Penny Louise « Illusion de lumière»

Penny Louise « Illusion de lumière»

La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

Tome 7: « Illusion de lumière»

Résumé : Quand il se réalise, le rêve d’une vie peut virer au cauchemar. Lors du vernissage de sa première exposition au Musée d’art contemporain de Montréal, un mauvais pressentiment hante Clara Morrow. De fait, le lendemain de la fête à Three Pines, une femme est trouvée la nuque brisée au milieu des fleurs de son jardin. Qui était cette invitée que personne ne reconnaît ? Peu à peu, le tableau du crime prend forme et l’inspecteur-chef Armand Gamache apprend que dans le monde de l’art chaque sourire dissimule une moquerie, chaque gentillesse cache un cœur brisé. Dans cette affaire, la vérité est déformée par un jeu d’ombre et de lumière qui crée l’illusion.

« Une intrigue faussement charmante? Sous chaque éclat de discorde conjugale ou de jalousie professionnelle se trouve une vérité plus profonde sur la confiance trahie et la nécessité d’expier et de pardonner. » The New York Times

Mon avis : Une plongée passionnante et impitoyable dans les coulisses du marché de l’art… Les angoisses et le mal-être des artistes, la jalousie et l’envie, la mentalité des marchands d’art (d’artistes), le petit monde de la critique ; le tout accompagné du monde de la dépendance, de l’alcoolisme, des AA…

Et une analyse de l’amour, de l’amitié, de la haine, des vernis et des impostures… de la peur de vivre…. A se demander si l’enquête ne devient pas secondaire … L’étude psychologique des personnages est tellement prenante que pour ma part, les relations humaines prennent le pas sur le reste dans cette série. Celui que j’ai préféré pour le moment.

Extraits :

Refermer violemment la porte avant de la maison derrière elle. S’y appuyer. La verrouiller. Presser son corps contre elle, et empêcher le monde extérieur de pénétrer. Maintenant, trop tard, elle savait qui lui avait menti. C’était elle-même.

— Je suis BIEN […] .
— Bête, inquiète, emmerdeuse et névrosée ?
— Exactement.

Il n’avait jamais été d’un naturel expansif, mais, ces derniers temps, il était plus réservé que jamais, comme s’il avait érigé des murs plus hauts et plus épais autour de lui et levé son étroit pont-levis.

l’érection de murs ne donnait jamais rien de bon. Le sentiment de sécurité que croyaient éprouver les gens était en fait une forme de captivité. Et peu de choses s’épanouissaient en captivité.

Les enseignants et les parents pensent que les salles de classe et les corridors sont remplis d’élèves, mais c’est faux. Ils sont remplis de sentiments. Qui se heurtent. Se blessent les uns les autres. C’est affreux

Certaines fissures laissent entrer la lumière, d’autres laissent sortir la noirceur.

Voilà pourquoi mon travail ressemble à Noël tous les jours. Alors que chaque artiste se réveille persuadé que c’est ce jour-là qu’on reconnaîtra son génie, chaque marchand de tableaux se réveille persuadé que c’est ce jour-là qu’il découvrira un artiste de génie. — Mais comment savoir ? — Voilà justement ce qui rend tout ça si excitant

Mais telle était la nature des rêves. Ils n’étaient pas toujours reconnaissables, au début.

J’aime le produit, pas la personne. Les artistes sont des êtres capricieux, exigeants, des cinglés qui prennent beaucoup de place et accaparent énormément de votre temps. S’occuper d’eux est épuisant. C’est comme prendre soin de bébés.

Tout est nouveau, si on regarde au-delà des apparences

On dirait un vampire psychoaffectif, dit-elle enfin. — Un quoi ? — Un vampire suceur d’émotions, si tu préfères. J’ai rencontré pas mal de personnes comme elle quand j’exerçais ma profession. Des gens qui sucent les autres jusqu’à la moelle. On en connaît tous. Après avoir passé du temps en leur compagnie, on se sent, sans raison, complètement vidé.

