Colin, Jérôme « Je suis né dans la tempête » (2026) 288 pages
Auteur : né le 9 novembre 1974 à Flawinne, est un journaliste et romancier belge. Il est journaliste à la RTBF où il anime « Entrez sans frapper » et « Hep Taxi ».
Il est l’auteur de « Éviter les péages » (Allary Éditions, 2015), « Le Champ de bataille » (Allary Éditions, 2018), adapté au théâtre et en cours d’adaptation au cinéma. « Les Dragons »(2023) , « Je suis né dans la tempête » (2026)
Pour écrire « Les Dragons », il a fait une immersion de 4 mois dans un centre de soin psychiatrique pour adolescents âgés entre 12 et 18 ans.
Allard – 20.08.2026 – 288 pages /
Résumé:
« Quand le soleil commence à décliner, nous allons derrière la maison étendre les draps sur la corde. En fin de journée, la lumière bascule et la campagne entière se couvre d’un voile d’or. Tout semble plus doux, plus lent. Presque pardonné. Je me dis : voilà ce qu’il faudrait. Recouvrir en permanence le monde de cette lumière qui berce le sud de l’Italie pendant quelques minutes sur le coup de dix-neuf heures. »
Valério est né le 9 janvier 2007, le même jour que l’iPhone. Il aimerait vivre sa vie d’adolescent mais autour de lui, tout accélère. Sa mère court entre les petits boulots, son père tutoie la mort au volant de son Alfa, son meilleur ami et le quartier de son enfance
se métamorphosent.
Comment habiter humainement un monde devenu trop rapide ?
Au cœur de la tempête, Valério cherchera une zone de repli. Un endroit, ne serait-ce qu’un petit endroit, où la vitesse n’entre pas.
Mon avis : ❤️❤️❤️❤️
J’avais eu le coup de coeur pour « Les dragons » et j’ai à nouveau beaucoup apprécié celui-ci.
C’est un livre qu’il faut lire, surtout si on est en contact avec des jeunes, des enfants, des adolescents. Mais on ne sort pas indemne du tableau que nous présente l’auteur…
9 janvier 2009 : Naissance de Valerio (Pulcino = poussin) et du premier iPhone. On va vite comprendre que la technologie évolue plus rapidement que l’être humain… Et alors que le temps ne se dilate pas, la technologie a mis le turbo et le développement a été très rapide. Enfants et adolescents n’évoluent pas au même rythme que la société qui les entoure et cela crée des dommages psychologiques. On ajoute à cela une vie difficile et des bouleversements comme la pandémie du Covid… et les personnalités se détraquent. Un livre qui s’adresse aux adolescents et à leur famille, qui permet de comprendre la démotivation des jeunes et leur difficulté à grandir en toute sérénité.
Valerio a une enfance difficile: son père décède, sa mère doit cumuler plusieurs emplois pour s’en sortir, il est souvent seul. Le seul lieu où il peut se déconnecter est le Sud de l’Italie, dans les Pouilles, là où ses grands-parents maternels habitent, en contact avec la nature, loin de la technologie. Mais il n’y va que pour quelques jours de vacances et ne parle pas l’italien, même si sa mère est italienne. Malheureusement, le Covid va passer par là…
La nature elle n’accélère pas, elle avance à son rythme, n’est pas bousculée par la notion de vitesse et de délai. Avant il fallait faire vite et bien; maintenant il faut faire vite.
Un livre qui parle de mal-être, d’amitié, de solitude…
J’ai beaucoup apprécié le personnage du professeur remplaçant, Bernard, plein de doutes sur ce qu’il convient de transmettre dans un monde qui bouge. Et qui pointe du doigt le vrai problème : ce n’est pas l’adolescence, c’est le système qui ne s’adapte pas à la souffrance des jeunes dans un monde qui change trop vite, des jeunes qui sont en décalage entre le passé et le présent qui a peine arrivé est déjà dépassé. Il faut du temps pour évoluer, hors ce temps n’existe plus…
Et la réponse à la question «Si tu étais le diable, comment ferais-tu pour détruire les futures générations d’êtres humains ? » est juste frappée au coin du bon sens et tellement anxiogène…
Pour finir sur une note optimiste « La phrase de Bernard me revient : « Je vous souhaite de trouver un endroit, ne fût-ce qu’un petit endroit, où la vitesse n’entre pas. »
Extraits: ( difficile de faire un choix…)
On ne naît pas dans un monde immobile mais dans une époque qui va déjà quelque part. Un fleuve dont on ne verra ni la source ni le delta. Dès la première inspiration, le Courant nous emporte sans s’inquiéter des morts qu’il laissera sur le chemin. Pour lui, tout est mouvement et tout sera mouvement.
Ce jour-là, il y a eu l’iPhone et moi. L’un allait changer le monde. L’autre en payer le prix.
Ce soir-là, j’apprends deux vérités empoisonnées : Qu’il n’y a rien de meilleur que d’accélérer. Et que, pour survivre, il faut aller toujours plus vite afin que les choses qu’on a laissées derrière soi ne nous rattrapent jamais.
ce n’est pas une trahison de rester en vie. C’est juste ce qu’il nous reste à faire. Ceux qui meurent s’en vont. Et apprendre à vivre sans eux est le travail de ceux qui restent. On ne peut pas s’arrêter après la mort. Sinon, elle gagne deux fois.
dans Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand écrit : “Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès. Non ! Non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile.” On cultiverait cette idée de l’inutile. Du non rentable. Du non productif et non monétisable. Tout ce qui n’est pas quantifiable mais fait pourtant de nous des êtres humains : la poésie, l’écoute profonde, la lecture à voix haute. La calligraphie, pourquoi pas ? Ces choses qui, parfois paraissent superflues, mais sont peut-être celles qui nous maintiennent libres dans un monde qui cherche à nous contrôler. »
L’accélération n’est pas un état constant comme la vitesse. C’est une variation qui produit en nous une réponse émotionnelle. Accélérer, c’est aller en intensité. C’est le frisson du décollage ou celui de la fête foraine. C’est aussi le vertige du progrès.
L’accélération, c’est tant de choses à la fois : un changement, une sensation, une émotion, un frisson. Mais surtout, c’est une promesse. Une raison d’espérer. L’accélération nous promet que quelque chose va arriver. Que ce monde qui ne nous rend pas heureux, ou pire nous fait souffrir, va bouger. Et que devant, forcément ça ira mieux.
Nous sommes faits de chair, de mémoire, de fatigue et de silence. Nos émotions ne sont pas instantanées. Le deuil, l’amour, la tristesse, la révolte exigent du temps pour se vivre et se comprendre. Notre quête de sens ne se résout pas à la vitesse du clic.