Kerr, Philip « Prague fatale » (2014)

L’Auteur : Philip Ballantyne Kerr est un auteur écossais, né le 22 février 1956 à Edimbourg (Ecosse). Il a fait ses études de droit à l’université de Birmingham. Il a ensuite travaillé dans la publicité et comme journaliste free-lance, avant de remporter un succès mondial avec sa trilogie située dans le Berlin de la fin des années trente et de l’immédiat après-guerre (Un été de cristal, La Pâle Figure, Un requiem allemand), avec le détective privé Bernie Gunther, également présent dans The One From the Other (2006). Alors qu’il avait annoncé la fin de Gunther après la publication de la trilogie, il lui consacre de nouvelles aventures depuis 2006.

Série Bernhard Gunther (Bernie)

(les trois premiers forment « la trilogie Berlinoise »)

  1. March Violets (1989) L’Été de cristal (en français 1993) – se déroule en 1936
  2. The Pale Criminal (1990) La Pâle Figure (en français 1994) – se déroule en 1938
  3. A German Requiem (1991) Un requiem allemand (en français 1995) – se déroule en 1947-48
  4. The One From the Other (2006) La Mort, entre autres (en français 2009) – se déroule en 1949
  5. A Quiet Flame (2008) Une douce flamme (en français 2010) – se déroule en 1950
  6. If The Dead Rise Not (2009) Hôtel Adlon (en français 2012) – se déroule en 1934 et 1954
  7. Field Grey (2010) Vert-de-gris (en français 2013) – se déroule en 1954
  8. Prague Fatale (2011) Prague fatale (en français 2014) – se déroule en 1941
  9. A Man Without Breath (2013) Les Ombres de Katyn (en français 2015) – se déroule en 1943
  10. The lady from Zagreb (2015) – se déroule en 1942

Résumé : Quand, en septembre 1941, Bernie Gunther revient du front russe, la capitale du Reich a bien changé. Pénurie, rationnement, couvre-feu, crimes… Berlin rime avec misère et terreur. La découverte d’un cadavre sur une voie de chemin de fer puis l’agression d’une jeune femme précipitent Bernie, affecté au département des homicides de la sinistre Kripo, dans de nouvelles enquêtes criminelles. Invité par le général SS Reinhard Heydrich à le rejoindre à Prague pour démasquer un espion infiltré dans son entourage, Bernie est à peine arrivé qu’un des fidèles du Reichsprotektor de Bohême-Moravie est assassiné. Bernie doit trouver le coupable… et vite, s’il veut sauver sa peau.

Mon avis :

Mais depuis le temps que tu me dis de le lire, ce Philip Kerr .. Maintenant je comprends. Tout y est : l’Histoire, le contexte, un personnage intéressant et atypique, une écriture plaisante et le sens de l’humour… et l’intrigue… Je viens de découvrir un « incontournable » Merci Sœurette de m’avoir offert « Prague fatale » car tu sais que j’adore Prague et que tu aimes cette série… Belle découverte ! J’ai donc commencé à découvrir « Bernie » avec le tome 8.. La bonne nouvelle c’est qu’il y en a 7 avant … ; la mauvaise… les heures de lecture ne sont pas extensibles à l’infini… et d’autres après..

Dans une Allemagne nazie, rencontre des grands dignitaires autour d’un meurtre. Bernie, électron libre dans un monde soumis ; un clin d’œil à Agatha Christie aussi… Je n’en dis pas plus ! Lisez ! et je suis sure que vous allez vouloir lire l’avant et l’après…

Extraits :

Pour ma part, je préfère les héros qui entretiennent de bonnes relations de travail avec les dieux plutôt qu’avec les forces titanesques des ténèbres et du chaos. Surtout en Allemagne.

comme l’a fait remarquer un autre fou allemand célèbre, il est difficile de regarder par-dessus le bord de l’abîme sans que l’abîme regarde en vous.

Malgré l’obscurité, je pouvais presque sentir son bronzage. Tandis que nous échangions cigarettes et banalités d’usage, je me demandais si la raison de l’antipathie qu’éprouvaient les Berlinois à l’égard des Américains ne tenait pas moins à Roosevelt et à ses discours antiallemands qu’à leur meilleure santé, leurs meilleurs cheveux, leurs meilleurs vêtements et leur existence également meilleure.

Un nuage passa devant la lune, telle une ombre sur mon âme.

Les flics de Berlin avaient cessé de se comporter comme des êtres humains depuis qu’ils avaient épousé l’Office central de la sécurité du Reich – le RSHA – et rejoint une famille de style gothique incluant la Gestapo, la SS et le SD.

L’un des types portait un veston croisé bleu marine à rayures craie et l’autre un costume trois pièces gris foncé avec une chaîne de montre non moins brillante que ses yeux. Celui aux rayures craie avait une tête pleine de cheveux blonds coupés court, aussi soigneusement disposés que les lignes d’une feuille de papier à lettres ; l’autre était encore plus blond, sauf qu’il les perdait sur le devant, à croire qu’on lui avait épilé le front, à l’instar d’une demoiselle du Moyen Âge sur une de ces peintures à l’huile plutôt insipides

Je m’assis à la table et pris la carte des vins. Les prix me firent le même effet que du gaz moutarde dans les globes oculaires.

Il n’était que trop facile de les imaginer propageant l’infection du nazisme – le bacille en chemise brune de la mort et de la destruction, et le typhus de demain.

en général, être détective consiste à affronter l’ennui et l’énorme frustration de savoir que ce n’est pas toujours comme dans les livres ou les films. D’autres choses doivent avoir lieu pour qu’un événement puisse se produire. Parfois, ce sont des crimes supplémentaires. Parfois, non. Et parfois, il est difficile de distinguer entre les deux – par exemple, quand on adopte une nouvelle loi ou qu’un policier de haut rang est promu. Ça, c’est de la jurisprudence pour vous, style nazi.

Elle avait une silhouette comme une flûte de charmeur de serpent.

C’était un de ces après-midi du début octobre qui vous font croire que l’hiver n’est qu’un mot et qu’il n’y a absolument aucune raison que le soleil cesse de briller

La nappe blanche était aussi raide que la voile d’une goélette gelée

Je préférais son profil. Quand on voyait son profil, ça voulait dire qu’il ne vous regardait pas. Quand il vous regardait, il n’était que trop facile de se sentir la proie sans défense d’une bête féroce. C’était un visage sans expression, derrière lequel s’effectuait un calcul impitoyable.

Le plus souvent, ce sont les ennuis qui viennent me chercher, si bien que je n’ai pas à m’aventurer trop loin. Sur ce plan, j’ai toujours eu de la chance.

un de ces nazis manufacturés faisant penser à de la porcelaine de Meissen non peinte : blafard, froid, dur et à manier avec une extrême prudence

Travailler pour Heydrich, c’était comme faire des risettes à un sale matou tout en cherchant autour de soi le trou de souris le plus proche

Prague à l’automne 1941 offrait l’image d’une couronne d’épines avec des pointes en plus, telle qu’aurait pu la peindre Lucas Cranach. Une ville de flèches d’église, à coup sûr. Même les flèches avaient des flèches plus petites, à la façon de jeunes carottes poussant sur de plus grosses. Ce qui conférait à la vaste capitale de la Bohême quelque chose d’étrangement tranchant et déchiqueté. Où que vous tourniez les yeux, c’était comme voir une hallebarde suisse dans un porte-parapluies. Un sentiment de malaise médiéval accentué par les sculptures omniprésentes.

Le majordome me dévisagea un long moment, plissant les yeux avec une expression de désapprobation muette comme un chat dans une poissonnerie vide

Un mystère, n’est-ce pas ?

— Non, pas vraiment. Des affaires de ce genre, j’en résous sans arrêt. Habituellement dans l’avant-dernier chapitre. J’aime bien garder les dernières pages pour rétablir une sorte de normalité dans le monde.

Ces jours-ci, ma devise est : vivre et laisser vivre, et si nous pouvons apprendre à le faire, alors peut-être que nous serons capables de nous comporter à nouveau comme un pays civilisé. Mais je crains que ce ne soit déjà trop tard.

