Qiu, Xiaolong «Il était une fois l’inspecteur Chen» (10/2016)

Auteur : Qiu, Xiaolong, né à Shanghai en 1953, est un auteur chinois de roman policier, poète et amateur de taï chi.

Série Chen Cao : Mort d’une héroïne rouge, Visa pour Shanghaï, Encres de Chine, Le Très Corruptible Mandarin, De soie et de sang, La Danseuse de Mao, Les Courants fourbes du lac Tai, Cyber China10, Dragon bleu, tigre blanc, Il était une fois l’inspecteur Chen

Autres ouvrages : Cité de la Poussière rouge, La Bonne Fortune de Monsieur Ma, Des nouvelles de la Poussière rouge

 

10ème enquête de Chen Cao

Date de parution : 03-10-2016 – 240 pages

Résumé : Chen Cao a grandi au temps des dénonciations de masse et des excuses publiques: «Honte aux intellectuels bourgeois!», «Je suis pourri du coeur aux orteils, je mérite des milliers de morts!» Il a vu son père accusé, sa famille humiliée. Des années plus tard, lorsque l’État lui assigne un poste subalterne dans un commissariat de la ville, un drame fait écho à ce passé de fils de «monstre noir». Fu, un commerçant de la Cité de la Poussière Rouge, spolié sous Mao puis réhabilité et grassement indemnisé, est retrouvé assassiné… Une affaire qui marquera les premiers pas sur le terrain d’un poète de cœur devenu flic par hasard.

Pour ce dixième volet des aventures de l’incorruptible Chen, Qiu Xiaolong dévoile la jeunesse de son personnage fétiche, sa toute première enquête et les heures les plus sombres de la Révolution culturelle, il y a cinquante ans. Il signe ici son roman le plus personnel.

 

Mon avis : Mitigée… Alors certes il y a bien une enquête de l’inspecteur, Chen Cao, sa toute première qui explique comment il a débuté sa carrière dans la police mais c’est la première fois que je suis un peu déçue. Ce livre est en fait divisé en trois ; une enquête, une présentation du quartier de la Poussière rouge, et une partie si je puis dire autobiographique dans laquelle il nous raconte sa jeunesse et nous présente son ami Lu, personnage récurrent de ses enquêtes. L’intérêt de ce livre est plus historique que policier … tout ce qui est historique et qui constitue le contexte des enquêtes de Chen est très intéressant..

Bien sûr que c’est sympa de savoir pourquoi il a décidé de devenir enquêteur – et j’aime toujours savoir le début – mais c’est court…. Et puis après neuf enquêtes, moi je me réjouissais de retrouver mes amis Yu, sa femme Peiqin et son père « le vieux chasseur », la maman de Chen Cao, ses petites amies… ben non … Alors si vous êtes fan de Chen Cao, lisez le car cela fait un tout… mais sachez bien que ce n’est pas l’enquête – pas totalement inintéressante au demeurant– qui va vous tenir en haleine …

Mais ce livre va me pousser à lire son recueil de nouvelles « Cité de la Poussière Rouge » pour découvrir davantage le Shanghai de l’époque

 

Extraits :

 

Mais l’étrangeté de son rôle, une sorte de bibliothécaire déguisé en policier, lui pesait de plus en plus. Il restait là, demi-flic au milieu des vrais flics.

Les flics ne croient pas beaucoup au hasard.

Le vieux proverbe a raison : Les richesses ne durent pas plus de trois générations.

Dans le roman, la plupart des interrogatoires du policier s’avéraient inutiles, mais ils contribuaient à construire une vue d’ensemble grâce à laquelle certains détails prenaient un sens inattendu.

Au village, tout le monde se lave les pieds dans l’eau chaude avant d’aller se coucher pour mieux dormir

Parfois, il valait mieux laisser certains secrets enfouis dans l’ombre, comme dans les poèmes de Li Shangyin, échos fugaces d’une cithare de la dynastie des Tang aux cordes à moitié brisées.

Dans la vaste mer, sous la lune, les perles ont des larmes ;
À Lantian, soleil chaud, des jades créent de la fumée.
Ces émotions auraient pu donner matière au souvenir ;
Seulement, au même moment, on était déjà désemparé.

À l’époque, le concept même de réussite personnelle était tabou. Les gens devaient fonctionner comme des boulons indifféremment vissés à la grande machine étatique. Une vie n’existait que par et pour le Parti.

Les canards mandarins représentent les amoureux inséparables dans la littérature classique, tu sais. »

Le temps s’écoule comme de l’eau et parfois, dans les nuits d’insomnie, des ombres aux allures de poissons ondulent dans ma mémoire.

Écrire permet de revivre des expériences passées et d’en extraire un sens nouveau.

« Tout est possible en imagination »

Voir article général sur ce blog : Qiu, Xiaolong «Les enquêtes de l’inspecteur Chen»

Photo  : National Géo

Legardinier, Gilles «Le premier miracle» (10.2016)

Auteur : Né en 1965, Gilles Legardinier travaille sur les plateaux de cinéma américains et anglais, notamment comme pyrotechnicien. Il réalise également des films publicitaires, des bandes-annonces et des documentaires sur plusieurs blockbusters. Il se consacre aujourd’hui à la communication pour le cinéma pour de grandes sociétés de production, ainsi qu’à l’écriture de scénarios de bandes dessinées et de romans. Alternant des genres très variés, il s’illustre en livres pour les enfants et la jeunesse avec, notamment, Le Sceau des Maîtres (2002), mais aussi dans le thriller avec L’Exil des Anges (Prix SNCF du polar 2010) et Nous étions les hommes (2011), et, plus récemment, dans le roman humoristique, ce qui lui vaut un succès international avec Demain j’arrête ! (2011), Complètement cramé ! (2012), Et soudain tout change (2013) , Ca peut pas rater! (2014) , Quelqu’un pour qui trembler (2015). Le Premier miracle (2016) est un thriller.

 

Résumé : Karen Holt est agent d’un service de renseignements très particulier. Benjamin Horwood est un universitaire qui ne sait plus où il en est. Elle enquête sur une spectaculaire série de vols d’objets historiques à travers le monde. Lui passe ses vacances en France sur les traces d’un amour perdu. Lorsque le vénérable historien qui aidait Karen à traquer les voleurs hors norme meurt dans d’étranges circonstances, elle n’a d’autre choix que de recruter Ben, quitte à l’obliger.

Ce qu’ils vont vivre va les bouleverser. Ce qu’ils vont découvrir va les fasciner. Ce qu’ils vont affronter peut facilement les détruire… Avec ce nouveau roman, Gilles Legardinier allie pour la première fois tous les talents qui ont fait de lui un exceptionnel auteur de best-sellers. Aventure, intrigue fascinante et humour nous entraînent aux confins des mystères de la science et de l’Histoire.

Mon avis : Toujours sympa à lire Legardinier … Alors sorti pendant la Rentrée Littéraire, certes, mais il ne fait pas partie de la RL2016 … Et surprise de taille… C’est un thriller, un roman d’aventure, et pas une petite comédie …. Entre Indiana Jones et le 5ème élément, j’ai passé un super moment : les personnages sont attachants, le rythme soutenu, le suspense au rendez-vous. L’humour aussi qui cache les fêlures des êtres humains. Je ne vous raconte pas car ce serait dommage de dévoiler l’intrigue mais sachez que vous allez voyager… Si vous aimez les romans de Dos Santos ( en moins touffu au niveau des connaissances scientifiques), si vous avez envie d’aller faire un petit tour en Egypte ancienne… Le super roman de vacances aussi 😉 et avec des parties extrêmement bien documentées ( D’ailleurs si vous souhaitez approfondir plusieurs époques ou faits historiques, vous avez en fin de livre une liste de livres à lire)

Extraits :

en affaires comme dans la vie, il faut savoir se positionner et attendre le bon moment.

Approcher le miracle qui transforme une touche de couleur parfaitement placée en une émotion véritable, jusqu’à sublimer une réalité matérielle en un souffle de sentiment.

Certains hommes dépassent les autres, et ce qu’ils offrent à ce monde nous élève tous.

Alors que notre monde court à sa perte, trouvez-vous qu’il soit digne de consacrer le génie de nos civilisations à la création de vernis à ongles fluo ou d’applications pour gâcher son temps avec un téléphone ?

Par quelle malédiction les mécréants ont-ils asservi l’intelligence au commerce plutôt qu’à la progression et à la survie de notre espèce ? Pourquoi les rêves ont-ils été confisqués au service de pitoyables petits intérêts ? Pourquoi faudrait-il accepter ce monde inféodé à l’argent, à l’immédiat et au vulgaire ?

Comme un pantin désarticulé, il dut s’appuyer contre l’arbre pour se retrouver maladroitement sur ses deux jambes. En quelques secondes, il offrit un parfait condensé de l’évolution de la larve primaire jusqu’à l’Homo erectus.

— Dormir debout, c’est déjà dormir…

Les archéologues ne disent-ils pas que tout ce qui est important est enterré ?

Et vous savez ce que le fait de ne pas comprendre déclenchait chez lui : il ne pensait plus à rien d’autre !

La dérision peut-elle servir de bouclier contre la vie ?

Depuis son plus jeune âge, se retrouver dans la forêt en pleine nuit lui avait toujours donné la chair de poule. Beaucoup d’adultes prétendent que ces peurs disparaissent en grandissant. La plupart mentent.

Les services secrets n’ont pas la moitié des pouvoirs qu’on leur prête. Mais ça les arrange bien que tout le monde le croie.

Certains individus ne comprendront jamais pourquoi jeter des détritus est mauvais pour la collectivité. Ils ne se soucient que de leurs petits intérêts et se moquent de celui d’une société dont ils bénéficient pourtant. Rien ne compte, hormis eux-mêmes. Beaucoup d’entre eux se croient plus malins, supérieurs. En face, d’autres préfèrent passer leur vie à se taper la corvée plutôt que de voir la rue disparaître sous un chaos d’immondices. C’est une question de nature. Vous êtes volontaire pour assumer, ou simplement bon à profiter. Vous vous montrez responsable ou pas. Pour quelles causes sommes-nous prêts à nous baisser pour ramasser ? Pour quels enjeux sommes-nous décidés à nous lever pour nous battre ? Je vois cette rue comme une version miniature de notre monde.

Le moins démonstratif n’est pas nécessairement le moins attaché.

