Foenkinos, David « Le mystère Henri Pick » (2016)

Foenkinos, David « Le mystère Henri Pick » (2016)

Collection Blanche, Gallimard (Parution : 01-04-2016)

Résumé : En Bretagne, un bibliothécaire décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs. Ainsi, il reçoit toutes sortes de manuscrits. Parmi ceux-ci, une jeune éditrice découvre ce qu’elle estime être un chef-d’œuvre, écrit par un certain Henri Pick. Elle part à la recherche de l’écrivain et apprend qu’il est mort deux ans auparavant. Selon sa veuve, il n’a jamais lu un livre ni écrit autre chose que des listes de courses… Aurait-il eu une vie secrète ? Auréolé de ce mystère, le livre de Pick va devenir un grand succès et aura des conséquences étonnantes sur le monde littéraire. Il va également changer le destin de nombreuses personnes, notamment celui de Jean-Michel Rouche, un journaliste obstiné qui doute de la version officielle. Et si toute cette publication n’était qu’une machination ? Récit d’une enquête littéraire pleine de suspense, cette comédie pétillante offre aussi la preuve qu’un roman peut bouleverser l’existence de ses lecteurs.

Mon avis : Contrairement à tout le monde, je n’avais pas totalement adhéré à son «Charlotte» (voir article sur le blog). Là j’ai retrouvé le Foenkinos de « La Délicatesse ». Ce livre, construit comme un polar littéraire et un livre plein de charme et de « pétillance » … sur les jardins secrets, sur la part cachée des individus, sur l’amour des livres, des auteurs, des représentants, des éditeurs, des mots…. Le point de départ : une vraie bibliothèque de livres refusés née dans l’imaginaire de l’écrivain américain Richard Brautigan et ouverte après sa mort aux Etats-Unis avant de déménager à Vancouver. Je trouve d’ailleurs l’idée de Foenkinos magnifique. il la situe au bout de la terre… C’est le refuge des livres orphelins, un lieu caritatif en quelques sortes ou on accueille les rejetés et les incompris. La quête du « père » de ce livre orphelin va constituer la trame de ce roman. Une jeune éditrice, chercheuse de talents, va mettre toute son énergie à essayer de rendre le livre à son géniteur et va partir sur ses traces. Elle ne sera d’ailleurs pas la seule. Mais sortir de l’ombre et remuer les non-dits ne se fait pas sans bouleverser les vies de ceux qui sont de près ou de plus loin proches du livre. Ce livre, c’est la révélation des artistes de l’ombre. Et il a également été inspiré par l’histoire d’une photographe de talent dont on a retrouvé les photos après son décès. On pourrait d’ailleurs penser à son roman précédent « Charlotte » … en effet la peintre a été mise en lumière du fait de la popularité qu’elle a acquise grâce au livre de Foenkinos. Avant son succès était plus que discret et elle est passée de l’ombre à la lumière.

C’est aussi un clin d’œil à ceux qui n’arrivent pas à atteindre le succès, à ceux qui sont soudainement mis sous la lumière des projecteurs, à ceux qui quittent la lumière… L’auteur met aussi l’accent sur l’importance du contexte… L’importance du roman du roman, de la personnalité de l’auteur. Fouiller dans la vie des gens ne se fait pas sans dommages collatéraux… La vie de la femme et de la fille du présumé auteur vont être bouleversées ; ce qui était certitude va devenir question… L’argent et la gloire vont venir s’inviter à la danse. J’ai beaucoup aimé ce livre, plein de tendresse, d’humanité et qui dissimule sous une enveloppe facétieuse des questionnements sur le monde intime de la création, la personnalité de ceux qui écrivent, leurs motivations …

Extraits :

Jorge Luis Borges : « Prendre un livre dans une bibliothèque et le remettre, c’est fatiguer les rayonnages. »

Il allait même de temps à autre boire une bière au bistrot du bout de la rue, bavarder de tout et de rien avec d’autres hommes, bavarder surtout de rien, pensait-il,

Il y avait ainsi une grande valeur symbolique à parcourir des centaines de kilomètres pour mettre un terme à la frustration de ne pas être publié. C’était une route vers l’effacement des mots.

Les auteurs suisses sont souvent les meilleurs pour parler de l’ennui et de la solitude. Il y a de ça dans votre livre : vous rendez palpitant le vide.

Bien plus que pour tous les autres arts, qui sont figuratifs, il y a une traque incessante de l’intime dans la littérature.

Mais c’était une preuve tangible que notre époque mutait vers une domination totale de la forme sur le fond.

Le succès de ce livre, retrouvé au cœur des refusés, parlait à toute une population désireuse d’être lue.

Les mots ont toujours une destination, aspirent à un autre regard. Écrire pour soi serait comme faire sa valise pour ne pas partir.

Quant à la partie sensuelle, imaginaire, elle pensa qu’il avait écrit ce qu’il avait désiré vivre. Elle qui était plongée dans l’obscurité depuis de si nombreuses années pouvait comprendre cette démarche mieux que quiconque. Elle créait sans cesse des histoires, pour vivre en quelque sorte tout ce qu’elle ne pouvait pas voir. Elle avait développé une vie parallèle finalement proche de celle des romanciers.

 

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