J’avais déjà vu des hommes boire ainsi, et cela permettait d’expliquer pourquoi nous avions à peu près le même âge, mais avec des cartes différentes sur la figure. La mienne était passable, je suppose, mais la sienne ressemblait au delta du Gange.

Un fragment insaisissable d’une idée réelle lançait des éclairs comme une boîte de poudre de magnésium dans la chambre noire que constituait mon crâne, puis c’était à nouveau les ténèbres. Un bref instant, chaque élément s’illuminait, je comprenais tout, et j’étais sur le point de définir exactement en quoi consistait le problème et où résidait la solution

Pour être courageux, il faut d’abord avoir peur. Fais-moi confiance. Tout le reste n’est que témérité. Et ce n’est pas le courage qui permet de rester en vie, mon ange. C’est la peur.

Il sourit, de son sourire en coupe-papier, et me porta un toast en silence.

Vue du ciel, Berlin continuait à faire bonne figure. La survoler était probablement la meilleure façon de voir la ville, verte et insouciante, un endroit où il faisait bon vivre, comme le vieux Berlin de ma jeunesse. De là-haut, on ne pouvait pas distinguer la corruption et la barbarie.

 

Lien vers la série Bernhard Gunther (Bernie)

 

 

 

 

 

 

Chevalier, Tracy «Prodigieuses créatures» (2010)

L’Auteur : Tracy Chevalier est un écrivain américain habitant Londres depuis 1984 avec son mari et son fils. Elle s’est spécialisée dans les romans historiques.
Tracy Chevalier est née et élevée à Washington, DC, et son père est photographe pour le The Washington Post. Elle étudie à la Bethesda-Chevy Chase High School de Bethesda, dans le Maryland. Après avoir reçu son B.A. en anglais à l’Oberlin College, elle déménage en Angleterre en 1984.

Sa carrière d’écrivaine débute en 1997 avec La Vierge en bleu, mais elle connaît le succès avec La Jeune Fille à la perle, un livre inspiré par le célèbre tableau de Vermeer.  Suivront Le Récital des Anges, La dame à la licorne, L’innocence, Prodigieuses Créatures, La Dernière Fugitive et A l’orée du verger (2016)

Résumé :

«La foudre m’a frappée toute ma vie. Mais une seule fois pour de vrai ».

Dans les années 1810, à Lyme Regis, sur la côte du Dorset battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces « prodigieuses créatures » dont l’existence remet en question toutes les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d’un milieu modeste se heurte aux préjugés de la communauté scientifique, exclusivement composée d’hommes, qui la cantonne dans un rôle de figuration.

Mary Anning trouve heureusement en Elizabeth Philpot une alliée inattendue. Celte vieille fille intelligente et acerbe, fascinée par les fossiles, l’accompagne dans ses explorations. Si leur amitié se double peu à peu d’une rivalité, elle reste, face à l’hostilité générale, leur meilleure arme.

Avec une finesse qui rappelle Jane Austen, Tracy Chevalier raconte, dans Prodigieuses Créatures, l’histoire d’une femme qui, bravant sa condition et sa classe sociale, fait l’une des plus grandes découvertes du XIXe siècle.

 Mon avis : Nous voici au 19ème siècle, en Angleterre avec deux caractères de femmes bien trempés dans un monde machiste. Les deux sont unies par une même passion : les fossiles.. Alors moi je dois dire que j’aime les romans de Tracy Chevalier. Ces histoires de femmes qui luttent et se battent.. Fondées sur la réalité, ces portraits me font toujours vibrer. Romanesque.. certes… Et puis c’est une vraie découvreuse, cette Mary Anning. Allez voir sur Wikipedia.. elle a existé et a découvert les Pterodactyles et autres bestioles…

Extraits :

Le rapetissement physique de notre espace et de notre mobilier reflétait notre propre rétrécissement : après avoir appartenu à un foyer aisé avec plusieurs domestiques et de nombreuses relations sociales, nous n’étions plus qu’une maisonnée réduite avec une seule servante pour faire la cuisine et le ménage, dans une ville comportant beaucoup moins de familles avec qui nouer des liens de sympathie

je demande à Bessy de faire sécher mes draps sur le buisson de romarin, alors qu’elle étend ceux de mes sœurs sur la lavande.

Une activité peu distinguée, salissante et mystérieuse

Les femmes mariées étaient figées comme des flans dans un moule, alors que les vieilles filles comme moi étaient informes et imprévisibles

c’est pas l’intensité avec laquelle on cherche, mais la façon dont une chose peut tout à coup vous paraître différente. Mon regard parcourt un carré de trèfles, et je vois 3, 3, 3, 3, 4, 3, 3. Les quatre feuilles me sautent tout simplement aux yeux

Une vieille fille n’oublie pas.

Londres était son fortifiant. Nous étions toutes trois revigorées par la magie des vieux amis et des modes nouvelles, des réceptions et des mets raffinés, des romans récents pour Margaret et des revues d’histoire naturelle pour moi

D’après Cuvier, il arrive que les espèces animales s’éteignent quand elles n’ont plus la capacité de survivre sur Terre. Cette idée est troublante, car elle laisse entendre que Dieu est resté passif, qu’Il a créé des animaux pour les laisser ensuite mourir sans réagir. Et puis il y a les lord Henley, pour qui la créature est une version primitive du crocodile, un spécimen que Dieu aurait créé avant de le renier. Certains pensent que Dieu a utilisé le Déluge pour débarrasser le monde des animaux dont Il ne voulait pas. Mais ces théories supposent que Dieu peut commettre des erreurs et juger nécessaire de Se corriger. Tu comprends ? Ce type d’idées dérange forcément

Nous deviendrons des fossiles, prisonniers de la plage pour toujours

Je savais que j’aurais dû le croire, puisqu’il enseignait à Oxford, mais ses réponses ne me paraissaient pas suffisantes. C’était comme de prendre un repas et de ne pas manger tout à fait à sa faim

Nous deviendrons des fossiles, prisonniers de la plage pour toujours

Quand il l’a vue jouer avec les galets, il l’a rejointe pour parler « souterrainologie », comme il appelait pour rire la géologie.

Il n’est pas facile de renoncer à quelqu’un, même quand cette personne vous a dit des choses impardonnables

la vie consistait dans l’acquisition de savoirs plutôt que dans l’expression des émotions

Avant d’embarquer sur l’Unity, je m’étais toujours représenté la mer comme une frontière qui me cantonnait sur la terre ferme. Pourtant, à présent, elle devenait une ouverture

Maman aime répéter ce vieux dicton comme quoi un malheur n’arrive jamais seul et qu’il ne pleut jamais sans pleuvoir à torrents. Je ne suis pas d’accord avec elle au sujet du temps. Je suis allée des années et des années sur la plage et il ne pleuvait pas forcément à torrents : il bruinait par intervalles, comme si le ciel hésitait sur ce qu’il devait faire

Elle était comme un fossile qui aurait été nettoyé et mis en valeur pour que tout le monde puisse admirer sa vraie nature

Nous parlons à peine, car nous n’en avons pas besoin. Nous sommes silencieuses ensemble, chacune dans son propre univers, consciente que l’autre est tout près d’elle

 

Slocombe Romain «Avis à mon exécuteur» (2014)

L’auteur : Écrivain, photographe, cinéaste, peintre, illustrateur et traducteur, Romain Slocombe réconcilie depuis plus de trente-cinq ans le roman noir, l’avant-garde artistique et l’univers underground de la contre-culture américaine ou japonaise. Armé de son humour british, il aborde des sujets graves au fil d’intrigues minutieusement documentées. En 2011, son art romanesque est unanimement encensé et Monsieur le Commandant (« Les Affranchis », NiL) rencontre un grand succès critique et populaire : dans une impitoyable exploration de la noirceur de l’âme humaine, ce roman épistolaire fait revivre le Paris littéraire de l’Occupation sous la plume d’un vieil écrivain pétainiste, un antisémite tombé follement amoureux de sa belle-fille juive. Auteur de polars accompli (Mortelle résidence, Première station avant l’abattoir) et spécialiste incontesté de l’imagerie japonaise, Romain Slocombe occupe une place singulière dans le panorama littéraire français, loin du conformisme, dans une parfaite indépendance.