Je suis convaincu qu’il est impossible de tenter de comprendre l’histoire si nous ne tenons pas compte des rêves et des espoirs de ceux qui l’écrivent. On dit souvent que la foi soulève des montagnes. Je serais tenté d’ajouter qu’à mon sens, il n’y a qu’elle qui en soit capable.

Aucun des apprentis sorciers avides de nous vendre leurs prétendues prouesses ne pourra surpasser le plus humble des potiers, qui en mélangeant la glaise et l’eau, puis en exposant le tout au feu, obtient un résultat capable de résister à l’eau comme au feu.

Aux alentours de l’an 2330 avant notre ère, le pharaon Ounas, dernier de la Ve dynastie, entreprit un long voyage dont il ne révéla la destination à personne.

L’histoire se réécrit sans cesse au fil de ce que nous acceptons d’apprendre chaque jour.

À trois secondes de claquer, il hésitera encore à se confier à Dieu parce qu’il le soupçonnera de travailler pour le camp adverse.

En étudiant le passé, vous ne courez aucun risque. Aucune décision à prendre, aucun choix cornélien, aucune urgence. Tous les dilemmes sont résolus depuis longtemps. Plus rien à sauver ou à condamner. Uniquement des leçons à tirer, en restant bien au chaud, sur la berge, à l’abri du torrent de la vie.

À force d’étudier la vie des autres, le plus souvent à travers les seuls progrès de la science, il en avait un peu oublié de faire sa propre expérience et de fréquenter les vivants.

— C’est juste. Pardonnez-moi. Quand je suis épuisé, je dis n’importe quoi.
— Cela vous arrive aussi quand vous êtes bien reposé.

Chaque existence est un fil dont est tissée l’étoffe du monde. Comparables à des fibres, les vies coulent et ondulent entre hauts et bas, se plient, s’accrochent, résistent et s’usent parfois jusqu’à se déchirer. Tous les êtres vivent dans cet entrelacs sans fin où les destins se croisent, se nouent, liés les uns aux autres par un métier qui s’active depuis la nuit des temps, ajoutant sans cesse son œuvre du jour à l’infinie tapisserie de notre histoire. Tantôt rugueux, tantôt de soie, ce tissu universel et sacré s’avère plus fort que la mort elle-même.

Certains futurs ne tiennent qu’à un fil, et nul ne sait ce qui lui donnera la force de résister ou le fera rompre.

Si la vie n’a pas de prise sur nous, c’est pour une raison toute simple : nous n’attendons plus rien d’elle. Nous avons trop peu à perdre et trop peu à gagner.

Lorsque tout ce qui compte vous échappe, vous n’avez plus envie de rien. Se détacher de tout constitue peut-être la seule voie vers la liberté. L’absence d’intérêt personnel vous épargne les partis pris. Puisque plus rien n’a d’importance, vous ne faites jamais semblant et vous osez réagir à ce que le monde tente de vous imposer. Comme un prisonnier qu’aucune grâce ne viendra sauver et qui peut se permettre de hurler la vérité.

Faites-moi confiance et arrêtez d’appuyer sur la pédale de frein qui n’existe pas sous votre pied. Pour la conduite, je vous rappelle que j’ai la formation…

— Chaque homme a son prix, c’est ça ?
— Je préfère considérer que chaque homme a ses raisons. L’argent n’est jamais une fin en soi – sauf pour les imbéciles, ce que vous n’êtes pas.

 

Image : une photo prise par moi à Abou-Simbel ( pas pu résister de remettre un chat en couverture d’un Legardinier 😉 )

Boley, Guy «Fils du Feu» (RL2016)

160 pages – paru le 24.08.2016 chez Grasset

Auteur : Guy Boley est né en 1952, il a été maçon, ouvrier d’usine, chanteur des rues, cracheur de feu, acrobate, saltimbanque, directeur de cirque, funambule à grande hauteur, machiniste, scénariste, chauffeur de bus, garde du corps, et cascadeur avant de devenir dramaturge pour des compagnies de danses et de théâtre. Il compte à son actif une centaine de spectacles joués en Europe, au Japon, en Afrique ou aux États-Unis. Fils du feu est son premier roman.

Prix Georges Brassens 2016 – Grand prix SGDL (Société des Gens De Lettres) du Premier roman

Résumé : Nés sous les feux de la forge où s’attèle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaque nuit un lit depuis longtemps vidé ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaité renait ? Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, fils du feu survivant, retrouvera la paix dans les tableaux qu’il crée et raconte à présent. Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister.

Dans une langue splendide, Guy Boley signe ainsi un premier roman stupéfiant de talent et de justesse.

Mon avis : Un énorme coup de cœur que ce livre de la RL2016.

Le récit se situe pendant les 30 glorieuses (entre 1946 et 1975) : Passage de la France rurale à la modernité. Nous sommes dans un village reculé, plongés dans la vie quotidienne d’une famille et de ses voisins.

Tout bascule dans la vie de la famille et de l’enfant narrateur du récit ; la vie de la famille tout comme la société qui plonge dans la consommation. Plus rien de stable dans ce monde en mutation. Son frère disparaît, le comportement de son père se modifie radicalement, sa sœur quitte la maison, sa mère bascule dans la folie…

Le roman commence dans le feu et les flammes, dans la forge de la création du monde qui fut l’univers de l’auteur dont le père était forgeron. L’enfant raconte : il raconte son monde, son village, son univers fait de bruit et de fureur, la forge, ces hommes façonnent le monde ; les femmes qui font les lessives ; les rapports entre les familles, les habitudes… Un drame : la mort de son frère… et la vie qui change… Sa mère, comme une de ses voisines, va refuser la mort de son fils et sombrer dans la folie… Et les rêves de liberté sont remplacés par la pesanteur de l’ambiance qui va remplacer et étouffer la joie de vivre… La lutte entre l’homme et le fer se transposera en lutte entre humains… Au lieu de frapper la matière, la force se transformera en coups, en affrontements … Et toutes les couleurs ( le rouge, l’or du feu,) vont faire place au gris …

Ayant perdu tous ses repères à ce bouleversement, le jeune tentera de fuir et de se réfugier dans les études, les arts, la sexualité ; il se cherchera tout en essayant de ne pas se faire détruire par son passé. Beaucoup de douleur, des échappatoires pour ne pas affronter une réalité et la fuite dans le rêve et l’imaginaire… La violence des sentiments et de la douleur passera par les couleurs et sera jetée sur des toiles … Jusqu’à la fin , la fuite et le rejet du passé…

Une écriture puissante, percutante, colorée, imagée à l’image des héros de la mythologie… Un livre de feu, de noir, de rouge, de flamboyance et d’étincelles … Des mots martelés, des envolées, des images… Les phrases qui scandent les émotions, sur fond de références mythologiques et culturelles. Une poésie en prose, une écriture en alexandrins, des descriptions qui font de vous les spectateurs des scènes décrites, des statues figées face à des scènes du monde des enfers ou de la mythologie… les dieux des enfers entrent en scène… et je suis restée scotchée …….

 

Extraits :

Ils étaient incultes, c’est-à-dire intelligents mais sans les livres capables de leur nommer, soit cette intelligence, soit cette inculture.

« Tu périras par le fer » était-il écrit à la fois dans la Bible et dans Les Trois Mousquetaires. Dieu et Alexandre Dumas ne pouvaient pas ensemble se tromper sur une phrase aussi brève et bénigne. D’autant qu’armures, fléaux, épées, boucliers, baïonnettes, poignards, fleurets, écus : tout n’était que fer, tout n’était qu’acier. Acier, acier, acier ! Alors acier acier assieds-toi petit que je te forge l’âme entre enclume et marteau, que je te forge un arc à hauteur de tes rêves.

Mort de son vivant. À répéter inlassablement les mêmes gestes, à dire les mêmes mots et à feindre de vivre en prenant des allures de quelqu’un d’important  […]

Puisque tout n’était que brillance et tout dans l’apparence. Puisqu’il fallait briller. Briller de l’extérieur, pourrir de l’intérieur. Briller en société, mourir de solitude.

[…] m’amusais tout seul avec les pinces à linge. Je leur ouvrais le bec d’une simple pression et les faisais parler, mordre, rire ou bâiller, selon qu’elles devenaient humaines, gorgones, fantômes, licornes ou crocodiles.

c’est ainsi que l’on devient un homme, un conquérant, un Attila en herbe : en reniant son passé, en écrasant autrui ; surtout s’il est petit ; surtout s’il nous renvoie l’image de ce que l’on fut naguère.

ces fragments d’éternel qui m’ont porté, moi, fœtus, des étoiles à l’ovule, du néant jusqu’ici, traversant les saisons, les siècles et les empires, les tranchées, les charniers et les épidémies.

[…] en riant bien sûr, en riant à chaudes larmes.

Ce sont pourtant des années que l’on nommera Glorieuses : le roi nommé crédit distribue à la volée de pleines poignées de billets permettant d’acheter des meubles en aggloméré, des tables en Formica, de la vaisselle transparente en Pyrex, des oreilles de Mickey et des Général de Gaulle en forme de tire-bouchon.

Papa a démâté et maman éplorée est en train de naufrager à l’intérieur d’elle-même.

Les petits riens aux petits riens s’additionnent, faisant mourir les mondes, périr les civilisations : on tourne en rond avec l’automobile comme tournent les moines sur le pavé des cloîtres, on pilonne les livres en massacrant les mots derrière le noir et blanc d’un écran de télé qui a cependant l’élégance de se nommer encore Radiotélévision, histoire de faire croire que la parole est reine, lors qu’elle est déjà condamnée, mise en joue par ces réclames naïves, aux tons pastel, qui deviendront de la pub et régiront le monde. La complainte du progrès, on connaît la chanson ; on n’en écrira pas tous les couplets. Le confort de la laideur a pris la place de l’inconfort du beau. On sacre l’inutile, on glorifie le gadget, qu’importe que Dieu soit mort ou juste à l’agonie : on a des pinces à sucre, des bigoudis chauffants.

Mais pour un enfant, une mère n’est qu’amour.

C’était assez fréquent qu’elle fuie la réalité et qu’elle se mette à vivre de l’autre côté de l’écran.

[…] j’aimais comme aiment les enfants, c’est-à-dire à plein cœur, et démesurément.

[…] je me suis enfermé à l’intérieur des pages comme derrière des barreaux. À tel point que je ne voulais plus quitter ni ma chambre, ni ces livres qui demeuraient, sans que je m’en rende compte, ouverts à la même page.

