Jahn, Ryan David «La tendresse de l’assassin» (06.2016)

Jahn, Ryan David «La tendresse de l’assassin» (06.2016)

Auteur : Ryan David Jahn, né en 1979 en Arizona, est un écrivain et scénariste américain.

Il a déjà publié plusieurs romans chez Actes Sud : De bons voisins (2012), Emergency 911 (2013), Le Dernier Lendemain (2014) et La Tendresse de l’assassin (2016). Dark Hours, et The Breakout, ne sont pas encore traduits

Résumé : Andrew était encore un nourrisson quand sa mère fut froidement abattue sous ses yeux à Dallas, en 1964. Pourtant, il se souvient avec une précision déconcertante de ce jour fatidique – l’intrusion d’un homme dans la maison, les coups de feu, les corps de sa mère et de son amant gisant sur le sol –, et l’identité de l’assassin ne fait pour lui aucun doute.

Vingt-six ans plus tard, l’heure de la vengeance a sonné. S’il veut tirer un trait sur son passé, Andrew n’a pas le choix, il doit retrouver et éliminer le responsable de ce drame : son propre père, Harry, ex-tueur à gages, désormais libraire à Louisville, remarié et vivant sous un patronyme d’emprunt.

Mais l’irruption d’un privé menaçant de révéler sa véritable identité et celle d’Andrew va mettre en péril cette nouvelle vie chèrement acquise, et contraindre Harry à sortir de sa retraite pour faire taire le maître chanteur.

Acceptant de faire équipe avec son fils et de l’initier au métier de tueur, Harry est loin de se douter qu’il s’engage avec Andrew dans un jeu à la vie à la mort.

Mon avis : On ne peut pas tuer ce qui n‘existe plus, il faut lui rendre sa forme première, le faire revivre pour ensuite pouvoir s’en débarrasser. Pour exister, faut-il « tuer le père » ? Un père et un fils liés par le sang, le sang des morts. Un homme qui a passé plus de 25 ans à se reconstruire en faisant table-rase de son passé est replongé brutalement dans l’ambiance de sa jeunesse : comment va-t-il réagir ? Emotions ou Intellect ? Equation mathématique ou pulsions humaines ? Un livre psychologique sur les motivations des tueurs, sur les circonstances de la vie qui vous poussent à touer ou pas… J’ai aimé aussi les dialogues intérieurs des personnages. Très prenant et suspense jusqu’au bout. Quelles sont les priorités dans la vie ? Rattraper les erreurs passées ? vivre le présent ? Faire ce qu’on estime bon pour soi ? Faire ce que les autres attendent de vous ? La haine est-elle plus importante que l’amour ? Peut-on vivre avec son passé ? L’homme peut-il changer sur le fond ? passionnant !

C’est le troisième livre que je lis de cet auteur et j’aime beaucoup. Je viens de voir qu’il m’en reste un. Je me réjouis d’avance.

Extraits :

son passé était une bibliothèque dont des rayons entiers étaient garnis de volumes vierges. Lorsqu’on en prenait un pour le feuilleter, il ne comportait que des pages blanches du début à la fin.

Ce n’était pas dans les eaux troubles du passé qu’il trouverait la clarté

Le pourquoi tenait à une sensation au creux de son estomac, quelque chose qui s’apparentait à de l’angoisse sans en être, et il ne pouvait pas lui répondre ça.

Au bout d’un moment, le monde finit par se réduire à la boîte dans laquelle on vit, au point que rien de ce qui y est extérieur n’a d’importance et que si la boîte vient à être détruite, on préfère disparaître avec elle plutôt que se hasarder au-dehors.

Peut-être était-ce pour ça que les capitaines coulaient avec leur navire. La mort était plus attrayante que l’inconnu. Car au moins, elle apportait la paix au lieu d’un étrange sentiment d’égarement total, à la fois intime et généralisé

Tel un bâtiment historique, il était là depuis toujours et par conséquent, il faisait partie du décor. Quand un objet demeure assez longtemps au même endroit, on cesse de le voir

une chance d’être en sécurité n’est-elle pas préférable à la certitude de plonger ?

Les fêlures s’étaient depuis consolidées, mais elles attestaient toujours le trauma qu’il s’était infligé.

Il appréhendait depuis la douleur et le deuil d’une manière qui lui était auparavant étrangère, et cette compréhension s’accompagnait d’une empathie dont il était jusqu’alors dénué.

