Alwett, Audrey « Sainte Emmerderesse » (2026) 415 pages
Autrice: Née en 1982 en banlieue parisienne, Audrey Alwett reçoit « une éducation patriarcale, avec une mère maltraitante. Lire des livres sur les enfants maltraités au XIXème, sans toit ni nourriture, [la] rassurait sur [sa] propre condition ». Elle est très tôt attirée par l’écriture. Elle est l’autrice d’une quarantaine de romans et BD
Romans:
Série de romans Magic Charly (Littérature Jeunessse)
Les Poisons de Katharz (2016) – Sainte Emmerderesse (2026)
Editions Héloïse d’Ormesson – 15.01.2026 – 415 pages
Résumé:
Le jour où Suzanne gagne au Loto, elle prend la fuite et achète un manoir en Normandie. Sur le domaine, elle découvre la tombe de sainte Emmerderesse. Avec trois comparses, elle redonne vie à cette sainte aussi puissante qu’insolente et devient son ombre redoutée. Une révolte débridée s’annonce, car la sainte patronne des emmerdes n’épargne personne. Une aventure libératrice, un premier roman jubilatoire !
» Si l’impuissance fut votre lot et que sur vous l’emportèrent les salauds, ce livre vous vengera. »
La narratrice donne le ton. Avec une plume acérée et un style foisonnant, le premier roman d’Audrey Alwett suit quatre personnages qui vont œuvrer main dans la main pour faire renaître de ses cendres une sainte moqueuse, jeune protégée de Madame de Maintenon. Ce quatuor, en apparence mal assorti, est constitué d’un jeune pompier, d’une aide-soignante dévalorisée, d’une autrice lesbienne germano-algérienne, et d’un vieux médecin juif athée. Leurs aventures hautes en couleur embarquent le lecteur dans un coin de Normandie pétri de racisme et d’homophobie, où le retour de sainte Emmerderesse pourrait faire bouger les lignes.
Qui n’a jamais été spolié ? Humilié ? De sa plume savoureuse et piquante, Audrey Alwett signe la revanche des pauvres filles en faisant renaître de ses cendres une sainte malicieuse.
Sainte Emmerderesse est l’aventure folle d’un projet qui échappe à ses créateurs. Impertinent et irrésistible, elle nous invite à un vivre-ensemble joyeux et trépidant. Un premier roman corrosif qui se dévore.
Mon avis: ❤️❤️❤️❤️❤️
Génial ! C’est drôle, enlevé, inventif, original, rocambolesque, savoureux, jubilatoire ! J’ai adoré !
Venez partager avec Suzanne et sa petite bande les joies de la vie à la campagne ! Dans un premier temps elle emménage dans un vieux manoir normand typique, plein de charme du XVIIème siècle qu’elle achète quand elle gagne au loto. Mais ce déménagement n’est de loin pas la fin de ses galères… Certes elle met à distance sa famille – qui est le poison de son existence – mais elle se retrouve seule dans une énorme bâtisse déglinguée avec plus un sous en poche et des voisins pour le moins peu commodes. Son terrain est à la fois utilisé comme décharge et comme terrain de chasse par les locaux… Un peu plus loin, au village, les locaux ne sont pas très ouverts de caractère … racistes et bourrés de préjugés…
La solution pour s’en sortir : une coloc … avec des personnages pour le moins originaux et différents les uns des autres. Par ordre d’arrivée il y aura Jean Machin (ostéopathe de 70 ans en train de divorcer), Diane, de père algérien et lesbienne pour tout arranger (elle a été chassée de chez-elle par un auteur en vogue qui squatte son appartement et lui pique son idée de roman,), et enfin le fils de la boulangère et du chasseur (qui se faire foutre dehors quand son père découvre qu’il est drag-queen) … Comme on peut l’imaginer le cocktail est pour le moins savoureux.. Coloc qui va, au fil des événements, se transformer en association puis en secte…
Et Sainte Emmerderesse dans tout ça ? Eh bien elle a sa pierre tombale enfouie dans le terrain du manoir… Ou plutôt c’est Lucie de Saint-Ange mais elle est connue comme Sainte Emmerderesse. Et en prime la Fontaine-à-Souhaits qui donne le nom à la route qui dessert le manoir est retrouvée sous des gravats : une fontaine bien spéciale qui va être bien utile..
Cette petite équipe est peut-être atypique va vivre bien des aventures. Mais elle a des idées pour s’en sortir et j’ai adoré vibrer en suivant ses efforts pour avancer et se protéger des nuisibles qui vont tout faire pour les détruire.
Elle balance et aborde bien des sujets … le racisme, la maltraitance, l’homophobie, le sexe, l’antisémitisme, la Shoah, la société, la religion, la condition des femmes, le patriarcat, le harcèlement, les superstitions, les arnaques, la famille, la peur du jugement des proches, l’emprise familiale la sexualité, l’église, les sectes…
Et pour me plaire encore davantage, sur les traces de Lucie de Saint-Ange alias Sainte Emmerderesse on va croiser la route de personnages célèbres comme Madame de Maintenon, George Sand… Vous l’aurez compris, Sainte Emmerderesse coche toutes les cases !