 

Résumé : Parce que la réalité dépasse toujours la fiction, il a fallu attendre Avis à mon exécuteur pour qu’un roman révèle enfin les plus extraordinaires secrets des renseignements soviétiques.

Lundi 10 février 1941, Washington, hôtel Bellevue. Un homme arrivé la veille est retrouvé mort d’une balle dans la tête, une arme près de lui. La police conclut au suicide. Nul ne sait encore que l’inconnu a été l’un des plus importants agents secrets des services de renseignements soviétiques, le témoin des pires conflits politiques du XXe siècle. Un suicide, vraiment ?…

En 1936, Victor rêve encore de la révolution mondiale quand il découvre l’emprise stalinienne sur la révolution en Catalogne – prisons secrètes dignes de l’Inquisition, assassinats de militants soupçonnés de trotskysme, trafics d’œuvres d’art. Malgré lui, il participe à l’élimination d’un transfuge soviétique, mais il est trop tard pour quitter les rangs ; l’époque est à la suspicion et aux purges. Tandis qu’à Moscou, les fonctionnaires du NKVD se défenestrent pour échapper à l’arrestation et aux tortures, Victor doit gagner Paris et honorer une mission : la traque de son meilleur ami et l’assassinat de la femme de celui-ci. En dépit des menaces qui pèsent sur sa propre famille, il refuse de commettre ce dernier crime. Désormais condamné à une exécution officieuse, le chasseur Krebnitsky devient gibier, ne pouvant plus compter que sur sa ruse et son talent de caméléon. Il reste un moment à Paris auprès du fils de Trotsky, sous la protection du gouvernement de Léon Blum, dans l’ombre des nombreux intellectuels français qui chantent les prodiges du socialisme russe. Puis il fuit aux États-Unis, une arme explosive en poche : le document secret prouvant la trahison et le « grand mensonge » de Staline. S’en servir signifie la mort. Pourtant, c’est la seule chance qu’il lui reste de sauver son épouse et son fils…

Vaste fresque au parfum de roman d’espionnage à travers l’Europe de l’Ouest et l’Amérique de la fin des années 1930, inspiré d’événements réels, comme l’affaire Ignace Reiss, Avis à mon exécuteur dénonce les ravages de l’infiltration, la lâcheté des gouvernements occidentaux de l’époque et l’embrigadement des plus grands esprits du XXe siècle : Louis Aragon, Elsa Triolet, Henri Barbusse, Romain Rolland, les Américains Dashiell Hammett et Lillian Hellman et l’Allemand Bertolt Brecht…

Mon avis : Le héros a vraiment existé. De son vrai nom Walter Krivitski (un juif des renseignements de l’armée rouge qui appartient à un groupe de communistes « moraux »). L’auteur a voulu parler des rapports entre un transfuge et son exécuteur. L’homme retrouvé mort est le point de départ véridique ; il est mort avec sa part de mystère car on ne sait pas si il a effectivement traqué son ami ou pas . C’est peut-être ce mystère qui permet de faire de ce témoignage un roman.

C’est une fiction qui raconte la vie et la mort de cet homme et de ses compagnons soviétiques.

La guerre d’Espagne coïncide avec le premier grand procès de Moscou. En 1936, le grands dirigeants bolcheviques sont traduits en justice et racontent. Cela ébranle les convictions et les certitudes des communistes, et surtout les communistes espagnols au moment ou la guerre d’Espagne commencent et on se rend compte que des atrocités se commettent en Espagne comme en Russie.

Le héros travaille dans les services secrets. La terreur règne car les arrestations sont totalement arbitraires. La peur est l’ambiance généralisée dans la vie, la police, l’administration…

Le héros est dans un hôtel et il pense toujours que les pas vont s’arrêter devant sa porte pour l’arrêter. Il y a des charniers à Moscou, des fosses d’exécutés. C’est la vie dans l’angoisse plus que dans la violence.

Alors oui l’auteur écrit un livre puissant, glaçant, documenté. On a l’impression de réel. Mais pour moi c’est plus un document sur l’espionnage et sur un espion en particulier qu’un « roman » d’espionnage ou autre. Ce n’est en aucun cas un polar pour moi mais un livre d’espionnage (ou même sur l’espionnage) ; j’ai eu l’impression de personnages réels et non pas de héros inventés. J’ai lu un remarquable documentaire, sans jamais avoir l’impression de lire un roman ou de l’attacher à un personnage. Il est effectivement parti d’un fait réel mais on n’a pas l’impression qu’il décolle du fait réel. C’est un livre d’ambiance plus que d’action pour moi. Les personnes sont véridiques, peu sympathiques. Et la masse de détails et d’information noie le côté roman pour en faire un livre historique sur la période.

L’interaction Russie/Espagne était déjà présente dans le magnifique roman de Victor del Arbol « toutes les vagues de l’océan » : là j’ai lu un roman avec références historiques mais un VRAI roman. J’ai lu également le livre de Montefiore « Sashenka» avec une héroïne attachante et en toile de fond la période des purges staliniennes. Dans les deux cas j’ai lu des ROMANS et non des documents sur une période de l’histoire. Alors magnifique pour la connaissance mais « inexistant » pour le côté roman…

J’ai eu du mal à le finir… le Stalinisme de surface tel que miroir aux alouettes pour l’Intelligencia européenne décrite dans toute sa cruauté, la description de la machine qui broie tous ses rouages, une immersion dans la NKVD ; l’ancien officier bourreau devient la victime, un récit fondé sur sa vraie vie: insoutenable par moments, la plongée dans l’Histoire, mais pour moi pas une «histoire» mais un documentaire. Et moi, j’ai besoin de ressentir quelque chose pour les personnages.. de l’amour, de l’amitié, de la haine.. là je n’ai rencontré personne…  J’ai parcouru  des références, des noms, des lieux…

 Extraits :

« Si on me trouve suicidé, c’ est que j’ aurai été assassiné. »

« Les cafés étaient fermés, les marchands de fleurs avaient plié bagage et les tramways ne roulaient plus. Je distinguai des silhouettes louches, ombres furtives se glissant le long des immeubles. Les volets fermés respiraient la peur. »

« Après des semaines de ce traitement, l’absence de sommeil émousse les sens, la volonté s’effrite, on ne sait plus distinguer la fiction du réel, et l’interrogé signera n’importe quelle confession afin que tout cela s’arrête et qu’on le laisse tranquille. »

« Au bout d’un certain temps, je remarquai ce qui ressemblait à une vieille enveloppe, sous mon fauteuil.

Elle paraissait chiffonnée et portait la trace de semelles de chaussures. Je me souvins de la nouvelle de Poe, La Lettre volée. Un message vital qui échappe aux perquisitions parce que, au lieu de le cacher, on l’a laissé en évidence, se contentant d’en modifier l’aspect pour lui donner celui d’un bout de papier sans intérêt. »

« J’observais ces militaires de carrière, que je savais de loyaux serviteurs de la révolution et du gouvernement. Ils étaient de toute évidence conscients de leur destin tragique. C’était la raison pour laquelle ils négligeaient de se saluer entre eux. Chacun se savait un prisonnier en puissance, voué à la mort et bénéficiant d’un mince sursis par la grâce du despote qu’ils avaient échoué à renverser. Les chefs de l’Armée rouge jouissaient ce matin-là d’un rayon de soleil et de liberté que la foule des spectateurs, des invités et délégués étrangers prenaient à tort pour la liberté véritable. »

« En moyenne, j’abats entre dix et vingt espions fascistes par jour42. Sans vodka, ce serait plus difficile. Il y a aussi un récipient d’eau de Cologne dont on s’asperge avant de repartir : cela camoufle un peu l’odeur de la poudre et du sang. Mais chez des amis, l’autre soir, leur chien s’est mis à gronder en me regardant, il a fallu qu’ils le retiennent de me sauter dessus. Les bêtes sentent ces choses, n’est-ce pas…

Je frissonnai. Même parfumé à l’eau de Cologne, V. sentait effectivement le meurtre.»

