Veronesi, Sandro «Chaos calme» (2008)

Auteur : Sandro Veronesi est né en Toscane en 1959 et obtient un diplôme d’architecture à l’Université de Florence, avant de se tourner vers l’écriture. Après une incursion précoce mais sans suite en poésie, il fait ses débuts en tant que romancier. Il a notamment obtenu le Prix Campiello et le Prix Viareggio pour La force du passé, (Plon) et le Prix Strega – équivalent du prix Goncourt italien – 2006 en Italie, puis le Prix Méditerranée et le Prix Femina 2008 en France pour Chaos calme (Grasset), adapté au cinéma avec Nanni Moretti. Suivront Terrain vague (Grasset, 2010), XY (Grasset, 2013), Un coup de téléphone du ciel (Grasset, 2014) et Terres rares (Grasset, 2016).

Résumé : Les gens pensent beaucoup moins à nous qu’on ne le croit. « Je m’appelle Pietro Palladini, j’ai 43 ans et je suis veuf ». C’est ainsi que se présente le héros du nouveau roman de Sandro Veronesi. Un homme en apparence comblé. Il a une excellente position professionnelle, une femme qui l’aime, Lara, et une fille de dix ans. Mais un jour, au moment où son mari sauve la vie d’une inconnue qui se noie, Lara succombe à une crise cardiaque… La vie de Pietro bascule. Sa société de télévision est à la veille de fusionner avec des américains. Désespéré, Pietro se réfugie dans sa voiture garée devant l’école de sa fille. Puis il se promène dans le square en face : il attend qu’une terrible douleur le terrasse… mais rien ne vient. En observant le monde de l’endroit où il s’est enraciné, il découvre peu à peu la face cachée des choses, de ses collègues de travail, des parents d’élèves et de ses proches, tous portant leur propre fardeau. Ils accourent vers lui et devant son calme incompréhensible, les masques tombent. Ainsi son histoire devient immense, elle les englobe tous, elle les guide, elle les inspire. Plein de sagesse, brillant, sceptique, cordial, imprévisible, Pietro est l’homme qui avance à tâtons sur la voie de l’authenticité, avec son intelligence : il avance, il expérimente, il tire des conclusions.

Mon avis : Alors qu’il était en train de sauver une femme de la noyade, la femme de Pietro meurt brutalement. Il reste seul avec sa fille de 11 ans et il culpabilise un maximum de ne pas ressentir la souffrance qu’il devrait éprouver et de voir que la fillette résiste remarquablement bien au choc. Il se transforme en père modèle, toujours présent, prêt à récupérer sa fillette en morceaux… Mais elle ne casse pas … De fait il se fige pour ne pas affronter son deuil et le fait de vivre au jour le jour sans penser au lendemain le protège et l’empêche d’affronter la situation. Il vit dans un « temps suspendu », dans sa voiture ou sur un banc, devant l’école. Dans sa recherche pour donner un sens à sa vie, il décide de tout concentrer sur sa fille et d’une certaine façon, il se déconnecte. Ce livre permet de découvrir la vie d’un coin de rue de Milan ; avec ses habitués qui passent à heure fixes, la fille qui promène son chien, le policier, la maman avec son enfant malade. Même le temps est figé car l’automne est d’une chaleur exceptionnelle et prolonge ainsi les conditions de l’été.

Ce deuil survient alors que son univers professionnel est en pleine mutation. Et finalement il devient le seul point fixe de l’histoire ; Il réduit son univers à sa fille, la place où se dresse son école et en quelques semaines, il se transforme en point d’ancrage de tous les gens qui gravitent autour de lui et qui viennent lui raconter leurs malheurs ; il va découvrir le côté obscur de la vie de personnes qu’il côtoyait professionnellement, il se transforme en confesseur des soucis des autres. Les personnes qui souffrent se confient à lui, persuadées que sa souffrance en fait l’oreille parfaite pour s’épancher. Et lui, qui n’ose pas dire qu’il vit la situation de manière anormale, qu’en fait il ne souffre pas, n’ose pas les détromper. Il culpabilise de se sentir vivant alors que sa femme est morte. C’est un livre ou passé et présent se confondent avec le présent simultané de plusieurs personnes qui se croisent et se recroisent. Il y a aussi dialogue avec la disparue qui lui parle via un disque qui était dans le lecteur cd de sa voiture. Il essaie de mettre de l’ordre dans le chaos (interne et externe) de sa vie en figeant le présent et repoussant le futur. Il bannit toute improvisation et se fond dans la routine pour ne pas avoir à penser, ne pas devoir intellectualiser la vie. Il a trouvé un petit coin tranquille, immuable, qui ne change pas, et cela le rassure, l’enveloppe dans un cocon de stabilité.

Pour vivre un deuil, il faut l’intégrer, le vivre, l’accepter ; ce n’est pas le cas. Il est déconcerté de ne pas ressentir ce qu’il imagine devoir ressentir, ce que la société attend de lui en matière de souffrance. Le livre est constitué de dialogues intérieurs, de listes de souvenirs. Toute la vie passée de cet homme défile ; il se la remémore en faisant des listes. Ce livre aborde les rapports père/fils, frère/frère, Sœur/sœur… Et c’est aussi une remise en question ou Pietro va devoir accepter que ce qui était acquis et immuable dans son passé était en face une idée qu’il s’en faisait et non pas une réalité. Toutes ses certitudes vont être ébranlée et il va devoir remettre de l’ordre dans ce qu’il refuse d’admettre, à tous les temps de la vie.

Et finalement celle qui va mettre fin à ce « chaos calme » ce sera sa fillette, qui va lui demander de recommencer à avancer, à travailler, à faire avancer le temps qui s’était figé. Elle lui permettra de renaitre en remettant le moteur en marche si on peut dire.

Le titre est un oxymore qui exprime l’inconcevable : « chaos calme ». Pietro, fixe dans un monde qui et en plein bouleversement. Et qui souligne que la vie de Pietro est un non-sens total. Architecte de formation, Veronesi construit son roman, examine les fondations des vies et la construction des êtres. J’ai beaucoup aimé et je vais maintenant lire la suite « Terre rares » qui vient de sortir, 8 ans plus tard.

Extraits :

Je ne sais pas ce que c’est, peut-être l’expression de mon visage pendant que je disais cette chose si naturelle, ou tout simplement parce qu’elle est vraie, mais le fait est qu’un élan de compassion douloureuse traverse son visage. Je vais devoir surveiller ce que je dis dorénavant, et ma façon de le dire si je ne veux pas que les gens me prennent en pitié.

et même si ce n’était pas le cas – mais au bout du compte, c’est toujours le cas, il y a toujours un père derrière les satisfactions que les hommes trouvent dans la vie –,

À côtoyer un homme qui voulait se croire Dieu, il a fini par se prendre pour Dieu lui aussi : pas Dieu, peut-être, mais disons, un dieu ; un être qui transforme en juste tout ce qu’il fait.

Je resterai immobile, j’attendrai, je me montrerai, mais je serai comme ces étoiles qui sont déjà mortes et qui pourtant continuent à briller parce qu’elles sont très éloignées.

tout le monde a le droit d’être agressif, me disais-je, et elle s’en prenait à moi parce qu’elle n’avait que moi sous la main.

j’ai toujours essayé de faire du mieux que je pouvais, bien sûr, et dans certains cas, j’ai été obligé de bien faire, sous peine de perdre estime, argent et même affection, mais je n’ai jamais pensé un instant à flirter avec la perfection

il ne faut jamais oublier que le temps ne s’écoule que dans un sens, et que ce qu’on voit en le remontant est trompeur. Le temps n’est pas un palindrome : en partant de la fin et en le parcourant à l’envers dans son entier, il semble prendre d’autres significations, inquiétantes, toujours, et il ne faut pas se laisser impressionner.

VAMNCSH. Vingt Avril Mille Neuf Cent Soixante-Huit. Sa date de naissance.

« Les mauvais rêves ne semblent jamais être des rêves, dis-je. Puis on se réveille et ils s’évanouissent pour toujours. »

Je ne dois pas oublier que je ne suis pas eux. Je dois écouter et observer, détaché. Je dois survoler. Je dois noter les détails, m’acharner sur l’inessentiel, me distraire.

Aucune douleur : je continue à me sentir comme quelqu’un qui est tombé du toit et qui, après s’être relevé indemne, ne cesse de se palper, incrédule

Entre nous deux, il n’y a jamais eu de véritable problème, voilà, et c’est peut-être ça le problème : nous étions trop semblables pour ne pas nous sentir obligés de saisir le moindre prétexte de nous montrer différents ;

Il voudra discuter, objecter. Mieux vaut que j’éteigne mon cerveau.

— Je ne sais pas comment, mais c’est comme si elle avait trouvé un équilibre à elle, absurde, imprévisible, et qu’elle vivait sur cet équilibre, jour après jour, en évitant le problème.

Je ferai attention. Comme si je marchais sur de la neige fraîche.
— C’est tout à fait ça. Voilà comment il faut faire avec elle. Marcher sur la neige fraîche.

l’effort pour soutenir son regard produit instantanément une étrange sensation liquide, comme si toutes les défenses tombaient, que l’instinct de conservation disparaissait devant une passivité mortelle et que soudain l’éventualité d’être, mettons, étendu sur un divan et dévoré vivant sans opposer de résistance, n’était pas si lointaine.

C’est pourquoi, reprend-elle, elle se limitera à nous proposer une brève introduction, et sera ensuite à notre disposition pour – et là, apportant une contribution exemplaire, pavlovienne, à notre soirée, le micro rend l’âme. Il meurt de cette façon péremptoire qu’ont les objets de nous claquer d’un coup entre les doigts, en nous signifiant que cette fois, il ne s’agit pas d’un caprice, d’un défaut auquel on peut remédier en bricolant, ou d’une panne qu’on peut réparer, mais bien du fameux Événement Inéluctable qui tôt ou tard survient pour tout objet en fonctionnement dans notre univers. Une mort, justement : un trépas.

Travailler sur la façon de présenter la mort aux enfants revient à travailler sur la façon dont nous la présentons à nous-mêmes : tout est là.

Ce genre de formulation. Le je me demande est un message hypnotique, il arrive directement à l’inconscient. Je me demande. Nous devons lui montrer toute notre incertitude, toute notre imperfection pour qu’il ne croie pas qu’il n’est pas à la hauteur. L’inconscient de l’enfant, cette splendeur phénoménale qui est en lui, est encore ouvert, à tous les vents, et les sentiments le blessent.

