenteraient toujours les commérages sur la pauvreté de ces quartiers, mais personne n’y mourait de faim, à part quelques vieux retraités mal armés pour réclamer les aides qui leur étaient dues. C’était davantage une pauvreté de l’âme qui sévissait là-bas, quand l’imagination ne se nourrit plus que de vidéos violentes, de boisson et de drogues.

Tout ce que je dis, c’est pour ton bien.
– Pourquoi les gens qui vous disent que tout ça, c’est pour votre bien, en profitent-ils toujours pour glisser une petite saloperie ?

pourquoi lorsque quelqu’un dit quelque chose de cruel ou de blessant, il essaye toujours de se protéger en disant : “Ce n’était qu’une plaisanterie. Vous n’aimez pas les plaisanteries ?”

Il y a des êtres ainsi faits, qui se fichent en fait pas mal de l’environnement, des baleines ou de quoi que ce soit, mais se servent de la défense de ces causes pour accaparer le pouvoir.

Il avait entendu parler de ce genre d’homme, mais n’avait encore jamais rencontré des types comme lui : prétendant avoir des vues progressistes et en fait, ayant les mêmes idées que le plouc américain de base.

Ce n’est pas facile d’apprécier la campagne quand on ne l’aperçoit qu’à travers des arbres et des champs défilant derrière un pare-brise.

Si la route du cœur d’un homme passe par son estomac, je n’ai aucune chance.

Vous savez, j’ai rêvé de lui si longtemps que j’ai réalisé tout à coup qu’il ne pouvait pas être au niveau de mon rêve et de mes attentes. J’étais déconnectée de la réalité.

 

05 – Pour le meilleur et pour le pire – Parlez ou taisez-vous à jamais (2017)

 Résumé : Incroyable mais vrai  : James Lacey, le célibataire le plus convoité des Cotswolds, a cédé au charme de sa voisine, la pétillante quinqua Agatha Raisin  !
Hélas, le conte de fées est de courte durée  : au moment où les tourtereaux s’apprêtent à dire «  oui  », Jimmy, l’ex-mari d’Agatha, surgit en pleine cérémonie… Furieux de découvrir que sa future femme est déjà unie à un autre, James abandonne Agatha, désespérée, au pied de l’autel.
Le lendemain, Jimmy est retrouvé mort au fond d’un fossé. Suspect n°1, le couple Agatha-James se reforme le temps d’une enquête pour laver leur réputation et faire la lumière sur cette affaire.

Mon avis :

Elle s’en voit de toutes les couleurs notre pauvre amoureuse ! On ne peut pas dire qu’elle a bien choisi les hommes de sa vie ! Elle a bien réussi sa vie professionnelle mais pour le reste c’est une autre histoire. Son passé la rattrape et c’est pas du gâteau … Elle a le chic pour s’attirer les ennuis, en voulant se persuader que ce qui l’ennuie n’existe pas… Je l’aime de plus en plus !

Extraits :

Non seulement l’amour lui mettait un bandeau sur les yeux mais, comme elle n’avait jamais pu laisser quelqu’un s’approcher d’elle, elle pensait que cette absence de communication était peut-être normale.

il se demandait comment le potager du restaurant pouvait produire des petits pois surgelés d’un vert aussi vif.

Je ne suis pas de ces gens qui sont intarissables sur leur “ressenti”, et je n’en vois pas l’intérêt.

Les femmes manquant d’estime d’elles-mêmes, avait-elle lu récemment, aimaient souvent des hommes incapables de rendre l’amour et l’affection qu’on leur témoignait.

Les morts ont un aspect différent quand l’esprit s’est envolé.

Toujours pleine d’espoir, elle gobait toutes les promesses des publicités jusqu’au moment où elle essayait le produit.

C’est un homme très particulier. Je crois qu’il a dans l’esprit des petits compartiments rigoureusement étanches

Elle avait le sentiment que si le vent dissipait brumes et brouillards, elle se sentirait mieux. L’automne semblait s’insinuer jusque dans son cerveau, avec son obscurité, ses feuilles mortes et le spectre menaçant de la décrépitude et de la vieillesse.

On était toujours dans le pays de George Orwell, où les gens ont de mauvaises dents ou pas de dents du tout.

Les fées du logis naissaient ainsi, elles ne le devenaient pas. Pour être une bonne femme d’intérieur, il fallait un talent à part, comme pour être ballerine ou chanteuse d’opéra.