Je suis heureux, ou plutôt libéré ; je sais à présent que je n’emporterai rien de mon passé, rien de mon enfance. Rien de cette maison.

La question qui m’intrigue et dont la réponse à chaque fois m’émerveille est celle-ci : d’où va surgir la lumière ? De quel amas de matières, de quel coin du tableau, de quel endroit de moi-même, de quel passé, de quelles insoupçonnables profondeurs, de quelle victoire, quelle défaite, quelle joie ou quelle douleur ?

La lumière d’un tableau participe certainement d’un même mouvement de soi. Qui sait si la lumière qui sourd de la matière que l’on pose sur une toile n’est pas née, elle aussi, d’un grand choc de planètes, d’un grand chaos d’étoiles, d’une conscience qui se meut par-delà le mouvement ? Quelque chose qui pourrait par exemple se nommer tout simplement l’enfance.

[…]quand les arbres fruitiers, se prenant pour des troubadours, se paraient de guipures multicolores qui mélangeaient tendres pastels et arrogants carmins, quand les arbustes dégoulinaient de guirlandes violettes

Chevalier, Tracy « À l’orée du verger» (05/2016)

L’Auteur : Tracy Chevalier est un écrivain américain habitant Londres depuis 1984 avec son mari et son fils. Elle s’est spécialisée dans les romans historiques.
Tracy Chevalier est née et élevée à Washington, DC, et son père est photographe pour le The Washington Post. Elle étudie à la Bethesda-Chevy Chase High School de Bethesda, dans le Maryland. Après avoir reçu son B.A. en anglais à l’Oberlin College, elle déménage en Angleterre en 1984.

Sa carrière d’écrivaine débute en 1997 avec La Vierge en bleu, mais elle connaît le succès avec La Jeune Fille à la perle, un livre inspiré par le célèbre tableau de Vermeer.  Suivront Le Récital des Anges, La dame à la licorne, L’innocence, Prodigieuses Créatures, La Dernière Fugitive et A l’orée du verger (2016)

Résumé : En 1838, dans l’Ohio, la famille Goodenough s’installe sur les terres marécageuses du Black Swamp, dans l’Ohio. Chaque hiver, la fièvre vient orner d’une nouvelle croix le bout de verger qui fait péniblement vivre cette famille de cultivateurs de pommes. Tandis que James, le père, tente d’obtenir de ces terres hostiles des fruits à la saveur parfaite, la mère, Sadie, en attend plutôt de l’eau-de-vie et parle à ses enfants disparus quand elle ne tape pas sur ceux qui restent.

Quinze ans et un drame plus tard, leur fils Robert part tenter sa chance dans l’Ouest. Il sera garçon de ferme, mineur, orpailleur, puis renouera avec la passion des arbres en prélevant des pousses de séquoias géants pour un exportateur anglais fantasque qui les expédie dans le Vieux Monde. De son côté, sa sœur Martha n’a eu qu’un rêve : traverser l’Amérique à la recherche de son frère. Elle a un lourd secret à lui faire partager…

Tracy Chevalier nous plonge dans l’histoire des pionniers et dans celle, méconnue, des arbres, de la culture des pommiers au commerce des arbres millénaires de Californie. Mêlant personnages historiques et fictionnels, des coupe-gorges de New York au port grouillant de San Francisco, À l’orée du verger peint une fresque sombre mais profondément humaniste, et rend hommage à ces femmes et ces hommes qui ont construit les États-Unis.

Mon avis : Et je ne résiste pas… le 7ème livre de cette romancière Je les ai tous lus…

Nous voici au début du XIXème siècle dans une Amérique inhospitalière, une Amérique qui se transforme … Le précédent, « la dernière fugitive » était aussi situé dans l’Ohio. Bienvenue dans les marécages de l’Ohio. Une famille quitte le Connecticut pour la terre promise. Mais le rêve américain est une véritable désillusion … la ruée vers l’ Ouest … par la route

l’Ohio : les années Black Swamp. Au centre du récit : un couple qui se déchire sur la bonne sorte de pommes ! Un des deux parents est alcoolique et pour une fois, ce n’est pas l’homme qui boit ! Sadie est une femme forte, révoltée, mauvaise mais elle est à plaindre. Le mari est proche de la nature, humain, Ils ont 5 enfants survivants sur les 10 enfantés. Et d’autres personnages : les arbres ! Le livre est un vrai document sur la culture des pommes ! Il y a deux sortes de pommes, les sucrées que l’on mange et les acides qui servent pour l’eau de vie. James est amoureux des rainettes dorées et il en parle avec amour.

La Californie : un lieu à part, c’est le symbole du rêve américain, la ruée vers l’Or qui va appeler des gens de partout qui veulent recommencer leur vie. Les hommes partent vers la Californie avec l’intention de faire fortune et retourner près des siens … mais au final … ils restent. La Californie, c’et le bout du rêve, la fin de l’Ouest, la fin des illusions.

L’histoire d’une famille : les Goodenough … quel nom approprié. « Assez bien » « Ça suffit » … Pour ne fois le personnage central est un homme, Robert, qui fuit son passé et va au bout de l’Ouest… Il s’arrête en Californie… La Californie, c’est le bout du rêve, la fin de l’Ouest, la fin des illusions.

J’ai adoré ce parcours et le lien entre cet homme qui vit et vibre par la botanique , qui se ressource dans la sérénité ces arbres millénaires et immenses que sont les Sequoias qu’il considère et vénère comme ses ancêtres. Cet homme va fuir en laissant tout derrière lui mais en ne coupant pas totalement les ponts avec sa famille en écrivant une lettre, tous les 1er de l’an… D’un côté à l’autre des Etats-Unis, des lettres, le trait d’union …

Le poids de sa jeunesse lui permettra-t-il d’avoir foi en lui, de vivre !? Reverra-t-il sa famille ? Affrontera-t-il son passé ? Pour le savoir.. je vous invite à faire la traversée des Etats-Unis en compagnie de Robert….

Et cela me fait penser aux paroles de la chanson de Florent Pagny :

« Et un jour une femme
Dont le regard vous frôle
Vous porte sur ses épaules
Comme elle porte le monde
Et jusqu’à bout de force
Recouvre de son écorce
Vos plaies les plus profondes
Puis un jour une femme
Met sa main dans la votre
Pour vous parler d’un autre
Parce qu’elle porte le monde
Et jusqu’au bout d’elle même
Vous prouve qu’elle vous aime
Par l’amour qu’elle inonde… »

 

Extraits :

C’est sur cette route qu’on a rencontré notre premier ennemi. La boue.

Les arbres étaient un autre ennemi qui nous attendait dans le Black Swamp. Ah ça, les ennemis manquaient pas, là-bas.

Les arbres, c’est pareil, on défriche un champ et les voilà qui recommencent à surgir. Ils vont moins vite que le linge sale, c’est déjà ça.

Le greffage lui avait toujours semblé tenir du miracle : il trouvait fabuleux qu’on puisse prendre le meilleur d’un arbre – ses racines, disons –, y associer le meilleur d’un autre arbre – un individu donnant des pommes sucrées – et créer de la sorte un troisième arbre, fort et productif. C’était un peu comme faire un enfant, à cette différence près qu’on en choisissait les caractéristiques.

Il voyait presque les branches se décrisper après l’hiver glacial, la sève se mettre à circuler, les bourgeons affleurer en bosses minuscules comme des renards pointant le museau hors de leur terrier pour humer l’atmosphère. Encore incolores, ces petits points, d’ici quelques semaines, se pareraient de vert, indice de la feuillaison à venir. Les arbres semblaient pousser avec une lenteur terrible et pourtant chaque année les feuilles, les fleurs et les fruits revenaient accomplir leur cycle miraculeux.

Je ruisselais de larmes aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.

La vie n’était souvent que la répétition des mêmes gestes dans un ordre différent, selon le jour qu’on était et l’endroit où on se trouvait.

Il ne lui avait pas donné de nom, et n’était pas sûr de le faire un jour, puisque donner un nom à une chose vous liait à elle et en rendait la perte plus douloureuse […]

S’il n’en parlait pas, il n’était pas obligé d’y repenser, et pouvait ainsi laisser tiré le noir rideau qui séparait le passé du présent.

La Californie était autrefois une terre immense peuplée de quelques Indiens et de quelques Californios ; aujourd’hui elle comptait des centaines de milliers d’Américains, venus chercher de l’or et espérant trouver autre chose pour remplacer ce rêve.

— Oui, j’ai dû d’abord aller vers l’est pour ensuite aller vers l’ouest te retrouver. Je sais que c’est bizarre, ajouta-t-elle alors que Robert secouait la tête, mais parfois c’est ce qu’il faut faire… revenir en arrière pour avancer.

« C’est facile de connaître les autres. Beaucoup moins de se connaître soi-même. »

Il avait relégué les dernières paroles de sa mère sur une étagère en hauteur où il n’allait jamais fureter.

Pleurant et plissant les yeux, son petit visage tout crispé de détresse, il tendit soudain les bras, ses mains minuscules comme une paire d’étoiles dans les airs.

C’était cela, la Californie. Les gens partaient vers l’ouest en laissant derrière eux des ennuis de toutes sortes, et ils trouvaient en Californie l’entière liberté de s’en créer de nouveaux.

 

 

Carrisi, Donato «La Fille dans le brouillard» (08/2016)

L’auteur : Né en 1973, Donato Carrisi est l’auteur italien de thrillers le plus lu dans le monde. Le Chuchoteur, son premier roman, a été traduit dans vingt pays, a reçu quatre prix littéraires en Italie. Lauréat du prix SNCF du Polar européen et du prix des lecteurs du Livre de Poche dans la catégorie polar, il connaît un immense succès en France aux éditions Calmann-Lévy.
Série Mila Vasquez : Le ChuchoteurL’Ecorchée
Série Marcus et Sandra : Le tribunal des âmes Malefico
Autres romans : La Femme aux fleurs de papierLa Fille dans le brouillard

 

Résumé : Le nouveau thriller sensationnel du créateur du Chuchoteur. Juste avant Noël, Anna-Lou, jeune fille exemplaire, disparaît sans laisser la moindre trace de son petit village des Alpes. Il s’agit de toute évidence d’un enlèvement, mais qui pourrait bien lui vouloir du mal ? C’est alors que la star de la police, le commandant Vogel, débarque sur place entouré de sa horde de caméras. Cependant, il comprend vite qu’il n’a pas la moindre piste. Et devant ses fans, il ne peut pas perdre la face. Comment faire alors pour résister à la pression de son public qui réclame un coupable ?   Une lecture addictive aux rebondissements ahurissants, et une réflexion fascinante sur le pouvoir des médias dans les affaires criminelles. Avec La Fille dans le brouillard, l’auteur de thrillers italien le plus lu au monde signe indéniablement l’un de ses meilleurs thrillers.