« il faut faire très attention à ce qu’on dit aux enfants car les enfants y croient »

L’école sombre est une masse imposante, romantique. Je ne l’ai jamais vue ainsi : elle a un aspect inutile et désolé, on dirait un jouet cassé comme tout ce qui appartient aux enfants et que les enfants délaissent. Elle tient debout, c’est tout, pur produit de forces vectorielles, comme avalant le temps qui la sépare de sa gloire diurne. Tout semble la soutenir dans son effort silencieux pour arriver à demain : l’absurde tranquillité estivale de cette nuit d’octobre, les arbres, le square, la rue, les immeubles en face, les voitures garées – sur lesquelles règne la C3 blessée que personne ne réclame.

La vérité est que le monde est une balle magique, mon pote, et c’est la seule raison pour laquelle l’eau ne sort pas des océans pendant que la terre tourne.

j’ai mis des sous-vêtements et une chemise propres, un complet gris impeccablement repassé, des chaussures cirées, ma plus belle cravate, et ainsi, en m’appuyant sur ce dont je peux disposer de mieux, j’ai trouvé le courage de continuer. C’était une espèce de leurre, bien sûr, mais ça marchait : l’habit faisait le moine.

Nous étions seuls, le temps qui devait passer et moi.

Il remplit les assiettes : d’abord la mienne, une portion énorme, puis la sienne, une portion énorme. Je sais ce qu’il en est : le culte bien romain de l’abondance, la quantité qui devient qualité. Les Milanais s’en abstiennent : ils y voient de la vulgarité.

hier, devant cet homme, il y avait encore le passé, ligoté et bâillonné, qui lui infligeait ses plaintes sinistres ; et maintenant, il y a l’avenir, et c’était ça la grande machine dont les déménageurs étaient les engrenages : l’avenir, son avenir.

j’avais disparu de la circulation, optant pour la fuite – à l’époque c’était facile, il n’y avait pas de téléphones portables –,

Tu te souviens qui tu écoutais à son âge ?
— Moi ? J’écoutais Pino Daniele.

— Halloween n’est pas la fête des morts.
— C’est la fête des morts, des sorcières et des fantômes.
— C’est Samain, l’ancien jour de l’An celte. Cette fête est un exorcisme contre l’hiver et les famines, et plus tard les Irlandais émigrés en Amérique l’ont combinée avec la légende de la lanterne de citrouille, les masques et les farces.

Ça s’est trouvé comme ça. Il faut aussi faire confiance à la pente que prend le monde, de temps en temps, non ?

La plupart du temps, le seul ordre que nous concevions est la répétition à outrance des mêmes gestes, accomplis de la même façon, au même endroit et à la même heure ; seules des contraintes extérieures nous obligent à changer, mais nous nous adaptons au changement et nous recommençons à nous répéter dans nos nouveaux gestes.

Soudain, l’habitacle s’est resserré comme si mon Audi était devenue une Panda.

il ressemble vraiment à Marlon Brando : mêmes cheveux blancs en bataille, même mélange inhumain de magnétisme animal et de masse corporelle.

Et là, un gallicisme lui échappe, infatto au lieu de infatti, ce qui, pour un espion, pourrait signifier la mort.

le doute angoissant, quotidien de ne pas avoir été assez prudent, ou habile, ou prévoyant, ou rapide,

Pour elle, ça a tout l’air d’être un moment magique, une régression dans cette enfance qu’elle s’apprête à quitter : agir sans penser, éprouver de la joie, des émotions, du plaisir, sans se soucier une minute de l’après : ce serait un crime de le lui gâcher.

Nohant, Gaëlle «La Part des flammes» (03/2015)

Paris : fin du XIXe – (Belle Époque – 1879-1914)

Résumé : Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse rue Jean-Goujon à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers le comptoir n° 4, tenu par la charismatique duchesse d’Alençon. Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité.

Enlèvement, duel, dévotion, La Part des flammes nous plonge dans le Paris de la fin du XIXe au cœur d’une histoire follement romanesque qui allie avec subtilité émotion et gravité.

Mon avis : Des romans comme je les adore ; une belle histoire d’amour et d’amitié, très romantique avec en toile de fond une belle documentation historique sur un événement bien particulier : L’incendie du Bazar de la Charité, terrible incendie qui a ravagé Paris et a bien failli mettre un terme prématuré à l’histoire du cinéma. Les femmes du roman sont de fantastiques personnages et ce sont elles qui sont mise à l’honneur. Les hommes sont peu présents et dans des rôles secondaires. On découvre l’univers des dames patronnesses, les mesquineries, les manœuvres pour détruire et discréditer ses ennemis. La romancière nous fait visiter les hôpitaux et les asiles de l’époque, nous entraine dans le « Grand Monde ». La religion est également remise en question.. Entre les personnes mues par le cœur et celles qui sont poussées par l’amour de l’argent et de la notoriété… Je pense que mon amie qui aime les romans de Dominique Marny devrait bien aimer. Elle se reconnaitra si elle lit cet avis 😉

Extraits :

Si ces vertueuses dames patronnesses ne visaient pas à panser les plaies d’une société foncièrement inégalitaire, elles s’employaient à en apaiser les convulsions et à faire accepter aux pauvres l’injustice de leur destin.

Dans ce monde il n’est pas de bonheur possible. Le croire est une illusion.

Observer son vieux chat, dont le pelage fauve tirait à présent sur le blanc et qui concentrait dans ses yeux toute la sagesse du monde, l’apaisait toujours. Il y avait un charme contenu dans ses yeux d’opale miellée qui s’insinuait en lui et dispersait le venin d’amertume qui accompagne le chagrin.

Elle avait des morceaux brisés dans le cœur, les secouer était douloureux.

Avant de refermer la porte derrière elle, il lui sembla que son portrait, qui lui faisait face, avait en la regardant l’ombre d’un sourire.

Un peu de nostalgie se lisait dans ses yeux bleu pâle, comme si sa mémoire lui mordillait l’épaule pour la forcer à se retourner.

Paris était à la fois un refuge et une prison dont le vacarme incessant l’apaisait étrangement. Ses rues n’étaient jamais les mêmes, joyeuses le matin, vibrantes à la tombée du jour, hantées la nuit par des ombres furtives qui s’évanouissaient au petit jour… Les artères luxueuses irriguaient les venelles mal famées et elle aimait ce contraste, ce mélange de grossier et de raffiné, la régénération permanente du cœur grouillant et sale de Paris.

le vacarme des roues du fiacre sur les pavés peinait à couvrir celui de son cœur emballé.

S’il pleurait dans l’incertitude, que ferait-il si on lui annonçait la mort de sa femme ?

Elle détestait la promiscuité du malheur. Elle redoutait toujours d’y être entraînée malgré elle. Aussi choisissait-elle ses amies riches et bien portantes, recherchant inconsciemment en elles l’égoïsme qui lui garantissait des conversations sans douleur, balisées et artificielles.

Dès le lendemain, la rumeur s’élança dans Paris avec la promptitude d’un poison dans le sang.

J’y ai passé des heures merveilleuses. Je n’y suis jamais retournée de peur d’abîmer mes souvenirs…,

– Je trouve que le courage, c’est plutôt de survivre quand on voudrait mourir…

l’envie de mourir, ce poison de l’âme qui vous abîmait en vous-même quand il eût fallu ouvrir grandes les fenêtres, aérer ces boudoirs poussiéreux, ces alcôves mornes où se déroulait le plus clair d’une vie de femme, et chasser la tristesse par de longues promenades dans la campagne baptisée de rosée.

C’était étrange de rire de nouveau, de secouer la monotonie du chagrin.

Toutes ses douleurs grinçaient ensemble comme un trois-mâts hors d’âge secoué par la tempête, mais son désir était intact et son corps recelait des forces suffisantes pour sauver encore.

peut-être cette manie de chercher des victimes à secourir n’était-elle qu’une manière de continuer à vivre après avoir échoué à sauver la plus précieuse d’entre elles.

Paris avait peur, obnubilé soudain par ces incendies, ces départs de feu qui avaient toujours fait partie des péripéties de la ville, plus ou moins tragiquement.

Tout cela n’était peut-être que le signe d’une candeur provinciale qui croyait encore au pouvoir de la bonne foi.

il flaira sa peur ; c’était comme une aura qui épousait ses mouvements, faisait corps avec lui. Et cette peur de son ennemi réveilla la sienne, par une contagion puissante.

Ce souvenir fit refluer l’angoisse et réveilla sa colère ; il l’accueillit avec reconnaissance, il avait besoin de cette énergie sombre et sanguine.

Elle avait besoin de marcher, de retrouver la pulsation enfiévrée de la ville sous son pas, le concert de protestations des cochers, les coups de sifflet stridents des tramways à impériale, tout ce remue-ménage de vendeurs à la sauvette qui tentaient d’arrêter la foule pressée, les bourgeois amidonnés, les petites dames élégantes traversant pour aller chez leur couturière ou s’engouffrer dans ces nouveaux temples de la consommation qui avaient pour noms le Bon Marché, la Samaritaine ou le Printemps.

Mais cet abri se change parfois en prison dorée…
– Gardons l’abri, alors, et ouvrons grandes les portes de la prison, voulez-vous ?

Son regard l’avait fait fondre comme les rayons d’une aube incendiée réveillent la forêt sous le givre. Ses mots peu à peu s’étaient frayé un chemin entre les ronces qui protégeaient son cœur altier, ouvrant une voie perdue dès l’origine. Des nuits entières elle avait écouté, ravie, le tumulte de ses pensées embrasées par un simple prénom, se repassant comme dans une lanterne magique les images de la genèse de cet amour, car il fallait bien appeler ainsi cette évidence d’avoir été rencontrée, sinon quoi ?

il lui eût fallu comprendre qu’ils étaient liés par l’incendie qui ne les avait pas seulement marqués dans leur chair mais transformés en profondeur, comme un métal change de nature sous l’action de la flamme.

L’automne viendrait, oui. Il fallait s’en réjouir, dans ce printemps qui n’en finissait pas de s’alanguir et vous emplissait d’une insoutenable envie de vivre.

On n’était pas toujours juste dans le chagrin, et la colère qui l’accompagnait étendait un voile rouge qui brouillait les perceptions et vous faisait voir le mal là où il n’était pas.

S’il avait recouvré toute sa fermeté de caractère, il avançait mécaniquement, si profondément désorienté qu’il lui fallait retrouver le sens et la finalité de chaque geste.

La tristesse de sa mort la rongeait toujours mais elle n’était plus compliquée de ressentiment ni d’amertume. C’était un fleuve pacifique qui coulait en elle, charriant les larmes qu’elle n’avait pas versées.

il suffisait d’accepter la réalité et de savourer le confort de cette vie en regardant ailleurs, ce qu’on ne voyait pas ne pouvait blesser. Elle s’était appliquée à regarder ailleurs mais quelque chose en elle avait cassé qui ne se réparait pas.