« Personne ne peut arrêter le cours de l’Histoire avec un pistolet… »

 

image : Leszek-Bujnowski

Bussi, Michel « Ne lâche pas ma main » (2013)

Auteur : Michel Bussi a commencé à écrire dans les années 1990. Alors jeune professeur de géographie à l’université de Rouen, il écrit un premier roman, situé à l’époque du Débarquement de Normandie. Ce dernier est refusé par l’ensemble des maisons d’édition. Il écrit quelques nouvelles, s’attelle à l’exercice de l’écriture de scénarios mais sans parvenir à les faire publier. Il attendra dix ans pour que l’idée d’un roman, inspiré d’un voyage à Rome au moment du pic de popularité du Da Vinci Code de Dan Brown, s’impose. Ce succès d’édition international, ainsi que la lecture d’une réédition de Maurice Leblanc pour le centenaire d’Arsène Lupin, le poussent à se lancer dans un travail d’enquêteur. De retour à Rouen, équipé de ses cartes de l’IGN, il noircit des carnets jusqu’à pouvoir proposer, en 2006, un manuscrit intitulé Code Lupin à un éditeur régional et universitaire, les éditions des Falaises. Ce premier roman sera réédité neuf fois.

Plusieurs années seront nécessaires pour que les ouvrages de Michel Bussi, qui paraissent au rythme d’un par an, tel Mourir sur Seine en 2008, ou Nymphéas Noirs en 2011, voient leurs ventes s’envoler. Après une série de récompenses locales, grâce à ses premières éditions en livre de poche, mais surtout grâce à la sortie en rayon polar de son ouvrage maître Un avion sans elle, l’auteur géographe est propulsé sur le devant de la scène.

Une des particularités de son travail est de situer la majorité de ses romans en Normandie. Son roman N’oublier jamais, sorti en mai 2014, met « plus que jamais6 » la Normandie au cœur de son intrigue, tout comme Maman a tort (qui se déroule au Havre), sorti en mai 2015. Son dernier roman cependant, Le temps est assassin, sorti en mai 2016, se déroule en Corse.

Ses romans : Code Lupin (2006) – Omaha crimes /Gravé dans le sable (20067/2014) – Mourir sur Seine (2008) – Sang famille (2009 épuisé) –Nymphéas noirs (2011) – Un avion sans ailes (2012) – Ne lâche pas ma main (2013) – N’oublier jamais (2014) – Maman a tort (2015) – Le temps est assassin (2016) –

Résumé : Soleil, palmiers, eaux turquoise de l’île de La Réunion et un couple amoureux. Cocktail parfait. Pourtant le rêve tourne au cauchemar. La femme disparaît de sa chambre d’hôtel. Son mari, soupçonné du meurtre, s’enfuit en embarquant leur gamine de six ans. Le plan Papangue, équivalent insulaire du plan Epervier, enclenche une course-poursuite vite ponctuée de cadavres, dans un décor prodigieux et au cœur de la population la plus métissée de la planète. Un polar qui cogne comme un verre de punch. A déguster vite, fort et frais.

Mon avis : Une fois n’est pas coutume, mon commentaire sera publié après  les avis des amies qui l’ont lu et me donnent envie de le lire…

Alors me voici … Un joli livre de Bussi. Il est passé en haut de ma pile après le commentaire de Geneviève. Une fois de plus, il est bien difficile de faire impasse sur son passé. Tout accuse Martial quand sa femme disparaît.. Mais au fil des jours, le doute s’installe… Enfin pour moi il y a eu des moments ou j’ai pensé c’est lui, puis j’ai douté.. puis je me suis demandé pourquoi en pensant que c’était lui le coupable.. le suspense est là jusqu’au bout.. L’auteur sème le doute sur la personnalité du coupable idéal, mais aussi sur les personnes de son entourage.. Un petit tour dans le passé des personnes qui sont impliquées, et revoici des interrogations à la pelle.. Un complot ? Mais pourquoi ? Les paysages et les particularités climatiques s’invitent aussi dans la course poursuite.. Un bon conseil de lecture. Je n’ai pas regretté. C’est le 5ème livre que je lis de cet auteur et je dois dire que j’aime beaucoup.

Si vous partez en vacances à la Réunion… à glisser dans la liseuse……

Extraits:

Sans doute un touriste qui croit capturer les vagues avec un appareil photo, comme un pêcheur qui espère prendre un poisson juste en trempant sa canne une seconde.

Pour comprendre la mer, pour capter son rythme, il faut rester immobile. A peine respirer. Les vagues sont comme des écureuils peureux, vous bougez et elles s’enfuient…

Il me dit toujours de faire attention, mais lui, jamais il ne fait attention à moi.

Tout le malheur de l’île résumé dans une bouteille, déclame le créole. Rhum, abrutissement, violence, oisiveté…

« Une île, un monde », proclame le slogan touristique de La Réunion. Pas faux, au fond. Sur quarante kilomètres carrés est rassemblé un échantillon représentatif des inégalités entre les peuples des cinq continents.

On dirait une casse, c’est juste un parking.

Ils se taisent un moment, laissant les cris d’une page de publicité à la télévision meubler le silence dans la case.

Un cerveau genre processeur Intel Core relié à une mémoire d’éléphant genre disque dur de trois téraoctets, uniquement partitionnée pour trier les faits divers

La violence ne naît pas par hasard, il y a toujours un terrain pour la faire pousser.

Les choses ont toujours une bonne raison d’être à leur place. Les choses comme les gens.

Que ce fut juste le hasard et que personne n’y pouvait rien changer. C’est de là que naissent toutes les haines du monde, lieutenant, toutes les guerres, il nous faut trouver des coupables, toujours, à tous les malheurs de l’univers. Même quand il n’y en a pas, notre esprit les invente. Ce n’est sans doute pas facile à admettre quand on est flic, cette idée que l’on a tellement besoin de coupables qu’on finit par les fabriquer.

Quand on est malheureux, on survit en en voulant à la terre entière, ou bien juste à quelqu’un, à quelqu’un sur qui cogner pour aller un peu mieux.

Quand le malheur vous touche, on refuse tous d’admettre qu’il n’y a aucun coupable à punir. Alors pour diminuer ses souffrances, on s’invente une vengeance.

Dans cette situation, la parole d’un père compte autant face aux arguments d’une mère que celle d’un esclave noir face à son contremaître…

Toutes les veines qui relient son cœur aux autres organes se sont brisées net. Comme si sa vie avait d’un coup largué les amarres.

 

Martin-Lugand, Agnès -« Les gens heureux lisent et boivent du café » (2013)

Résumé : Diane perd brusquement son mari et sa fille dans un accident de voiture. Dès lors, tout se fige en elle, à l’exception de son cœur, qui continue de battre. Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Égarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l’existence. C’est peut-être en foulant la terre d’Irlande, où elle s’exile, qu’elle apercevra la lumière au bout du tunnel.

Entre « Le Journal de Bridget Jones » et « Love Story », l’histoire de Diane nous fait passer par toutes les émotions. Impossible de rester insensible au parcours tantôt dramatique tantôt drôle de cette jeune femme à qui la vie a tout donné puis tout repris, et qui n’a pas d’autre choix que de faire avec.

Mon avis : J’ai lu d’une traite ce petit roman et j’ai bien aimé. Pourtant au début je me suis dit … aie aie aie, comme l’amie qui me l’a recommandé… et puis, j’ai continué. Pas de pathos, pas de pleurnicherie… L’écriture est fluide, Diane attachante. L’Irlande est conforme à l’idée qu’on se fait d’elle… froide dehors et chaleureuse dedans. Et les autres personnages idem. Des personnages bien campés, atypiques, qui ont chacun leur histoire, leurs passions. Juste une envie de se laisser couler, puis la volonté de s’en sortir… Une descente suite à un drame, plus envie de rien… puis une reconstruction… mais aussi un livre sur la valeur et l’honnêteté des sentiments, la peur de l’amour et de la souffrance qui en découle, sur l’amitié, sur la lueur au bout du tunnel. Petit roman de vacances sans prétention mais bien sympa… suggéré par une nana qui lit et boit du café… Un peu dans l’esprit des livres de Claudie Gallay (« Seule Venise », « les déferlantes »)

Extraits:

La photo est un art, ce qui requiert un minimum de sensibilité.