Mon avis : J’ai suivi les conseils de Corinne et de Laurence et je ne l’ai pas regretté… Je dois dire que maintenant je vois « Carrisi » et je fonce 😉 c’est une valeur sûre du thriller …

Ambiance de Noël dans un village de montagne. A priori tout est feutré, dans cette ambiance ouatée. Et c’est pire. Le suspense se dépose comme la neige et se colle comme le brouillard. Dans le flou tout est plus angoissant…

Ce n’est pas seulement un roman ; c’est aussi une étude sur la manipulation des informations, sur le besoin des enquêteurs et des médias d’occuper le devant de la scène, même si c’est au détriment de la vérité. L’enquêteur principal est en mal de reconnaissance après avoir manipulé les preuves dans une enquête précédente. Il a donc impérativement besoin de conclure cette enquête pour redorer son blason et relancer sa carrière. Jusqu’où sera-t-il prêt à aller pour cela. Une fois de plus, le « Mal » est l’acteur principal du livre.

L’importance de la télévision, de l’opinion publique … si l’intérêt des téléspectateurs est ferré par les journalistes, alors les crédits sont débloqués pour que la police puisse poursuivre son enquête dans les meilleures conditions possibles pour trouver un coupable et calmer la peur. Les médias vont désigner les cibles. Les moteurs de la vie sont l’argent, le pouvoir, la foi. Les valeurs humaines semblent céder le pas au voyeurisme… Le « monstre tueur » est nettement plus digne d’intérêt que la victime. D’ailleurs qui se soucie des victimes ?

Un thriller psychologique angoissant car cette tragédie pourrait tous nous concerner. Au moment où l’étau se resserre, on se demande si la vindicte populaire a désigné le bon coupable…

Les rouages de la justice semblent bien fumeux… les avis des flics, de la procureure, de tous semblent diverger. Beaucoup de non-dits dans ce village divisé en deux : d’un côté l’argent, de l’autre la congrégation religieuse…

Plongeons dans le côté obscur de la justice, dans le monde de l’audimat, de la publicité aux dépens de la vie …

Pas sanglant mais glaçant… et plus je lis des polars, plus j’aime les polars psychologiques qui sondent l’âme humaine. Suspense assuré jusqu’à la dernière ligne !

Extraits :

Il démarra sa vieille Citroën et attendit quelques secondes que le moteur diesel chauffe avant de partir. Il avait besoin de ce bruit pour rompre la monotonie de cette paix menaçante.

Au centre courait un fleuve d’un vert intense, tantôt placide, tantôt colérique

[…] cette pièce, ces murs, cette maison ne seraient plus jamais les mêmes. Ils étaient pleins de souvenirs qui commenceraient bientôt à faire mal.

La télévision avait cet effet-là. Comme si les mots et les gestes prenaient une consistance nouvelle.
Autrefois, elle se contentait de reproduire la réalité, maintenant c’était le contraire. Elle la rendait tangible, consistante.
Elle la créait.

Toutefois, ce silence n’avait rien de paisible : il avait mis en évidence le vide qui s’était créé dans cette maison depuis plus de quarante-huit heures.

Une tonne de souvenirs heureux. Parce que – cette pensée était idiote – les gens ne prennent pas de photos les mauvais jours. Et s’ils le faisaient, ils les mettaient ensuite de côté.

Dans une société fermée, qui vit entre les montagnes, il faut un réel charisme pour ouvrir une brèche dans le cœur des gens… ou alors profiter de la crédulité populaire,

J’ai appris qu’il existe deux moments où faire les choses. Maintenant et plus tard.

Là était peut-être la clé : le sacrifice. Sans sacrifice, il n’existait pas de foi, il n’existait pas de martyrs.

Le monstre, la victime. La seconde doit être protégée de toute attaque ou soupçon : elle doit être « pure ». Sinon, on risque de fournir un alibi moral à celui qui lui a fait du mal.

Les gens ne cherchent pas la justice, ils veulent un coupable. Pour donner un nom à la peur, pour se sentir en sécurité. Pour continuer de croire que tout va bien, qu’il y a toujours une solution.

Ce sont les méchants qui font l’histoire.
Ce n’était pas uniquement de la littérature. C’était la vie.

C’est toujours bizarre que la vie des autres continue alors que la tienne s’est arrêtée, pensa-t-il. Il se sentait bloqué dans sa vie.

Je t’ai emmené du côté obscur de la lumière. Parce que la lumière aussi en a un, même si tout le monde n’arrive pas à le voir.

Brandreth, Gyles : la série Oscar Wilde

L’Auteur : Gyles Brandreth est un brillant touche-à-tout à l’excentricité « So british », à la fois journaliste, producteur de théâtre, homme d’affaires, acteur… Inconditionnel d’Oscar Wilde, il a toujours vécu sous le signe du célèbre dandy. Grâce à sa connaissance profonde de l’œuvre et de la vie du poète, il a su restituer le génie du personnage, dont les enquêtes connaissent un franc succès dans le monde.

Tome 1 : Oscar Wilde et le Meurtre aux chandelles

Résumé : En cette fin de siècle trépidante, Oscar Wilde, dandy éclairé, virevolte de mondanités en rendez-vous discrets, lorsqu’un drame vient bouleverser sa vie. Tandis qu’il s’apprête à écrire Le Portrait de Dorian Gray, il découvre dans un meublé le corps d’un jeune garçon de sa connaissance. Tout semble indiquer un meurtre rituel. Et, en ami fidèle, Oscar Wilde s’est juré de ne pas trouver le repos tant que justice n’aura pas été faite pour Billy Wood.

 »J’ai toujours voulu rencontrer Oscar Wilde. J’ai désormais l’impression que c’est arrivé et que j’ai partagé avec lui une terrible, étrange et angoissante aventure. C’est une expérience que je recommande à chacun. » Anne Perry.

 »L’un des livres les plus intelligents, amusants et distrayants de l’année. Si Oscar Wilde avait dû l’écrire lui-même, il n’aurait pas fait mieux. » Alexander McCall Smith.

Mon avis : j’ai bien aimé. Savoureux. Intelligent. Je vais voir à la biblio si je trouve les suivants.

Extraits :

Je suis le prince de la procrastination, dit-il. C’est un péché qui me guette sans cesse. Je ne remets jamais au lendemain ce que je peux faire… Le surlendemain.

L’esprit n’est pas un appareil photographique mais un pinceau d’artiste. Il n’enregistre, hélas, aucune image. Il peut seulement se rappeler la couleur du jour, l’impression de l’instant. Quant aux détails, ils disparaissent. C’est un instrument adapté aux peintres et aux poètes, mais de bien peu d’utilité pour le détective !

La caricature est l’hommage que la médiocrité paie au génie.

Comme le disait souvent Oscar, « la vie est un cauchemar qui empêche de dormir ».

 

Tome 2 : Oscar Wilde et le Jeu de la mort

Résumé : Facétieux Oscar Wilde ! Après avoir choqué le monde par ses boutades lors de la première triomphale de L’Éventail de Lady Windermere, le voici qui propose à ses amis une curieuse activité pour les distraire : le jeu de la mort. Chacun inscrit sur une feuille le nom de la victime de son choix et aux participants de deviner qui veut tuer qui. Mais quand la Mort commence à frapper les victimes potentielles dans l’ordre exact où elles ont été tirées, le drame succède à la comédie. Flanqué de son fidèle ami Robert Sherard, et assisté par Arthur Conan Doyle et par le peintre Wat Sickert, Wilde mène l’enquête avec plus de zèle que jamais. Car son nom et surtout celui de sa femme figurent sur la liste funèbre…

Mon avis : 2 ème enquête en compagnie d’Oscar Wilde et de Conan Doyle. C’est plein d’humour, on a l’impression de faire une incursion dans le monde de ces deux auteurs. On découvre la vie des deux amis, on les accompagne au Club, on pénètre dans leur intimité. Cette deuxième aventure donne envie de continuer à vivre avec eux. Mais je dois dire que c’est davantage pour le plaisir de découvrir la vie des personnages et le contexte historique dans lequel le « monument » Wilde évolue que pour l’enquête proprement dite. C’est bien écrit, savoureux, émaillé de remarques et de bons mots. Alors même si l’enquête n’est pas «topissime»… bien qu’elle ne soit pas inintéressante.. Une façon d’écrire qui ne ressemble à aucune autre. Je recommande.

Extraits :

« Surveille des pensées, car elles deviennent tes paroles, récita-t-il. Surveille tes paroles, car elles deviennent tes actions. Surveille tes actions, car elles deviennent tes habitudes. Surveille tes habitudes, car elles deviennent ton caractère. Surveille ton caractère, car il devient ton destin. »

« La vérité, c’est que j’aime les superstitions, Robert. Elles donnent de la couleur à la pensée et à l’imagination. Elles s’opposent au bon sens et le bon sens est l’ennemi de ce qui est romantique. Conservons une part d’irréalité. Ne soyons pas vulgairement raisonnables. »

Tome 3 : Oscar Wilde et le Cadavre souriant

Résumé : En 1883, Sarah Bernhardt et Edmond La Grange dominent le théâtre mondial. Déterminé à faire fructifier sa renommée naissante après sa triomphale tournée américaine, le jeune Oscar Wilde se rapproche de ces deux monstres sacrés. Installé à Paris, il travaille avec La Grange à une nouvelle traduction d’Hamlet qui promet de faire des étincelles. Mais pour l’heure, elle fait surtout des victimes… La compagnie La Grange est frappée par une série de disparitions mystérieuses, et Oscar Wilde est bien décidé à en trouver le responsable. Entre jalousies artistiques, vices cachés et secrets de famille, le poète dandy découvre l’envers peu reluisant du décor flamboyant du Paris fin-de-siècle.

Mon avis :  pas encore lu

Extraits :

 

Tome 4 : Oscar Wilde et le Nid de vipères

Résumé : Impeccable dandy à l’élégance excentrique, Oscar Wilde ne manquerait jamais une soirée mondaine en compagnie d’Arthur Conan Doyle. Surtout si elle est donnée par l’une des femmes les plus en vue de Londres, la duchesse d’Albemarle. Mais la mort brutale de leur hôtesse entraîne les deux brillants compères dans une enquête au plus près des secrets de la Couronne.