Complément historique : l’incendie du Bazar de la Charité.

Piacentini, Elena «Le Cimetière des chimères» (2013)

Les polars du Nord – Série : Pierre-Arsène Leoni

Les enquêtes de Léoni : Les enquêtes de Léoni : Un Corse à Lille – Art brut – Vendetta chez les Chtis Carrières noires Le Cimetière des chimères Des forêts et des âmes – Aux vents mauvais (2017)

5ème enquête

Auteur : Elena Piacentini est née en 1969 à Bastia. Elle est la créatrice de Pierre-Arsène Leoni, un Corse, commandant de police à la PJ de Lille, capitale du Nord dans laquelle l’auteure vit aujourd’hui. Dans les enquêtes de ce meneur d’hommes soudé à son équipe, ses amis, sa famille, Elena Piacentini orchestre avec psychologie une humanité hétéroclite et malmenée, entre l’ombre et la lumière. Le Cimetière des chimères est son cinquième roman.

Résumé : Devant la tombe encore ouverte de Franck Bracco – jeune self-made-man en vue – une assemblée de notables, la mère et la compagne du mort se tiennent sous la neige qui recouvre Lille. Des coups de feu retentissent : le rédacteur en chef des Échos du Nord est tué, un ponte de l’immobilier blessé. Leoni et son équipe vont devoir fouiller la couche épaisse des affaires brassées par des hommes qui, en vertu de la tradition de leur caste, avancent en se serrant les coudes… Du moins lorsque tout va bien. Et l’illusion que le monde tourne rond est parfaite pour ceux qui considèrent leurs congénères comme des variables d’ajustement… Mais ce n’est pas le cas du Corse, ni des femmes qui l’entourent dans cette enquête, la légiste de son cœur et mémé Angèle en tête. Au prix de quels sacrifices, offrandes ou hécatombes, chacun des personnages de cette histoire pourra-t-il sauver ce qu’il a de plus cher ? Depuis le cimetière de l’Est, territoire d’un gardien singulier, Leoni se lance dans une traque aux faux-semblants haletante. Ce qui n’apaise pas se propres fantômes… (prix Calibre 47 []et prix Soleil noir 2014)

Mon avis : Alors j’avais bien aimé les précédents mais là, la romancière est passée à la vitesse supérieure. Pas un temps mort ; quand ce n’est pas l’action ou les descriptions imagées et percutantes, c’est l’analyse des personnages et des caractères. Je me suis régalée.

 

Extraits :

Rien n’imprime si vivement quelque chose à notre souvenance  que le désir de l’oublier. Montaigne

À l’étage, une fenêtre lança un couinement bref avant de s’ouvrir en crachant des bribes de peinture écaillée.

Le ciel gris cendre virait lentement au gris plomb. Depuis le matin, déjà, il crachotait de minuscules grains de neige.

Des invitations à dévider les pelotes de l’âme humaine, à marcher sur le fil des grandes salissures, des petites lâchetés, des illusions tranchées.

L’essentiel était là, dans ce geste miraculeusement intact, preuve que ses morts à elle revivaient de ces petits riens.

À son extrémité, une basket en fin de vie dont la semelle baillait à en gober les nuages. Elle reprit :

– Chaque fin de mois, mes parents, ils sont aussi usés que mes godasses.

 

– C’est un grand chat avec une toison grise, presque bleue. Et de grands yeux jaune orangé. Il est de la race des seigneurs.

La femme, elle, semblait pour l’heure imperméable à tout autre sentiment que celui de son propre désespoir.

J’ai tout prévu, vous savez. C’est fait pour ça les mères : prévoir et s’inquiéter de ce qu’elles ont oublié de prévoir.

– Le monde est tel qu’il est, mon ami. Il contient toutes les solutions. Si nous n’en avons qu’une poignée à notre disposition, c’est tout simplement que nous refusons de les voir toutes.

« Ce n’est pas le chemin que tu parcours qui compte, u mio figliolu, c’est comment tu observes ce qui t’entoure à chacun de tes pas. C’est comme ça que tu apprendras à connaître les bons endroits. »

si tu as quelque chose sur le cœur, autant le cracher tout de suite. Et moi, maintenant, je veux savoir parce que, ce que tu n’as pas dit, ça m’empoisonne déjà.

– J’ai l’impression que tu as pitié. Voilà. Et la pitié, c’est pire qu’une gifle !

Les mots furent expulsés dans un souffle, portés par un filet de voix.

C’est pas d’où tu viens qui compte, mais où tu veux aller. Et avec qui.

– Si la compétence était le critère principal d’avancement dans les entreprises, ça se saurait, non ? On y préférera toujours quelqu’un d’obéissant à quelqu’un d’intelligent.

à part des milliers de photos, ce type ne cachait rien d’autre chez lui que du vide et de la solitude.

Les pièges les plus sournois sont souvent ceux que l’on tisse avec le fil de ses propres illusions.

La vie de ce gus était d’une monotonie à faire pâlir de jalousie un moine bouddhiste.

– Je suis corse, pas suisse. Les demi-vérités ne sont rien d’autre que des demi-mensonges.

Quand tu n’es pas là, je suis comme de l’écume perdue dans le vent. Tu es ma vague et mon mouvement.

– Bah, les mots, ça n’est souvent que du bruit pour masquer l’essentiel.

On ne bâtit pas un temple avec des planches pourries au prétexte de le construire plus haut !

 

Clerc-Murgier, Hélène «Abbesses» (2013)

Enquête dans Le Paris du XVIIème siècle

Auteur : Hélène Clerc-Murgier partage son temps entre l’écriture et la musique. Claveciniste de l’ensemble Les Monts du Reuil, elle écrit et interprète des spectacles et a restitué l’opéra-comique Cendrillon et Le Docteur Sangrado, représentés à travers toute la France. « Abbesses » est son premier roman. « La Rue du Bout-du-Monde », son deuxième roman est paru en 2016.

Résumé : Alors que commence la légende noire de Marie de Médicis, exilée au château de Blois, et que la cour et la ville bruissent de troubles et de conspirations, l’auteur d’un crime mystérieux est condamné à être pendu au gibet de Montfaucon. Avant de mourir, le meurtrier livre au lieutenant criminel Jacques Chevassut un message confus où il est question d’une dalle de pierre sous l’abbaye de Montmartre menant à un trésor. L’enquête est d’abord confiée à Pierre Boivin, qui disparaît tout aussi étrangement que sa femme et son enfant, laissant Chevassut seul devant l’énigme. Sur ses talons, nous découvrons le Paris surpeuplé du XVIIe siècle, du tout nouveau Pont-Neuf où se produit Tabarin aux salons feutrés de l’hôtel de Rambouillet. Mais c’est à l’abbaye de Montmartre, construite près d’un temple de Mercure – dieu des alchimistes –, que conduisent toutes les pistes. Pistes où semblent pulluler les adeptes d’un nouveau courant occulte venu d’Allemagne, celui des rose-croix. Pour infiltrer cette société secrète, Chevassut va s’en remettre aux conseils du père Mersenne, le célèbre mathématicien ami de Descartes, et au grand alchimiste, maître Gonin. Quels secrets dissimulent les abbesses de Montmartre ?

Mon avis : Et me voici de retour au Grand Chatelet, mais en compagnie de nouveaux enquêteurs.

J’ai bien aimé ce livre (recommandé par le blog de la Police parisienne (si si !). Un petit tour aussi par la chambre bleue et les salons chers à Louis Fronsac de Jean D’Aillon. J’ai découvert le Montmartre de cet époque, bien loin de ce que j’imaginais. Une bonne intrigue, du suspense, une enquête bien menée, avec ce qu’il faut de doutes et de frayeurs, un petit gout d’alchimie, de bonnes descriptions historiques, une belle documentation sur les instruments de musique (certainement le fait que l’auteur soit musicienne n’est pas étranger à cela). J’espère que Jacques Chevassut reprendra du service car c’est un personnage qui se dessine fort bien dans ce premier roman ! Paris du début du XVIIe siècle, avec sa justice, ses exécutions… Merci à tous les auteurs qui nous font découvrir le Paris de cette époque dans le respect de l’histoire.

Extraits :

Ils sont rares les moments où l’avenir semble se dessiner, ses contours apparaître, incertains mais déjà presque irrémédiables.

la somptueuse place Dauphine qui, construite comme la place Royale sur le modèle italien, avait l’âge du Pont-Neuf. Ses trente-deux doubles maisons en briques roses filigranées de blanc, avec des chaînes de pierres faites en bossages rustiques, s’élevaient sur deux étages surmontés de lucarne à fronton et d’un toit d’ardoise bleue angevine. Le rez-de-chaussée était à arcade pleine. La forme de la place, triangulaire, épousait parfaitement l’aval de l’île de la Cité, et au milieu du côté longeant la rue Harlay, était percée une monumentale arcade qui permettait d’accéder au Palais de justice ou d’en apercevoir la massive façade. À l’est, elle était agrémentée par le clocher élancé de la Sainte-Chapelle.

Et il y eut non seulement ce sourire, qui eût à lui seul été d’une grande beauté, car il faisait naître à la commissure de ses lèvres deux charmantes et furtives fossettes, mais également les milles expressions cachées des yeux, des joues, du front qui semblèrent éclairer le visage tout entier, lui offrant ce halo de douce lumière qui émane des êtres aimants.

On a rarement l’occasion de se rendre compte à quel point on peut aimer un lieu, un paysage, à quel point son existence vous est devenue indispensable. En voyant Paris à ses pieds et ses environs verdoyants, une émotion intense le submergea plus qu’il n’aurait pu l’imaginer. Et ce jour-là, il comprit que, quel que dût être son destin, sa vie serait toujours attachée à ces lieux.

Une fois dans l’enceinte, le bruit de la ville se fit plus intense. Un chasse-marée apportant du poisson dans la ville le précédait, suivi d’un oublayeur qui, une lanterne encore éteinte sur le dos et un corbillon d’osier rempli des précieuses pâtisseries à chaque bras, allait courir les rues et les tavernes pour vendre ses oublies jusqu’à la nuit tombée. Plusieurs regrattiers se succédaient dans la rue Montmartre, débitant du sel, de la bière, de la viande cuite ou des fruits frais.

Alors, comme pris par le mouvement de la ville, par son bruit et son agitation, il accéléra le pas, sans en avoir véritablement conscience, car les grandes villes ont cela de particulier qu’elles entraînent toujours le passant dans une sorte de frénésie qui empêche la flânerie.

Car tout se vivait dans la rue et tout se criait dans Paris, la mort-au-rat ou les chansons à boire, les onguents pour le corps ou les épingles à cheveux, le lait et les savonnettes de Boulogne, les poires et les melons, les gazettes et la rave nouvelle.