« Il a un talent naturel, produisant de l’art comme si c’était une fonction physiologique. » La formulation était astucieuse, c’était presque un compliment. Puis, les mots prenaient un autre sens, chargé de mépris

à l’intérieur de chaque être vivant, aussi beau soit-il, on découvrait de la noirceur s’il s’ouvrait complètement.

il se peut que vous sous-estimiez le milieu artistique. Ne vous laissez pas berner par le vernis de civilité et de créativité. C’est un monde brutal, rempli de personnes angoissées et cupides. La peur et la cupidité : voilà ce qu’on remarque à l’occasion de vernissages. De grosses sommes d’argent sont en jeu. Des fortunes. Et les acteurs impliqués ont de gros ego. C’est une combinaison explosive.

Son cerveau semble bien fonctionner, c’est seulement son cœur qui a arrêté de battre.

L’inspecteur-chef Gamache était, de nature, un explorateur. Il n’était jamais plus heureux que lorsqu’il repoussait les limites, explorait les territoires intérieurs, des endroits que les personnes elles-mêmes n’avaient jamais explorés, jamais examinés. Probablement parce qu’ils étaient trop effrayants. Mais Gamache n’hésitait pas. Il se rendait aux confins du monde connu, et au-delà. Pénétrait dans des lieux secrets, sombres. Regardait dans les crevasses, où se cachaient les pires choses.

Ils étaient rendus sur le continent où vivent les parents en deuil. Cet endroit ressemble au reste du monde, mais ne l’est pas. Les couleurs sont fades, délavées. La musique est seulement des notes. Les livres n’émeuvent pas, ne réconfortent pas, du moins pas complètement. La nourriture ne sert qu’à s’alimenter, guère plus. Chaque respiration est un soupir. Et les gens qui s’y trouvent savent quelque chose que les autres ignorent. Ils savent à quel point le reste du monde a de la chance

« L’alcoolique est comme un ouragan qui ravage la vie des autres sur son passage, lut Gamache. Il brise des cœurs, détruit de tendres relations, déracine des affections. »

Pas étonnant que les gens boivent. Cette réunion est aussi amusante qu’une noyade

Personne ne peut nous blesser si nous sommes prêts à reconnaître nos défauts, à avouer nos secrets. Parler a un effet très puissant

Elle regarda par la fenêtre les hommes et les femmes qui passaient. Perdus dans leurs propres pensées, dans leur propre monde. Son univers à elle, cependant, venait tout juste de changer

Elle avait pris tant de mauvaises décisions et ne savait plus comment faire les bons choix

Même au cours des nuits les plus chaudes et humides de juillet, allongés tout nus dans le lit après avoir repoussé les draps d’un coup de pied, le corps trempé et luisant de sueur, ils se touchaient. Juste un peu. Lui, par exemple, posait sa main sur le dos de Clara, et elle appuyait un orteil sur sa jambe. C’était un contact. Cette nuit-là, cependant, il se cramponnait à son côté du lit et elle au sien, comme s’ils se retenaient aux parois opposées d’une falaise

Elle était là pour toujours. Oubliée, peut-être, mais encore là, attendant d’être redécouverte, de refaire surface. Comme un secret jamais complètement caché, jamais complètement oublié.

J’ai relu le texte et mémorisé ces phrases. Pas parce que je crois que c’est la vérité, mais pour avoir un choix quant à quoi croire, ce qui n’est pas toujours obligé d’être le pire.