 »Un suspense à tout rompre, mais surtout la sensation d’une incroyable familiarité avec Wilde, le mythe. » Julie Malaure, Le Point

Mon avis : pas encore lu

Extraits :

 

Tome 5 : Oscar Wilde et les Crimes du Vatican

Résumé : Pour Oscar Wilde et Conan Doyle, une cure thermale n’est jamais de tout repos ! De découvertes macabres en jeu de piste, les deux compères se retrouvent bientôt sur le parvis de l’église Saint-Pierre, au coeur de la cité éternelle. Et dignes de leur réputation, ils ne reculeront devant rien. Quitte à infiltrer le cercle le plus privé de l’Église Catholique…

Mon avis : pas encore lu

Extraits :

 

Tome 6 : Oscar Wilde et la Prison de Reading Goal

Résumé : Tout juste libéré de la prison de Reading, ou il a été enfermé deux ans, Oscar Wilde se réfugie à Dieppe. Il croise la route d’un mystérieux étranger manifestement très intéressé par son histoire. Jour après jour, Wilde entame le récit de son calvaire, des corvées endurées, de la censure… sans oublier le double meurtre qu’il lui a fallu résoudre. Car dans une affaire si délicate, à quel saint se vouer, si ce n’est au détenu le plus célèbre de Reading Gaol ?

Mon avis : pas encore lu

Extraits :

 

Garrido, Antonio «Le dernier paradis» (05/2016)

Auteur : Il fait des études d’ingénieur industriel à l’université polytechnique de Las Palmas. Il est ensuite professeur à l’Université CEU Cardinal Herrera de Valence, puis à l’Université polytechnique de Valence. Il vit à Valence.

Il amorce sa carrière littéraire en 2008 avec le roman policier historique La Scribe (La escriba), dont l’action se déroule dans la Franconie, en l’an 799, à la veille du sacre de Charlemagne. Theresa, la fille d’un scribe byzantin, se réfugie dans l’abbaye de Fulda et devient la scribe du moine Alcuin d’York, grâce auquel elle participe à des enquêtes sur des morts suspectes. L’ouvrage devient un best-seller traduit dans une douzaine de langues. Le Lecteur de cadavres (El Lector de Cadáveres), paru en 2011, est un second roman policier historique, dont le héros, inspiré d’un personnage réel de la Chine impériale du XIIIe siècle, a le don d’expliquer les causes d’un décès grâce à un examen minutieux des corps. Le dernier paradis est son troisième roman.

Résumé : Jack, comme tant d’autres travailleurs, est une victime de la crise des années 30. Renvoyé parce qu’il est juif de l’usine Ford où il travaillait à Détroit, il retourne habiter chez son père, à New York. L’homme, vieux, colérique, sombre, à l’instar du pays, dans la dépression. Jack, sans travail, sans argent, a bien du mal à s’occuper de ce père devenu alcoolique, et à payer le loyer que le propriétaire, Kowalski, leur réclame chaque semaine de façon toujours plus insistante.

Un soir que Kowalski débarque avec deux hommes de main, un coup de feu part. Persuadé qu’il va être accusé de meurtre, Jack n’a d’autre choix que de fuir le pays. Il s’embarque alors avec son ami Andrew, un idéaliste et militant communiste de la première heure, pour l’Union soviétique car cette nation nouvelle, paradis des travailleurs, cherche des ouvriers qualifiés pour développer son industrie automobile.

Pourtant, une fois en URSS, les promesses s’évanouissent et les illusions laissent la place au désenchantement. Jack découvre un monde où tout est respect de l’ordre, répression et corruption. Devenu agent double bien malgré lui, il se laisse entraîner par les événements, mais il va bientôt devoir chercher à comprendre qui tire réellement les ficelles de son destin et choisir son camp, en politique comme en amour.

« Prix 2015 du Roman Fernando Lara  »

Note de l’auteur : Au fil du temps, cette histoire avait pris place sur l’étagère de mes souvenirs et elle était restée là, oubliée, […]

Mon avis : Troisième roman de cet auteur que je lis avec beaucoup de plaisir. Mon préféré reste toutefois le « Le lecteur de cadavres » … Cette fois ci ce roman policier historique nous parachute dans les années 1930, juste après la retentissante crise de 29, durant la crise économique majeure qui a frappé les Etats-Unis et qui précipita des millions de personnes dans la misère. Certains américains crurent que la Russie serait un nouvel eldorado qui les comblerait… Hélas… Même si les annonces publiées dans les journaux américains de l’époque promettaient monts et merveilles… la réalité était quelque peu différente…

Nous allons donc plonger avec quelques américains et quelques russes dans le Gorki des années 30… Illusions et désillusions, paillettes et pauvreté… instinct de survie et envie de faire fortune, affrontement entre foi en le communisme et envie de réussir, haines, amour et amitié, trahison et loyauté… Les conditions sont difficiles mais les êtres humains ne changent pas.. il y a ceux qui font tout pour réussir et ceux qui font tout pour aider… C’est un roman social, c’est aussi le roman des illusions perdues. Une description rigoureuse du monde du travail, des conditions de vie, du pouvoir politique, de la justice. Une analyse aussi de la place de la femme dans la société et dans le monde du travail… Mais embarquez et rendez-vous en URSS… Place à l’espérance, à la poursuite des idéaux…

Tout est là pour nous faire passer un excellent moment de lecture. Je ne peux m’empêcher de regretter de ne pas avoir eu un coup de cœur pour les personnages et d’avoir donc moins vibré que si j’avais eu de la sympathie pour eux. Je n’ai éprouvé d’attachement que pour le personnage de Natacha..

Et je ne peux m’empêcher de vous conseiller de lire la fresque d’un autre écrivain espagnol qui traite aussi de l’ URSS à cette époque, qui suinte également la peur et la haine : le somptueux livre de Víctor del Árbol «Un millón de gotas» «Toutes les vagues de l’océan»

Extraits :

Cela faisait des jours que le soleil restait caché, comme s’il avait honte d’éclairer ce tableau de tristesse et de désolation.

Partout, les cris des contremaîtres haranguant les ouvriers se mêlaient aux clameurs des surenchères de la criée aux poissons, aux sirènes des bateaux à vapeur en partance, aux criaillements aigus des mouettes aussi avides de nourriture que les chômeurs qui pullulaient dans les entrepôts en quête d’une journée de travail.

Tu devrais être prévoyant et garder avec toi les affaires qui ont le plus de valeur, à moins que tu veuilles qu’on te les vole. » Et c’est ce qu’il avait fait : il était monté sur le pont pour garder dans ses pupilles l’image de New York et la conserver en lui afin que personne, jamais, ne la lui vole.

En Union soviétique il n’y a pas de problèmes si ce n’est, de temps à autre, ceux qu’occasionnent les étrangers.

Il leva les yeux et regarda les somptueux édifices qui se dressaient devant lui ; sur leurs façades et leurs balcons fissurés se devinaient les blessures non cicatrisées que l’un de ses compagnons attribua aux outrages de la révolution et qu’il compara à une troupe de vieilles actrices à la beauté flétrie par les ans. Il tourna les yeux vers l’horizon. Tout était étrange. Pour quelqu’un habitué aux gratte-ciel arrogants et aux tumultueuses avenues de New York, Moscou était un mélange inexplicable d’antiquité et de décadence, démesuré et provincial, semblable à une immense ville médiévale dans laquelle les palaces de rêve et les églises rutilantes avaient dû se serrer pour faire de la place aux nouvelles constructions socialistes, grandiloquentes, énormes et grotesques.

D’après Lénine, à une époque, les rois, les empereurs, les tyrans, les évêques, les nobles et les dictateurs ont uni leurs forces pour accroître leurs richesses et leurs privilèges aux dépens de ceux qu’ils soumettaient, mais il affirme que ces temps-là ont pris fin avec la Révolution française. […] — C’est exact. Jusqu’alors, le peuple était prisonnier de sa propre ignorance, mais Voltaire, Diderot et D’Alembert ont rédigé l’Encyclopédie, un abrégé du savoir qui remettait en question l’autorité politique et religieuse ; avec les traités de Descartes, elle a été le stimulant qui a réveillé un peuple exaspéré par la pauvreté et l’oppression.

— Oui, c’est ce qu’il relate. Pour la première fois, la plèbe unie renversait les esclavagistes qui l’avaient tyrannisée pour prendre en main son propre destin. Mais alors, comment se fait-il qu’après une conquête aussi importante, les tyrans dominent à nouveau le monde ?

Comme des germes, les exploiteurs ont à nouveau fait bloc et se sont développés. Ils ont manipulé et prospéré, trouvant leur parfait bouillon de culture dans la révolution industrielle. Et tels des germes, en costume de bourgeois, ils ont infecté la société en créant des fabriques, des monopoles et des banques dont le seul but consistait à s’emparer une nouvelle fois du pouvoir et de la richesse, pendant que le reste de l’humanité, pris dans ses tentacules, retournait à l’esclavage. Finalement, les États, y compris ceux qui se disaient démocratiques, sont devenus les complices idéals de cette répartition obscène du pouvoir : tout pour quelques-uns et rien pour le reste. C’est triste, n’est-ce pas ?

— Ce n’est pas triste. C’est une chanson d’amour. Peut-être mélancolique, mais pleine d’espoir.
— C’est ce que disent les paroles ?
— Il n’y a pas de paroles. L’espoir s’entend avec le cœur.

Finalement, nous avons plus de choses en commun que tu ne l’imagines. N’as-tu pas entendu parler des frères Marx ? Vous, vous avez Karl et nous, Groucho.

Image : tirée du Site de Philippe Boursin « L’automobile d’avant »

 

Vann, David «Aquarium» (RL2016)

Auteur : David Vann est né en 1966 sur l’île Adak, en Alaska, et y a passé une partie de son enfance avant de s’installer en Californie avec sa mère et sa sœur. Il a travaillé à l’écriture d’un premier roman pendant dix ans avant de rédiger en dix-sept jours, lors d’un voyage en mer, le livre qui deviendra Sukkwan Island. Pendant douze ans, il cherche sans succès à se faire publier aux États-Unis : aucun agent n’accepte de soumettre le manuscrit, jugé trop noir, à un éditeur. Ses difficultés à faire publier son livre le conduisent vers la mer : il gagnera sa vie en naviguant pendant plusieurs années dans les Caraïbes et en Méditerranée.