On est toujours sûr de rencontrer sur le Pont-Neuf à n’importe quelle heure : un moine, un cheval blanc et une putain.

Le nom ancien de Montmartre n’était-il pas Mont de Mercure ou Mont de Mars, puis plus tard Mont des Martyrs, l’étymologie variant selon les intérêts ou les croyances de chacun ?

Au-delà des événements que vous vivez en ce moment, et dont je devine qu’ils sont fort troubles, vous devrez, quelle que soit la vie que vous aurez, quels que soient les faits auxquels vous serez confrontés, rester constamment attaché à l’Histoire, à la mémoire, pour que survive en vous tout ce qui sera, pour le bien ou pour le mal, détruit ou abîmé par les autres. Car vous verrez que les hommes, même les plus honnêtes, ont la fâcheuse tendance à vouloir nettoyer le passé de toutes les aspérités qui peuvent nuire à l’image qu’ils se veulent donner d’eux-mêmes.

Son regard était noir, sa voix blanche.

Avez-vous remarqué que souvent les étrangers ayant appris notre langue dans les livres l’utilisent avec un soin littéraire particulier ? Et un amour que nous-mêmes n’avons peut-être pas assez cultivé pour notre langue française ?

Photo : emprunt au blog cité ci-dessous.

Pour en savoir davantage : Blog : Montmartre au XVIIème

 

 

Lenormand, Frédéric «Le diable s’habille en Voltaire» (2013)

« Série Voltaire mène l’enquête »

Tome 3 : Le diable s’habille en Voltaire (2013)

Résumé : Voltaire a enfin trouvé un adversaire à sa mesure : le diable en personne ! Belzébuth sème des cadavres à travers Paris, au point que l’Église, soucieuse d’éviter tout scandale, fait appel au célèbre philosophe pour mener une enquête discrète en cachette de la police. Dans un Paris des Lumières encore très empreint de croyances irrationnelles, où vampires, démons et morts-vivants semblent se promener à leur gré, qui d’autre envoyer sur leurs traces qu’un philosophe connu pour ne croire à rien ? En échange, le cardinal de Fleury, qui gouverne la France, autorisera la publication des Lettres philosophiques, ce brûlot sulfureux. Il ne reste plus à Voltaire qu’à montrer ce que peut la philosophie contre la superstition. Et aussi à découvrir qui sème des morceaux de corps humains jusque dans le bain de l’écrivain, à percer le secret d’un mystérieux jupon convoité par un assassin, sans oublier de faire jouer sa nouvelle tragédie à la Comédie-Française, afin de révolutionner un art théâtral poussiéreux !

Mon avis :

Il n’y a pas à dire, le Voltaire de Lenormand est bondissant, sautillant, ingérable, savoureux ! Soyons honnêtes, je me fiche totalement des intrigues, j’aime l’atmosphère, l’écriture, les anecdotes, l’esprit de la série… Voltaire se met toujours dans des situations pas possibles et la peinture historique de l’époque est fidèle et pleine d’humour. Voltaire prend son bain… la scène est juste hallucinante ! La promenade nocturne au cimetière, la visite du Paris souterrain, les tripots clandestins, la mise en scène de sa pièce à la Comédie Française.

J’ai apprécié les citations d’époque et le petit guide final : « Comment devenir un philosophe voltairien, par l’auteur du présent ouvrage ». Et puis, moi qui n’ai jamais supporté Pascal (surtout après mon bac de Français ou l’examinateur m’a demandé « Vous préférez Rousseau ou Pascal ? J’ai dit Rousseau j’ai eu Pascal … » c’est toujours une joie de le voir se faire égratigner…

 

Extraits :

Il dut se rendre à l’évidence. Il n’avait mal nulle part, il allait presque bien. La nouveauté de cet accès de santé le désarçonnait, il fallait le dominer.

Comme quoi l’on pouvait être en avance sur son temps et s’habiller avec vingt ans de retard, ce qui avait l’avantage de vous faire remarquer à peu de frais.

Des gens pas comme les autres… qui prétendent penser par eux-mêmes…

Il se sentait l’intelligence aussi vive que lorsqu’il avait démontré l’ineptie des raisonnements de Pascal, ce grincheux à la réputation surfaite.

Dans son dos, l’assistant du bon Dieu le considérait avec un sympathique sourire de caïman.

La chambre mortuaire était un étalage de crucifix, de bibles, d’images pieuses, de médailles saintes réputées lutter contre le mauvais sort. La brave dame était confite en une dévotion tissée de peurs superstitieuses.

– Nos pieuses communautés ont toujours deux entrées, dit le père Pollet.
« Comme les maisons closes », compléta en lui-même son interlocuteur.

 

L’heureux auteur d’Adélaïde rentra chez lui à pied pour mieux méditer sur sa victoire. Le premier moment de jubilation passé, celle-ci lui devenait suspecte. Sans sa foi indéfectible en ses talents de poète, il eût mis en doute la qualité de sa tragédie. Seul un texte truffé de platitudes pouvait sauter l’obstacle administratif avec l’aisance d’un bouquetin pyrénéen.

Cependant, la découverte du valet-secrétaire-copiste installé dans ses pénates lui avait causé la même déconvenue qu’au lapin de la fable devant le museau de la belette émergeant de son terrier. Il avait assez d’expérience pour ne pas porter d’emblée ses récriminations devant le chat, Raminagrobis Voltaire étant aussi matois que son modèle par La Fontaine.

Tout écrivain doit se faire détester par une poignée d’imbéciles, sans quoi il manquerait quelque chose à sa réussite.

Se nettoyer sans se laver exigeait tout un art qui n’était pas la moindre réussite du XVIIIe siècle.

 

– Je suis davantage qu’un rimeur : je suis un penseur !
On eût aimé qu’il pût être les deux à la fois. La rime avait sur sa pensée un effet atrophiant.

– Ces messieurs de la police sont comme le reste de la société : il y a le bon, le pire, et la grosse épaisseur de médiocrité entre les deux.

– Méfiez-vous de ceux qui ont beaucoup d’amis, le plaisanta Voltaire : souvent, ils se révèlent plus sympathiques qu’il n’y paraît.

l’écrivain avait un don pour se créer des ennemis.
– Seuls les médiocres ne font pas d’envieux ! rétorqua le polémiste.

– Les femmes tombent amoureuses de nous sans que nous sachions pourquoi, puis nous les décevons sans comprendre comment, et elles se mettent à nous détester sans que nous sachions quoi faire.

 

Lien vers : présentation de la série « Voltaire mène l’enquête »

Dos Santos, José Rodrigues «La Clé de Salomon» (2014)

L’auteur : Journaliste, reporter de guerre, présentateur vedette du journal de 20 h au Portugal, José Rodrigues dos Santos est l’un des plus grands auteurs européens de thrillers historiques, plusieurs fois primé. Cinq de ses ouvrages sont publiés en France : La Formule de Dieu (2012), traduit dans plus de 17 langues et en cours d’adaptation au cinéma, L’Ultime Secret du Christ (2013), La Clé de Salomon (2014) – suite de La Formule de Dieu –, Codex 632 (2015) et Furie divine (2016), tous parus chez HC Éditions.

Suite des aventures de Tomás Noronha (troisième enquête)

Résumé : Franck Bellamy, directeur des Sciences de la CIA, est retrouvé mort dans un accélérateur de particules du CERN. Il tient dans sa main un papier froissé portant un message accablant dont Tomás Noronha serait « la clé ». Pour prouver son innocence, le célèbre cryptologue va devoir trouver le véritable meurtrier et mettre la main sur un projet top secret surnommé « L’Œil quantique ». Dans une quête effrénée, il sera ainsi amené à convoquer tous les plus grands physiciens du XXe siècle : Einstein, bien sûr, mais aussi et surtout ses plus grands détracteurs.

« J. R. dos Santos prouve une nouvelle fois qu’il est un des grands maîtres du thriller. » Hervé Bertho –Ouest France

L’auteur nous dit dans l’épilogue : Ce roman porte donc sur la réalité, l’univers et la conscience. L’ambition de ce livre est de faire connaître les déconcertantes découvertes réalisées depuis 1900 par les physiciens sur la nature profonde du réel. Et les faire sortir du cercle relativement restreint de la science et des curieux qui s’intéressent à ces questions et en débattent avec passion, et de les mettre à la portée du grand public.

Bien entendu, c’est aussi une œuvre de fiction, mais en fin de compte, et comme cela a été amplement démontré ici, la réalité ne serait-elle pas elle-même une étrange forme de fiction ?

 Mon avis :

Bien contente d’avoir lu la suite de « la formule de Dieu ». Nous voici à Genève : c’est reparti pour les énigmes de la physique…. Comme la première fois certaines discussions me passent bien au-dessus de la tête mais ce n’est pas grave car les notions qui y sont liées sont abordables et intéressantes. Et toujours des personnages bien campés, une intrigue à la Indiana Jones. Ce sont des romans que je ne lache pas. Il a une manière de vulgariser les connaissances qui est exceptionnelle et nous amène à nous poser des questions sur la vie et sur tout ce qui nous entoure. Il pose les questions, parfois il donne des réponses, parfois il nous laisse face à des énigmes.. Passionnant . Je vais continuer à lire les romans de cet auteur.

Extraits :

Hermès Trismégiste était un célèbre alchimiste dont la véritable identité demeure un mystère. D’aucuns pensent qu’il s’agit d’un personnage né de la fusion du dieu grec Hermès et du dieu égyptien Thot, deux divinités de la magie et de l’écriture. On suppose que c’est le grand prêtre égyptien Imhotep qui se cache derrière le personnage d’Hermès Trismégiste.

Cette phrase, « J’ai été façonné par l’Âme-Esprit », semble vouloir dire que la réalité véritable est celle de l’Âme-Esprit. Nous sommes ce que notre esprit conçoit. Le réel n’existe pas au-delà de l’esprit.

– La Table d’émeraude est le texte qui a donné naissance à l’alchimie, tant islamique qu’occidentale, et qui a valu à Hermès le surnom de Trismegistus, car c’est là que l’auteur affirme connaître les trois parties de la sagesse de l’univers.

L’alchimie est la science de la transmutation des éléments. Par exemple, l’un des grands projets des alchimistes était de transformer le fer en or. Nous savons aujourd’hui, si incroyable que cela puisse paraître, que la transmutation des éléments est effectivement possible. Le premier scientifique à l’avoir réalisée a été le physicien britannique Ernest Rutherford. Il a converti l’azote en oxygène et a commencé à découvrir les processus par lesquels les étoiles produisent du carbone, du fer et de l’or grâce à la transmutation d’autres atomes.