Et je sais que …je ne t’aime pas comme il faut. En tout cas, pas encore. Il faut d’abord que je me reconstruise, que je sois forte, que j’aille bien, que je n’aie plus besoin d’aide. Après ça, seulement, je pourrai encore aimer. Entièrement.

Ta vie se résume à fumer, boire et dormir. Votre appartement s’est transformé en sanctuaire. Je n’en peux plus de te voir tous les jours t’enfoncer un peu plus.

Martin-Lugand, Agnès « Entre mes mains le bonheur se faufile » (2014)

Résumé : Depuis l’enfance, Iris a une passion pour la couture. Dessiner des modèles, leur donner vie par la magie du fil et de l’aiguille, voilà ce qui la rend heureuse. Mais ses parents n’ont toujours vu dans ses ambitions qu’un caprice : les chiffons, ce n’est pas « convenable ». Et Iris, la mort dans l’âme, s’est résignée.

Aujourd’hui, la jeune femme étouffe dans son carcan de province, son mari la délaisse, sa vie semble s’être arrêtée. Mais une révélation va pousser Iris à reprendre en main son destin. Dans le tourbillon de Paris, elle va courir le risque de s’ouvrir au monde et faire la rencontre de Marthe, égérie et mentor, troublante et autoritaire…

Portrait d’une femme en quête de son identité, ce roman nous entraîne dans une aventure diabolique dont, comme son héroïne, le lecteur a du mal à se libérer.

 Mon avis : Alors j’avais bien aimé le premier et ce deuxième a eu le même effet. Une bouffée d’air frais. Il faut se faire confiance, croire en ses rêves et ne pas se laisser déstabiliser par les envies des autres. Un livre vite lu, qui m’a bien plu, Les personnages sont mieux campés que dans son premier roman et je sais que c’est une conteuse d’histoires que je vais retrouver avec plaisir. Pas de la grande littérature, mais des petits moments bien délassants. Plus que tout une analyse des caractères et de la manipulation.

 

 Extraits :

Le plus beau vêtement qui puisse habiller une femme, ce sont les bras de l’homme qu’elle aime. Yves Saint Laurent

Pour une des premières fois de ma vie, je regrettais de ne pas avoir la télévision. Je ne la regardais jamais, mais quelque chose me disait que sa compagnie n’aurait pas été de trop durant mes futures soirées en solitaire

J’avais l’impression d’être un rat de laboratoire dont on étudiait le comportement, et je n’y pouvais pas grand-chose.

Il ne lui manquait plus que les grosses charentaises écossaises pour compléter le tableau. J’aurais pu être en jogging et tee-shirt informes, ça aurait eu le même effet : il finit par piquer du nez. Sa tête tomba sur mon épaule. J’étais partagée. Comment lui en vouloir d’être épuisé après sa semaine de boulot à l’hôpital ? Et pourtant, j’attendais qu’il s’occupe un peu de moi, qu’il me pose des questions. Qu’il me remarque ? Ce ne serait pas pour ce week-end

J’ai juste envie de te retrouver, j’ai envie de sentir que tu m’aimes, et de te montrer que je t’aime. Je ne te demande pas la lune ! – Accepte un peu de grandir, nous ne sommes plus un jeune couple. Tu lis trop de romans à l’eau de rose. J’ai un travail qui me prend beaucoup d’énergie et qui ne me permet pas de jouer la sérénade à longueur de temps. Et dis-toi une chose : je fais ça pour nous

Dans mon lit, les yeux braqués vers le plafond, je cherchais le sommeil. Je me tournai et me retournai, fermai les yeux de toutes mes forces, puis les ouvris en grand. J’aurais voulu rembobiner. Je me repassais le film de la soirée. Je m’observais, comme extérieure à mon propre corps, et je voyais une étrangère

Ce fut chacun de son côté que nous nous rendîmes sur les lieux de la soirée. Un couple, deux voitures. Cherchez l’erreur.

Nous traversions de grandes plages de silence, comme si nous n’avions rien à nous dire, ou que le dialogue pouvait nous faire glisser sur une pente dangereuse

 

Astier, Ingrid « Petit éloge de la nuit » (2014)

L’auteur : Ingrid Astier vit à Paris. Révélée par Quai des enfers (prix Paul Féval de la Société des gens de lettres, prix Lafayette, prix Polar en plein cœur, prix Sylvie Turillon), elle poursuit avec ce roman une fresque dédiée à Paris et à la Seine. Elle est la marraine de la brigade fluviale.. Quai des enfers est le premier tome de la Trilogie du fleuve, bâtie autour de Paris et de la Seine. Publié originellement en 2010, dans la Série Noire de Gallimard, ce premier roman a été très bien reçu par la critique. En 2013 sort le deuxième tome, Angle mort, toujours dans la Série Noire. En 2017, Haute Voltige paraît en Série Noire Gallimard

Résumé : «La nuit vit à un rythme singulier : elle a sa propre horloge. Un temps arrêté, suspendu ou étiré, qui ouvre le coffre-fort de la sensation. J’aime cette plongée dans la nuit, cette immersion profonde qui me rappelle l’apnée dans l’océan. Ce livre est le fruit de notes vagabondes, de nuits inspirées, de lectures ou de dialogues croisés. Un livre-labyrinthe, tout en recoins, dédié aux facettes de l’errance nocturne. Du cinéma à Chopin, de Lynch à Turner, en passant par l’érotisme ou l’antigang, je veux que le lecteur referme le livre, hanté par une certitude qu’il fait sienne : Mes nuits sont plus belles que vos jours.»

 

Mon avis : La série « petit éloge » est une petite série que j’aime bien. Et un gros coup de cœur pour ce petit abécédaire de la nuit..

Pêle-mêle de ce qu’évoque la nuit pour elle, le rêve, les angoisses, les démons, les couleurs, les impressions, la musique ; les personnes de la nuit, les astres, des mots inconnus ; nuit intérieure, extérieur nuit…

Un essai ? une réflexion ? des citations… ce petit livre (comme d’autres de la série et qu’on peut prendre par n’importe quel mot) est posé dans la mini bibliothèque des toilettes : les invités ne s’ennuient pas et il remplace avantageusement les BD qui prennent trop de temps…

Venez plonger dans le monde de la nuit pour 2 Euros… et découvrir ce qui se cache derrière les entrées « cathéméral », « chocolat »,  « plénitude », ou Whistler (le peintre)

 

Extraits :

Ciel : »La lecture, comme l’astronomie, est une pratique volontaire de l’enchantement. »

Livres : « Les livres sont l’un des rares endroits où l’on vous écoute. Peut-être à cause du ton, de cette petite musique de nuit. Dans les romans, l’on parle en confidence. L’on murmure à l’oreille du lecteur, conspirateur et confident. »

« « Tuer le rêve, c’est nous tuer nous-mêmes. C’est mutiler notre âme. Le rêve, c’est ce que nous possédons de plus intimement nôtre, de plus impénétrablement, inexpugnablement nôtre. » », ainsi parle Fernando Pessoa.

Carrisi, Donato « La Femme aux fleurs de papier » (2015)

L’auteur : Né en 1973, Donato Carrisi est l’auteur italien de thrillers le plus lu dans le monde. Le Chuchoteur, son premier roman, a été traduit dans vingt pays, a reçu quatre prix littéraires en Italie. Lauréat du prix SNCF du Polar européen et du prix des lecteurs du Livre de Poche dans la catégorie polar, il connaît un immense succès en France aux éditions Calmann-Lévy.
Série Mila Vasquez : Le ChuchoteurL’Ecorchée
Série Marcus et Sandra : Le tribunal des âmes Malefico
Autres romans : La Femme aux fleurs de papierLa Fille dans le brouillard

Résumé : La nuit du 14 au 15 avril 1912, tandis que le Titanic sombrait au beau milieu de son voyage inaugural, un passager descendit dans sa cabine de première classe, revêtit un smoking et remonta sur le pont. Au lieu de chercher à sauver sa peau, il alluma un cigare et attendit la mort.
Le 14 avril 1916, dans les tranchées du mont Fumo, quatre ans jour pour jour après le naufrage du Titanic, un soldat italien est fait prisonnier. À moins qu’il ne révèle son nom et son grade, il sera fusillé le lendemain à l’aube. Jacob Roumann, médecin autrichien, n’a qu’une nuit pour le faire parler. Mais le prisonnier veut diriger l’interrogatoire. Sa vie, décrète-t-il, tient non pas à une, mais à trois questions : «Qui suis-je ? Qui est Guzman ?
Et qui était l’homme qui fumait sur le Titanic ?»
De cet instant se noue entre les deux ennemis une alliance étrange autour d’un mystère qui a traversé le temps et su défier la mort.
Donato Carrisi livre ici un roman dont les personnages ont l’étoffe de héros de légende, des secrets bouleversants et des destins inoubliables.