Après avoir traversé les États-Unis en char à voile et parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il échoue lors de sa tentative de tour du monde en solitaire sur un trimaran qu’il a dessiné et construit lui-même. En 2005, il publie A mile down, récit de son propre naufrage dans les Caraïbes lors de son voyage de noces quelques années plus tôt. Ce livre fait partie de la liste des best-sellers du Washington Post et du Los Angeles Times. Ce premier succès lui permet de gagner partiellement sa vie grâce à sa plume et il commence à enseigner. David Vann propose alors Sukkwan Island à un concours de nouvelles qu’il remporte et, en guise de prix, voit son livre publié en 2008 aux Presses de l’Université du Massachusetts. L’ouvrage est tiré à 800 exemplaires puis réimprimé à la suite de la parution d’une excellente critique dans le New York Times. Au total, ce sont pourtant moins de 3 000 exemplaires de cette édition qui seront distribués sur le marché américain.

Publié en France en janvier 2010, Sukkwan Island remporte immédiatement un immense succès. Il remporte le prix Médicis étranger et s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires. Porté par son succès français, David Vann est aujourd’hui traduit en dix-huit langues dans plus de soixante pays. Une adaptation cinématographique par une société de production française est en cours.

David Vann est également l’auteur de Désolations, Impurs. Il partage aujourd’hui son temps entre la Nouvelle-Zélande où il vit et l’Angleterre où il enseigne tous les automnes la littérature.

Résumé: Caitlin, douze ans, habite avec sa mère dans un modeste appartement d’une banlieue de Seattle. Afin d’échapper à la solitude et à la grisaille de sa vie quotidienne, chaque jour, après l’école, elle court à l’aquarium pour se plonger dans les profondeurs du monde marin qui la fascine. Là, elle rencontre un vieil homme qui semble partager sa passion pour les poissons et devient peu à peu son confident. Mais la vie de Caitlin bascule le jour où sa mère découvre cette amitié et lui révèle le terrible secret qui les lie toutes deux à cet homme.

La prose cristalline de David Vann nous apprend comment le désir d’amour et l’audace de la jeunesse peuvent guérir les blessures du passé. Aquarium est un pur moment de grâce offert par l’un des plus grands écrivains américains actuels.

Mon avis : Un de mes coups de cœur de cette rentrée littéraire. Un David Vann sombre certes mais qui tend vers l’espoir… un Vann qui n’est pas une tragédie. Un récit qui n’est pas tiré des expériences familiales de l’auteur même s’il y a quelques similitudes. Il a toujours adoré les poissons et les aquariums et après une enfance où il était très attaché à sa mère il y a eu une période de désamour et un travail de pardon.

C’est l’histoire d’une fillette – puis de la fillette devenue adulte – qui sera la narratrice de l’histoire qui vit pour plonger dans un autre univers, une autre dimension, pour s’immerger dans le rêve ; son refuge pour échapper à une réalité pesante c’est de se réfugier à l’aquarium de la ville, dans un monde coloré et différent, bien que…

L’aquarium est non seulement un endroit qui fascine une petite fille amoureuse de poissons mais aussi une représentation du monde dans lequel elle vit. Et les poissons sont les doubles des personnes qu’elle rencontre et des comportements humains. (En parlant d’images j’ai trouvé très chouette les représentations des poissons qui parsèment les chapitres du livre) .

Les poissons : des êtres qui ressemblent aux humains tant par leur physique (les coiffures et le maquillage par exemple) que par leur comportement : le danger des requins, prédateurs des faibles qui se rapproche du danger représenté par les représentants de la loi et les personnes qui veulent imposer leur pouvoir sur les démunis et les personnes fragiles.

Seattle : la ville aquarium … trouble, que la fillette ne voit que dans l’obscurité, dont on ne peut pas sortir, dans laquelle elle refait toujours les mêmes parcours… Des quartiers avec des chemins qui évoquent les ramifications des branches de corail dans lequel il est aisé de se perdre et important de pouvoir se cacher. Quelques grottes souterraines, comme l’appartement dans lequel elle vit, le cinéma qui est un antre obscur dans lequel se réfugier. Un environnement hostile (surtout avec des conditions climatiques cauchemardesques en hiver, avec le vent, le froid, la neige)

Mais au-delà de l’aquarium, les poissons – ceux d’eau de mer – représentent aussi le monde de l’évasion… Enfin si les humains ne tuent pas l’océan (petit avertissement concernant les humains qui tuent la mer, éradiquent les poissons, sur le corail qui meurt)

C’est aussi un livre sur le temps qui oppresse, sur le poids du passé, sur l’importance des origines et sur le danger de faire payer aux enfants les douleurs de sa propre vie. Une mise en garde, les enfants ne doivent pas servir à réparer les injustices du passé ; ils ne sont pas responsables et ne doivent pas en porter le poids. Il est évident que nos origines sont ancrées en nous et qu’il est impossible de les occulter mais il faut les assumer et faire avec. Les enfants doivent se reposer sur les parents, leurs dieux, et non pas l’inverse…

C’est aussi un livre sur la tolérance, sur les rapports parents/enfants, sur l’amitié, l’amour, la souffrance et la solitude ; c’est enfin un livre sur le pardon, sur le besoin d’avoir une famille et une vraie famille unie, sur l’importance de l’évasion et du rêve. Le pardon sera d’ailleurs présent à deux niveaux dans ce livre ; celui d’une mère pour son père et celui d’une fille vis-à-vis de sa mère.

Bienvenue dans l’univers des adultes ….

 

Extraits :

Il était très vieux, du genre presque mort.

Je crois qu’il n’y a pas de réponse à cette question, dit-il enfin. Ce sont les meilleures questions, celles qui restent sans réponse.

Le mouvement lent des requins, un mouvement identique depuis cent millions d’années. Les requins tels des moines, la répétition des jours, des cercles infinis, nul autre désir que celui de ce mouvement régulier. Des yeux devenus opaques, nul besoin de voir.

 

Je voulais réparer le monde pour elle, faire en sorte que tout ait un sens.

Tout est possible avec un parent. Les parents sont des dieux. Ils nous font et nous détruisent. Ils déforment le monde, le recréent à leur manière, et c’est ce monde-là qu’on connaît ensuite, pour toujours. C’est le seul monde. On est incapable de voir à quoi d’autre il pourrait ressembler.

J’avais un itinéraire, une route définie, aussi instinctive que les requins décrivant des cercles à la manière des moines.

Ils étaient les émissaires d’un univers plus vaste. Ils représentaient les possibles, une sorte de promesse.

La vraie vie ressemblait davantage à l’océan, où n’importe quel prédateur pouvait surgir d’un instant à l’autre.

Avoir un projet change absolument tout. J’ai toujours eu besoin d’un avenir. Je ne peux pas vivre sans.

Que sommes-nous tenus de rembourser pour ce qui s’est déroulé avant nous, dans les générations passées ?

On entendait le tic-tac d’une horloge. J’avais toujours détesté ce bruit. Une tension insoutenable et creuse à la fois, sans âme.

Un conte de fées mis sur pause, la porte de la maisonnette qui ne s’ouvrirait jamais. Les personnages partis au mauvais endroit, dans la mauvaise histoire.

Comment recolle-t-on les morceaux d’une famille, et comment pardonne-t-on ?

Elle semblait animale. Le fait qu’elle puisse parler ne collait pas avec le reste. Je l’observai comme je l’aurais fait d’une bête au zoo, éloignée pour la première fois, distante.

C’est peut-être ce qui s’approche le plus du pardon. Non pas que le passé soit effacé, rien n’est défait, mais une volonté dans le présent, une reconnaissance, une étreinte, un ralentissement.

Un changement en ces instants, un interrupteur éteint à jamais, la fin de la confiance, de la sécurité et de l’amour, et comment retrouver un jour cet interrupteur ?

Ceci, Jean-Marc «Monsieur Origami» (RL2016)

Auteur : Jean-Marc Ceci, né en 1977, a la double nationalité italienne et belge. Il est théoricien du droit, de formation universitaire de juriste, et vit dans le sud de la Belgique. « Monsieur Origami » est son premier roman.

Résumé : A l’âge de vingt ans, le jeune Kurogiku tombe amoureux d’une femme qu’il n’a fait qu’entrevoir et quitte le Japon pour la retrouver. Arrivé en Toscane, il s’installe dans une usine isolée où il mènera quarante ans durant une vie d’ermite, adonné à l’art du « washi », papier artisanal japonais, dans lequel il plie des origamis. Un jour, un jeune horloger arrive chez Monsieur Origami. Il a le projet de fabriquer une montre complexe avec toutes les mesures du temps disponibles. Son arrivé bouscule l’apparente tranquillité de Monsieur Origami et le confronte à son passé. Ce texte, entièrement dépouillé, allie profondeur et légèreté, philosophie et silence. D’une précision documentaire, historique et technique parfaite, ce roman a l’intensité d’un conte, la pureté d’une eau vive, la beauté d’un origami.

Mon avis : Perplexe et pas du tout convainue… Comment souvent devant la philosophie nippone… Trop dépouillé pour moi… Je reste hermétique… Je passe totalement à coté, comme je passe à côté des haïkus. Cela ne me touche absolument pas.. Je suis insensible à la poésie de ce conte… Ok j’ai appris comment on fabrique le papier japonais… Totalement étanche au dépouillement japonais… et constante. Même Amélie Nothomb – que j’aime beaucoup – ne me touche pas quand elle parle du Japon.. Mais il en va de même pour les jardins zens… pas assez fouillis pour moi… c’est comme les maths… pas assez spontané pour moi…  (Ça fait cher la demi-heure de lecture)

Un livre sur le temps, l’instant présent représenté par le chat, l’immobilisme… sur la réflexion, l’avoir et l’être… l’importance de l’instant sur le reste de la vie…

Extraits

Au Japon, le chrysanthème est une fleur sacrée. Il est symbole de joie, rire et éternité.

Le washi est un papier japonais dont les secrets de fabrication se transmettent de génération en génération depuis le VIIIe siècle.

Toutes les règles sont contenues dans le mot lui-même :origamiOru : « plier ». Kami : « papier ».

je passe mon temps à une activité dont personne ne voit l’utilité. C’est sans doute ce que l’on appelle une passion.

Sans doute les êtres et les choses appartiennent à ceux qui s’en occupent.