Il avait passé toute sa vie à lécher des bottes et à être humilié pour plaire aux puissants, convaincu que, dans une organisation, qui plus est une organisation publique, ce ne sont pas les gens intègres et compétents qui sont promus, mais ceux qui savent comment conspirer et intriguer pour évincer les concurrents.

Il savait que la vie était ce qu’elle était, un simple souffle dans l’éternité, un instant aussi fugace que le battement d’ailes d’un papillon, une victoire qui s’achève toujours par une défaite, un chemin qui conduit inévitablement à l’abîme.

– Maya est un terme que les bouddhistes utilisent pour exprimer l’illusion, au sens où une chose est différente de ce qu’elle paraît. Selon Bouddha, la souffrance humaine découle d’une notion erronée du moi, et elle ne s’achève que si nous nous libérons des désirs et des attachements qui tendent à recréer constamment ce moi illusoire.

– Les cas de patients atteints de la maladie d’Alzheimer offrent des pistes intéressantes pour l’étude de la conscience. Lorsqu’on observe de près l’un de ces malades, on constate que leur moi disparaît peu à peu. Quand on assiste à la déchéance graduelle d’une personne souffrant d’Alzheimer, on sait parfaitement que la conscience ne disparaît pas de but en blanc, que l’esprit ne s’évanouit pas du jour au lendemain. Les choses ne se passent pas comme ça.

il est intéressant de constater que dans la culture hindoue,  l’hexagramme est utilisé dans des mandalas pour représenter l’équilibre méditatif parfait entre l’homme et Dieu, qui conduit au nirvana.

La première étagère était remplie d’œuvres de science-fiction, dont les meilleurs auteurs du genre Robert A. Heinlein, Arthur C. Clarke, Isaac Asimov, Ray Bradbury et Philip K. Dick.

les expériences d’Aspect prouvent que la réalité n’existe pas sans observation ou, selon une formulation différente que la majorité des physiciens préfèrent, que toute particule qui interagit avec une autre est à jamais liée à elle, toutes deux s’influençant mutuellement et instantanément quelle que soit la distance à laquelle elles se trouvent l’une de l’autre.

Nous vivons avec la sensation que nous sommes séparés les uns des autres et de tout ce qui nous entoure, de l’herbe du jardin aux étoiles les plus lointaines, mais c’est une illusion. Tout est lié, tout est intriqué, tout est la même chose sous des apparences différentes.

vous avez coutume de dire que si l’on voit un animal qui ressemble à un canard, qui marche comme un canard et qui fait « coin-coin », c’est qu’il doit s’agir d’un canard.

L’univers, c’était l’esprit de l’écrivain au moment de la création littéraire.

Image : Le CERN (Genève)

 

Dos Santos, José Rodrigues «L’Ultime secret du Christ» (2013)

L’auteur : Journaliste, reporter de guerre, présentateur vedette du journal de 20 h au Portugal, José Rodrigues dos Santos est l’un des plus grands auteurs européens de thrillers historiques, plusieurs fois primé. Cinq de ses ouvrages sont publiés en France : La Formule de Dieu (2012), traduit dans plus de 17 langues et en cours d’adaptation au cinéma, L’Ultime Secret du Christ (2013), La Clé de Salomon (2014) – suite de La Formule de Dieu –, Codex 632 (2015) et Furie divine (2016), tous parus chez HC Éditions. José Rodrigues dos Santos vit à Lisbonne.

Suite des aventures de Tomás Noronha (deuxième enquête)

Résumé : Seule au cœur de la bibliothèque vaticane, Patricia Escalona, éminente paléographe, étudie le Codex Vaticanus, l’un des plus anciens exemplaires de la Bible. Un document aussi sacré qu’exceptionnel qui causera sa perte : elle est égorgée, et un message codé est laissé près de son corps.

D’abord suspecté, Tomás Noronha, historien et cryptologue, finit par apporter son aide à Valentina, l’inspectrice chargée de l’enquête.

Alors que les meurtres s’enchaînent, ils vont devoir plonger dans les mystères du livre sacré pour comprendre les motivations de l’assassin. Une quête de la vérité qui va les conduire jusqu’en Israël, sur les traces de l’une des plus grandes figures de l’humanité : le Christ.

« José Rodrigues dos Santos dévoile les secrets du Christ tout au long d’un thriller passionnant. »Le Soir

« Si elles ne remettent pas en question le foi du croyant, ces nouvelles aventures du héros de La Formule de Dieu bousculent violemment les cours de catéchisme. »Le Point

« Ce thriller théologique remplit le contrat : les amateurs ne le lâchent pas. »VSD

 

Mon avis :

Moins emballée que par le premier. Alors oui, il y a trois cadavres, mais soyons clairs, c’est une enquête axée davantage sur Jésus que sur les 3 personnalités qui se sont fait égorger et qui sont le fils rouge de la démonstration magistrale et étayée des thèses de l’auteur sur Jésus et la chrétienté. Passionnant mais parfois un trop pointu pour moi. Alors Jésus ? Croire aveuglément ? Démonter ? Nier son existence ? Remettre en question…  Mais il est vrai que les derniers chapitres qui dévoilent le coupable sont totalement inattendu et méritent les longues explications relatives à la vie de Jésus.. ( mais j’avoue parfois j’ai sauté des explications théologiennes) Et j’aime bien le personnage de l’historien portugais..

Extraits :

Les livres étaient là, alignés sur les rayons richement ornés de cette aile de la Bibliothèque vaticane, ils étaient comme assoupis dans l’ombre que la nuit projetait sur leurs reliures poussiéreuses.

Le Codex Vaticanus . Cette relique du milieu du IV esiècle était le plus ancien et le plus complet manuscrit en grec de la Bible, ce qui en faisait le plus important trésor de la Bibliothèque vaticane.

Malgré sa maladie d’Alzheimer qui troublait parfois son jugement, sa mère venait de poser une question particulièrement pertinente.

Sa mère n’était pas responsable des absences provoquées par la maladie. Parfois son état s’améliorait, parfois il empirait ; en ce moment, c’était pire, si bien qu’elle posait mille fois les mêmes questions. Ses trous de mémoire étaient certes exaspérants, mais il devait être plus patient.

Cela ne valait pas la peine de blesser ou de froisser les gens, même à coups de vérité.

les historiens. Nous sommes en quelque sorte des détectives du passé. Mais il est important que vous compreniez qu’en étudiant une grande figure historique, nous découvrons parfois des choses que les admirateurs inconditionnels préféreraient ignorer. Des choses qui peuvent être… comment dire… désagréables. Mais pourtant vraies.

il faut garder présent à l’esprit que les premiers chrétiens considéraient que la Bible était constituée exclusivement par l’Ancien Testament hébraïque.

Le whisky le rendait heureux pendant quelques heures, ou du moins effaçait momentanément le souvenir de ses malheurs,

Elle croyait depuis toujours que les textes évangéliques reposaient sur un socle immuable, une foi originelle unanime. Elle découvrait finalement qu’ils foisonnaient d’équivoques, de failles dans lesquelles pouvaient s’enraciner les lectures les plus contraires au catéchisme.

En hébreu, on n’écrit pas les voyelles, informa l’historien. « David » se réduit à DVD.

– Mais que signifie au juste « quelque chose de divin » ? Que je sache, le christianisme se définit comme une religion monothéiste. Les chrétiens, tout comme les juifs, affirment qu’il n’y a qu’un seul Dieu. Cela veut donc dire que soit Jésus est Dieu lui-même, soit il est un être humain. Il ne peut ni être un dieu pourvu de caractères humains, ni être un homme doté de qualités divines. Vous comprenez ? Cela irait à l’encontre de ce que proclament les chrétiens.

En histoire, aucune certitude absolue n’est possible, on ne fait qu’établir des probabilités en fonction des indices existants.

Quand les prophéties sont écrites après l’événement, la prophétie et l’événement ont évidemment tendance à coïncider.

– Des incompétents…, murmura-t-il avec satisfaction. Ils élèvent un mur d’enceinte et oublient de couper les arbres qui permettent de l’escalader !

Et si Jésus revenait sur terre ? Quel changement cela apporterait-il ? L’humanité se montrerait-elle indifférente au retour de l’homme dont la pensée avait changé la face du monde ? Jésus pourrait-il répandre la paix sur les hommes ?

notre identité est constituée par nos gènes, mais également par notre vécu.

il existait des situations où la croyance sans certitude était inévitable. En matière d’amitié, par exemple. Pour être l’ami de quelqu’un, il faut croire en lui, croire qu’il est digne de notre confiance. Naturellement, cette foi se révèle parfois infondée.

image : la Bibliothèque Vaticana

 

 

 

 

Dos Santos José Rodrigues «La formule de Dieu» (2012)

L’auteur : Journaliste, reporter de guerre, présentateur vedette du journal de 20 h au Portugal, José Rodrigues dos Santos est l’un des plus grands auteurs européens de thrillers historiques, plusieurs fois primé. Cinq de ses ouvrages sont publiés en France : La Formule de Dieu (2012), traduit dans plus de 17 langues et en cours d’adaptation au cinéma, L’Ultime Secret du Christ (2013), La Clé de Salomon (2014) – suite de La Formule de Dieu –, Codex 632 (2015) et Furie divine (2016), tous parus chez HC Éditions.