Au passage on découvre des tas de Saints improbables… « une sainte Pataude torturée par les chouans », « un saint Greluchon reste également d’actualité, ainsi nommé en référence aux grelots de ces messieurs. Des femmes grattent son sexe priapique pour s’en faire des tisanes à base d’échardes et vaincre leur infertilité, jusqu’à ce que les curés en cachent les effigies ». Et aussi Saint Expédit. C’est un personnage très populaire à la Réunion, qui s’occupe des causes urgentes et désespérées. On l’appelle aussi Ti bon Dié. Les gens lui dressent de petits autels rouges un peu partout sur l’île. De temps en temps, ils les démolissent quand le saint n’exauce pas leurs souhaits, pour lui apprendre la vie, et personne n’y touche. Ça reste là, brisé. Comme ça, tout le monde sait que le saint n’a pas été à la hauteur.
Et à la fin une petite envie de ré-entendre « Misogynie à part » de Brassens
La mienne, à elle seul’, sur tout’s surenchérit
Ell’ relève à la fois des trois catégories
Véritable prodige
Emmerdante, emmerdeuse, emmerderesse itou
Elle passe, ell’ dépasse, elle surpasse tout
Ell’ m’emmerde, vous dis-je
Extraits: ( oui il y en a beaucoup…mais ne les lisez pas tous pour garder l’effet de surprise)
Oscar Wilde : « Chaque saint a un passé et chaque pécheur un avenir. »
Rends-toi compte que c’est pour Louis XIV qu’on inventa la comédie musicale !
– Tu déconnes ?
– Avec Molière et Lully en vedettes ! À l’époque, on parlait de comédies-ballets. Louis XIV, qui n’avait presque jamais ouvert un livre de sa vie, était l’équivalent d’un danseur étoile. C’est lui qui fonda l’Académie de danse. Il portait une vraie passion aux arts de la scène, ce qui est intéressant, car à côté de ça il était totalement inculte.
[… le théâtre forain inventa le karaoké, dit aussi « pièce à écriteaux », où le public chantait le texte pendant que les acteurs le mimaient. Comme la musique était quasiment interdite, un violon entamait quelques couplets d’un air que tout le monde connaissait. Par exemple, Réveillez-vous belle endormie, un tube de l’époque. On déroulait le texte sur scène et le public chantait les paroles écrites sur l’air connu.
À la fois lettrée et savante, sainte Catherine était la patronne des femmes célibataires, elle-même ayant souhaité le rester au point d’en finir martyre. Si la religion avait eu deux sous de logique, sainte Catherine serait devenue la patronne des vieilles filles à chat qui vivent leur meilleure vie, affalées sur les coussins de leur bibliothèque en sirotant des cocktails. Au lieu de quoi, elle devint celle par qui l’on enjoignait aux femmes de trouver un mari avant leurs vingt-cinq ans.
Dire « merde » avec panache est peut-être le plus grand talent du peuple français, au point que même les présidents de la République s’y sont mis.
Gustave Flaubert l’écrivait sans vergogne dans sa correspondance : « Après tout, merde ! Voilà, avec ce grand mot on se console de toutes les misères humaines ; aussi je me plais à le répéter : merde, merde ! » Pierre Perret en rajoutait : « Ce mot est une friandise. Seuls les crétins de haut vol ne l’utilisent jamais. Un mot qui se crie, qui se hurle, qui se susurre, se murmure, se savoure. C’est le mot qui console, dont on a besoin. » Et je crois qu’en effet, c’est ce qui exprime le mieux le ressenti des Français, quand ils décident de jeter leur spleen aux orties.
D’ailleurs, qu’était-ce qu’une emmerderesse ? Une emmerdeuse, assurément, mais en plus raffinée, car le suffixe « -resse » suppose de la noblesse. On le trouve dans enchanteresse, chevaleresse, doctoresse ou vainqueresse. Ça vous impose son rang, un certain pouvoir aussi. On n’emmerde pas une emmerderesse, c’est elle qui vous emmerde.
– Moi, la langue française, je ne la chipote pas du bout des lèvres, je la prends tout entière en bouche.
« L’important, m’avait-il révélé, c’est que la dame vous ait repéré une demi-heure avant que vous ne l’abordiez, sans quoi elle se sent assaillie. » J’avais retenu le conseil, qui me semblait juste. Comme en littérature, le désir dépend de l’attente.
Dumas prétend qu’à quarante ans, on a le visage qu’on mérite. Ce qui est certain, c’est que les émotions finissent par s’y imprimer. Le dégoût, lui, s’inscrit par un pli sous la lèvre inférieure avec des rides aux commissures des lèvres qui descendent vers le bas. Donald Trump a ce pli, Marine Le Pen aussi.