Toute beauté a sa part d’ombre…
Cherche aux origines…
On ne peut comprendre où l’on va si l’on ne sait d’où l’on vient…

Tout, dans la vie, n’est-il pas que prétexte. Le brouillard n’est-il pas le prétexte de la clarté que l’on veut se cacher à soi-même. On sait, on prétend ignorer. On a la réponse, quand même on demande. On doute de soi, on prétend douter des autres. On est aimé, on prétend douter de cet amour.

À quoi sert-il d’avoir si être nous manque.

Desjours, Ingrid «La prunelle de ses yeux» (RL/10.2016)

Auteur : Ingrid Desjours est psychocriminologue. Après avoir exercé de nombreuses années auprès de criminels sexuels en Belgique, elle décide en 2007 de se retirer en Irlande pour écrire son premier thriller. Depuis, elle se consacre entièrement à l’écriture de romans et de scénarios pour des séries télévisées. Les nombreux psychopathes qu’elle a profilés et expertisés l’inspirent aujourd’hui encore. Outre ses tableaux cliniques pertinents, l’auteur excelle dans l’art de lever le voile sur la psychologie humaine et de faire ressentir au lecteur ce que vivent ses personnages, pour le meilleur et surtout pour le pire? Ses quatre premiers romans, Écho (2009), Potens (2010), Sa vie dans les yeux d’une poupée (2013) et Tout pour plaire (2014) ont été plébiscités tant par le public que par les libraires. Consécration : Tout pour plaire est en cours de développement pour une série TV par Arte. Elle a également animé l’écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l’émission « Au Field de la nuit » (TF1). Les Fauves (2015) ouvre la nouvelle collection de polars et thrillers des éditions Robert Laffont : « La Bête noire. » «La prunelle de ses yeux» est sorti en 2016. Ingrid Desjours publie également chez le même éditeur des sagas fantastiques chez Robert Laffont sous le pseudonyme de Myra Eljundir : la trilogie Kaleb ainsi que Après nous, dont le premier tome est paru en mai 2016. Elle vit actuellement à Paris.

Paru chez Robert Laffont dans la collection : « La Bête noire. » – 320 pages

Résumé : Il est aveugle. Elle est ses yeux. Elle pense le guider vers la lumière. Il va l’entraîner dans ses ténèbres.

Gabriel a tout perdu en une nuit. Son fils de dix-sept ans, sauvagement assassiné. Ses yeux. Sa vie… Les années ont passé et l’aveugle n’a pas renoncé à recouvrer la vue. Encore moins à faire la lumière sur la mort de son enfant.

Quand un nouvel élément le met enfin sur la piste du meurtrier, c’est une évidence : il fera justice lui-même. Mais pour entreprendre ce long et éprouvant voyage, Gabriel a besoin de trouver un guide. Il recrute alors Maya, une jeune femme solitaire et mélancolique, sans lui avouer ses véritables intentions…

La cécité de conversion est une pathologie aussi méconnue qu’effrayante : suite à un profond traumatisme psychologique, vous êtes aveugle. C’est ce qui est arrivé au personnage principal de ce roman.

 

Mon avis : Merci à Lau d’avoir attiré mon attention sur ce livre par son commentaire de lecture. C’est le premier roman de cette auteure que je lis et je vais m’empresser de lire les précédents 😉

Un thriller psychologique comme je les aime. Mais pas que… En plus des personnages qui sont à la fois machiavéliques et paumés, et de la partie thriller qui est magnifiquement amenée et dans un contexte médical particulier et fort bien documenté ( la cécité de conversion) qui m’a ouvert les yeux 😉 sur une maladie que j’ignorais totalement il y a une vraie étude de la société. Il y a le poids de l’appartenance à une religion, à un niveau social et qui vont tout faire/tout accepter pour se faire aimer de ceux qui sont nés riches, français, blancs… Le mal-être des jeunes qui se sentent écrasés par les parents. Le manque de communication entre parents et enfants, la peur de décevoir, de ne pas être à la hauteur, la peur de parler enfin crée une spirale d’incompréhension et de violence qui finit par tourner au drame. Ce n’est pas facile d’être soi-même et de l’assumer … Il y a également une nette critique des grandes écoles et de leur mépris de l’humain. Tout commence par un jeune homme de 17 ans, mal dans sa peau, qui joue un rôle dans sa vie et qui veut faire la lumière sur l’envers du décor des grandes écoles ( bizutage, pression, lutte des classes, pression, racisme, sexisme)

Il y a aussi dans ce livre – qui est un chef d’œuvre de manipulation à tous les niveaux – une mise en garde politique. En effet Tancrède, le jeune tyran, marche tranquillement dans les pas de l’extrême droite populiste, blanc dehors et très très noir dedans…

Un livre sur les non-dits, sur la haine, sur la vengeance, et sur l’amour… De la noirceur va naître la lueur, puis la lumière :  l’amour et la tolérance sont dans les cœurs… il suffit de se laisser guider par l’intuition et le bout du cœur… Plongez dans le côté obscur – à tous les points de vue – des relations entre les êtres, ne vous laisser pas aveugler ou éblouir par les apparences… elles sont souvent trompeuses… Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir 😉 et revenez me dire ce que vous en avez pensé …

Extraits :

Dans la discutable expression « discrimination positive », ici, on a surtout retenu le premier terme…

— Quel dommage d’avoir des yeux en parfait état et de les utiliser aussi mal !

La beauté a ceci de magique qu’elle peut apparaître comme une évidence ou bien nécessiter une initiation à ce qui constitue l’essence de son être, pour mieux se révéler.

Peut-être parce que celui qui n’a plus rien à perdre peut paradoxalement se permettre de tout vivre.

Vous serez mes yeux, vous mettrez de la lumière sur mes ombres en quelque sorte.

Je ne ressens jamais aussi bien la mer que lorsqu’elle est démontée !

Lui, jusqu’à présent si avenant avec elle, si solaire, est devenu semblable aux rochers qui les entourent : dur, abrupt, glacial.

… trahir une promesse qu’on se fait à soi-même, ça n’a aucun sens

La pression, c’est un révélateur pour certains, et c’est destructeur pour d’autres…

— Nous portons tous des masques…
— Mais vient un temps où on ne peut plus les retirer sans s’arracher la peau.

Il n’est pas donné gagnant, mais il compte sur la lassitude des Français, leur déception massive et leur méfiance à l’égard de la classe politique classique pour leur proposer une alternative qui aura, à leurs yeux, le charme d’une utopie.

Mais chaque retour à la réalité est plus cruel que le précédent, si bien qu’il finit par haïr autant qu’il a aimé cet idéal inaccessible, à lui en vouloir de n’exister que dans ses fantasmes d’enfant.

Leur premier succès sera leur pire malédiction : ils deviendront le jeune espoir qui ne peut pas décevoir, ils devront assurer un peu plus l’année suivante afin de pouvoir payer leurs impôts, ils estimeront avoir un standing à tenir et se lanceront dans la course effrénée aux apparences.

Tu ne dois pas chercher à être obéi, fils. Tu dois faire en sorte qu’on ait envie de te suivre.

Mais taire son existence, c’est comme l’enterrer une seconde fois.

… l’impression d’évoluer à l’intérieur d’une photo couleur sépia, l’emplit d’une tristesse supplémentaire comme si la sienne propre ne suffisait pas.

Comment aimer les autres quand on n’arrive pas à s’estimer soi-même ?

Que ce soit à cause  d’un décès ou d’une rupture, on sait rarement qu’on voit une personne pour la dernière fois, que ce sera notre dernier échange, et qu’après plus rien ne sera jamais comme avant. C’est là tout le drame et la magie de notre condition humaine, de ce nécessaire déni de l’impermanence des choses sans lequel la vie serait juste insupportable. On normalise, on banalise, on ne prête pas suffisamment attention à l’autre dont on ne peut imaginer qu’il pourrait mourir un jour.

Je me suis senti enseveli, étouffé, amputé, détruit, ampli de néant, comme passé dans une déchiqueteuse qui avait brisé ma volonté, mes os, mon âme. J’étais en enfer et les émotions se bousculaient : la haine, un intense sentiment d’injustice, mon impuissance à le ramener à la vie, le découragement, la peine comme un puits sans fond…

Ensemble, nous nous donnons une longue accolade qui semble exprimer tout ce que nous n’arrivons qu’à taire.

J’ai rêvé que tu me prennes dans tes bras, de me blottir dans cet abri, protégée moi aussi par cette forteresse que tu n’aurais ouverte que pour moi.

Mais on a beau chasser certaines idées, elles ont la fâcheuse manie de s’imposer tout de même.

Lorsqu’on perd ceux qui nous sont le plus proches, qu’on réalise le caractère éphémère des choses, la fragilité des liens qui nous unissent et nous retiennent à la vie, on reconsidère ce qui est important, on finit par comprendre que le regard des autres n’a aucune valeur, pas plus que les normes sociales ou même les rancunes mesquines qui nous tirent vers le bas.

 

Werber, Bernard «Demain les chats» (RL2016)

Résumé : Pythagore, chat de laboratoire appareillé pour se connecter avec les ordinateurs, enseigne à Bastet, jeune chatte montmartroise, à communiquer avec les humains pour tenter de leur faire prendre conscience de la violence de leur société.
Pour nous, une seule histoire existait : celle de l’humanité.
Mais il y a eu LA rencontre.
Et eux, les chats, ont changé à jamais notre destinée.