Les aventures de Tomás Noronha (première enquête)

Résumé : Printemps 1951, David Ben Gourion, Premier ministre de l’État d’Israël, se rend à Princeton pour y rencontrer Albert Einstein. L’objet de sa visite : obtenir l’arme nucléaire. De l’atome, leur discussion s’oriente rapidement vers l’existence de Dieu… Soixante ans plus tard, Tomàs Noronha, éminent cryptologue, est convoqué par une mystérieuse Iranienne. Il est le seul à pouvoir déchiffrer un manuscrit inédit d’Albert Einstein intitulé « La Formule de Dieu ». Plongé, bien malgré lui, au coeur d’une affaire d’espionnage international, Tomàs Noronha, devenu « agent double » pour Téhéran et pour la CIA, doit très vite se rendre à l’évidence. Ce document secret dépassera toutes les attentes et bouleversera bien l’ordre mondial, mais pas pour les raisons que l’on croit… Un roman historique et scientifique, une enquête à couper le souffle entre science et religion.
« Dan Brown avait rabiboché l’art et la religion dans le Da Vinci code, José Rodrigues dos Santos réussit le pari de marier la science au divin dans La Formule de Dieu. »Le Point
« Pas la peine de tergiverser, c’est LE roman qu’on va tous s’offrir. »20 minutes
« Attention, chef-d’oeuvre ! »Le Dauphiné libéré

Mon avis : Un excellent moment de lecture que ce tome 1 des enquêtes de l’historien/cryptologue Tomás Noronha  (j ’ai planifié de les lire en « saga de l’été ») . L’enquête est palpitante, les personnages bien campés. En plus de l’enquête, les liens entre les personnages n’ont bien plu, et surtout le rapprochement père/fils en fin de vie. Il y a la science, l’humanité, la religion, le sens de la vie et de l’univers. Un livre construit, intelligent et foisonnant.
Alors oui parfois les explications des concepts de physique et mathématique peuvent sembler difficiles, mais moi qui suis loin d’’être une scientifique, j’ai pour une fois compris … ce qui change.. Le Big Bang est très bien expliqué et met ces théories à portée de compréhension de qui veut bien s’y intéresser et je trouve cela très fascinant et très palpitant. Mais ce n’est pas que du scientifique… il y a le personnage principal, historien spécialiste des codes et du déchiffrement … Einstein est au centre du roman avec un manuscrit dévoilé et les religions sont aussi de la partie. Je le conseille vivement. Et bienvenue aussi dans le monde du concept de l’intelligence artificielle… Sans oublier les méthodes de persuasion des différents services secrets.. .qui font froid dans le dos. Un roman d’aventures intelligent et captivant, plein de suspense et de rebondissements. Mais aussi un roman d’amour, un roman sur les rapports humains.. Que demander de plus pour l’été ? Je passe à la suite, « L’Ultime Secret du Christ »

Extraits :

Ce qui nous conduit à la question des forces présentes dans l’univers. Toutes les particules interagissent entre elles à travers quatre forces. Quatre. La force de gravité, la force électromagnétique, la force forte et la force faible. La force de gravité, par exemple, est la plus faible de toutes, mais son rayon d’action est infini.

Ce sont des musulmans, mais pas des Arabes. Les Arabes sont sémites, les Iraniens sont aryens.

On dit aryens pour désigner les peuples indo-européens, comme les Hindous, les Turcs, les Iraniens et les Européens. Les Arabes, eux, sont sémites, tout comme les Juifs.

Nous vivons comme si notre vie était éternelle, comme si la mort était quelque chose qui n’arrivait qu’aux autres, une menace si lointaine que ça ne vaut pas la peine d’y penser. Pour nous, la mort n’est qu’une abstraction.

Notre vie est une perpétuelle distraction qui ne nous laisse même pas prendre conscience de ce dont elle distrait.

Maintenant que je sais que je peux mourir, je sens que j’ai traversé la vie comme si j’avais été anesthésié, comme si j’avais dormi, comme si, en réalité, je ne l’avais pas vécue.

Dans ce cas, il s’agit de mon corps. C’est une chose qui est à moi, c’est ma propriété. Il plaqua sa main sur la poitrine. Mais si je dis que ce corps est à moi, j’admets par-là même que je suis distinct de celui-ci. Il est à moi, mais il n’est pas moi. Alors, que suis-je ? Il toucha son front du doigt. Je suis mes pensées, mon expérience, mes sentiments. Voilà ce qui me constitue. Je suis une conscience. Mais alors, est-ce cette conscience, ce « je » qui est moi, qu’on appelle l’âme ?

D’une certaine façon, et littéralement, la cervelle est le hardware, la conscience le software. Ce qui pose naturellement quelques questions intéressantes. Est-ce qu’un ordinateur peut avoir une âme ? Et si l’être humain est un ordinateur très complexe, peut-il lui-même avoir une âme ? Quand tous les circuits sont morts, l’âme survit-elle ? Et où donc survit-elle ?

Ce que je veux dire, c’est que tout dans la nature est naturel. Puisque l’homme est un produit de la nature, alors tout ce qu’il fait est aussi naturel. Ce n’est que par pur convention de langage qu’on a établi que les objets créés par l’homme étaient artificiels, alors qu’en réalité, ils sont tout aussi naturels que les objets créés par les oiseaux. Donc, étant des créations d’un animal naturel, les ordinateurs, tout comme les nids, sont naturels.
Un cerveau est une masse organique qui fonctionne exactement comme un circuit électrique. Au lieu d’avoir des fils, il a des neurones, au lieu d’avoir des puces, il a de la matière grise, mais c’est absolument la même chose. Son fonctionnement est déterministe. Les cellules nerveuses déclenchent une impulsion électrique en direction du bras selon un ordre spécifique, à travers un circuit de courants prédéfinis. Un circuit différent produirait l’émission d’une impulsion différente. Exactement comme un ordinateur.

L’un des pères de l’ordinateur, un Anglais nommé Alan Turing, a établi que le jour où l’on parviendra à entretenir avec un ordinateur une conversation tout à fait identique à celle qu’on peut avoir avec n’importe quel être humain, alors ce sera le signe que l’ordinateur pense, la preuve qu’il a une intelligence de notre niveau.

Ce n’est pas un code. C’est un chiffre.
– Quelle est la différence ?
– Le code implique une substitution des mots ou des phrases. Le chiffre renvoie à une substitution des caractères.

je préfère de loin les hiéroglyphes et les écritures hébraïques et araméennes, j’aime l’odeur poussiéreuse des bibliothèques et les relents de moisi exhalés par les vieux manuscrits et les anciens papyrus. Voilà mon univers.

Une anagramme est un mot obtenu par permutation des lettres d’un autre mot. Par exemple, Elvis est une anagramme de lives. Si vous regardez de près, les deux mots sont écrits avec les mêmes lettres. Ou encore, elegant man est une anagramme de a gentleman.

Du reste, lorsqu’on prend une décision, ce n’est jamais avec les données à venir, mais avec celles qui sont à notre portée sur le moment et c’est avec ça qu’il nous faut vivre.

Avec moi, il est primordial que tous les étudiants participent au cours et se montrent réactifs. Je veux des têtes pensantes, des esprits vifs et curieux, je ne veux pas d’éponges passives, vous entendez ?

Ce professeur ne manquait nullement d’expérience. Par seulement quelques phrases, en menaçant un étudiant d’être recalé et en encourageant les autres à se montrer réactifs, il avait éveillé l’attention de tout l’auditoire.

Tous les événements ont des causes et leurs effets deviennent des causes d’événements à venir.

Quatre-vingt-dix-huit pour cent de la matière qui existe aujourd’hui s’est formée à partir de l’éruption d’énergie du Big Bang. Cela signifie que presque tous les atomes présents dans notre corps sont déjà passés par diverses étoiles et ont déjà occupé des milliards d’organismes différents avant d’arriver jusqu’à nous.

Les hindous ont beaucoup de dieux, certes, mais les écritures sacrées affirment clairement que tous ces dieux ne sont que le reflet d’un unique dieu, d’une unique réalité. C’est comme si Dieu avait mille noms et que chaque nom était un dieu, mais tous renvoient au même, ce sont différents noms et différents visages pour une seule et unique essence. Il écarta les bras puis les joignit. Brahman est à la fois un et tous. Il est le réel et l’unique qui est réel.

Bouddha a dit : « Ombre et lumière, court et long, noir et blanc ne peuvent être connus que dans une relation de l’un à l’autre. La lumière n’est pas indépendante de l’ombre ni le noir du blanc. Il n’y a pas d’opposés, uniquement des relations et des degrés ».

« La sagesse est comme un lac limpide et frais, on peut y entrer par n’importe quel côté ».

il était douloureusement évident qu’ils passaient maintenant leurs derniers moments de couple, leurs chemins allaient bientôt se séparer comme l’horizon divise le ciel de la terre. Ils partageaient un amour mature, fait ni de passion ni de froideur, mais de tendre affection, de sentiments partagés au fil d’une relation profonde. Elle était l’arbre et lui la feuille ; ils étaient la lumière et la couleur, la terre et le ciel, l’étang et le nénuphar, la mer et le sable.

les physiciens et les mathématiciens observaient l’univers un peu comme un ingénieur regarde une télévision. Imaginez que l’on demande à un ingénieur ce qu’est une télévision. L’ingénieur va observer l’appareil, le démonter entièrement et dira qu’une télévision est un ensemble de fils et de circuits électriques structurés d’une certaine manière.

Un être humain est fait de cellules, de tissus, d’organes, de sang et de nerfs. C’est son hardware. Mais un être humain est bien davantage que cela. C’est une structure complexe qui possède une conscience, qui rit, qui pleure, qui pense, qui souffre, qui chante, qui rêve et désire. En réalité, nous sommes plus, beaucoup plus que la simple somme des parties qui nous composent. Notre corps est le hardware par où passe le programme de notre conscience. Il fit un large geste des bras. Il en va de même pour la réalité la plus profonde de l’existence. L’univers est le hardware par lequel passe le programme de Dieu.

Certains l’appellent Dieu, d’autres l’appellent Yeovah, d’autresAllah, d’autres Brahman, d’autres Dharmakâya, d’autres Tao. Il plaqua sa main sur la poitrine. Nous, les scientifiques, nous l’appelons univers. Différents noms, différents attributs : la même essence.

S’il y a une chose que nous ne cessons de vérifier à chaque fois que nous examinons un système, c’est que tout a un commencement et une fin. Plus important encore, tout ce qui naît finit par mourir. Les plantes naissent et meurent, les animaux naissent et meurent, les écosystèmes naissent et meurent, les planètes naissent et meurent, les étoiles naissent et meurent, les galaxies naissent et meurent. Or, nous savons que l’espace et le temps sont nés. Ils sont nés du Big Bang. Donc, conformément au principe que tout ce qui naît doit mourir, l’espace et le temps finiront également par mourir.

La plupart des gens traversent la vie comme des somnambules. Ils veulent posséder, gagner de l’argent, consommer sans cesse. Les gens sont tellement grisés par l’accessoire qu’ils en oublient l’essentiel.
Ils ont faim d’amour et ne le trouvent pas. C’est pour cela qu’ils se tournent vers l’accessoire. Les voitures, les maisons, les vêtements, les bijoux… toutes ces choses ne sont que des dérivatifs. Ils manquent d’amour et cherchent des substituts.

Il n’y a pas de séparation plus douloureuse que celle qui l’est pour toujours.

Le ciel était au bord des larmes.

Si Dieu est bon, Il ne peut pas être tout-puissant, puisqu’Il ne parvient pas à éliminer le mal. S’Il est tout-puissant, Il ne peut pas être bon, puisqu’Il permet au mal d’exister. Un concept exclut l’autre. Lequel préférez-vous ?

Je crois au Dieu de Spinoza, qui se manifeste dans l’ordre harmonieux de ce qui existe.

L’intelligence est informatique. Les êtres humains, par exemple, sont des sortes d’ordinateurs biologiques. Une fourmi est un ordinateur biologique simple, nous sommes plus complexes. C’est la seule différence.