On parle de surmonter le chagrin, mais il n’en est rien. Même une fois les morceaux recollés, les fêlures continuent à vous lanciner. Vous apprenez simplement à vivre avec.

Une part de lui aurait souhaité oublier, effacer cette vie-là de sa mémoire.

Mais le reste de son être voulait préserver le passé.

Il avait toujours méprisé les gens qui entretenaient leur souffrance, la cultivaient année après année, rien que pour se repaître de ses fruits amers – il les tenait pour des faibles –, de sorte que l’idée d’être des leurs était étrange.

On ne s’accroche pas à une pierre pour éviter de se noyer, et il n’est de pierre aussi lourde qu’un amour défunt.

En réalité, il était plongé en lui-même. Ça se voyait à son expression, l’air absent d’une personne indifférente au monde alentour, errant de par les vastes espaces intérieurs du fol univers miniature qu’est la conscience.

Il avait beau avoir conscience que c’était inutile, ça ne changeait pas le cours de ses pensées. Elles suivaient la direction qui leur plaisait, prenaient la forme qui leur convenait.

ils auraient l’un ou l’autre pu engager la conversation, mais aucun n’en prit l’initiative avant un long moment. Seul s’étirait entre eux le silence.

Tout ce dont il a envie, c’est de se replier sur lui-même comme une chaise de camping et de dormir pendant six mois ou un an.

Il ignore comment il se forcera à aller de l’avant une fois qu’il aura uniquement à se soucier de lui, parce qu’il se fiche de son sort. Il se déteste. Il déteste à la fois ce qu’il est et ce qu’il a été.

Vous ne vous demandez pas pourquoi. Il n’y a pas de pourquoi. Seuls comptent quoi, qui et comment – ce que vous êtes sur le point de faire, à quelle personne et de quelle manière.

On ne crache pas sur ce qu’un autre homme tient pour sacré et, à défaut de croire à la vie éternelle ou en Dieu, Harry croit à l’amour.

Après tout, s’il pouvait se mettre à sa place, c’était parce qu’il était semblable à cet homme

Les gens ne changeaient pas. Ils étaient ce qu’ils étaient, la somme de leurs actes. Parfois – toujours, peut-être –, ils recelaient des contradictions. Des êtres mauvais pouvaient avoir des moments de bonté, de vulnérabilité. Mais ils n’en étaient pas moins mauvais.

Il fut brièvement submergé par une profonde tristesse. L’espace d’un moment, ce fut tout ce qu’il ressentit – rien d’autre. Puis, le sentiment se dissipa avec lenteur, telle la nuit, ne laissant qu’un vide.

Il faut avoir des liens de sang pour haïr quelqu’un à ce point ; les haines familiales sont les plus fortes qui soient, et la sienne ne saurait être plus forte.

il avait l’impression d’être transporté dans le passé, et le passé était une triste contrée. Toute visite était douloureuse et, même si une part de lui aimait cette douleur – du moins, jusque-là –, ce matin, il n’était pas d’humeur.

Il était dur de faire fi du passé quand on n’en avait pas fini avec lui.

La haine, en particulier, était une émotion trop corrosive ; elle vous rongeait de l’intérieur. Inassouvie, elle vous détruisait, elle dévorait votre âme jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien, ou en tout cas rien qui mérite d’être sauvé.

je vais vous apprendre un truc : quand on est au fond du trou, on ne s’en sort pas en creusant.

Tous les jours, des millions de personnes achètent des steaks au rayon boucherie sans même songer que c’est la chair d’un être vivant qu’elles s’apprêtent à manger. Rares sont celles qui abattraient personnellement une vache. Mais en un sens, collectivement, c’est comme si elles avaient elles-mêmes manié le pistolet d’abattage.

Parfois, il regrettait de ne pas mieux se connaître – mais la connaissance de soi pouvait être dangereuse. Ce n’était pas un hasard si la lumière était absente des plus sombres recoins de l’esprit humain.

Il y avait des choses qu’on n’était pas censé voir.

Quelque mauvaise graine avait pris racine et poussait en lui, refermait ses vrilles autour de son cœur et de son esprit, s’emparait complètement de lui.

les gens méritent d’être jugés d’après ce qu’il y a de mieux en eux, pas de pire.

 

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