Mon avis : « Allo le monde Est-ce que tout va bien ?  » chante Pauline ?  ben non les amis : il va mal… et alors le livre… je ne vous raconte pas… ou plutôt si… Economisez vos sous ! … Il y avait eu dans le temps le monde des fourmis de cet auteur, puis le monde des rats de Bernard Lenteric et j’espérais passer un bon moment…

Donc le monde va mal… Les humains vont être massacrés par les terroristes… ils vont mourir…. La peste va arriver et avec la peste les rats… Et voici les humains confrontés à la peur… Et les chats vont nous analyser tout cela et tel Zorro … Un petit coup de déesse Bastet, un petit coup de génie grec, Pythagore, pour défaire l’armée des rats de Cambyse II avec l’aide du monstre « Hannibal » qui pour les besoins de la cause sera un lion et non un éléphant…

Bon alors là on a droit à un petit laïus sur le chat dans l’histoire… la divinité dans plusieurs civilisations, la malédiction du chat noir… Attention danger : les dictateurs et les despotes avaient la phobie des chats… Cambyse, Napoléon, Hitler… (tiens au fait j’ai cru entendre que Donald Trump ne les aime pas ???) Donc si tu n’aimes pas les chats… tu es le diable…  Vous avez une vague idée de mon avis sur le livre ? … c’est un ramassis de poncifs. Place aux chats qui vont nous analyser le monde de leurs servants, les deux pattes… Heureusement que la chamane chat va rencontrer la chamane humaine qui a eu accès à des vibrations sensorielles et chamaniques depuis qu’un méchant médicament produit par une grosse firme pharmaceutique toute pourrie lui a bousillé la santé … Alors voilà … le monde est violent… les espèces se déchirent entre elles… les petites fleurs se font bouffer par les plantes grimpantes, les espèces animales sauvages par les domestiquées… Il faut s’organiser pour ne pas disparaître… les espèces doivent s’entendre si elles veulent faire face à l’ennemi… Mais attention. L’ennemi on ne le connaît pas… on en a peur… et puis il est esclave de la religion….  il n’est pas instruit … il est dangereux… et les gens mentent… Et imaginez… un monde où les parents ne se font pas respecter par leurs enfants : les enfants doivent obéir à leurs parents et bien apprendre à l’école… car si ils s’ennuient et sont désœuvrés ils deviennent violents pour s’occuper… On doit être heureux de ce qu’on a, ne pas être jaloux des autres et se détacher de l’amour, du désir, de la possession… Mais en même temps… si on est ignorants, on ne se pose pas de questions et c’est bien confortable… On suit les ordres, on ne se mouille pas… pas de responsabilités, pas de soucis… en même temps…. on est protégés mais du coup plus de liberté… Ah on rajoute le couplet sur les mâles qui se sentent plus intelligents que les femelles… et un petit avis sur il ne faut pas détruire avant de savoir comment reconstruire car sinon cela pourrait être encore pire…  J’allais oublier …. Internet… il y a ceux qui s’évadent par Internet et les autres par l’esprit…. Alors vous avez choisi ? La machine ou l’imagination?

je vais m’arrêter là…. car au début il y a quand même deux ou trois réflexions marrantes quand Bastet découvre son humaine…  et j’avais failli les oublier celles-là…

Extraits :

« Lavage de cerveau » ? Ils se lavent vraiment la cervelle ?
– Non, c’est une expression humaine : à force de répéter quelque chose de faux, tu finis par convaincre les autres que tu as raison.
– J’ai pensé une fois à une phrase qui résume cela : « Quand on s’est habitué aux mensonges, la vérité a l’air suspecte. »

Quand les humains ont peur, ils sont plus attentifs et plus facilement manipulables.

beaucoup d’entre nous se contentent du petit monde étriqué de la maison qu’ils habitent. Leur ignorance les rassure, la curiosité des autres les inquiète. Ils veulent des journées qui se ressemblent, que demain soit un autre hier, et que tout ce qui s’est passé se reproduise.

Pour nous, les chats, cela peut évidemment paraître illogique, mais il semblerait qu’ils aient créé Dieu parce qu’ils ne supportaient pas d’être libres et responsables de leurs propres actes. Grâce à cette notion, les humains peuvent se percevoir eux-mêmes comme des êtres qui ne font qu’obéir à un maître. Tout ce qui arrive est « Sa » volonté. C’est également un moyen pour les religieux qui prétendent parler en son nom d’assujettir les esprits les plus faibles. Nous, les chats, nous sommes capables de nous sentir responsables de nos actes et nous sommes capables de supporter d’être libres.

Et surtout je n’avais aucune décision à prendre, aucun choix, donc aucun risque de me tromper. Quand ta vie est régie par les autres, tu n’as plus besoin d’utiliser ton libre arbitre : irresponsable, tu es toujours bien.

Je pense qu’aucune espèce animale n’a d’ordre à donner à une autre espèce. La terre appartient de manière équitable à toutes les formes de vie, animale ou végétale, qui la recouvrent. Et aucune espèce n’a objectivement le droit de se déclarer « au-dessus des autres ». Ni les humains ni les chats.

Il est déjà mort celui qui n’aspire qu’à l’immobilisme et à la sécurité.

Toi, tu as Internet pour sortir de ton corps, moi j’ai les rêves. Où il n’y a plus la barrière des espèces, juste des esprits qui rencontrent d’autres esprits.

La violence est un mode de communication qui impressionne les esprits faibles.

Chez les fourmis on inculque aux petits des valeurs d’entraide, chez les rats c’est plutôt la compétition et l’exclusion de tous ceux qui sont différents qui sont mises en avant.

À quoi cela sert d’arriver à instaurer un dialogue si celui-ci ne change rien à la mentalité de la personne avec laquelle vous discutez ?

Cinq mille ans de connaissances effacés comme de la poussière balayée par le vent…
– Il n’y a qu’une solution.
– Laquelle ?
– Le livre. L’objet de mémoire par excellence. Le seul qui résiste au temps.

Gougaud, Aurélien «Lithium» (RL2016)

Résumé :  Elle, vingt-trois ans, enfant de la consommation et des réseaux sociaux, noie ses craintes dans l’alcool, le sexe et la fête, sans se préoccuper du lendemain, un principe de vie.

Il vient de terminer ses études et travaille sans passion dans une société où l’argent est roi. Pour eux, ni passé ni avenir. Perdus et désenchantés, deux jeunes d’aujourd’hui qui cherchent à se réinventer.  Dans un texte crépusculaire, Aurélien Gougaud entremêle leurs voix, leurs errances, leur soif de vivre, touchant au plus près la vérité d’une génération en quête de repères. Un premier roman d’une surprenante maturité, qui révèle le talent d’un jeune auteur de vingt-cinq ans

Lithium, est en lice pour le Prix de la Vocation, ainsi que pour le Prix Révélations de la Société des Gens de lettres.

Mon avis : en 1991, Mylène Farmer chantait « Génération désenchantée » … c’est à cela que m’a fait penser ce roman… Il, Elle … deux jeunes sans attaches véritables, dans la mouvance Bobo… ils s’ennuient, n’aiment pas grand-chose, ne s’intéressent pas à rien … Ils bossent, désabusés, et le reste du temps. Ils s’occupent à faire passer les heures… Ils appellent cela vivre mais en fait ils ne vivent pas. Ils tuent le temps, essaient de le faire passer… Le week-end : c’est sortie .. Le dimanche c’est récup… le lundi c’est boulot… Un boulot qui les ennuie… dans lequel ils ne s’impliquent pas car ils ont l’impression d’être des pions, exploités… Elle travaille à la radio, un monde qui la faisait rêver mais elle sature. Lui exploite les personnes faibles pour atteindre ses objectifs financiers…

Le livre se déroule sur une semaine, avec en alternance la vie de Lui et d’Elle. Peur du futur, peur de s’engager, aucune passion, pas d’envie véritable… C’est surtout une histoire d’ennui… deux histoires d’ennui… Le malaise, le mal-être suinte à chaque page… Un témoignage d’un jeune auteur de 25 ans sur la jeunesse qui l’entoure… Mon Dieu que c’est triste d’être jeunes si on est jeunes comme cela à Paris… Alcool, clopes, drogues, sexe (mais pas amour …) ben non … on ne va pas s’impliquer…. Heureusement qu’il y a les écrans pour s’affaler devant et gober ce qui passe… et Internet pour vivre la vie des autres… L’important c’est d’être au-dessus des autres, peu importe le moyen d’y arriver… surtout ne pas se faire exploiter… J’ai beaucoup aimé dans l’épilogue la description du chauffeur de taxi..

Ce que je peux dire c’et que je suis contente de ne pas être jeune à paris maintenant si c’est comme ça…  En même temps, cela dépend du caractère de chaque individu .. Et l’auteur laisse la porte ouverte … et je vous laisse essayer de deviner la fin… Selon votre perception de l’histoire, ce sera soit déprimant soit une lueur d’espoir en l’avenir… Vous me direz.. On s’assied et on pleure? On se flingue tout de suite? ou alors on se motive, on y croit, on bouge, on vit quoi !

Extraits :

On verra bien. Plus qu’un slogan facile, c’est un état d’esprit, un de ces principes qu’il serait trop éprouvant de devoir remettre en question. Comme un vote pour un parti politique, ou une formule de politesse bien assimilée. On verra bien. La facilité érigée en philosophie. Autrement dit, ne rien faire en espérant que le temps, l’autre ou une force abstraite – que l’on appellera au choix Dieu ou hasard – fasse pour nous.

Trop focalisé sur ses aspirations pour remettre en question ses à priori, il se complaît dans ce qu’il fait le mieux : semblant.

La télévision a toujours le dernier mot. On ferme sa gueule, on écoute, on regarde pour ne pas voir. Aspirés par ce néant pixélisé, ils végètent quelques heures, …

Évoluer dans un milieu qu’elle aimerait fuir, devenir lentement ce qu’elle déteste en prenant son choix pour une fatalité, ce n’est pas de la détermination, c’est du masochisme.

On est ce que l’on fait. Au pire, ce que l’on souhaite faire. Que faire quand on ne sait plus ?

Sortons. Imbibons-nous d’alcool et d’insouciance afin que nos craintes cicatrisent.

– Mon pays c’est pas la France, c’est
– C’est Paris ?
– C’est la ville. Je suis plus proche d’un Londonien que d’un Auxerrois. Mon pays, c’est les immeubles, la pollution, l’activité.

Pas le temps de faire des concessions pour les autres ! On est que des étoiles filantes. Des putains d’étoiles filantes. La vie est trop courte pour la passer à trouver le temps long, enfermé dans un job de merde, à rêver de congés payés et de…

Un thé, un MacBook, elle s’installe face au reste du monde. Internet. En deux mots : Facebook, Google. La vie des autres et la science infuse.

Exposer son inexistence, se nourrir de celle du voisin. Virtuellement.

Connecté à tout en étant proche de rien. Cette ouverture au monde, ce n’est que de la solitude sophistiquée.

Le sort d’un sans-abri l’indiffère plus que celui d’un koala.

Un verre ou un joint ? Deux déviances du même ordre… Et pourtant. L’un est illégal, là ou l’autre est institutionnalisé.

Qu’elles soient sociales, géographiques, religieuses, le football EST une religion. Avec son lot d’adeptes convaincus, de pratiquants épisodiques, de fanatiques, d’abrutis, d’intellectuels. Miroir, à son insu, d’une société plurielle.

Un chauffeur de taxi, c’est d’abord un témoin. L’humanité défile dans son rétroviseur.

Deux vases qui ne communiquent que lorsque l’un déborde.