QUE CELUI QUI DÉSIRE
EMMERDER OU SE DÉSEMMERDER
EXAUCE SON VŒU ICI
SOUS LE PATRONAGE DE
SAINTE EMMERDERESSE
Les Coréens ont un mot, le jeong, qui désigne le sentiment d’attachement, le lien qui unit des êtres en un moment précis, après le partage d’une expérience forte. Un pacte tacite est alors conclu entre ces personnes, qui se confèrent par la suite aide et protection.
Facebook fut créé par un homme aux allures de gargouille, pour noter les étudiantes des États-Unis, comme de la bidoche en vitrine.
– Qu’est-ce que c’est que ça, le confessionnal à emmerdes ?
– Une espèce d’armoire qu’on a bricolée avec Gérard. Normalement, il y a deux places. Une pour le confessé, l’autre pour le confesseur.
– Ce qui nous fait beaucoup de fesses, constatai-je.
À l’époque de l’hégémonie romaine sur le bassin méditerranéen, on sanctifiait littéralement les bites en érection. On en accrochait au cou des enfants pour leur porter chance et les protéger par ce symbole de force. Parfois, ces phallus divins éjaculaient. Cette image sacrée de la bite, entretenue notamment par les vestales, était l’un des gages de la sécurité de l’État et avait pour nom Fascinus. C’était une divinité qui repoussait le mauvais œil et nous a donné « fasciner », au sens initial de « jeter un sort ». Comment s’étonner dès lors que certains hommes baptisent leur sexe Robert ou Popol, quand on sait qu’ils ont autrefois eu un dieu-bite ?
Le moment était venu de l’eucharistie, qui, de mon point de vue, est la chose la plus fascinante de la religion catholique, parce qu’elle relève du cannibalisme. Le prêtre y présente le pain et le vin qui deviennent le corps et le sang du Christ, par transsubstantiation1. Après quoi, les fidèles marchent jusqu’à l’autel pour « communier », c’est-à-dire manger le corps du Christ, le prêtre se gardant le sang pour lui. Tout cela forme une cérémonie délicieusement étrange, finalement proche de ce qu’on pouvait reprocher aux sabbats des sorcières.
Sainte Emmerderesse aurait pu naître à n’importe quel siècle. C’est une constante dans l’histoire de l’humanité : lorsque vous vivez votre plus beau moment, il y a toujours quelqu’un pour vous le gâcher.
C’est une constante de l’humanité. On n’a jamais trop besoin de la bousculer pour en réveiller la bête et ses bas instincts, suspendus à elle comme une armée de tiques.
Votre sainte me rappelle saint Expédit. C’est un personnage très populaire à la Réunion, qui s’occupe des causes urgentes et désespérées. On l’appelle aussi Ti bon Dié. Les gens lui dressent de petits autels rouges un peu partout sur l’île. De temps en temps, ils les démolissent quand le saint n’exauce pas leurs souhaits, pour lui apprendre la vie, et personne n’y touche. Ça reste là, brisé. Comme ça, tout le monde sait que le saint n’a pas été à la hauteur.
Les Turcs ont un mot, le keyif, qui désigne une philosophie de vie consistant à se laisser bercer par l’oisiveté. Un genre de carpe diem, sans autre but que de jouir du moment. Le mot vient de l’arabe kief, venu enrichir notre langue par le mot « kiffer ».
J’eus le tort de m’en remettre à saint Procrastin, et de reporter sans cesse cette discussion au lendemain.
– D’un point de vue historique, une religion n’est jamais qu’une secte qui a eu du succès, ripostai-je.
– Les sectes sont dangereuses. Elles manipulent des gens fragiles pour leur extorquer de l’argent et leur imposer des sévices !
– Un peu comme l’Église ? ironisai-je.
– Ne plaisantez pas sur ce sujet. Les sectes tournent mal et vous le savez.
les emmerdes sont une chose qui nous rapproche tous en tant qu’humains
En allemand, nous avons une expression délicieusement mesquine, die Schadenfreude, qui désigne la joie que l’on peut ressentir face aux malheurs d’autrui, surtout si autrui l’a cherché et que c’est bien fait pour sa face. Je passai donc mon mois de janvier à me sentir toute germanique.
« Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille », avait déclaré Jacques Chirac, se posant en président très français.
De même que l’Inuit connaît les mille nuances de la neige, l’Arabe connaît celles de l’amour. De son calame, le calligraphe Lassaâd Metoui a peint dans un recueil Les Cent Noms de l’amour, mais je crois qu’il en existe davantage. Il y a l’Al-Wahl, amour sublime, l’Al-Hiyâm, amour éperdu, l’Al-Shaghaf, amour passion, l’Al-Wajd, amour obsession, l’Al-Najwa, amour brûlure, l’Al-Kholla, amour fusion, l’Al-Hoyam, amour folie, l’Al-Wasab, amour souffrance, et tant d’autres encore…
One Reply to “Alwett, Audrey « Sainte Emmerderesse » (2026) 415 pages”
J’ai adoré aussi et ton commentaire est tellement bien écrit que je n’ai rien à ajouter sauf, ceux qui le peuvent, plongez sur ce livre