Mon avis :

Le point de départ du roman est l’histoire véridique d’un homme qui alors que le Titanic coulait, fuma son cigare. La croyance voulut que cet homme, Otto Feüerstein, était un citoyen allemand qui n’a jamais pu se trouver à bord comme il aurait dû, car il est décédé juste avant le départ. Carrisi a voulu lui créer une identité au travers de ce roman, en mélangeant réalité et fiction. Il en a fait un roman d’amour, construit comme un thriller (défi posé par un journaliste) car selon lui une histoire d’amour pour être intéressante doit, comme un thriller avoir une victime et un bourreau. C’est un genre de poème initiatique,qui ne se termine pas trop bien. Pour moi c’est de la poésie et de l’amour. Ce livre met l’accent aussi sur la part d’autodestruction qui habite les hommes ; il parle aussi de la destinée, mais encore et surtout c’est un hymne à l’amour, à la femme. J’ai été très émue par le petit calepin noir du médecin..

Carrisi nous raconte plusieurs histoires, mais il y a un fil rouge. Tout est relié. C’est une histoire qui en appelle une autre, c’est l’amour pour la narration, l’amour pour la femme, l’amour pour le tabac. Les histoires sont là pour s’en servir, pour se raconter, pour faire le lien entre les gens. J’aime la façon dont l’amour arrive, avec son mystère, que ce soit les indices « fleurs de papier » ou le parcours qui passe par la légende des montagnes qui chantent.. J’aime aussi la façon de rendre vibrante et amoureuse la femme par le silence et la fuite… C’est l’éloge de la passion, la poursuite de l’amour, l’amour des histoires, la reconnaissance des conteurs, des passeurs d’histoires.

C’est l’histoire d’un prisonnier… mais de quelle prison ? la prison « avec des barreaux » ou la prison de la vie intime, des sentiments, de l’impression de ne pas être à sa place, de ne pas pouvoir sortir de soi, celle tout simplement de sa propre peur, de sa propre existence… On a beau être en présence des acteurs du roman, on ne sait pas en présence de qui on est… L’homme sans nom… Tout est question d’imagination, à l’image des sensations et des évocations générées par un mégot de cigarette, qui selon d’où il vient envoie des impressions différentes.. C’est le mélange du réel, de l’inventé, du suggéré, du ressenti, de la passion, de l’imaginaire, du souvenir, du passé, du présent, des légendes…

C’est sur la suggestion d’un ami que j’ai lu ce livre. Contrairement à la plupart des gens je ne connaissais pas cet auteur et je n’avais pas les références « polar » de cet écrivain. J’ai découvert un nouveau genre, le « Thriller d’amour » comme le définit l’auteur..

Et comme j’aime les contes initiatiques (  Salman Rushdie, Garcia Marques, Coelho, Hesse ) je n’ai pu qu’aimer… et maintenant je souhaite découvrir les thrillers de cet auteur.. Ca va pas arranger ma pile de lecture…

Extraits :

Parce que, quand on survit à la guerre, la récompense n’est pas d’avoir été épargné mais de rentrer chez soi.

Il avait lu quelque part que, à cause de la pression qu’ils subissent, les soldats ne rêvent pas. La seule façon d’échapper à la réalité est de mourir.

suis fatigué d’être le dernier espoir de tout le monde, ici. Après moi, il ne reste que Dieu. Vous comprenez ma responsabilité ?

Les yeux de l’être qui nous aime nous servent de miroir.

La maîtresse de son père, l’adversaire que sa mère avait assemblée comme une mosaïque avec les souvenirs ramassés dans toute l’Europe,

Nous avons tous besoin d’une passion, ou d’une obsession. Cherche la tienne. Désire-la fort, et fais de ta vie ta raison de vivre.

ce sont les histoires qui donnent de la saveur à la vie.

On ne savait jamais où s’achevait la vérité et où commençait la légende. On pouvait passer au crible chaque phrase, chaque mot, pour obtenir une histoire plausible mais, au bout du compte, peu stimulante. Ou bien on acceptait tout en bloc, comme ça venait. On pouvait se contenter du rôle de spectateur sceptique qui, par pur orgueil, n’accepte pas d’avoir été sous le charme. Ou bien s’abandonner à l’histoire avec son âme d’enfant, jusqu’à en faire partie

Il est en train de mourir, déclara sentencieusement le sergent, qui faisait partie des gens qui ne se contentent pas des impressions, qui ont besoin de donner à la réalité la consistance des mots.

Un instant, le temps s’était arrêté et tous avaient admiré en silence les évolutions du magnifique animal – insensible aux misérables hommes sous lui et à leur guerre inutile. Pendant quelques minutes, les cœurs s’étaient emplis d’une émotion différente. Ce n’était ni de l’envie pour ce vol libre ni du regret. Seulement de la joie

Selon certains, de nuit, par un calme plat, la mer s’agitait sans raison. Sans vent. Peu à peu, elle devenait impétueuse. Toujours selon eux, cet étrange phénomène n’était rien d’autre que la manifestation des âmes inquiètes et maudites des marins morts lors d’affrontements entre pirates qui sortaient soudain de la mer, sous la forme de vagues gigantesques, pour engloutir les navires de passage, sans espoir de salut

Ils rirent longtemps. Entre larmes et sanglots, ils se calmèrent enfin. Quand le fou rire s’épuise, il laisse toujours quelque chose derrière lui, pensa le médecin de guerre. Comme l’orage qui dépose un souvenir frais d’humidité. Ce qui reste d’un fou rire est de la gratitude.

Certains hommes viennent au monde pour réaliser quelque chose, d’autres sont ici pour rappeler au monde à quel point il est agréable de vivre. La seconde catégorie est tout aussi nécessaire que la première

Pourtant, posséder un talent n’est souvent pas suffisant. Il faut aussi une vocation – c’est-à-dire la prédisposition spéciale pour exploiter son talent

Fixer les histoires dans l’encre signifiait les priver de leur propre esprit. En d’autres termes, les laisser se faner.

derrière le masque de la vieillesse se dissimulait une jeune fille. Ses yeux sans âge en étaient la preuve.

Devant un précipice, l’admiration, le vertige et même quelques frissons sont permis, mais pas le doute. Il est bien connu que les précipices soutiennent le doute

On peut tout retirer à un homme – le respect, l’honneur, la dignité –, mais si on tue son rêve, c’en est terminé

Combien de femmes auraient mérité une place dans l’histoire de l’humanité et en ont disparu parce qu’un monde d’hommes a décidé de ne pas leur accorder la même dignité ? Un véritable génocide, si on y réfléchit

Il n’avait jamais cru que les histoires possèdent une morale. Il pensait plutôt que chacun, selon son bon vouloir, y trouvait quelque chose. Il se méfiait de ceux qui racontaient des histoires pour donner des leçons – c’étaient les pires.

J’ai toujours considéré que les rêveurs se divisaient en deux catégories : les conscients et les involontaires

Tout une seule fois. Une fois seulement. Il ne fumait jamais deux fois le même tabac, il ne visitait jamais à nouveau la même montagne. Tout une seule fois. Une fois seulement. Guzman vivrait une seule fois et mourrait une fois seulement. Il aimerait une seule fois, une seule femme.

Dans tous les cas, il pensa qu’il était étrange que les hommes – seules créatures dotées de la conscience du don de la vie – cherchent depuis toujours des façons de s’entretuer

Parce que le pire dans une guerre, pire que la mort, c’est l’habitude de cette mort…

Il y a de la beauté cachée dans toute chose, affirma le docteur. Même la plus horrible.