Image : la bibliothèque de Coimbra (Portugal)

Lance, Jack « Pyrophobia » (2013)

Auteur : Journaliste néerlandais spécialisé dans le surnaturel et le paranormal, Jack Lance s’est ensuite tourné vers l’écriture de nouvelles fantastiques et de thrillers. Le « Stephen King néerlandais » il est traduit dans 11 pays. Tu es mort ! est son premier roman publié en français.

Résumé : Jason Evans, publicitaire, habite près de Santa Monica avec sa femme Kayla, qu’il chérit plus que tout. Mais leur vie paisible vole en éclats le jour où il reçoit une lettre anonyme, en fait un simple Polaroid, au dos duquel il lit : TU ES MORT !
Peu de temps après, on lui adresse une deuxième photo, accompagnée de ce message énigmatique : TU CROIS ÊTRE VIVANT, MAIS TU N’EXISTES PAS…
Puis au verso du troisième Polaroid, qui montre une pierre tombale, cette phrase menaçante : 18 AOÛT : JOUR DE TON DÉCÈS.
Est-ce à dire que le corbeau a décidé de l’éliminer ? Qu’il ne lui reste plus qu’un mois à vivre ? L’angoisse gagne Jason, dont la phobie du feu refait surface.
Ses pires cauchemars se réveillent, mais cette fois ils sont bien réels…

Mon avis : Une pincée de thriller, un peu de fantastique, du paranormal, du suspense. Bienvenue dans le monde des phobies… J’ai bien aimé ce petit roman vite lu. On est tout de suite entrainés dans un monde un peu glauque, et ça fonctionne. De là à le comparer au Stephen King néerlandais : il a encore des progrès à faire. Mais j’ai bien aimé cette recherche du passé, l’enquête menée par Jason, les rapports entre les deux personnages du couple, et leurs angoisses refoulées (ou pas..)

Extraits :

Règle numéro un : ne jamais laisser entrevoir ses faiblesses. Règle numéro deux : ne compter que sur soi-même.

Ses paroles sonnaient creux à ses propres oreilles, les mots caricaturaient en les simplifiant le sentiment de panique qui s’était emparé de lui.

Un mot jailli des profondeurs de sa mémoire, tel un dauphin prêt à bondir hors de l’eau : Mapeeta.

Il mentait sans mentir. Le mot avait jailli des profondeurs de sa mémoire, à la façon de ces trésors que rejette parfois la mer, mais il était vrai qu’il l’avait utilisé lui-même sur un dessin, bien des années plus tôt.

Elle le laissa terminer son exposé tout en affichant la mine pincée de quelqu’un qui aurait mordu dans un citron.

— Les problèmes se résolvent parfois d’eux-mêmes quand on les ignore. Tu me l’as dit toi-même assez souvent.

Sa peur déclenchait sa colère

À force de grignoter leur amour, la peur menaçait de les séparer.

On aurait pu croire que le temps s’était arrêté, mais les minutes s’écoulaient pourtant, à en juger par la course du soleil que l’on apercevait de l’autre côté des vitres.

Une dispute en guise d’adieu.

La vague qui s’abattit sur lui avait la force d’un tsunami.

Il faut parfois savoir accepter l’inexplicable si l’on veut pouvoir continuer à vivre.

 

 

 

Piacentini, Elena «Carrières noires» (2012)

Les polars du Nord – Série : Pierre-Arsène Leoni

Les enquêtes de Léoni : Les enquêtes de Léoni : Un Corse à Lille – Art brut – Vendetta chez les Chtis Carrières noires Le Cimetière des chimères Des forêts et des âmes – Aux vents mauvais (2017)

Un flic corse exilé à Lille. Un héros qui m’est extrêmement sympathique. Avec la « famille corse » qui n’est pas bien loin, et une grand-mère corse comme on les imagine.

Enquête 4 : « Carrières noires »

Résumé : Depuis les carrières souterraines et glacées de la petite ville de Lezennes, près de Lille, un homme-ombre surveille. C’est son domaine, son royaume. Il fuit ceux d’en-haut mais connaît tous leurs secrets, entrevus depuis leurs caves. Et de secrets, la ville du Nord n’est pas avare : les sales dossiers que la vieille sénatrice Maes cache dans son coffre-fort, les ambitions présidentielles de son neveu, les rêves de villégiature de sa femme de ménage…

Jusqu’au jour où le commandant Pierre-Arsène Leoni, prêt à quitter définitivement Lille pour rejoindre sa Corse natale, tombe sur le corps sans vie de l’ancienne sénatrice et où la ville secrète se transforme en ville assassine…

« Il y a du Harry Bosch, le héros récurrent de Michael Connelly, ou du Jean-Baptiste Adamsberg, le commissaire cher à Fred Vargas, chez Leoni. Ses aventures ont donné lieu à de bons polars. »Le Monde « La reine du polar. »ELLE (régions)

( réédition chez Pocket en mars 2016)

Mon avis : Je n’avais pas lu le résumé avant de commencer et du coup j’ai hésité un moment en lisant les premiers chapitres. Comme je n’avais croisé aucun des personnages du tome précédent je me suis demandé s’il s’agissait bien des enquêtes du Commandant corse. Et bien oui.. Après une mise en disponibilité suite au décès de sa femme, Le Commandant Leoni est de retour aux affaires… Mais je ne vais pas dire que c’est en parfaite légalité… Il enquête de son côté avec l’aide de sa brigade qui ne peut pas encaisser son remplaçant.

Donc au début nous faisons connaissance avec une belle brochette de personnages hauts en couleur, de tous les horizons et qui sont franchement borderline. Et on a envie d’en savoir un peu plus sur ces allumés, fracassés de la vie ..

De plus le parler des personnages est savoureux ; entre le parler corser et le parler chti’… les phrases détournées… Le pouvoir, la politique, les rêves et les cauchemars de gosses et de moins gosses.. l’enfer et l’espoir est partout.. Venez vous perdre dans les galeries souterraines et suivez en parallèle deux enquêtes … Et comme Leoni n’est pas officiellement aux manettes, son cœur corse va parler…

Ah je m’attache à ce personnage !

Extraits :

 

La démocratie,
c’est deux loups et un agneau votant ce qu’il y aura au dîner.
La liberté, c’est un agneau bien armé qui conteste le scrutin.
Benjamin Franklin

Pour la première fois de son existence, les mots lui avaient fait défaut. Les mots trompeurs aux accents de vérité. Les mots sucrés bardés d’épines. Les mots d’acier plantés à vif.

Mes rêves, je me les fabrique au poil. Je suis qui je veux et je fais ce que je veux. Quand j’ai réussi à attraper un chouette rêve, je le dessine.

Ce n’est pas facile de se fabriquer des larmes d’eau tiède lorsqu’on est sec et glacé à l’intérieur.

Encore l’argent ! Pfff ! Tu seras payé en pouvoir. Une devise qui n’a pas de prix.

– J’ai mes entrées partout. Tu apprendras qu’en politique, il faut aussi prévoir ses sorties.

Tout, dans son physique, depuis son petit gabarit au squelette léger jusqu’à ses yeux noirs en tête d’épingle enfoncés dans un visage pointu, désignait son indéniable parenté avec une fouine.

Dans ses yeux grands ouverts, pétrifiés, s’imprimait le ballet de ses femmes disparues. Le film sépia de sa mère virevoltant dans une robe à fleurs. Une douleur délavée appartenant au passé.

– Les si, u mio fratellu (mon frère), ne changent rien au passé, ils servent juste à nous gâcher le présent. Per un colpu, un casca l’àrburu (Un seul coup ne fait pas tomber l’arbre).

Elle se força à sourire, refusant l’hameçon de la bagarre rituelle que sa sœur agitait avec toute l’expertise d’un pêcheur à la mouche et entra sans un mot.

Dans sa tête, une guitare fredonna un menuet de Bach.

– Quand vous êtes ensemble, ça fait des couacs, comme quand les notes se battent sur une même portée.

Du poing et de toute la force de sa colère, rentrée, pliée et amidonnée depuis tant d’années, elle avait assené un grand coup sur le tableau de bord.

elle avait patiemment espéré assister au spectacle d’une aurore triomphale. De celles qui vous consolent d’avoir laissé vos rêves et vos espoirs traîner trop longtemps dans les caniveaux de la vie. Las ! Puis le jour s’était levé frileusement recouvert d’un châle de brumes sales et humides emprunté à la nuit.

Son rire, surtout. Une portée de grelots toujours accrochée à ses lèvres.

Chapardeur de quignons de pain lorsqu’il était enfant, escamoteur de poules à l’adolescence, cambrioleur de haut vol à l’âge adulte.

Il est à peu près aussi décontracté qu’un garde suisse.

De sa personne toute entière émanait comme un champ de force. Une impérieuse présence trempée de détermination et vibrante de séduction.

Les pupilles dilatées, l’iris poivré d’éclats de mica, il s’amusait.

Un simple rire aurait suffi à l’émietter. Un homme compact dont l’univers tout entier était en train de se désagréger, tous ses ciments internes en passe de se dissoudre.

Un moment simple, fragile et aussi précieux qu’une perle de temps.

« C’gars-là pue le flic à plein nez. Josy, les embrouilles ça vole toujours en espadon. »

Ses yeux se refermèrent sur son noir à elle, infiniment plus rassurant que le noir alentour.

Le monde ne me paraît pas si moche. Il est comme on le regarde,

C’est triste une maison vide. Il paraît qu’elle ne veut pas la vendre. Il y a des lieux qui ne s’abandonnent pas. C’est comme le malheur, ça vous colle à la peau.

 

Image : tirée du Blog de Leoni par Elena Piacentini : http://www.carrieres-noires.com/wordpress/tag/lezennes/

Piacentini, Elena «Vendetta chez les Chtis» 2010

Les polars du Nord – Série : Pierre-Arsène Leoni

Les enquêtes de Léoni : Les enquêtes de Léoni : Un Corse à Lille – Art brut – Vendetta chez les Chtis Carrières noires Le Cimetière des chimères Des forêts et des âmes – Aux vents mauvais (2017)

Un flic corse exilé à Lille. Un héros que je découvre et qui m’est extrêmement sympathique. Avec la « famille corse » qui n’est pas bien loin, et une grand-mère corse comme on les imagine.

Enquête 3 : Vendetta chez les Chtis

Résumé : Plusieurs meurtres sordides sont commis dans la région lilloise. Les victimes sont des femmes enceintes qui avaient décidé d’avorter. Sur les cadavres, l’assassin laisse des messages codés qui renvoient vers un tueur disparu depuis une dizaine d’années. Pourquoi cet individu recherché par Interpol réapparait-il dans le Nord ? Pierre-Arsène Leoni, commandant de la PJ de Lille, s’interroge. Il a l’impression que les messages lui sont personnellement destinés. Avec son équipe, il part sur les traces du dénommé Moloch. Les recherches s’orientent vers son passé et ses amis de Corse. Qui en veut à Leoni ?

