de Giovanni, Maurizio «La collectionneuse de boules à neige» (2015)

de Giovanni, Maurizio «La collectionneuse de boules à neige» (2015)

Les enquêtes de l’inspecteur Lojacono (tome 2)

Résumé : Au commissariat de Pizzofalcone, l’heure est à la reprise en main. Pour redorer le blason de la police dans le quartier, le commissaire Palma s’est mis en tête de recruter tous les flics fêlés et meurtris des commissariats des environs, jusqu’à l’inspecteur Lojacono, encore auréolé des retombées médiatiques de l’affaire du « crocodile».
Le meurtre d’une notable donne très vite à son équipe hétéroclite l’occasion de faire ses preuves. Cecilia De Santis, épouse d’un notaire réputé, et membre du gotha napolitain, a été retrouvée morte dans son salon, le crâne fracassé par une boule à neige. C’était pourtant une femme généreuse, qui vivait presque recluse, et dont le seul travers connu consistait à collectionner les objets les plus kitsch…
Un loisir inoffensif à première vue, que l’on verrait mal aiguiser les appétits criminels ! Mais qui sait quelles passions soudaines le soleil napolitain est capable d’éveiller ?

Mon avis : Retrouvé avec plaisir l’ambiance et les personnages et fait connaissance des nouveaux collègues de Lojacono, belle brochette de bras cassés atypiques. L’intelligence de l’inspecteur fait merveille et les ombres, la brume, le vide, le silence, la solitude et la « désespérance » qui marque cette série. Je m’attache… Et je recommande cet auteur italien.

Extraits :

Parce que c’est comme ça, l’amour. On peut le camoufler longtemps derrière les regards et les gestes du quotidien. On peut le cultiver comme une plante, en silence. Mais le jour où l’on décide de le laisser sortir, de l’étaler au grand jour, alors on ne le contrôle plus. C’est lui qui commande, l’amour. Il décide pour nous, il éclot comme une fleur sublime, il veut prendre toute la place

Ici, en revanche, on eût dit le plein hiver : une alternance de vent et de pluie, des femmes poursuivant leur parapluie retourné le long des trottoirs.

Mais le silence peut être beau, quand c’est un être aimé qui est au bout du fil.

Il y avait quelques mois à peine, cette petite phrase se serait logée dans son estomac et l’aurait perforé pour aller faire son nid dans ses intestins, où elle l’aurait taraudé pendant des heures

Une étrange amitié était en train de naître entre eux, tendue comme une corde de violon, car tous deux savaient secrètement qu’ils se plaisaient, et même beaucoup

Mais les silences ne trompent pas, disait-on dans son pays ; les mots, oui, les silences, jamais

Ce serait drôle si les émotions restaient suspendues en l’air comme une odeur. Si le parfum de ton sourire triste, la dernière fois que j’ai vu ton visage, y flottait encore. Va savoir quel parfum il aurait, ton sourire

Et beaucoup de silence. Des tonnes de silence, suspendu dans l’air ambiant comme une mauvaise odeur, un miasme insupportable. Dans ce genre de cas, on s’agrippe à son travail. Surtout quand il représente une passion, ce qu’on a toujours voulu faire depuis l’enfance. Surtout quand on est compétent. Et puis tout à coup, le travail se casse la gueule. Lui aussi

L’amour est cette force qui vous prend par la main et vous conduit jusqu’à la fin de la journée, du mois, de l’année et de la nuit. C’est un rêve, une simple illusion : mais on peut la conserver et la cultiver, cette illusion, et la faire croître jusqu’à l’habiter

Tu sais, mon amour, c’est comme ça : quand on a commis une erreur, on se dit qu’on pourrait récidiver. On n’apprécie pas le fait qu’une seconde chance nous soit accordée. Pourtant, c’est tellement important

Deux. Deux natures, deux personnes. Ombre et lumière. Peut-être, songea-t-elle, que tout le monde est comme ça

Nous sommes tous pareils, dotés d’un versant clair et d’un versant obscur.

Vous ne rentrez jamais chez vous, ou quoi ? Sa collègue ricana. — Si si, on y rentre. Mais tu sais ce que c’est, le boulot. Il se loge dans un coin de ton esprit, qui continue à ruminer

c’est un bel homme, athlétique, jeune d’allure. Et qui a du pouvoir, le meilleur des cosmétiques pour un homme

Mieux vaut vivant et mouillé que mort et sec. Je préfère marcher, merci

La fenêtre encadrait le golfe gris, la mer encore démontée et le ciel lourd. À l’arrière-plan, un énorme pétrolier noir ressemblait vaguement à une baleine vagabonde. La péninsule, de l’autre côté du golfe, était un profil sombre qui allongeait son doigt dans la grisaille, comme pour indiquer la silhouette de l’île peu distante. Lojacono pensa à la beauté dont cette ville pouvait se parer. Quand on l’observait de loin

Je te répète ce que je t’ai dit à l’époque : parler avec elle, c’était comme se pencher au-dessus d’un gouffre. Elle était désespérée, plongée dans une détresse psychologique irréversible

La femme se tourna lentement vers eux et les scruta à travers ses verres fumés. L’impossibilité de voir ses yeux et le réseau de rides sur sa peau conféraient à son visage une fixité de reptile qui les mit mal à l’aise

Ce n’était pas une beauté, mais elle était très douce et avait un regard si intense qu’il fascinait tout le monde. Elle était belle, très belle, mais dans l’âme. Elle avait mille couleurs dans l’âme

Vu leur âge, peut-être qu’ils fricotaient ensemble au paléolithique

J’ai vu l’envie de vivre disparaître peu à peu de tes yeux, ton regard errer dans le vide. J’ai entendu tes silences s’allonger, tu as cessé de parler, de participer à ces bavardages vains que je déversais sur toi, dans l’espoir de chasser le fantôme de la mort qui embrumait ton âme

Tu voulais que je te laisse t’en aller. La veille au soir, quand tu m’as tenu la main en me regardant dans les yeux à travers tes larmes, avec tout l’amour du monde, j’ai cru que tu avais mal et j’ai essayé de te distraire. Alors que ton regard était en train de m’écrire ton message d’adieu

Parfois, la pitié des gens est un poids supplémentaire que je ne supporte plus, c’est tout

Le mariage peut être pire que la prison, tu sais.

Des éclairs étincelaient dans ses yeux, comme les coups de semonces d’une tempête.

Dans son parcours professionnel, il avait eu trop souvent l’occasion de constater les ravages que le meurtre provoquait parfois chez son auteur : la victime, en plongeant dans les ténèbres sans retour, emportait avec elle une partie de l’âme de son agresseur

Le bureau, c’est un nid de guêpes, mettez trois femmes ensemble et c’est la guerre permanente, pire que la bande de Gaza

Je devais élever la voix, le vent et la mer heurtaient les volets comme s’ils voulaient entrer

confesser… si je peux éviter, je préfère. Ça m’embarrasse, on en a déjà parlé. Je ne sais pas comment t’expliquer ça… j’ai l’impression d’épier les gens, de pénétrer dans leurs pièces les plus sombres.

Tu ne comprends pas la grâce, pour ceux qui désirent quitter une vie douloureuse, une existence faite de silences et d’ombres, où chaque souvenir est un coup de poignard, la grâce immense que représente la rencontre avec celui qui les soulagera de leur fardeau

 

1ère enquête : (voir article)

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