Elle portait sa grâce comme un vêtement, insouciante de l’effet que cela produisait sur les autres

Je veux savoir ce qu’est l’amour. — Pour quoi faire ? — Pour conquérir le cœur d’une femme. — Tu veux posséder son cœur ? — Non, mon père m’a appris que la possession est le tort le plus grave qu’on puisse causer à une personne aimée. Je veux juste qu’elle me le prête

pour rendre un homme heureux il suffit de lui offrir la possibilité de raconter

L’apparence importe peu, ce qui compte est que l’autre sache chanter, parce que cela signifie qu’il ou elle est en mesure de montrer son amour. Les personnes trop belles n’aiment qu’elles-mêmes

Une musique qui empoisonne le sang – mais un poison qui guérit. Une mélodie qui ait en soi une magie salvatrice, mais en même temps une malédiction. Qui accompagne le geste, une fusion de corps et de sens… En conclusion, une poésie faite non pas de mots mais de notes. — Où vais-je trouver une telle musique ? — En Argentine.

En bon ami, il se contentait de lui administrer une juste dose de réalisme

Parce que, quand on y réfléchit, rien n’est comparable à l’émotion que l’on ressent quand on entend une nouvelle musique. Chaque fois, à la première écoute, c’est comme si elle avait été créée pour nous

Quand soudain elle souriait, c’était comme un soleil inattendu un jour de pluie

Certains matins, le brouillard recouvre tout. Il apparaît et plus rien n’existe, tout part à la dérive, se disperse. Tout. Le brouillard par-dessus les choses. Dans le brouillard la vie se repose.

Même quand on les croit terminées, les histoires continuent en secret. Sans qu’on le sache. Elles s’écoulent comme des fleuves souterrains. Puis, soudain, elles refont surface dans notre vie

il y a des gens qui veulent connaître la vérité, d’autres qui préfèrent l’imaginer. Dans mon cas, la vérité est que tout a une fin, même l’amour. Il est malsain de rester amoureux d’un souvenir

La haine est comme la vapeur, on ne peut pas la retenir, tôt ou tard elle explose, même si certains sont convaincus que ce n’est que de l’eau

Parce que ce qui nuit gravement à la santé des bien-pensants est surtout la liberté des autres.

 

Perry, Anne «La disparue d’Angel Court» (2015)

30ème enquête de Thomas Pitt

Résumé : Londres, 1898. Lorsqu’ échoit au commandant Thomas Pitt la mission de protéger une jeune Espagnole en visite dans la capitale, il ne comprend pas tout suite en quoi ce travail relève de la Special Branch, organe des services secrets britanniques. Jusqu’à ce qu’elle disparaisse au milieu de la nuit dans le quartier d’Angel Court. Sofia, fondatrice d’une nouvelle religion controversée, prêchait des idéaux que certains diraient blasphématoires, et sa vie avait été menacée. Mais Pitt sent qu’il y a une raison plus profonde et plus dangereuse à son enlèvement ; si c’est bien de cela dont il s’agit. Et alors que les ramifications de son enquête s’étendent jusqu’en Espagne, il sait que le temps est compté et que la sécurité de la Nation pourrait être en jeu.

Édition agrémentée d’une préface de l’auteure, d’une carte et d’une bibliographie présentant les épisodes de la série.

Mon avis :  Si l’intrigue, les tenants et les aboutissants de l’enquête sont passionnants, je ne peux que regretter le manque d’implication des personnages secondaires. On y croise certes Charlotte et Lady Vespasia, mais de si loin… Ce qui fait le charme de cette série, ce sont les enquêtes parallèles des proches ; depuis que Pitt est à la Special Branch, c’est de moins en moins le cas et j’espère que cela ne va pas disparaitre…

Mais je dois dire que si je n’étais pas si attachée aux personnages secondaires, je n’aurais pas de critiques à faire. En effet le sujet est bon et le suspense total. Une jeune femme disparait et tout de suite on se pose une question : la disparition est-elle politique ? Pourrait-elle affecter les relations internationales ? Qui est en réalité cette femme ? Que cache-t-elle ? La remise en question du passé, la remise en question des croyances et de la religion, l’importance de la personnalité, la place des femmes, le problème de la dépendance, le poids des fautes et des haines … Tout cela en fait un excellent polar.

 Extraits :

Souvenez-vous des croisades, de l’Inquisition espagnole, de la persécution des cathares et des vaudois, du massacre des huguenots en France.

Son humeur était aussi changeante que les reflets de l’ombre et de la lumière sur l’eau.

L’histoire regorgeait de femmes qui, ayant eu des visions, avaient été profondément convaincues d’être les envoyées de Dieu

Le salut ne peut venir que de l’épanouissement du cœur et de l’âme. Et voilà ce qui effraie tant de gens. Cela change toutes les règles que nous pensions connaître. Il n’y a pas de hiérarchie, sauf dans la capacité à aimer. L’obéissance ne suffit pas, elle n’est qu’un début – un détail, comparé à la compréhension

Mais je ne peux nier ce que je sais être la vérité. Sinon, il ne me resterait plus rien

— Est-il gentil de raconter des mensonges parce que c’est moins dérangeant à entendre ?

Je n’ai pas toujours raison, admit-elle en détournant les yeux. Il y a différentes manières de dire ce qu’on pense. Certaines sont destructrices. D’autres sont maladroites, trop faibles ou trop violentes. Il faut du temps et de la patience pour convaincre les gens de changer.

Trouve-t-on jamais le bon moment de dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas savoir ? Si on attend qu’ils aient envie de l’entendre, il est sûrement trop tard

Les gens effrayés sont dangereux

Soudain, la réalité s’imposa de nouveau à lui, tel un vent froid qui efface des mots tracés dans le sable

Elle a des rêves… sans rêves nous ne sommes rien…

Pour lui, la foi n’était pas une passion, plutôt une présence réconfortante à l’arrière-plan. Chaque village possédait son clocher ou son campanile. C’était un symbole de sécurité à travers les âges, fiable et constant.

En cette fin de siècle, le monde était en crise, déchiré par des troubles sociaux et religieux. Certains remettaient en cause des valeurs respectées depuis le Moyen Âge. Trop de questions demeuraient sans réponses. L’anarchie pointait jusque dans la foi : on ne se demandait plus quel Dieu était le vrai Dieu, mais si Dieu existait vraiment. Ce doute s’ajoutait au malaise croissant qui affectait les systèmes politiques partout en Europe

Elle semblait être le genre de femme qui, quand on la connaissait bien, vous manquait quand elle n’était pas là

Je suis navré si je vous semble sans cœur, mais il y a une limite au nombre de fois où on peut secourir quelqu’un qui s’acharne à se détruire et qui est prêt à vous entraîner dans sa chute.

Il ne sert pas à grand-chose de se lancer dans une campagne pour dire qu’on est d’accord

L’incapacité à aimer était une affliction, non un péché

Il voit ce que son cœur lui dit de voir, que ce soit réel ou non

Je ne suis pas sûr d’aimer beaucoup la religion. Tantôt c’est ennuyeux, tantôt c’est dangereux. Au fond, l’ennui est sûrement préférable

Soit on opte pour la sécurité, soit on prend des risques. Les risques peuvent faire souffrir, mais au moins on a essayé. Et parfois, c’est merveilleux

Elle lui sourit et il eut l’impression que la chaleur revenait dans la pièce

Comment pourrait-il expliquer ce qu’il ne comprend pas

Un froid soudain l’avait envahi, comme si on était en janvier au lieu de mai.

Si on croit en soi, on peut accomplir presque n’importe quoi, et sinon, on n’essaie même pas, alors bien sûr, on échoue.

Et pourtant, un moment non saisi risquait d’être regretté longtemps, et jamais complètement rattrapé

La peur est une chose terrible, Lady Vespasia, une maladie qui se propage comme le feu d’un esprit à l’autre, et qui consume ce qu’il y a de meilleur en nous. Nous cessons d’écouter et nous passons trop vite à l’attaque au lieu de réfléchir.