Mon avis : Ah que oui ! Emaillé de quelques expressions corses, de personnages savoureux (l’amant italien est parfait) nous intégrons le Commissariat de Lille en compagnie du commandant de la PJ de Lille, un Corse et de sa tribu… la médecin légiste en disponibilité qui va mener l’enquête de son côté, les amis corses de toujours, la grand-mère.. Un mélange de gros durs et de grande sensibilité, une enquête qui faite remonter le passé, des rebondissements, une journaliste qui n’est pas étouffée par le sens moral… Une série que je vais m’empresser de lire ( les précédents et les suivants) … Mais il n’est pas nécessaire d’avoir lu les deux premiers pour être totalement conquise par les personnages…

Extraits :

– Tu n’arrivais pas à dormir ?
– Dans le même lit que toi ? Impossible ! Qui combattais-tu ? Le diable ?
– Juste mes démons personnels.

Dans le mouvement, ses articulations se plaignirent et craquèrent sinistrement.

il était partagé entre colère et gourmandise, deux péchés capitaux.

Lorsqu’il songeait à sa grand-mère, l’image d’un grand chêne rassurant et bruissant d’histoires s’imposait à lui. Il avait grandi adossé à elle.

La morale et la bienséance ? Des subterfuges inventés à des fins de dissimulation ou de manipulation. L’information était juste ou fausse. Sa mission ne consistait pas à en évaluer le contenu ou les conséquences

Un Corse ne s’exile pas, il s’absente.

La première demi-heure de son séjour avait été consacrée à échanger consciencieusement des nouvelles d’une banalité consternante. Une fois ce rituel achevé, chacune des conversations qui suivirent lui avait paru plus empruntée que la précédente : du « prêt-à-parler » sous cellophane, insipide, caoutchouteux.

« Parfois, tu sais, j’ai l’impression angoissante que nous ne partageons pas les mêmes souvenirs. Comment est-il possible de perdre aussi irrémédiablement quelqu’un de si proche ?

Son humeur s’assombrit aussi brusquement qu’un ciel d’août.

Il laissa le silence s’incruster entre eux. Les minutes semblaient s’effilocher à l’infini sans qu’il manifestât la volonté d’en stopper la maille.

Ses muscles se ramassèrent et roulèrent sous sa peau hâlée avec la grâce fatale du fauve qui lance son dernier assaut.

– Et bien sûr il était plutôt grand, avec de l’allure, je me trompe ?
– Affirmatif ! Les portefeuilles bien garnis grandissent leurs propriétaires tandis que pour nous autres, fonctionnaires, nos misérables salaires nous tassent !

Elle s’assit, prit son visage entre ses deux mains et le fit pivoter doucement jusqu’à rencontrer son regard.
– Tu as tes yeux de cendre.
– Alors, c’est que mes yeux ne mentent pas.

– Ce que tu as appris ce soir, tu ne peux plus le désapprendre. Tu sais où est ta limite et tu sais que tu ne veux pas la franchir.

Depuis le début de cette enquête quelque chose me turlupine, j’ai l’impression qu’on m’enfonce un clou dans la tête.
– C’est ton inconscient qui te travaille.
– Si c’est le cas, il bosse mal et lentement. Tu connais un moyen de le rendre plus efficace ?

– Dans mon métier, un soupçon de paranoïa vaut mieux qu’un gilet pare-balles.

Ils ne sont pas titillés par leur conscience, juste par la trouille de se faire prendre la main dans le compte en banque.

Les salauds, c’est comme le chiendent, tu arraches d’un côté et ça repousse de l’autre, il n’y a pas de répit. Jamais.

La terre, ça ne ment pas. Ça te dit exactement quel genre de jardinier tu es.

Dans ce monde agité de pulsions primaires, l’élégance du langage est une petite coquetterie, futile mais sophistiquée, que je m’autorise pour tenir le sordide à distance.

Argent et amitié font un pied de nez à la justice (proverbe corse)

Et puis un Corse, c’est même pas la peine de lui courir après ! Il suffit de l’attendre dans son village ou chez un autre Corse.

Ces gars-là sont des bombes à retardement. Comme les chiens trop longtemps abandonnés, une fois redevenus sauvages, ils n’acceptent plus aucun maître.

La chose pleine d’angles et de lames qu’elle avait abritée des années dans son ventre venait de réintégrer son antre, signant son retour d’une piqûre vicieuse. La peur était un locataire vindicatif. Et salvateur.

Elle devint aussi molle et flasque qu’une méduse échouée. « Si ton ennemi s’attend à de la résistance, abandonne, la force changera de camp. »

un petit côté… « Schweppes agrumes ». Oui, c’était ça. C’était le mot. Pétillante avec juste ce qu’il faut de piquant et d’amer pour vous titiller l’imagination.

Les vainqueurs se relâchent. C’est juste après la victoire qu’ils commettent les pires erreurs.

 

Lenormand, Frédéric «Meurtre dans le boudoir» (2012)

« Série Voltaire mène l’enquête »

Tome 2 : Meurtre dans le boudoir (2012)

Résumé : Alors qu’il nie être en train de publier les Lettres anglaises, qu’il nie d’ailleurs avoir écrites, Voltaire se trouve une fois de plus embarqué dans des crimes – qu’il n’a certainement pas commis !

Le réel assassin, de son côté, semble s’en prendre à des individus dans leur plus simple appareil, de préférence en aimable compagnie, dans des mises en scène inspirées de livres licencieux. L’affaire risque de faire du bruit, car il s’agit à chaque fois d’hommes d’importance.

Voilà notre Voltaire contraint d’aller se compromettre dans les recoins pas nets de la capitale, maisons de débauche gérées par des « abbesses », librairies clandestines, bureaux de la Librairie où les ouvrages interdits disparaissent entre les mains des exempts… sur les traces d’un meurtrier qui, comble de ce siècle, s’est pris de haine pour les libertins

Mon avis : Mais j’adore… Merci M. Lenormand de Voltaire… le tome un était comme je l’ai dit « jubilatoire » et celui-ci – au vu du sujet, est tout aussi jouissif…  ! plein de verve et d’ironie, de jeux de mots .. du style «– Nous allons jouer au shah et à la houri ! »…  Bienvenue dans le monde du libertinage et de l’édition.. Enfin de l’édition pas tout à fait légale… celle des écrits contestés de Voltaire et de la presse érotique clandestine. Dans un contexte historique et avec en prime des extraits des écrits de Voltaire comme dessert, nous allons suivre les aventures de Voltaire et parcourir les chapitres d’un roman coquin parsemé de meurtres… Je vais finir par relire Voltaire moi…

Extraits :

À l’intérieur régnaient le dieu Chaos et sa petite sœur, la Bousculade.

avec la conviction d’un missionnaire expliquant aux Zoulous que la Sainte Vierge est la version chrétienne de la déesse Mamlambo.

En bonne santé, il irradiait la vivacité, l’intelligence joyeuse, la verve jubilatoire ; malade ou contrarié, ce n’était plus qu’une prune avec un nez.

– Oh, s’écria Voltaire, mais il y a eu un orage de pompons ! Votre robe en est toute recouverte !

– On peut vivre sans boire de vin ; on ne peut vivre en en buvant du mauvais, répondit Voltaire.

– La curiosité est un défaut si peu répandu qu’elle en devient une qualité, répondit Voltaire.

– Vous savez bien que les livres sont comme les pigeons : on peut les lâcher n’importe où, ils reviennent toujours à leur nid d’origine.

– Quand Montesquieu a écrit ses Lettres persanes, on ne lui a rien dit, à lui !

– C’est que ses Lettres persanes étaient moins philosophiques que vos Lettres philosophiques, qui ne sont pas assez persanes !

La planète était devenue un village et son garde-champêtre en voulait à Voltaire.

Cette enquête était une forêt impénétrable qu’on lui demandait de défricher au couteau à huîtres.

Leur future mine d’informations habitait un petit appartement débordant de livres, vrai temple à la gloire des lectures condamnées. Voltaire s’y sentit comme le Saint-Esprit à Notre-Dame.

– La chicorée, c’est amer, le thé, c’est fade, et le chocolat me dérange l’intestin. Ce ne sont pas des boissons pour les philosophes.
Elle promit de lui procurer de la ciguë à sa prochaine visite.

– But this is my book ! s’écria-t-il avec cet accent qui évoquait à l’oreille des Britanniques le vin rouge et le fromage à pâte crue.

Sur l’autre rive, on avait du goût pour les curiosités venues de France, au premier rang desquelles le pâté de foie gras, le vin de Champagne et Voltaire.

Voltaire avait bien prévu de lutter pour l’amélioration de la condition humaine ; il n’avait pas prévu que ce serait en martyr.

C’était une petite bibliothèque faite pour scandaliser les procureurs, contrister les familles et navrer les philosophes.

A comme Auteur, Arriviste et Abruti.

On lui avait bien dit que le diable existait ; on ne l’avait pas prévenu qu’il portait jupon.

Il avait l’air d’un pêcheur de perles attaqué par un poulpe.

Voltaire songea que ce n’était pas demain la veille. Si les imbéciles se mettaient à avoir de l’esprit, les sages étaient perdus – et dans un avenir proche, pour ce qui le concernait.

Voltaire faisait la tête d’une reine d’Angleterre à qui on apprend qu’on va ouvrir un pub à matelots dans Westminster Abbey.

On avait baptisé ces bonbons « pastilles à la Richelieu », parce que le duc en vantait l’usage à toute occasion. Ces pilules galantes, diavolini en Italie, étaient à la cantharide, un aphrodisiaque connu depuis l’Antiquité.

On perdait des tas choses, dans ces petites soirées : ses vêtements, sa pudeur, sa vertu, sa réputation et, éventuellement, la vie.

La rue des Portes-Blanches ( Rue Blanche de nos jours)  devait son nom et sa couleur au transport du plâtre depuis les carrières de Montmartre.

Quant à l’analphabétisme, il est le dernier rempart de la morale : la lecture engage le peuple à tous les vices.

– Nous allons jouer au shah et à la houri !

Je n’y peux rien : dès qu’il y a du danger, mon réflexe est de m’enfuir.
– C’est parce que vos pieds pensent plus vite que vous, dit Voltaire.

– J’ai occupé ma jeunesse à devenir riche, ma maturité à devenir célèbre ; je pense que j’occuperai ma vieillesse à défendre de grandes causes, quand j’en aurai trouvé.

Lien vers : présentation de la série « Voltaire mène l’enquête »