C’est un sacré boulot d’avoir un certain âge, pensa sombrement Agatha, et ce sera encore pire quand je serai vieille, entre les pets, l’incontinence, les dents et les cheveux qui se font la malle. Oh là là, je voudrais être morte ! Et sur cette pensée réjouissante, elle redescendit.

L’ambition est une drogue puissante, tu sais. J’ai cravaché sans arrêt. Je ne me suis jamais vraiment arrêtée pour regarder en arrière

06 – Vacances tous risques – Bons baisers de Chypre

 Résumé : God damned ! Voilà que James Lacey, le charmant voisin d’Agatha Raisin, a disparu ! Renonçant à lui passer la bague au doigt, comme il le lui avait promis. C’est mal connaître Agatha. Délaissant son village des Cotswolds pour Chypre, où James et elle avaient prévu de célébrer leur lune de miel, elle part sur les traces de l’élu de son cœur, bien décidée à lui remettre la main dessus ! Mais à peine l’a-t-elle retrouvé, pas le temps de s’expliquer : une touriste britannique est tuée sous leurs yeux. Fidèle à sa réputation, Agatha se lance dans l’enquête, quitte à laisser filer James, las de ses excentricités…

Mon avis : Sympa ce « guide touristique » des endroits à visiter à Chypre ! Si le personnage d’Agatha devient de plus en plus attachant car elle dévoile de plus en plus ses fêlures et qu’elle me touche avec sa volonté de croire au grand amour, j’ai regretté l’ambiance britannique du petit village anglais, les coutumes typiquement campagnardes. Décidemment les hommes qui l’entourent sont des mufles ! Mais j’ai apprécié la description des britanniques en vacances, du besoin de faire un groupe et les petites phrases assassines. Bref, j’espère que la prochaine enquête se déroulera à nouveau sur sol britannique et je me réjouis de la retrouver !

Extraits :

« Pensez-vous vraiment avoir pris la bonne décision ? Je veux dire, les hommes n’aiment pas beaucoup qu’on les traque.
– Et comment fait-on alors pour en trouver un ? »

Les touristes britanniques, quant à eux, étaient immédiatement identifiables à leurs vêtements, leurs visages pâles et contrits, et cet air un peu irrésolu des Anglais à l’étranger.

On aime à penser que Famagouste est le cadre des actes II à V de l’Othello de Shakespeare.

Pourquoi tiens-tu autant à cette andouille, à ce poisson froid ? murmurait une voix à son oreille.

On sentait des odeurs de pin, et les cigales bavardaient en échangeant leurs petits bruits de scie.

La foule les suivait, véritable tour de Babel de commérages.

On aime les touristes par ici, et en particulier les Britanniques, même quand ils nous connaissent mieux. Dieu seul sait pourquoi ! Il y a aussi beaucoup d’expats britanniques et même de plus en plus chaque année. Les Chypriotes turcs sont si occupés à faire des reproches aux Turcs du continent qu’ils risquent de se réveiller un jour dépassés en nombre par de vieux Anglais arthritiques vivant sur leur pension.

Elle se rappela brusquement une collègue mariée de sa période londonienne qui lui avait raconté à quel point elle détestait aller dîner chez des gens avec son mari. Elle craignait l’autopsie de la soirée qui l’attendait systématiquement de retour à la maison. « Pourquoi as-tu dit ça ? Tu as vu la tête de machin quand tu as dit ça ? Tu n’aurais pas pu trouver quelque chose de mieux à te mettre ? Avec tout ce que tu dépenses en vêtements ! »

Maintenant qu’elle avait un homme dans sa vie, tous ces modèles anciens refaisaient surface. Il faut dire aussi que les hommes naissent avec une capacité incroyable à pousser les femmes à se sentir coupables de tout.

La nuit est encore jeune et nous ne le sommes plus.

Donnez-m’en une aussi.
– Vous n’en achetez jamais vous-même ?
– Non. Cela signifierait admettre que je suis un fumeur. Cela dit, les fumeurs sont généralement on ne peut plus pressés d’offrir leurs clopes. Comme ça, ils font un nouvel accro.

Les gens qui ont mauvais caractère semblent toujours avoir plus de poids.

– Vous n’avez pas de cœur !
– Peut-être, mais j’ai l’esprit pratique. »

– Donc vous avez attendu votre chevalier blanc sur son blanc destrier, et tout ce qui vous reste, c’est l’odeur du crottin ?