Si on se protège de la vie, on la perd entièrement, les bons moments comme les mauvais

Tricher en sport est méprisable. C’est une tache sur le caractère d’un homme. Mais tricher lors d’examens déterminants pour sa future carrière, voilà qui est infiniment plus grave. C’est un mensonge qui porte sur l’avenir, sur tous ceux et toutes celles qui ont confiance en vos compétences. C’est une insulte envers ceux qui ont jugé vos connaissances et engagé leur honneur en affirmant que vous possédez les aptitudes nécessaires. Quand on va consulter un médecin, c’est parce qu’une institution l’a déclaré capable de prescrire des médicaments, voire de vous ouvrir l’estomac. Avec un architecte, on croit que la maison qu’il a conçue sera solide. Si on a besoin d’un avocat pour défendre sa vie ou sa liberté, on pense que cet homme est versé en droit, et qu’il peut le faire.

Les règles de la chasse : on ne blesse pas sa proie car un animal blessé est dangereux. Soit on le tue, soit on le laisse tranquille.

Il songea de nouveau à sa mère. Elle avait créé pour lui une sécurité, un temps de bonheur qui n’avait pas été assombri par la peur, parce qu’elle avait placé son bien-être avant le sien propre

Sortez la tête hors des nuages de votre philosophie et voyez la réalité en face

La foi, ce n’est pas que des mots qu’on marmonne le dimanche et qu’on oublie le reste de la semaine. La façon dont on vit reflète ce qu’on croit vraiment, quoi qu’on en dise

La foi est censée donner de l’espoir, non vous éblouir au point que vous ne discernez pas les ténèbres, ni la nécessité de travailler, d’affronter la vérité avec toutes ses joies et ses chagrins.

 

Perry, Anne : Toute la serie des « Charlotte et Thomas Pitt »

 

 

Montefiore, Simon Sebag «Sashenka » (2010)

L’auteur : Né en 1965, Simon Montefiore est l’auteur d’ouvrages salués par la critique et traduits dans quarante langues, parmi lesquels Staline : la cour du tsar rouge (éditions des Syrtes, 2005), prix du Meilleur Livre d’histoire aux British Book Awards 2004, Le Jeune Staline (Calmann-Lévy, 2008), lauréat du Costa Biography Award 2008 et du grand prix de la Biographie politique 2008, mais également Jérusalem (Calmann-Lévy, 2011), récompensé du Jewish Book of the Year Prize, et Sashenka (Belfond, 2010 ; Pocket, 2011). Simon Montefiore vit à Londres.

Résumé :
Des dernières heures de l’empire des Romanov à la Russie post-perestroïka des années quatre-vingt-dix en passant par la terreur stalinienne, la destinée bouleversante d’une héroïne inoubliable. Dans la lignée du Docteur Jivago, une fresque éblouissante, par l’un des plus grands historiens de la Russie.
Saint-Petersbourg, hiver 1916. Devant l’institut Smolny pour jeunes filles, Sashenka Zeitlin, jeune bourgeoise de dix-sept ans, est arrêtée. Dans une Russie tsariste au bord du gouffre, alors que sa mère continue de s’enivrer de fêtes avec Raspoutine et sa clique, Sashenka, elle, a choisi son camp. Celui de la révolution…
Quelque vingt ans plus tard, Sashenka incarne la femme soviétique modèle. Épouse d’un haut cadre du parti, mère comblée de deux enfants, elle va pourtant s’abandonner à une passion torride pour un séduisant écrivain dont les idées vont se révéler dangereusement compromettantes. Jusqu’à mettre en péril la vie de ceux qu’elle aime… et la sienne.
Pendant plus de cinquante ans, son histoire demeurera cachée. Jusqu’à ce qu’une jeune historienne plonge dans les archives du KGB et dévoile le destin d’une femme face à un choix impossible…
Mon avis : J’ai adoré. Sur fond de contexte historique, la fresque sentimentale d’une famille qui traverse la période. De quoi allier connaissance et divertissement. Les personnages sont attachants, la période passionnante… Une fois encore le passé et le devoir de mémoire, l’importance des racines dans la vie. Et l’intérêt des archives. Un bel hommage à la femme militante, à l’amitié, au travail des archivistes et des historiens et la mise en lumière de cette horrible machine que furent les purges staliniennes. Je pense que ceux qui aiment les livres de Ken Follett, de Ildefonso Falcones, les fresques de Rutherfurd (Russka, Londres…) devraient plonger…

Extraits :
Elle avait besoin de nourriture comme le fourneau d’une locomotive a besoin de charbon, et ne rêvait que d’un bain chaud
Il aimait serrer la main de ses prisonniers. C’était un moyen de « prendre leur température » et de montrer ce que le général appelait une main de fer dans un gant de velours

L’Histoire transformera le monde aussi sûrement que le soleil se lève chaque matin

C’était sumerki, ce merveilleux mot qui désigne la tombée de la nuit en été

« Si tu aimes, aime avec fougue ; si tu menaces, fais-le avec passion », avait écrit le poète Tolstoï. C’était tout à fait elle : « Tout ou rien ! »
La beauté qui l’entourait n’était qu’un mensonge. La vérité était sans doute laide, mais elle avait également un certain panache. L’avenir frappait à la porte !

Ne vis pas toujours pour demain, qui n’arrivera peut-être jamais. Qui sait ce que te réserve le Livre de la vie

J’implorerais Dieu si je pensais qu’Il existe, songeait-il, mais s’Il existe, nous ne sommes pour Lui que des vermisseaux dans la poussière.

Ma religion, c’est la réussite. Mon destin ne dépend que de moi.

Il retournait à la vie après une longue période d’hibernation
Soudain, à la lumière, la bibliothèque avait pris vie : des rayonnages en pin de Carélie débordaient de livres. D’autres volumes s’entassaient au milieu de la pièce en piles instables

Et pourtant, caché sous une apparente fadeur docile, son sang frémissait comme un ruisseau bouillonnant d’écume dévale un flanc de montagne sous une épaisse couche de glace

Le lendemain, il faisait plus doux. Le soleil et la lune se regardaient avec suspicion à travers un ciel laiteux

Les trains qui quittent les petites gares de province peuvent paraître tristes même aux moments les plus gais, mais les séparations sont rarement joyeuses

En Russie, il valait mieux ne pas remuer le passé. Ça n’attirait que des ennuis

Mais tel un oiseau de paradis enfermé dans une cage fort laide, la jeune fille n’aspirait qu’à s’échapper, et son père l’avait laissée s’envoler vers d’autres cieux

L’époque stalinienne ! Un signal d’alarme se déclencha dans son esprit. Ça ne se faisait pas de fouiller dans cette période. Comme disait son père : « Ne demande jamais à quelqu’un ce que faisait son grand-père, parce qu’un grand-père en dénonçait forcément un autre.
Katinka adorait l’atmosphère de mystère qui règne dans les bibliothèques. Certains de ses amis trouvaient ennuyeux ces lieux qui sentent le renfermé et dont le silence n’est interrompu que par de rares toussotements, des murmures étouffés et des pages tournées, mais la jeune fille les comparait à des endroits de passage où des inconnus se côtoient pendant quelques heures

C’était l’univers du secret, mais certains détails peuvent réapparaître à la surface

Croyez-moi, mon appui vous sera précieux pour démêler les fils du passé. Ce serait plus simple pour vous d’essayer de décrypter les hiéroglyphes de l’Égypte ancienne que de trouver votre chemin dans ce labyrinthe qu’était le Kremlin de Staline

Que ça vous plaise ou non, vous êtes une historienne russe, vous cherchez des âmes égarées et, dans notre pays, la vérité n’est pas écrite à l’encre, comme ailleurs, mais avec le sang des innocents

Dans le froissement des feuilles de papier, vous entendrez les pleurs des enfants, les trains qui filent vers la Sibérie, l’écho des pas dans les sous-sols, le coup de feu unique des exécutions sommaires. Les dossiers empestent le sang. »

Elle devinait le véritable rat de bibliothèque, le Quasimodo des rayonnages. Dans toutes les archives, on trouve ce genre d’employé dont il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir

Tu dois comprendre que les archives sont un tissu de mensonges et de contrevérités. Il faut lire entre les lignes. »

Nous étions tellement persuadés de ne pas avoir beaucoup de temps devant nous que nous en avons profité autant que possible. Nous nous aimions. Chaque jour était une lune de miel, chaque baiser un cadeau inespéré