On pourrait penser que c’est facile d’avouer ces choses à soi-même. Après tout, nous étions là quand elles se sont produites. Mais, évidemment, on ne veut pas admettre que nos actions étaient si terribles, après des années passées à justifier notre comportement ou à refuser de reconnaître qu’on a mal agi

personne, même avec les meilleures intentions du monde, ne peut comprendre une expérience quelconque à part une personne qui a vécu la même chose

il pensa à l’effet corrosif des secrets

Elle faisait ce qu’il y avait de plus difficile au monde. Elle attendait, et espérait

Ils avaient parlé toute la nuit, puis s’étaient endormis. Sans se toucher. Ils n’étaient pas prêts pour ça. Tous les deux étaient trop meurtris. Elle avait l’impression qu’ils avaient été écorchés vifs et disséqués. Désossés. Que leurs entrailles avaient été arrachées, examinées et s’étaient révélées pourries

Il avança le bras et, très lentement, pour ne pas la faire sursauter ni l’effrayer, mit sa large main sur la sienne et recouvrit son poing. Le mettant à l’abri dans le petit havre ainsi créé.

les gens se souviennent seulement des mauvaises critiques

Et si l’espoir ne mourait jamais, combien de temps la haine durait-elle ?

les gens stupides n’étaient jamais inoffensifs. C’étaient les pires. Autant de crimes s’expliquaient par la bêtise que par la colère et la cupidité

La plupart d’entre nous tombent à cause de petites transgressions. De fautes mineures qui s’accumulent et finissent par nous écraser. C’est relativement facile d’éviter de faire des choses graves, mais ce sont les centaines de petits actes méchants qui finalement vous rattrapent. Si on prend le temps d’écouter les gens, on se rend compte que ce n’est ni la gifle ni le coup de poing qui rendent honteuses les personnes avec une conscience, mais le ragot chuchoté, le regard méprisant. Le dos tourné. Voilà ce que ces personnes cherchent à oublier en buvant

L’abstinence n’est pas pour les lâches, inspecteur-chef. Pensez ce que vous voulez d’un alcoolique, mais devenir abstinent exige beaucoup d’honnêteté, et ça, ça exige beaucoup de courage. Arrêter de boire est l’étape la plus facile. Nous devons ensuite nous regarder en face. Affronter nos démons. Combien de personnes sont prêtes à faire ça ?

Pour lui, une seule chose était pire que la compagnie : être seul

— « L’alcoolique est comme un ouragan qui ravage la vie des autres sur son passage »

il faut d’abord se trouver soi-même. Car, à un moment donné, on s’est perdus. Et on a fini par tourner en rond, sans but, dans un état de confusion à cause des drogues et de l’alcool. En nous éloignant de plus en plus de la personne que nous sommes vraiment.

Les choses sont plus solides à l’endroit où elles ont été cassées, dit-elle

Quand les gens touchent le fond, ils peuvent rester là et mourir, ce que font la majorité d’entre eux. Ou ils peuvent essayer de reprendre leur vie en main. — De recoller les morceaux

La personne qui n’a pas changé refait la même chose stupide encore et encore. Si vous remettez tous les morceaux à leur place, comment pouvez-vous vous attendre à ce que votre vie soit différente ?

C’était elle qui avait ouvert la porte. Elle commençait à détester les portes. Fermées ou ouvertes.

qu’une scène de crime n’était pas seulement sur le sol, mais aussi dans la tête des gens. Dans leurs souvenirs, leurs perceptions, leurs sentiments, qu’il ne fallait pas risquer de contaminer avec des questions pouvant orienter la pensée.

Dans son propre studio immaculé et bien rangé de l’autre côté du couloir, il avait fait de la place pour l’inspiration. Mais celle-ci s’était trompée d’adresse et avait abouti ici.

Quelque chose qu’on avait extirpé des entrailles du journal où il était profondément enterré, mais loin d’être mort.

Que se passait-il quand ce n’était pas seulement l’espoir, mais aussi les rêves et une carrière qu’on brisait ? Une vie entière ?

Une technologie dépassée qui avait enregistré un meurtre. Ou, du moins, la naissance d’une mort. Le début d’une fin. Un vieil événement encore frais dans la mémoire de quelqu’un. Non, pas frais. Il était pourri.

c’était le but de la critique : assassiner une carrière, tuer l’artiste à l’intérieur de la personne.

Vous le savez, moi aussi je le sais. Même lui le sait. Mais ce qu’on sait et ce qu’on ressent peuvent être deux choses complètement différentes.

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